Les fantômes au fond de tes beaux yeux
Chapitre 30 : La danse
Je me laisse envouter par la musique pour me distraire. Je ferme les yeux et je remue un peu, de plus en plus absorbée, jusqu’à ce que l’envie de danser vraiment devienne trop forte.
Je tourne donc la tête vers Alma :
- Et si on allait danser ? quémande-je.
- Oh attends… pas tout de suite, répond-elle en attrapant de quoi grignoter.
Je lève les yeux au ciel, agacée, parce que je sais que je ne pourrai jamais convaincre Hestia, aussi alcoolisée soit-elle.
- Qu’est-ce que t’as encore à râler, toi ? m’embête Kai.
- Rien, je veux danser mais Alma ne veut pas…, explique-je d’une voix boudeuse.
- Sérieux ? demande-t-il en la regardant, un sourcil levé.
- Pas maintenant, c’est tout, réplique-t-elle.
- Je croyais que t’étais une putain de danseuse ? C’est ce que tu nous disais la dernière fois. Emmène-là danser au lieu de perdre tes couilles ! insiste-t-il en me désignant.
Alma éclate de rire :
- La paix, Dokatito ! Je vais y aller ! se défend-elle.
- Qu’est-ce qui t’en empêche tout de suite ? continue-t-il.
- La paix ! s’exclame-t-elle avec humour en se penchant vers lui.
- Allez Alma ! Viens ! insiste-je à mon tour en roulant des épaules vers elle en rythme.
La tablée rit en me voyant faire, tous branchés sur ma petite danse improvisée.
- Tu te dégonfles, Alma ! la taquine Hestia.
- C’est clair ! Petite joueuse ! l’accuse Kai.
- Mais non ! Arrêtez ! Je mange !
- C’est ça, ouai ! glousse-je. Tu es trop timide pour y aller c’est tout !
Kai me lance un regard rieur en allumant une cigarette et un débat se lance entre Hestia et Alma sur la timidité de cette dernière, qui sortirait de nulle part selon mon ancienne colocataire.
J’en profite pour river mes yeux sur Kai et il hausse un sourcil interrogateur en me tendant sa cigarette. Je l’attrape joyeusement, mais Hestia intercepte l’échange en ouvrant des yeux hallucinés :
- Non mais je rêve ! Julia ! me rabroue-t-elle.
- Une taffe ! négocie-je.
Elle tourne des yeux noirs sur Kai :
- Non mais qu’est-ce qui te prend de lui proposer aussi ?! Je ne peux pas compter sur toi ! couine-t-elle.
Il lève vivement les mains en reddition :
- Je ne l’ai pas forcée à la prendre ! se défend-il. C’était de la politesse ! Tu vois ça avec elle !
- Forcée ?! Encore heureux ! Il ne manquerait plus que ça.
Ils se prennent gentiment le chou et je continue de fumer en toute impunité, jusqu’à ce qu’Hestia réalise le pot au rose :
- Non mais je rêve encore plus ! s’écrie-t-elle.
J’éclate de rire en rendant l’objet démoniaque à Kai, qui réprime son rire et la récupère pour la coincer entre ses lèvres :
- Comment tu as pu supporter d’habiter avec cette petite tête si elle te pétait les couilles comme ça ?! s’amuse-t-il.
- Je ne fumais pas, tout simplement ! glousse-je.
- Tu n’aurais pas pu de toute façon ! réplique Hestia.
- Bien sûr que si ! s’exclame Kai en levant les yeux au ciel. La fenêtre a un rebord assez large pour s’enfiler dessus, je suis pratiquement sûr qu’on peut la refermer en se serrant comme il faut !
Hestia lui lance un regard suspicieux en fronçant les sourcils ; sans doute en train de se demander comment Kai a pu repérer un détail pareil pendant la minute et demie maximum qu’il a passé dans notre chambre selon ce qu’elle en sait.
- Tu es drôlement doué pour repérer comment faire les bêtises rapidement, souligne-t-elle.
- Euh… ouai…, répond-il en fixant son regard sur la table.
Je glousse sans interruption depuis qu’il s’est « presque grillé » et il relève des yeux amusés sur moi avec son sourire de sale gosse.
