Vétérans

Chapitre 6 : Dans les bois.

3950 mots, Catégorie: G

Dernière mise à jour 15/08/2026 19:34

Catherine avait fini par s'endormir. 

Les émotions de la veille étaient finalement doucement retombées, dans le calme du magasin et la fatigue engendrée par cette journée de stress s'était finalement abattue sur elle sans crier gare. 

Jérémy, lui, montait déjà fidèlement la garde. 

Il n'avait jamais été un gros dormeur, bien au contraire et l'angoisse de ne pas voir venir l'un des monstres affamés qui rôdaient dehors le tenait encore éveillé. 

Doucement, à l'extérieur, une aube timide avait remplacé le ciel obscur de la nuit. 

Il resta là, immobile encore durant de longues heures tandis que Catherine dormait toujours.  

Sous ses yeux, trois vélos dépassèrent le magasin. 

Il n'aperçut que leurs silhouettes, à présent bien équipées et se garda bien de faire le moindre bruit.  

Inconscient qu'en réalité, c'était Dorian qu'il regardait s'éloigner. 

Une heure et demie plus tard, Catherine émergea finalement, le corps endolori par cette nuit au sol. 

—  La vache... c'est pas beau de vieillir. 

Dit-elle en grimaçant, une main posée sur sa hanche. 

—  Qu'est-ce qu'on va faire maintenant ?  

Demanda Jérémy à qui la nuit n'avait de toute évidence pas porté conseil. 

—  On va ramasser quelques provisions... faut qu'on fasse le tour des bâtiments... Dorian était dans le coin. Il est peut-être quelque part dans le coin... caché. Je n'en sais rien et... j'ai pas vraiment d'autres idées. 

Elle commença à faire le tour des rayons, trouva quelques articles mais pesta davantage sur ce qu'il ne lui serait pas utile. 

Ils scrutèrent la rue dehors. 

Personne. 

Ils sortirent, doucement, sans faire le moindre bruit. 

Jérémy tourna la tête, puis lui asséna un léger coup de coude pour attirer son attention avant de lui montrer un magasin plus loin. 

Un Décathlon. 

Ils entrèrent dans le magasin, toujours sur leurs gardes et sur la pointe des pieds ils commencèrent à progresser jusqu'aux rayons qui les intéressaient.  

Lorsqu'ils arrivèrent dans l'allée camping, ils virent immédiatement qu'on avait dormi dans les tentes de présentation. 

Quelqu'un avait abandonné ses déchets sur le sol et plus loin... près des duvets ouverts.... 

Deux vestes... 

Deux vestes jaunes du service des postes... 

—  Dorian... 

.. Ça ne peut pas être une coïncidence... 

Lorsqu'il l'entendit prononcer ces mots, il revit passer les silhouettes à vélos et, presque instinctivement il comprit.  

Son visage se décomposa brusquement. 

Elle le remarqua. 

—  J'ai oublié de te dire... j'ai vu passer des gens à vélo ce matin... je ne les ai pas vus nettement... pas comme je te vois mais... ils étaient trois...  

Elle le regarda un moment, brusquement incapable de répondre quoi que ce soit, puis sans un mot elle commença à fouiller le reste des affaires qu'ils n'avaient pas emportées. 

Près des lits de camps, reposait une radio dynamo, Catherine remonta la manivelle vigoureusement, alors, l'appareil s'alluma sur le champ et une voix grésillante perça le silence du magasin. 

Catherine ajusta la fréquence, puis le volume.  

Un message passait en boucle sans jamais s'interrompre.  

"Dirigez-vous vers Saint-Germain-en-Laye, un camp de réfugiés a été bâti à la fête des Loges les lieux sont sécurisés, dirigez-vous vers la fête des Loges". 

Le plan venait de changer. 

 

La nuit avait été courte pour Richard et les autres. 

Sous la surveillance de Tantine, les tensions entre les deux groupes s'étaient rapidement apaisées et c'est naturellement que la conversation avait fini par s'engager. 

Plus tard, lorsque la vieille femme fut endormie, les jeunes étaient allés chercher une bonne bouteille de whisky ainsi qu'un sabot de cartes.  

Ils avaient passé la nuit à jouer, discutant des vies qu'ils tentaient de construire jusqu'à aujourd'hui.  

Pour eux aussi, le monde venait de basculer et pour la première fois depuis leur arrivée, ils lurent dans leurs yeux la même détresse qu'ils avaient vue naître dans les leurs.  

Ils se préparèrent rapidement puis commencèrent à scruter l'horizon.  

