La flèche noire de Cupidon

Chapitre 6 : 23 Décembre

1484 mots, Catégorie: G

Dernière mise à jour 06/09/2026 09:38

- Travaille ta diction, Maëlle, tu es trop rapide dans ce que tu dis. Le cinéma, ce n'est pas une course, c'est une opportunité de dévoiler tous ses talents cachés.

- Ok !

- Refais-le.

- Tu es le seul obstacle qui m'empêche de ragnier... Oh zut !

- Bon, écoute, si vraiment tu n'y arrives pas, change le mot.

- Régner ? Je sais pas moi...

- Ou alors, tu réduis la phrase.

- Tu es le seul obstacle qui m'empêche d'avoir le pouvoir absolu !

- Ben voilà !

- Ah oui, comme ça c'est mieux.

- On reprend.

- Tu es le seul obstacle qui m'empêche d'avoir le pouvoir absolu !

- Et tu es le seul obstacle qui m'empêche de revenir dans mon monde !

- Nous avons donc un conflit à régler.

- Oui.

Elles dégainent leurs épées et se battent. Un peu trop n'importe comment.

- Coupez ! Y a encore du boulot ! Claire ! À toi, ma belle.

Elle va en face de nous, tout au devant de la salle où nous sommes réunis tous les six.

- Quand tu veux.

- Dave ! Arrête tout de suite !

- Élise ! Ne peux-tu donc pas rester cinq secondes loin de moi, au moins une fois dans ta vie ?

- Cinq secondes ou cinq années ne changeront pas le misérable que tu es en homme.

- Si c'est ça le problème, je peux le régler !

- Ah !

- Et si j’en parlais à ta mère ? Elle adorerait entendre les exploits d'un rat d'égout qui attend sa dot. Elle me gifle. Une vraie gifle inattendue.

- Claire ! S’exclame Gabrielle, perplexe. Tu es folle !

- Tu la méritais celle-là !

- Pourquoi ?

- Ne fais pas l'innocent ! En plus, tu attendais ça depuis longtemps !

Je reste dans mon rôle.

- Fallait prévenir, chérie.

- Ne m'appelle pas comme ça !

Pas elle, visiblement.

- Pardon, Claire. Bon, allez, ça ira pour aujourd'hui. Merci à tous.

Les autres se retirent.

- Gabrielle, reste dehors, s'il te plaît.

- D'accord.

Elle referme la porte en partant. Je me retourne vers Claire.

- C’était quoi ça ?

Elle jette le scénario sur l'une des tables de la salle de classe.

Trois lignes sont entourées en rouge : « Choco, énorme, moche », sont les mots surlignés.

- C’est ça qui te pose problème ?

- Tu aurais pu me prévenir avant d’écrire ça ! Me lance t-elle, furieuse.

- Mais c'était pour rire !

- Moi, ça ne me fait pas rire ! J'en ai marre qu'on me dise ça !

- Mais Claire !

Elle s'en va.

- C'est pas vrai !!

Je sors et la rattrape.

- Je vais l'effacer, c'est bon, excuse-moi.

- Non, ça va.

- Claire, s'il te plaît !

Elle soupire.

- Ok. Mais, si tu changes ça, tu changeras bien autre chose...

Elle me montre le scénario.

- Cette phrase, je ne peux pas la prononcer. Et celle-là, elle ne veut rien dire. Quant à celle sur la partie 3, elle est en totale incohérence avec...

- Ok, ça va, ça va, j'ai compris. Tu n'aimes pas ton rôle, c'est ça ?

- Non, c'est juste que tu écris trop mal !

- Merci. Si c'est ce que tu penses, alors réécris tout toi-même.

- Je voudrais bien, mais je n'ai pas le temps !

- Ah bah ça, c'est ton problème, ma belle.

- C'est pas ma faute, je dois travailler ! T'as vu mes notes ?

- Je comprends, mais je peux t'aider si tu veux.

- Non, j'y arriverai.

- Tu es sûre ?

- Oui, je te dis.

- Tu ne veux pas nous quitter ?

- Arrête !

- Je rigole. Travaille, c'est le plus important.

- L'activité m'aide à évacuer le stress. C'est bien ce qu'on fait.

- Alors ?

Elle me sourit.

- Merci.

- Wow ! Il va pleuvoir ! À moins que tu ne sois malade.

- Idiot. La semaine prochaine, j'amène les costumes.

- Ok ! Et les cascades chez toi, ça donne quoi ?

- Hé, j'ai mon BAFA, je te rappelle.

- Ça ne veut rien dire ! Maëlle ne l'a pas et tu as vu comme elle est douée ?

- Oui, c'est vrai qu'elle est excellente.

