VIRELLIA - livre 2

Chapitre 38 : Le Plongeon dans le Silence

3550 mots, Catégorie: T

Dernière mise à jour 04/09/2026 18:54

Le silence qui règne dans la pièce en dessous est plus assourdissant qu'un cri. C'est une pression physique qui fait bourdonner les oreilles de Vaelran. À travers les barreaux de la grille d'aération, la scène est d'une horreur clinique.


Les Cachots de la Résonance, conçus pour étouffer les échos corrompus, ont été transformés en un immense accumulateur. Des centaines de prêtres et de novices sont entassés, leurs corps formant une spirale humaine au fond d'une fosse dont les parois sont gravées de runes corrompues. Ils ne dorment pas ; leurs yeux sont ouverts, révélant un blanc laiteux, et leurs membres tressautent au rythme d'une pulsation invisible.


Au centre, la cage de verre de Seraphis agit comme un prisme. L'Oracle est suspendue dans le vide, sa robe de cérémonie flottant comme si elle était sous l'eau. Chaque fois qu'une onde de choc traverse la pièce, son corps se cambre, ses mains griffant l'air dans une transe de pure agonie.


— Regardez les gardes… murmure Seyla, la main crispée sur sa rune.


Postés aux quatre coins de la fosse, des Gardes Royaux ne bougent plus. Leurs armures étincellent, mais sous leurs visières relevées, ce ne sont plus des yeux que l'on voit : ce sont des puits béants. Ils ne surveillent pas les prisonniers, ils « aspirent » l'énergie de l'Oracle et la redirigent vers le plafond, créant un réseau de lumière noire qui sature le temple.


— Ils ne sont plus là, siffle Vaelran. Leurs consciences ont été aspirées pour servir de relais. Si on en touche un, on entre dans le réseau.


— « Oh, des miroirs d'ombres pour les alouettes ! » ricane Ingel derrière eux, son corbeau penchant presque la tête avec une curiosité morbide. « Ils ne voient plus le monde, Maître Solhen. Ils voient le Silence. Et le Silence déteste qu'on lui marche sur les pieds. »


Talyor déglutit, son visage blême reflétant la lueur bleutée de la fosse.


— On ne peut pas sauter là-dedans sans déclencher l'alarme. Dès qu'on brise le périmètre, Aziris saura qu'on est dans les geôles. Vaelran, regarde la cage… les charnières sont scellées par une vibration de haute fréquence. Si on ne l'annule pas, elle va griller quiconque s'approche.


Vaelran scanne la salle. Il sent l'épée de Silas vibrer dans son dos, comme si elle réclamait de se nourrir de cette énergie corrompue.


— On n'a pas le choix, tranche-t-il. Seyla, tu restes ici avec Kelvar. Vous couvrez nos arrières si les renforts de la garde arrivent. Talyor, tu viens avec moi. On va utiliser les chaînes de suspension pour descendre directement sur la cage de Seraphis. Ingel…


— « Moi ? Je vais aller discuter avec les ombres ! » s'exclame le moine en sortant une paire de ciseaux rouillés. « Maître Corbillat veut voir si leur reflet est aussi vide que leur âme. »


Tous échangent des regards décontenancés.


Le froid qui émane de la fosse est une morsure spirituelle. Vaelran ajuste la sangle de l'épée de Silas, sentant son ombre s'étirer et se fragmenter sous lui, impatiente de se détacher de ses bottes.


— Kelvar, c'est ton moment, chuchote Vaelran. Utilise ton Voile Miroir. Fais-leur croire que la fosse est vide, que rien ne bouge. S’ils captent le moindre mouvement sur les chaînes, on est grillés.


Kelvar s'avance au bord de la grille. Ses mains se parent d'une lueur sombre et changeante. Il tisse la réalité, projetant une image fixe des cachots, une boucle d'immobilité parfaite, aux yeux des gardes en bas. Pour eux, l'air au-dessus de la cage reste désert.


— Allez-y, souffle Kelvar, la sueur perlant sur son front. Je ne pourrai pas maintenir l'illusion si vous faites trop de boucan.


Vaelran ne répond pas. Il se laisse basculer dans le vide. En plein vol, son corps se divise en trois ombres distinctes. L'une saisit la chaîne de gauche, la seconde se téléporte directement sur le rebord de la cage de verre, et la troisième (le « vrai » Vaelran) atterrit sans un bruit, amorti par un tapis de ténèbres.


À ses côtés, Talyor déploie sa maîtrise de la gravité. Il ne tombe pas, il glisse. Il descend avec la légèreté d'une plume, son épée d'opaline vibrant doucement à sa hanche. Il se stabilise à un mètre au-dessus de la cage, flottant littéralement dans l'air saturé de magie noire.


— La vibration est insupportable, murmure Talyor, les dents serrées contre la nausée. On dirait que le verre va exploser.