Il leur fallait trouver un chemin mais avant toute chose il leur fallait trouver un plan.  

Le regard de Richard dériva dans la rue tandis que sa réflexion l'emportait déjà ailleurs. 

—  La gare est loin d'ici ? 

—  Nan... pas trop mais faut traverser le centre-ville... et descendre toute la rue...vous risquez de croiser du monde. 

—  Faut qu'on rejoigne la gare. 

Dit-il tout en rangeant ses dernières affaires dans son sac. 

—  T'es sérieux là ? Parce que t'as pas l'air au courant mais... disons que le trafic est un petit peu perturbé depuis hier...  

Balança Red Jacquie presque inquiète. 

—  Justement... Les morts suivent les vivants. La gare, à cette heure-là, y aura peut-être quelques traînards... mais les quais seront toujours moins dangereux que les rues. Une fois sur les rails, on les longe. Pas de carrefours, pas de détours. 

Personne ne parla. 

Quelques minutes plus tard, ils étaient prêts. 

Ils remercièrent la Tantine, puis, se tournèrent vers le groupe de jeunes et quelque chose d'imprévu se produisit.  

Un premier jeune s'avança vers eux, la veille encore il était prêt à en découdre avec Stellina aujourd'hui il faisait le premier pas dans ce qui deviendrait peut-être un jour une relation de confiance. 

—  Bonne chance... faites gaffe dehors. 

Stellina tendit doucement la main, un sourire étira ses lèvres. 

Un autre avança. 

—  Tenez... c'est pas grand-chose mais va sûrement vous servir... 

Ils leur tendirent une batte de base ball, un pied de biche et un marteau, de quoi permettre à chacune d'elles de se défendre contre les créatures qui les attendaient à l'extérieur du bâtiment. 

Richard lui tenait déjà bien fermement son couteau de cuisine entre les mains. 

—  Ah oui... j'allais oublier... Tiens la nerveuse de quoi calmer tes nerfs.  

Lança à nouveau le jeune homme avec un léger sourire en coin tandis qu'il tendait un joint déjà roulé à Stellina qui ne put s'empêcher de rire elle aussi.  

—  On va se le garder pour les coups durs... on pensera à vous... prenez soin de vous. 

Ils acquiescèrent, puis ils ouvrirent la porte de la cave qui donnait sur l'extérieur. 

Le groupe s'élança rapidement à travers le parc qui entourait la cité, partout les corps se retournaient à leur approche, comme attirés par leur présence.  

Ils arrivèrent au bout de la rue et entamèrent la descente de l'artère principale de la ville.  

Les trottoirs étaient envahis. 

Tous étaient en alerte.  

Fendant la foule avec une agilité décuplée sous les effets de l'adrénaline, abattant leurs armes au sommet des têtes qui leur semblaient trop proches. 

Ils débouchèrent sur le carrefour.  

Les vivants avaient totalement disparu.  

Personne ne tentait plus de fuir et les corps qui déambulaient encore sur les trottoirs, devant les vitrines de ces restaurants pleins à craquer d'une clientèle aujourd'hui défunte. 

—  Là ! 

Cria Richard au reste du groupe.  

Devant eux, un pont ferroviaire traversait le centre-ville.  

Sur leur droite le bâtiment SNCF qui permettait de rejoindre les voies et tout autour... les mêmes. 

Partout. 

Toujours plus nombreux.  

Ils longèrent la rue en courant, esquivant encore et toujours. 

Ils sautèrent un portail métallique, puis remontèrent un escalier et enfin ils arrivèrent sur les quais.  

Quelques rôdeurs piégés se cognaient contre les grillages qui bordaient les chemins de fer, désireux de rejoindre la ville eux aussi. 

Ils passèrent rapidement près d'eux en courant et rapidement ils les distancèrent. 

Devant eux les rails ouvraient une route en apparence sécurisée par les grillages tout autour. 

 

André n'avait plus quitté sa cuisine que pour faire de rapides aller-retour dans la grange, comme pour s'assurer qu'il n'avait pas rêvé, une bonne centaine de fois. 

Laura n'avait plus changé, depuis qu'elle avait rouvert les yeux et chaque fois, à chacune de ses visites, elle n'avait cessé de se presser contre la vitre. 

À la télévision, les médias avaient parlé de ces gens morts qui dévoraient à présent les autres, encore vivants. 

André le savait, sa petite-fille était devenue l'une des leurs. 

Pourtant, il ne pouvait se résoudre à abréger ses souffrances, libérer son corps de cette faim inhumaine qui l'habitait désormais.  