- Ils devraient être prêts dans un mois. Oui, dans un mois, nous pourrons commencer à tourner. Ça va être génial.

- Oh oui !

- Tu joues bien aussi. Mais attention à ta diction.

- Je suis dyslexique.

- Quoi d'autre ?

- J'adore les films de cape et d’épée.

- C'est vrai ?

- Oui.

- Tu n'aurais jamais dû me le dire.

- Pourquoi ?

- Ça nous fait encore un point en commun.

- Ah !


À la fin des cours, je vais aux casiers pour la retrouver, mais elle n'est pas là.

J'attends. Cinq minutes passent et toujours personne, sauf Gabrielle.

- Hé, tu as vu Claire ?

- Non, elle doit être partie.

- Elle me l'aurait dit. J'espère qu'il n'est rien arrivé.

- Elle a dû finir plus tôt, c'est tout, ne t'inquiète pas.

- C'est pas normal.

Mon portable vibre dans la poche de mon jean. Je le sors. « Un nouveau message de Claire ».

- C'est elle !

« Je pourrais pas venir avec vous ».

- C'est bizarre, ça.

- Ça ne lui ressemble pas. Il est arrivé quelque chose.

- Elle est toujours là, alors ?

- Je ne sais pas. Elle a cours où ?

- C5.

- J'y vais ! Attends-moi ici.

- Mais j'ai mon bus !

- Alors je te tiens au courant !

- D'accord !


Je cours vers les salles C situées au troisième étage du bâtiment. Étage qui est vide. Enfin, presque. Deux jambes dépassent au loin. J'y cours et je la retrouve, assise en train de pleurer.

- Eh, qu'est-ce qu'il y a ?

- Mes parents veulent que je travaille plus parce que mes notes sont nulles ! Ils vont me couper Internet et la télé !

- Oh merde !

- Je pourrai pas tenir ! Et là, il y a les grosses connes de ma classe qui n'ont pas arrêté de me faire chier ! J'en ai marre !

Elle recommence à pleurer.

- Claire, tu t'en fiches de ce qu'elles disent ! Fais pas attention à elles.

- Mais c'est comme ça depuis l'an dernier ! J'en peux plus !

Je vois un paquet de cigarettes dépasser de son sac.

- Écoute, ignore ces poufs et travaille. Reste concentrée et détends-toi. Tu y arriveras comme ça.

- Je sais pas.

- Mais si. Et s'il y a un problème, je suis là.

- Je sais. Merci.

- Mais de rien !

Elle fouille son sac et sort son bulletin.

- Regarde : En professionnel, je n’ai la moyenne nulle part ! Et ils disent que je suis trop individualiste !

- Tant mieux ! Manquerait plus que tu ai l’intelligence de ces poufs !

- J’ai jamais eu de notes pareilles ! J’aurai jamais le BEP !

- Bien sûr que si ! Tu sais, j’ai des notes pires que les tiennes et je ne désespère pas, je m’accroche. Le tout, c’est de rester concentré en classe et de bien réviser le soir.

- Je peux pas, Charlène m'embête à chaque fois ! Et, quand elle fait une connerie, c'est toujours moi qui me fait engueuler ! J'en peux plus !

- Écoute-moi, tu ne dois surtout pas t'énerver contre eux. Ça ne ferait qu'empirer les choses.

- Alors je fais quoi ?

- Ne dis rien et laisse passer. Dis-toi que ça ira mieux après.

- Je ne peux pas faire ça.

- Mais si, tu y arriveras. Fais-moi confiance. Maintenant...

Je me relève et prends son sac. Je retire les cigarettes.

- Ça, non.

Elle hoche la tête.

- Allez, viens, je te raccompagne au bus.

Nous sortons et passons devant mon casier.

- Oh, attends, j'allais oublier...

Je déverrouille mon casier et en sors un paquet cadeau.

- Tiens… Joyeux Noël, Claire !

- Oh, merci !

Elle ouvre. C'est une fée aux ailes pailletées, robe bleue ciel, magnifique.

- Comme ça, tes vœux seront exaucés.

- C'est celle que je voulais... Comment as-tu...

- Tu n'as pas arrêté de m'en parler pendant un mois, ce n'était pas compliqué !

- Merci !

Elle me fait un gros bisou de remerciement.

- Mais je n'ai rien à t'offrir !

- C'est toi, mon plus beau cadeau.

Elle ne répond rien.

- Allez, tu as un bus à attraper.

Elle hoche la tête et s'en va. Je la regarde s'éloigner avec le sourire.

Elle est redevenue heureuse.

Mission accomplie !

Je sors mon sac d'internat et vais à mon tour vers l'extérieur du lycée pour prendre des vacances bien méritées et vivre un joyeux Noël.


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