Les fantômes au fond de tes beaux yeux

Chapitre 4 : Séduction

2688 mots, Catégorie: M

Dernière mise à jour 12/09/2026 12:08

Chapitre 4 : Séduction


Je réalise finalement que c’est à moi de réagir, et vite si je ne veux pas qu’il retourne en prison aussi sec. Je me jette donc sur lui pour attraper son bras et il me lance un regard d’animal sauvage d’une fraction de seconde avant de se calmer un peu en constatant que c’est moi.

-         On s’en va Kai ! ordonne-je.

-         Putain non ! Je vais les buter ! Il t’a agressé ! vocifère-t-il en essayant d’y retourner.

Je tire sur son bras de toutes mes forces pour le retenir et il se laisse faire quand il sent que je lutte, bien que ça lui coûte visiblement beaucoup.

Je cracherais bien à la tête des trois abrutis qui affichent des têtes soulagées de me voir l’éloigner d’eux, mais je me répète que je fais ça pour Kai et sa liberté.

Ce dernier les insulte encore, jusqu’à ce que je le fiche dans la voiture, et j’ai à peine le temps de contourner l’engin pour m’enfiler à la place conductrice qu’il a déjà la main sur la poignée de la porte. J’attrape encore son bras et je démarre en trombe tandis qu’il les fusille du regard et que les trois hommes se carapatent à toute vitesse dans leur voiture pour se sauver.

-         Nom de dieu, Kai ! Mais tu es pire qu’une panthère des neiges ! crie-je.

Ma réflexion le calme instantanément et il tourne une tête abasourdie vers moi :

-         Une panthère des neiges ?!

-         Oui, tu es comme une panthère ! Tu attaques sans crier gare en surgissant de nulle part ! m’exclame-je en ouvrant de grands yeux. 

-         Mais c’est de ta faute aussi ! Putain mais t’es une terreur Julia ! Je ne peux pas croire que tu allais te battre !

-         Non mais je n’allais quand même pas me laisser faire par ces trois abrutis !

Il éclate de rire, un joli rire qui envahit l’habitacle et qui me contamine en un claquement de doigts.

-         Je croyais que tu arrêtais les conneries ! pouffe-je.

-         Putain il y a des limites ! Ces connards s’en prenaient à toi ! Mais je n’avais pas besoin d’intervenir il faut croire, parce que Mademoiselle a décidé qu’elle pouvait saigner trois hommes avec ses petits poings ridicules ! rit-il encore.

Il regarde par la fenêtre pour essayer de se calmer mais chaque fois que je suppose qu’il repasse la scène devant ses yeux, il se remet à rire en m’entrainant avec lui.

-         Mais pourquoi une panthère des neiges ? demande-t-il finalement

-         Ce sont tes yeux, réponds-je avec honnêteté. Ils sont si clairs, si purs… ils me font penser à la Sibérie, un pays très froid en tout cas… Ils sont magnifiques d’ailleurs.

Evidemment, un petit silence, le temps qu’il accuse le coup de mon compliment.

-         Merci… les tiens aussi, répond-il finalement d’une voix gênée en fixant la fenêtre.

Je souris comme une idiote de le voir appliquer les conseils d’Hunter et je trouve ça touchant. Ce garçon est aussi effrayant que touchant, quel drôle de mélange… quel drôle de garçon tout court…

Plus je repense à son coup de sang et plus mon ventre se tortille. Je le revois surgir comme un chevalier noir, à deux doigts d’assassiner des types pour défendre mon honneur et ma luxure ronronne férocement.

Je tourne la tête pour le regarder et je constate qu’il m’observait discrètement lui aussi, ce qui me surprend. Nos regards se croisent, nous sommes grillés en train de nous observer et nous détournons la tête en même temps.