- Tu devais pas danser toi, au lieu de te foutre de ma gueule ? rit-il.
- Si ! réplique-je en me tournant vers Alma avec un sourire jusqu’aux oreilles.
- Pas maintenant ! s’obstine-t-elle.
- Pfff ! Dégonflée ! Non mais qu’est-ce qu’on est venus faire dans un bar pareil si ce n’est pas pour aller danser ?! Je vais finir par y aller toute seule si personne ne veut venir avec moi ! m’exclame-je.
- Tu es sérieuse ? Tu irais seule ? s’étonne Eden en se penchant pour me regarder.
Hestia a un petit rire hystérique :
- Oh oui Eden ! Julia est dingue, elle n’a peur de rien ! affirme-t-elle.
- Ouai putain, elle est complètement barrée ! confirme Kai.
- J’aimerais bien voir ça…, réplique Eden en me sortant des yeux taquins. Rien ne m’amuse plus que les filles qui fanfaronnent mais qui se chient dessus dès que le défi tombe !
Hestia lève déjà les yeux au ciel, parce qu’elle sait ce qu’il va se passer et j’abats ma main sur la table, complètement outrée :
- Quoi ?! m’exclame-je. Tu imagines vraiment que je n’oserais pas ?!
- Carrément ! Je ne connais pas une fille qui irait danser ici toute seule pour un défi ! rit Eden.
- Alors là, mon pauvre Eden ! Je n’ai même pas besoin de défi ! affirme-je en sautant sur mes pieds.
J’ai à peine le temps de le voir ouvrir des yeux ronds que je fonce déjà en direction des danseurs comme une flèche.
Je repère un gros bloc de béton et je ne réfléchis pas, je saute dessus en riant avant de me retourner face à nos amis en me mettant à danser. Je danse, complètement hilare et portée par la musique, enfin heureuse de m’amuser.
Mes amis hurlent, sifflent, rigolent, m’encouragent… et ils ne sont pas les seuls, une partie de la foule me regarde avec des yeux rieurs puisque je domine tout le monde à cause de mon perchoir.
L’ambiance est incroyable. Je ris aux éclats en remuant, je me fais siffler par la moitié des danseurs et la plupart tapent dans leurs mains joyeusement tandis que l’ambiance remonte de dix étages parmi eux, portée par mon énergie sans limite.
Je tourne sur moi-même en remuant mes fesses, je secoue les épaules en avant, je me penche en arrière, je m’éclate.
Le défi d’Eden me revient finalement en tête et je me remets face à mes amis pour danser avec des yeux plus fiers que la fierté tandis qu’il fait mine de s’incliner dans un mea culpa.
Et c’est là que je repère le regard de Kai. Son regard fixé sur moi, sur mon corps, ses yeux qui glissent sur moi en me couvant de leur éclat le plus délicieusement sombre.
Automatiquement, je me mets à danser plus sensuellement que jamais en le fixant dans les yeux, ondulant des hanches et de la poitrine en rythme comme je sais curieusement le faire. J’ai les bras tendus vers lui, les mains qui s’agitent dans sa direction, qui l’invitent presque à me rejoindre tandis que je lui lance mon regard le plus brûlant.
Je savoure Hestia qui se penche vers lui pour lui parler et Kai qui lui répond visiblement du bout des lèvres sans détacher son regard de moi, comme s’il était à côté de la plaque et incapable de vraiment écouter ce qu’elle raconte.
C’est trop bon. Je pourrais faire ça toute la nuit mais je suis interrompue par Alma qui me rejoint en voyant à quel point je m’amuse. Je saute par terre pour danser avec elle, mains dans les mains, complètement déchainées. Nous rions aux éclats, nous dansons un peu avec les quelques personnes qui viennent virevolter près de nous et Hestia nous applaudit avec entrain depuis notre table.
Eden ne tarde pas à craquer, il saute sur ses pieds pour rejoindre sa chérie et la faire danser à ma place. Je lui laisse en souriant avant de tourner sur moi-même, et mes yeux se posent tristement sur notre table.
Puisqu’Hunter n’est toujours pas là, Kai et Hestia ne sont plus que tous les deux à table et ils continuent de discuter. Même si les yeux de Kai sont toujours posés sur moi, la situation me fait un pincement au cœur, parce que j’imagine qu’il doit être heureux de l’avoir pour lui en tête à tête.
