Le journal de Jakob Bellinstein
1er janvier
Cher journal,
Cela fait déjà 1 an que je t’écris tout ce que j’ai sur le cœur, j’espère que l’année prochaine je pourrais encore le faire.
2 janvier
Cher journal,
La pluie tombe et fait fondre la neige, tout s’efface et le blanc majestueux laisse place à la terne terre ocre.
Tout est calme, rien ne change.
Malheureusement.
5 juin
Cher journal,
Papa a fermé sa boutique, plus personne ne vient. C’est l’anniversaire de Mayka aujourd’hui, on l’a presque oublié. On a rien pu offrir.
14 juin
Cher journal,
Aujourd’hui, les légions allemandes ont fièrement défilé dans Paris même si personne n’est allé les applaudir. Savoir Hitler à Paris me donne la nausée.
18 juin
Cher journal,
Désolé de t’avoir laissé tomber ces derniers mois mais je ne savais plus quoi te dire, rien ne s’est vraiment passé depuis. Mais aujourd’hui tout va changer.
Ce matin j’étais à l’école, le Directeur est venu dans la classe et a allumé la radio, un homme parlait, il s’appelait le Général De Gaulle, jamais entendu parler, il disait que la France n’avait pas perdu la guerre et qu’il ne fallait pas se rendre. Mais que peut faire un homme, même un général contre toute l’armée allemande, contre un fou comme Hitler ? Rien, il ne peut rien faire.
Après ça, le Directeur a éteint la radio et il nous a dit :
- Les enfants, soyez prêts à affronter la dictature du Führer, dites adieu à la liberté et préparez-vous à souffrir. Moi, je démissionne et je vais rejoindre ce brave Général. Adieu.
19 juin
Cher journal,
A l’école tout le monde parle de l’appel de De Gaulle.
- Mon père va rejoindre la résistance.
- Ouah ! Eh bein il peut faire sa prière, mon père dit que la résistance sera écrasée en quelques jours.
- Ouais les Boches sont bien trop forts, mon père les adore.
- Et toi, Jakob, qu’est ce que t’en pense ?
- Ce n’est pas ma guerre, je ne suis pas un politicien.
- T’inquiète, ça ne tardera pas à te concerner, il paraît que Hitler a un plan pour les Juifs, on dit partout qu’il ne veut voir que sa race Aryenne qu’il dit “pure”.
- Laissons le temps faire les choses, tout peut encore changer vous savez, l’avenir n’est pas écrit.
- C’est ta religion qui te fait dire ça ?
- Non c’est moi qui le dit en temps qu’être humain et puis Hitler est un politique pas un fou, réfléchissez un peu !
- On a déjà réfléchi c’est bien ça le problème.
20 juin
Cher journal,
Dans le quartier, personne ne semble s’inquiéter car personne ne se sent concerné par cette guerre. Ils disent :
- Même si les Allemands prennent le pouvoir qu’est ce que ça changera ? Ils ont besoin de nous, ils ne peuvent pas nous jeter, non, il n’y a vraiment rien à craindre.
- Pff ! se battre ne sert à rien ! Les Français se sont fait battre comme des fétus de paille, ils comptaient tous gagner grâce à leur ligne Maginot mais les Allemands ne sont pas dupe et hop ! Ils sont passé par la Belgique !
- De toutes façons, Hitler ne peut pas gagner, il finira bien par arrêter de se battre.
- Oui quand il n’aura plus d’hommes !
- Eh non ! Il serait bien capable de les remplacer par des femmes !
- Laissez donc les choses se faire, il ne faut pas dramatiser, nous sommes Juifs pas Chrétiens, nous sommes Israélites pas Français, ce n’est pas notre guerre.
- Pas encore mais ça finira bien par l’être un jour.
25 juin
Cher journal,
La France s’est rendue officiellement cette nuit à 0 h 35, toutes ses forces armées sont démobilisées, Pétain a parlé à la radio pour annoncer la nouvelle, il a choisi de se rendre pour garder sauf l’honneur de la France. Un peu plus tard, De Gaulle a répondu à cette annonce pour dire que la France était désormais pillée et asservie. Pétain a t’il bien fait ? Je ne sais pas, ce n’est pas mon problème, l’avenir le jugera.
Les Allemands sont maîtres de la France, je ne me sens pas Allemand pour autant. Papa veut qu’on parte, maman veut rester, nous attendons de voir l’évolution des choses.
Tout peut encore aller mieux comme tout peut encore empirer davantage.
1er juillet
Cher journal,
Pas de vacances cette année, on reste à la maison.
10 juillet
Cher journal,
il y a maintenant 2 France,
L’une est Hitlérienne, l’autre est Pétainiste.
Mais aucune des 2 n’est française.
Finie la liberté, Pétain nous a quitté, il est parti se terrer à Vichy, il nous laisse tomber. Mais nous ne sommes pas seuls pour autant, nous avons Dieu. Heureusement.
3 septembre
Cher journal,
J’ai l’impression que la ville s’est vidée.
13 octobre
Cher journal,
Nous sommes devenus des chiens, maintenant on parle de nous en tant que “race juive” on nous retire l’accès au travail, les écoles nous sont fermées, nous avons des lieux où nous n’avons plus le droit d’accéder.
Seulement parce que nous sommes Juifs.
Bientôt nous serons hors-la-loi !
Sur nos cartes d’identité il est précisé notre statut, on doit aussi porter une étoile de David avec “Juif” écrit dessus.
Nous sommes devenus différents des autres.
A cause d’une religion.
C’est ridicule !
20 octobre
Cher journal,
J’ai mal au ventre, nous mangeons moins à cause du rationnement.
24 octobre
Cher journal,
Je suis tombé malade ces derniers jours, heureusement que le pharmacien nous a donné les médicaments secrètement sinon je serais mort. Nous n’avons plus le droit de nous soigner. Les Allemands veulent notre mort ou quoi ?
29 octobre
Cher journal,
C’est l’anniversaire de Josef aujourd’hui, dehors le froid commence à s’installer et les jours raccourcissent.
4 novembre
Cher journal,
Toi aussi tu es Juif à présent, fais attention à toi, les Allemands brûlent les livres écrits par les Juifs.
3 décembre
Cher journal,
Ce matin j’ai été réveillé par des aboiements de gros chiens, j’ai regardé par la fenêtre et j’ai vu 2 Allemands en train de briser les fenêtres des maisons du quartier, lorsque les gens sont allé les voir pour s’expliquer, les Allemands les ont mis en joue avec leur fusil. Un homme plus courageux que les autres a essayé de s’emparer de l’un des deux fusils. La balle lui a traversé la tête et il est tombé par terre en faisant apparaître une petite mare de sang. Les Allemands ont tiré en l’air et tous les gens sont rentré chez eux en courant et en hurlant, les soldats riaient en disant << JüdenSchweins !! >> ( Sales porcs de Juifs )
14 décembre
Cher journal,
Le froid s’engouffre par la fenêtre brisée, je n’ai pas de mouchoir.