Ce contact visuel m’enflamme des pieds à la tête, parce que je trouve ça curieux et je ne peux empêcher l’espoir de croître en moi, l’espoir de finalement peut-être avoir la nuit qui me fait rêver depuis que ce gangster a retiré son haut. Je tergiverse dans tous les sens, j’essaie de jauger quelles sont mes chances, s’il est possible qu’il ait envie d’une nuit avec moi ou non… En tout cas, moi j’en ai envie, et un peu plus fort depuis que je l’ai vu se battre puisque je suis incorrigible…

Je lance un deuxième regard à son allure de bandit pour me rincer l’œil et nos yeux se croisent encore. Cette fois, nous nous fixons quelques secondes avant de détourner la tête et mes joues rosissent, sans doute à cause de ma température qui grimpe à l’idée qu’il ne soit peut-être pas fermé…

Il est tard, nous avons bu, nous nous trouvons « sexy »… Ça me parait encourageant oui, mais je ne sais pas comment aborder la chose et c’est sans doute ce qui tuera le projet dans l’œuf parce que je sais que je n’oserai jamais proposer une chose pareille à Kai, qui m’impressionne beaucoup trop, fait rarissime.

Après notre détour inutile à la station, nous approchons du motel et je n’ai pas envie de le déposer, pas du tout. J’ai encore envie de parler avec lui alors je dis la première chose qui me passe par la tête :

-         C’est chouette que tu aies repris contact avec Hestia…

-         Ouai… Hunter est un con, mais pas un si gros que ça… Il a accepté que je la revois si je sortais de ma merde… C’était cool de sa part, parce que je ne l’ai pas franchement mérité.

-         Qu’est-ce que tu as fait ?

-         De la vraie merde, laisse tomber… je n’étais pas moi-même.

Encore une histoire louche je présume, mais j’ai envie d’en savoir plus.

-         A cause de la drogue ? demande-je.

-         Ouai…, soupire-t-il. J’étais complétement camé, je n’étais pas dans la réalité, pas moi-même, j’étais un putain de connard, un déchet qui trainait Hestia vers le bas… Heureusement qu’elle s’est barrée putain, heureusement qu’il est venu la chercher, je lui serai toujours redevable pour ça.

Reparler de drogue avec lui me rappelle sa mention des aiguilles, ce qui n’est finalement pas rassurant en considérant ce dont j’ai envie.

-         Tu es différent, tout ça appartient au passé… tu t’en es sorti, tu es clean… ? tente-je.

-         Ouai, je n’ai pas retouché à ces merdes, je ne suis plus un déchet, affirme-t-il en me regardant avec les sourcils froncés.

Il ne comprend pas où je veux en venir et c’est horriblement gênant, mais je fais appel à mon courage légendaire, parce que je vais peut-être me taper la honte de ma vie dans la minute qui arrive.

-         Toute cette drogue, ces aiguilles… tu n’es plus un déchet mais… tu es… clean… ? insiste-je d’une voix aiguë.

Je lui lance un regard terriblement gêné, et lorsqu’il comprend enfin ma question, ses sourcils froncés se redressent d’un coup alors que ses yeux s’écarquillent. 

-         Euh… Ouai, je suis clean, vraiment clean… genre sans maladies…, répond-il lentement, d’une drôle de voix grave, comme s’il hallucinait.

-         Ah bon…, couine-je, toujours dans les aigus. 

-         Ouai… Hunter m’a fait faire des prises de sang… pour checker… il y a quelques jours…, continue-t-il prudemment. 

J’hoche la tête, honteuse, parce que même s’il a compris la question, je n’ai aucune idée de s’il a vraiment compris l’allusion… Soit il doit être en train d’intégrer que je lui propose plus ou moins un plan d’un soir, soit il se dit que je suis la femme la plus intrusive et curieuse de cette terre, soit il oscille entre les deux sans arriver à savoir, mais les trois possibilités me rendent honteuse.

-         C’est là, dit-il en m’indiquant son motel.

Je ralentis l’allure, énormément, je vais le plus lentement possible mais je finis inévitablement par me garer sur le parking et nous ne bougeons pas, ni l’un, ni l’autre.

-         Alors c’est là que tu habites…, commente-je.

-         Ouai… ce n’est pas luxueux mais ça passe…, répond-il.

J’hoche la tête lentement, et nous échangeons encore un drôle de regard, un regard qui modifie l’ambiance dans la voiture il me semble. J’ai l’impression qu’il ne veut pas que je parte… Ne serait-il pas descendu directement de la voiture si ça avait été le cas ?

-         Je vais y aller…, dit-il sur un drôle de ton face au silence qui dure.