Depuis ce matin, tôt dans la matinée, les allers et venues des voisins n'arrêtaient plus de les conduire jusqu'à sa porte. 

Il avait ouvert, les premières fois, et puis, il avait fini par ne plus se lever.  

Lassé de faire semblant. 

Depuis la table de la cuisine, il pouvait voir au travers de la fenêtre les gens qui désertaient doucement, sous les regards inquiets des anciens du village.  

Il ne tenta pas de les dissuader. 

Il n'essaya pas de rassurer qui que ce soit. 

Il se mit de nouveau à attendre sa fin, puisque celle du monde semblait déjà avoir commencé. 

 

Richard et les autres marchaient depuis des heures lorsqu'un train renversé leur barra les voies à l'entrée d'Achères. 

Plusieurs wagons s'étaient couchés en travers. 

Derrière les vitres fendues, des silhouettes demeuraient entassées les unes contre les autres, parfaitement immobiles. 

—  On contourne. 

Souffla Richard. 

Ils descendirent le talus et longèrent la rame sans parler. 

Jacquie avançait derrière lui lorsqu'elle posa le pied sur un morceau de métal. 

CLANG. 

Tous s'arrêtèrent. 

Dans le wagon, une main vint lentement frapper contre une vitre. 

Autour de lui, d'autres corps commencèrent à bouger. 

— Courez. 

Le verre éclata derrière eux. 

Les premiers morts tombèrent hors du train, bientôt suivis par d'autres. 

Plus loin, sur les voies, des silhouettes attirées par le bruit approchaient déjà. 

Richard aperçut une brèche dans le grillage. 

—  Par-là ! 

Ils se glissèrent dans une cour ferroviaire et coururent jusqu'à un petit local technique. 

La porte résista. 

Richard frappa la serrure avec sa barre, une fois, deux fois. 

Elle céda enfin. 

Ils se jetèrent à l'intérieur et poussèrent une étagère contre la porte au moment où le premier corps la percutait. 

Dans l'obscurité, ils restèrent appuyés contre le meuble, le souffle court. 

Dehors, les morts continuaient d'affluer. 

 

Il avait fallu de longues heures à Catherine et Jérémy pour parcourir l'enfer qui s'était étendu de la capitale jusqu'aux régions voisines. 

L'épidémie continuait de progresser et les uns après les autres les Hommes tombaient avant de se relever. 

L'après-midi était déjà bien entamée, lorsqu'ils arrivèrent à Suresnes. 

Ils suivirent les quais de Seine jusqu'au pont, de l'autre côté du fleuve, la ville s'effaçait brusquement derrière les arbres. 

Sans un mot, ils s'engagèrent sur la route de Suresnes et pénétrèrent dans le bois de Boulogne afin de s'éloigner de la foule qui grouillait derrière eux. 

Des barricades improvisées barraient la route par endroit, des militaires étaient installés près de chacune d'entre elles, arme à la main et des petits groupes, certainement des familles qui tentaient de fuir presque encore avec hésitation. 

Au loin, Catherine aperçut un premier corps à la démarche lente qui se dirigeait en titubant vers la route. 

Il y eut une détonation, un tir et le corps s'écroula. 

Quelques cris de paniques retentirent ensuite, alors, les survivants apeurés commencèrent à tenter de forcer le passage mais déjà un autre soldat fit usage de son arme. 

Il tira une seule fois. 

Droit vers le ciel. 

Et, tous se turent instantanément. 

— Dépêchons-nous... le bruit va sûrement en attirer d'autres. 

Lança Catherine avant de commencer à s'enfoncer dans le bois. 

Dix minutes plus tard, tandis qu'ils avançaient sur le chemin les premiers signes prédits par Catherine commencèrent à se faire entendre. 

Des craquements leur parvinrent. 

Des branches brisées. 

Ils se figèrent. 

Attentifs.  

Et bientôt, ils les virent... 

Les promeneurs sans vie s'approchaient, attirés par le bruit des coups de feu. 

Jérémy lui fit signe de le rejoindre derrière un gros arbre.  

—  Y'en a partout... 

Murmura-t-il en désignant les zones tout autour. 

—  On ne peut pas rebrousser chemin...  

—  On ne peut pas avancer non plus... 

Un mort les dépassa. 

Ils se turent et restèrent immobiles. 

Quand il se fut éloigné, Catherine indiqua d'un geste de la tête un chemin entre les arbres plus loin. 

Ils tentèrent de progresser prudemment, sautant d'arbre en arbre avec agilité, se dissimulant derrière leurs troncs épais, tandis que les autres marchaient encore tout autour. 