Je préfère donc arrêter de me faire du mal.
Je lui laisse son moment avec elle, je prends sur moi et je leur tourne leur dos. Eden et Alma dansent un peu plus loin, je suis à nouveau toute seule parmi les danseurs, mais je refuse de voir le négatif et je ferme les yeux pour me laisser porter par la musique.
Je ne pense à rien, je me laisse vibrer, je me plonge dans le rythme, j’évacue tout en agitant mon bassin thérapeutiquement.
Deux mains se posent alors sur mes hanches, deux mains que je connais par cœur, et lorsque son bassin se colle sur mes fesses pour en suivre le rythme parfaitement, je ne peux pas croire à ce qu’il est en train de se passer.
Je sais que c’est lui, je le sais, mais j’ouvre tout de même les yeux pour vérifier les mains tatouées posées sur moi. J’en tomberais presque à la renverse, dès que j’ai la confirmation que le danseur incroyable qui suit mes mouvements en ondulant est Kai, je me retourne face à lui pour ne pas rater le spectacle.
Il tire mes hanches vers lui et j’attrape sa nuque tandis qu’il colle mon bassin contre le sien, une cuisse entre les miennes pour m’entrainer dans un collé-serré absolument hallucinant.
Il n’a rien à voir avec Eden qui fait pitoyablement danser Alma, non, il a un rythme parfait, des mouvements parfaits, sensuels, presque érotiques, qui me retournent complètement le crâne.
- Tu danses ! Kai, tu danses ! hallucine-je.
Il ne répond pas, il affiche son sourire en coin le plus séducteur en posant son front contre le mien, et dès que je sens son souffle sur mes lèvres, son bassin qui guide le mien, ses mains qui serrent mes hanches, sa cuisse qui remuent entre les miennes… la tension monte. Elle monte même en flèche et j’ondule plus sensuellement encore, pour frotter nos bassins en resserrant mes doigts autour de sa nuque.
Ces contacts sensuels nous échauffent, nos souffles accélèrent soudain trop rapidement pour être honnêtes, nos têtes se penchent pour rapprocher nos visages…
Ses mains se font plus baladeuses, elles caressent mes hanches en dérapant légèrement sur mes fesses. Je tire son visage encore plus près du mien, je savoure de plus en plus fort nos mouvements et nos yeux se dévorent férocement.
Je passe mon nez contre le sien, suspendant nos lèvres à quelques centimètres les unes des autres, consumée par le besoin urgent que j’ai.
- J’ai envie de t’embrasser Kai…, geins-je.
- Putain, moi aussi bébé…, souffle-t-il.
Nos yeux deviennent étourdis, nos désirs s’entremêlent, se caressent, se confondent…
Il tire sur mon bassin pour le remonter le long du haut de sa cuisse exactement au bon moment, au bon rythme, au bon endroit et nos lèvres s’effleurent finalement. Dès qu’elles entrent en contact, même pour une fraction de seconde, l’excitation secoue mon corps, faisant remonter des frissons le long de mon dos et de mes bras, rendant ma respiration complètement erratique.
- J’ai envie de toi bébé…, chuchote-t-il.
- Moi aussi…, gémis-je.
- Tu es la plus belle, la putain de plus belle… La putain de beauté de cette rue, de ce quartier, de cette foutue ville…
Sa voix est si basse, si grave, si séduite, si séductrice…
Je me rends à peine compte qu’il m’emmène doucement mais sûrement plus loin avec ses mouvements parfaitement contrôlés, au milieu des danseurs pour nous cacher… et dès que je le comprends, ses lèvres s’écrasent sur les miennes sans hésitation.
Je vibre des pieds à la tête, nous partageons le baiser langoureux le plus chaud qu’il est possible d’échanger et ses mains quittent mes hanches pour attraper mes fesses, pour me faire onduler plus fort contre son bassin, contre lui…
- Tu as tes clés de voiture ? murmure-je, à bout de souffle.
- Ouai… ?
- Emmène-moi tout de suite chez toi, le presse-je.
- Comme ça ? On se barre ?
- Ça te pose un problème ?
- Aucun.