-         Je vais te raccompagner à ta porte… être sûre que tu rentres sain et sauf, plaisante-je timidement.

-         Euh… ouai… on sait jamais, répond-il en essayant d’avoir l’air rieur alors qu’il est complétement ahuri. 

Nous descendons de l’habitacle pour gagner sa chambre, qui est située sur la gauche extrême du parking. Une fois plantés devant, ni l’un ni l’autre ne remue encore plus que ça. Il n’entre pas, je ne pars pas… et nos yeux s’accrochent encore.

-         Tu veux une clope ? propose-t-il en sortant son paquet.

-         Oui…

Dès que je la coince entre mes lèvres, il se penche tout près de mon visage, les mains autour du bout de ma cigarette pour l’allumer. Je me liquéfie lorsqu’il relève le regard de ce qu’il fait pour planter ses beaux yeux gris dans les miens, alors qu’il est si proche et que la flamme danse dans ses yeux, lui donnant l’apparence du diable qu’il est au fond de lui.

-         Merci…, murmure-je dans un souffle séduit.

Il allume ensuite sa cigarette contre la mienne au lieu d’utiliser son briquet, comme s’il voulait simplement rapprocher nos visages au plus près, plus près qu’ils ne l’ont jamais été, et chaque muscle de mon corps se tend d’envie à ce stade. Le voir si proche, la tête penchée, les yeux sombres, la mâchoire anguleuse… Mon dieu, je le mangerais.

Après ce petit rapprochement qui n’a fait fuir en courant ni l’un, ni l’autre, il vrille ses yeux dans les miens et il ne les lâche plus. Je retrouve mon courage et je le fixe en retour sans ciller tandis que nous fumons à une trentaine de centimètres l’un de l’autre comme si c’était normal.

-         Tu as beaucoup bu pour prendre la route… tu conduis longtemps alors… ? demande-t-il.

-         J’ai une bonne demi-heure…

-         Ce n’est pas très prudent…, chuchote-t-il en plissant un peu les yeux avec intensité.

Ses longs cils noirs se referment autour de ses iris clairs… Son regard est hypnotisant bon sang…

-         Non, pas prudent du tout…, murmure-je.

-         Tu ne devrais pas prendre de risques.

C’est comme un ordre, une promesse, une proposition…

-         Je devrais peut-être prendre une chambre ici… ce serait plus prudent…, chuchote-je en glissant mes yeux sur les nombreuses portes autour de nous.

-         Ouai…

Nouveau silence, un silence tendu, électrique, je le sens au creux de mon ventre, je ne suis pas folle bon sang…

-         Sinon…, reprend-il dans un murmure. Tu pourrais… dormir dans la mienne… avec moi… si tu en as envie quoi… je sais pas…

Mon corps s’électrise, il vibre dans tous les sens et je tourne la tête pour le regarder sans croire au fait qu’il vienne vraiment de me proposer ce dont je crève d’envie.

 Il a l’air gêné, il fixe sa porte avec la mâchoire serrée, comme s’il était sûr et certain de se prendre un mur dans les dix secondes.

-         J’en ai très envie Kai…, souffle-je bravement.

Il tourne lentement la tête vers moi, comme s’il ne croyait pas à ce que je viens dire, mais je ne détache plus mes yeux des siens pour lui affirmer que je suis très sérieuse.

 Il me sort alors un sourire dingue, un sourire qui m’aveugle lorsqu’il intègre que je viens d’accepter sa proposition osée.

 Il lâche sa cigarette sans la moindre hésitation pour caler sa main sur ma joue, et l’instant suivant, il tire avec fermeté mon visage contre le sien en se penchant pour m’embrasser avec son sourire en coin toujours affiché.

 Mon désir explose dans mes veines, c’est une envie comme je n’en ai jamais eu, un besoin si pressant que je pourrais le manger plutôt que de l’embrasser et je n’arrive pas à croire que je sois en train de le faire.

Et seigneur, qu’il embrasse bien. Il m’embrasse comme s’il me possédait, comme je rêvais qu’il le fasse. Je savoure le goût du tabac sur sa langue, du whisky sur ses lèvres…

Une chose est sûre à ce point, il est exactement le fantasme que je cherche vainement depuis des années…

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