Ils empruntèrent un chemin secondaire, leurs pas trahissant leurs déplacements malgré leur discrétion et rapidement un premier marcheur finit par les entendre. 

Puis, il commença à les chercher, quittant la route que suivaient toujours les autres et emportant dans son élan certains de ses congénères qui le suivirent plus par réflexe que par volonté. 

Ils tentèrent de fuir mais partout, d'autres corps se dressaient et leur barraient la route.  

Et puis, sans vraiment s'en rendre compte, dans cette nouvelle tentative de survie ils avaient marché jusqu'à un coin jadis occupé. 

Là, ils avaient cru voir venir leurs dernières heures. 

Dans ce coin du bois, bien caché derrière la végétation demeuraient les restes d'un ancien camp un peu particulier. 

La vieille camionnette blanche siégeait au milieu de l'espace, plus loin quelques tentes, quelques débris, ce qui semblait avoir été un barbecue de fortune, constitué d'un vieux tonneau en métal et d'un morceau de grillage.  

Ici la misère semblait avoir pris possession des lieux bien avant la fin du monde. 

Et partout, de nouvelles silhouettes moribondes avaient commencé à se mouvoir. 

Ils étaient encerclés. 

Ils reculèrent doucement, jusqu'à venir s'adosser contre la carrosserie de l'imposant véhicule au centre du sous-bois, Jérémy tenta d'ouvrir la portière avant. 

Fermée. 

—  Y'en a partout... on est foutu... 

Dit-il alors que les corps se faisaient un peu plus proches à chaque seconde.  

Son regard glissa rapidement sur les environs, aucune issue... 

Et les morts avançaient. 

Un bruit métallique retentit derrière eux, ils sursautèrent et brusquement la portière latérale s'ouvrit d'un seul coup. 

—  Allez, montez ! Dépêchez-vous... 

Ils se jetèrent à l'intérieur et la porte se referma derrière eux, alors, doucement... des coups commencèrent à retentir sur le métal de la carrosserie.  

Ils étaient partout, autour de la camionnette.  

Catherine et Jérémy échangèrent un regard paniqué. 

—  Vous en faites pas... ils vont dégager la piste ! Si on la met en veilleuse quelques heures... ils vont finir par se barrer... Ça a été comme ça toute la journée hier.  

Ils restèrent silencieux pendant de longues heures. 

Catherine observait l'intérieur du véhicule aménagé, le lit, le coin cuisine, l'intérieur tout entier de cette mystérieuse inconnue qui vivait au cœur du bois de Boulogne. 

Puis, son regard glissa sur la femme, ses cheveux, son maquillage, ses vêtements... cette exubérance travaillée, qu'elle semblait entretenir, cette coquetterie... et bientôt elle aperçut des préservatifs... beaucoup de préservatifs. 

Elle comprit. 

—  Je crois que ça devrait être bon... 

Lança la Théodora. 

—  Merci... si vous n'aviez pas été là... 

— Laisse tomber... c'est normal j'allais quand même pas vous laisser crever devant ma porte ! D'ailleurs j'connais pas vos plans mais ... je crois bien qu'il se fait tard... ils ont été longs à se tirer les autres... vous pouvez rester là cette nuit si vous voulez... j'ai encore de quoi faire un petit truc à bouffer... si ça vous branche... c'est vous qui voyez. 

Ils acquiescèrent. 

 

Lorsque Dorian et les autres arrivèrent enfin à la fête des Loges, la désolation prit toute son ampleur. 

La gigantesque fête foraine qui était jadis vivante et animée semblait morte elle aussi. 

Tout le long des grilles des véhicules et autres pièces du décor avaient été placés tout autour des grilles dans l'espoir d'en fortifier les remparts.  

L'entrée principale avait été barricadée, un groupe de survivants attendait devant la porte en suppliant. 

Ils s'avancèrent jusqu'à eux. 

De l'autre côté de la porte un homme attendait l'autorisation d'ouvrir un vieux fusil à canon scié entre les mains. 

Deux hommes sortirent, tous deux armés également, ils observèrent chaque blessé pour s'assurer d'aucune morsure et finalement ils laissèrent entrer le groupe. 

À l'intérieur, les manèges étaient tous à l'arrêt. 

Certains chapiteaux avaient été réaménagés en tentes médicales, un gigantesque brasero trônait au centre et plus loin d'autres rescapés attendaient en file qu'on leur apporte de l'eau. 

Des tentes de fortune avaient été montées entre les attractions, on leur en attribua une. 

Autour d'eux, les gens s'affairaient à participer à la construction du camp. 

—  Vous êtes valides ? 

