Les fantômes au fond de tes beaux yeux
Chapitre 17 : Baiser volé
Les débats sur notre tricherie continuent, Eden et Alma se chamaillent avec humour en s’accusant mutuellement de leur défaite, Hestia prépare une deuxième tournée de cocktail et Kai observe tout ça d’un œil neutre en sirotant son verre.
Je suis toute heureuse de notre performance et j’ai une envie folle de me rapprocher de lui, car même s’il a fait des choses pour que j’arrête de faire la tête, tout ça reste trop amical pour moi. Il ne m’a pourtant jamais rien promis, jamais rien fait miroiter, mais je ne peux pas m’en empêcher. J’ai trop bu, j’ai besoin d’être proche de Kai d’une façon ou d’une autre.
Je me penche donc vers lui, la tête dans une main, le visage sans doute plus que rêveur et séducteur.
- T’as trop bu, commente-t-il en m’observant.
- Pas encore… je peux avoir du whisky ?
- Tu as horreur de ça…, répond-il en fronçant les sourcils.
- Tant pis alors, dis-je tristement en me redressant.
Comme prévu, il me tend son whisky dans la seconde et je l’attrape simplement pour boire dans son verre, alors que sa boisson est effectivement ignoble. Je crachote dedans et il secoue la tête :
- Tu adores cracher dans mes verres en fait ? s’amuse-t-il.
- Oui ! glousse-je.
- Em-mer-deuse, commente-t-il avec humour en détachant chaque syllabe.
Je ris un peu plus et j’accepte volontiers le cocktail que me tend Hestia, avec une jolie cerise posée dedans. Il est délicieux, mais il augmente encore mon alcoolémie et je ne plus arrêter de glousser désormais.
Nos amis envisagent de rejouer à quelque chose, mais Kai se sauve rapidement en prétextant vouloir fumer de toute urgence. Je saute donc sur mes pieds pour le rejoindre dans le coin de la terrasse où il se terre, loin des yeux de nos amis, ces monstres qui veulent jouer à des jeux.
Dès qu’il me voit passer la porte, il me lance un joli regard taquin :
- T’en veux une ? demande-t-il.
- Non, réplique-je en me plantant pratiquement contre lui avec un sourire idiot.
- Alors qu’est-ce que tu fous là ? s’amuse-t-il.
- Je viens te voir…
- Tu ne me fais plus la tête ?
- Tu ne parles plus avec Alma ! glousse-je.
- C’était vraiment ça alors ? Sérieux ?!
Je glousse un peu plus en détournant la tête pour mordre ma lèvre, plutôt honteuse. Pourtant, à ce stade d’alcoolémie, je ne vois plus trop le problème à lui dire ce qui me travaille :
- Je n’ai pas aimé comme tu m’as salué, avoue-je.
- Je n’ai rien fait…, commence-t-il.
- Justement, souffle-je en baissant la tête.
Il attrape ma mâchoire pour me relever le nez et il m’observe en fronçant les sourcils.
- Je capte pas… ? Tu voulais quoi ? Que je te serre la main ? Ça m’aurait fait bizarre… T’es pas une inconnue putain…, hésite-t-il.
- Justement, répète-je avec courage.
Ses yeux papillonnent et il relâche ma mâchoire pour faire tourner le cocktail d’Hestia qu’il a posé sur la rambarde en le fixant pensivement. Il fait a priori ça soit pour réfléchir, soit pour me fuir, ce qui ne sent pas très bon dans les deux cas… Ça me rend terriblement triste et puisqu’il ne touche pas à son verre, autant essayer de me faire oublier tout ça en m’alcoolisant un peu plus.
- Tu ne le veux pas ? demande-je d’une petite voix. Je peux le boire ? Il est bon et la cerise est délicieuse…
Il me met le verre dans la main sans répondre, puis il m’observe le siffler pratiquement d’une traite avec les yeux toujours pensifs.
Lorsque j’arrive sur la fin du divin breuvage, il attrape la cerise au dernier moment et elle disparait entre ses lèvres avant que je n’aie pu dire « ouf ».
- Je la voulais ! Je t’ai dit qu’elle était délicieuse ! couine-je avec indignation.
- Viens la chercher, je ne l’ai pas croquée, réplique-t-il à voix basse.
Il la coince délicatement entre ses dents pour me prouver ses dires et un coup de chaud d’une intensité démesurée s’abat sur moi comme une douche. J’hésite juste une seconde, pour vérifier qu’il ne se moque pas de moi, mais lorsque je me dresse sur la pointe des pieds, mon ventre fait trois loopings en le voyant se pencher vers moi.
J’en lâche mon verre, qui s’écrase sur la terrasse, et j’attrape son cou avec force lorsque nos lèvres se retrouvent après ces trois foutues semaines sans lui. Ses bras m’encerclent le dos, une de ses mains se pose sur mes fesses pour les empoigner, l’autre sur mes côtes, et il me serre contre lui en m’embrassant délicieusement.
Je ne sais même pas ce qu’il est advenu de cette cerise mais je n’en ai rien à faire et je l’embrasse avec bien plus de gourmandise que je n’en aurais fait preuve en mangeant ce petit fruit.