Lança un homme à la carrure impressionnante. 

Ils acquiescèrent d'un signe de tête. 

—  Alors venez par ici... on a besoin de bras pour déplacer le taureau mécanique. 

Ils le suivirent jusqu'au manège. 

Tandis qu'ils avançaient le regard de Dorian glissa sur la grande roue, au sommet, deux hommes étaient assis chacun dans une nacelle, une paire de jumelles à la main. 

L'endroit lui sembla sûr et pour la première fois depuis son départ d'Amiens... il se sentait enfin en sécurité quelque part.  

Pas complètement. 

Autour de lui, les voix avaient peu à peu remplacé les cris. 

 Quelqu’un riait près d’un brasero, un enfant courait entre deux tentes et, pour la première fois depuis longtemps, personne ne semblait regarder derrière son épaule. 

Mais, suffisamment pour souffler l'espace de quelques heures.  

Tout au long de la journée, il n'avait cessé de scruter les vagues de nouveaux arrivants dans l'espoir d'y apercevoir sa mère. 

La nuit commençait tout juste à tomber quand il abandonna son poste. 

Il rejoignit sa tente, Maxime et Lionel l'y attendaient déjà. 

—  Alors ? 

Il lança un regard triste et fatigué à Maxime allongé près de lui. 

— Merde...peut-être demain... 

Dorian ne répondit pas, il ferma les yeux et la fatigue fit le reste. 

Dehors, la fête s’était tue. Il ne restait plus que le crépitement des braseros et le souffle du vent dans les arbres. 

Un cri l'arracha à son sommeil.  

Lorsqu'il ouvrit les yeux, Lionel soulevait déjà le tissu de la tente pour en sortir.  

À l'extérieur, Les morts étaient entrés dans l'enceinte de la fête, la terre trop meuble s'était affaissée sous le poids des corps agglutinés tout autour. 

Ils avaient doucement creusé le sol de leur pas lent mais nombreux et quelque part le grillage avait plié. 

Un groupe d'hommes armés se précipita sur eux, tirant dans la horde sans qu'elle ne cherche à reculer une seule seconde. 

Ils reculèrent. 

Puis, un premier s'écroula. 

Il fut dévoré sous les yeux des autres qui s'enfuirent immédiatement.  

La foule en fit de même, désorientée, les sorties habituelles avaient toutes été condamnées et les morts rendaient la fuite difficile.  

Lentement, ils semblaient s'être propagés dans chacune des allées de la fête agrippant les survivants qui tentaient encore de sauver leur peau. 

—  Courez ! 

Cria Dorian aux deux autres pétrifiés. 

Tous trois s'élancèrent en direction de l'entrée et bientôt ils aperçurent la forêt.  

Lionel trébucha, il tenta de se relever mais déjà les morts l'avaient attrapé.  

Ils continuèrent de courir tandis que les hurlements de Lionel résonnaient derrière eux. 

Ils arrivèrent dans les bois. 

Les morts étaient partout. 

Derrière chaque arbre. 

Sur chaque chemin. 

Il ne leur restait que la nuit pour se cacher.  

Dorian scrutait l'horizon paniqué quand soudain Maxime se retourna sur lui et prit son visage dans ses mains, puis, il lui chuchota. 

—  Chut... Ferme ta gueule... on va se planquer... si on ne fait pas de bruit ils ne nous verront pas. 

Il lui indiqua un buisson du doigt.  

Dorian se glissa à l'intérieur, recroquevillé sur le sol humide de la forêt.  

Maxime fit de même en face. 

Les morts passaient... et ne semblaient pas les voir.  

Brusquement un groupe de cadavres s'attroupa sur le chemin entre les deux jeunes hommes, comme beaucoup moins actifs...  

Dorian lança un regard à Maxime dont il apercevait tout juste les yeux au pied du buisson face à lui. 

Le regard de Maxime glissa doucement sur les corps. 

La chair ouverte, le sang et... l'odeur de la pourriture. 

Il sentit son cœur s'emballer, son souffle s'accéléra il ferma les yeux, pourtant, il ne parvint pas à se calmer.  

Dorian plaqua sa main sur sa bouche pour maîtriser le bruit de sa respiration et inviter Maxime à faire de même.  

Il était déjà trop tard. 

Ils l'avaient entendu trembler dans les branches.  

Les morts le saisirent et le traînèrent en dehors du buisson, puis ils le dévorèrent sur le chemin de terre, juste sous les yeux de Dorian qui ne pouvait ni bouger, ni faire le moindre bruit s'il ne voulait pas connaître le même sort.

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