Retrouver ses baisers est un bonheur, sentir sa poigne sur moi aussi et je lui offre tout ce que j’ai de plus sensuel pour essayer de le prendre dans mes filets.
C’est un grand rire d’Eden dans le salon qui détache nos lèvres, mais nous restons étroitement enlacés, à deux doigts de nous embrasser encore. Je frissonne en voyant ses pupilles noires prendre toute la place dans ses beaux iris gris et je lui souris lascivement, plus que séductrice.
- T’es torchée bébé…, souffle-t-il.
- Mais non, murmure-je en passant le bout de mon nez contre le sien.
- Pour retomber dans mes bras après trois semaines de désintox ? Bien sûr que si, répond-il.
Cette remarque me rappelle alors que je ne l’ai pas encore félicité.
- Félicitation pour tes deux mois de sobriété, je suis trop fière de toi Kai, chuchote-je en fronçant les sourcils.
Il ne me remercie pas, il fond sur mes lèvres directement et c’est cent fois mieux.
Nous prenons encore le temps de nous embrasser comme si nous étions seuls au monde, jusqu’à ce que nos souffles s’affolent aussi fort l’un que l’autre et il se détache de mes lèvres pour nous laisser respirer un peu.
- Il serait temps d’envisager d’entrer dans un centre de désintoxication pour te débarrasser de moi putain…, murmure-t-il en glissant ses yeux sur mes lèvres.
- Chacun ses combats, chacun ses démons, et je ne veux pas me débarrasser du mien, réponds-je.
- Tu es cinglée…
- Peut-être un peu folle de toi Kai… Tu es un drôle de poison dont je n’ai plus envie de me passer… Je crois que ça sonne comme une vraie addiction…, glousse-je.
Il fronce les sourcils si fort que j’ai peur d’avoir dit une bêtise, mais visiblement pas, parce qu’il me réembrasse avec force la seconde suivante et je couine doucement contre ses lèvres à mesure qu’il me penche en arrière en me dévorant toujours plus férocement.
- Oh hé les fumeurs ?! Mais qu’est-ce que vous faites ?! On va jouer ! crie Eden depuis l’intérieur.
Nous tournons vivement la tête vers la baie vitré, toujours sans nous lâcher, et nous constatons que nous sommes invisibles dans notre petit coin de terrasse.
- Je ne rejoue pas, je vais me barrer, annonce-t-il en retenant un rire.
- Je comprends…, pouffe-je. Tu veux que je te ramène chez toi ?
Je lui lance des yeux séducteurs, mais il me surprend :
- C’est toi qui es torchée Julia, je n’ai pratiquement rien bu… et c’est moi qui ferais bien de te ramener, mais je ne sais pas où…
Je réalise que c’est vrai, que je suis complétement incapable de prendre le volant.
- Je ne peux pas rentrer…, m’inquiète-je en fronçant les sourcils.
- Il est très clair que je ne te laisserai pas prendre ta bagnole dans cet état…, chuchote-t-il avec sérieux. Pour tout te dire, j’ai déjà pris tes clés en remontant du parking, elles sont dans ma poche.
- Quoi… ?
- Tu me faisais la gueule mais tu étais déjà complétement bourrée. J’ai pris tes clés sur le meuble de l’entrée parce que j’ai flippé que tu prennes le volant comme l’emmerdeuse têtue que tu es… alors que c’est dangereux putain…
Il me scie en deux sur ce coup et je caresse sa poche automatiquement, dans laquelle je sens bien mes clés.
- Je peux te ramener si tu ne veux vraiment pas dormir ici…, ajoute-t-il en s’inquiétant sans doute de comment je prends son action. Je me tape de te ramener jusqu’à chez tes parents si c’est là-bas que tu veux dormir… Ça ne me fait qu’une heure aller-retour…
- Kai…
- Je m’en tape, je te le promets.
Je suis en train de tellement halluciner que je commence à douter que ce soit bien la réalité… et en même temps, je ne comprends pas comment il peut être si prévenant envers moi sans même me proposer de dormir chez lui… Je ne comprends rien.
- Tu préfères me ramener jusqu’à chez mes parents plutôt que chez toi… ? geins-je tristement.
- Je n’ai jamais dit ça, bébé.
Un cri drôlement plus déterminé que celui d’Eden résonne alors :
- Les fumeurs !! s’agace Hestia.
Nous nous détachons vivement, parce que nous savons l’un comme l’autre qu’Hestia va venir nous chercher par la peau des fesses et elle ouvre effectivement la baie une seconde plus tard.
- Non mais qu’est-ce que vous faites ?! s’indigne-t-elle.
- Je ne joue pas, je vais pas tarder à rentrer, annonce Kai en me lançant un regard.
- Moi aussi… Kai va me ramener… notre chambre universitaire est réparée, j’y dors ce soir, mens-je.
Et j’espère drôlement qu’elle sera prête demain comme prévu, parce que dans le cas contraire, si Hestia l’apprend, je ne sais pas comment je m’en sortirai.
En tout cas, nous restons une petite demi-heure de plus avec eux, où je bois encore beaucoup trop maintenant que je sais que je ne conduis pas.