En bas, l'Oracle Seraphis semble percevoir leur présence malgré sa transe. Ses yeux révulsés se tournent vers le haut, et un gémissement brise le silence de la fosse.


— Vaelran ! siffle Talyor. Les gardes ! L'un d'eux bouge !


Malgré le voile de Kelvar, la détresse de l'Oracle crée une ondulation dans le flux. L'un des gardes pivote lentement la tête vers la cage.


Vaelran réagit à la vitesse de la pensée. Il forge une lame d'ombre directement depuis sa paume et se prépare à se téléporter derrière le garde, tandis que Talyor lève son épée, prêt à libérer une lame d'air pour trancher les fixations de la cage.


Le garde s'immobilise, la main sur le pommeau de son épée. Sous son heaume, ses yeux vides sont fixés sur un point invisible. Il s'apprête à porter son sifflet à ses lèvres pour sonner l'alarme.


Il n'en a pas le temps. En haut, sur la grille, Seyla n'attend pas que la situation dégénère. Elle se fragmente en une fraction de seconde : ce n'est pas une chute, c'est une Dissolution d'Ombre.


Au moment où le garde prend sa respiration, Seyla se matérialise dans son dos, émergeant littéralement de l'ombre portée par la cage de verre. Elle frappe du plat de la lame d'une de ses dagues avec une précision chirurgicale à la base du crâne, là où le flux nerveux rencontre la volonté.


Le garde s'effondre dans ses bras, inconscient avant d'avoir pu émettre le moindre son.


Mais il reste les trois autres, postés aux angles de la fosse. Ils ont perçu l'anomalie. Seyla ne leur laisse aucune chance de comprendre. Elle se divise à nouveau, envoyant ses ombres glisser le long des parois humides. Dans une chorégraphie silencieuse et fulgurante, elle semble être partout à la fois, neutralisant les sentinelles une à une par des points de pression précis.


— Efficace, murmure Vaelran en atterrissant souplement sur le toit de la cage.


Talyor descend à sa suite, utilisant la gravité pour freiner sa chute jusqu'à flotter juste au-dessus du sol. Il observe les prisonniers dans la fosse qui commencent à relever la tête, sortant peu à peu de leur torpeur alors que la surveillance s'est éteinte.


— Seyla, regarde l'Oracle ! siffle Talyor.


À l'intérieur de sa prison de verre, Seraphis a cessé de trembler. Elle plaque ses mains contre la paroi, ses yeux fixés sur Seyla avec une intensité désespérée. La vibration qui scelle la cage change de fréquence, devenant un sifflement aigu qui fait vibrer les dagues de Seyla dans ses mains.


— La cage est verrouillée par une résonance harmonique, analyse Vaelran en effleurant le verre du bout des doigts. Si on brise le verre n'importe comment, l'onde de choc va liquéfier les organes de Seraphis à l'intérieur.


L'Oracle frappe contre la paroi, pointant du doigt les quatre piliers de pierre qui entourent la cage. Les runes y brillent d'un éclat maladif.


— Putain, Ilharan… pourquoi t'es hors jeu… C'est ton taf, ça, normalement, siffle Talyor en regardant vers les conduits d'aération.


L'absence d'Ilharan pèse soudain comme une chape de plomb sur les épaules de l'équipe. Dans cette fosse imprégnée de résonances tordues, son talent pour purifier les flux et stabiliser les barrières aurait transformé ce casse-tête mortel en une simple formalité. Mais là, face aux runes qui pulsent comme des veines malades, ils ne sont que des guerriers face à une serrure métaphysique.


Vaelran s'accroupit, observant les filaments d'ombre qui relient les quatre piliers au socle de la cage.


— Il n'est pas là, Talyor, et on n'a pas le temps de l'attendre, tranche Vaelran d'une voix glaciale. Seyla, regarde le flux. Ces piliers ne sont pas seulement des ancres, ils sont les poumons de la cage. Ils aspirent l'air et la magie pour maintenir la pression interne.


Seyla s'approche de l'un des monolithes. Elle sent l'obscurité qui s'en dégage, une vibration qui cherche à s'agripper à ses propres ombres. Les runes ne sont pas gravées dans la pierre ; elles flottent à quelques millimètres, alimentées par un courant constant.


— Si on détruit les piliers n'importe comment, la pression dans la cage va s'effondrer d'un coup, prévient Seyla. L'Oracle ne survivra pas à la décompression spirituelle.


Elle ferme les yeux, laissant ses ombres se diviser et ramper vers les quatre piliers simultanément. Elle peut sentir le point faible : une petite faille dans la fréquence, là où le flux d'ombre rejoint la pierre.


— Talyor, j'ai besoin que tu joues avec la gravité à l'intérieur de la cage, ordonne Seyla. Tu dois maintenir l'Oracle en suspension et compresser l'air autour d'elle pour compenser la perte de pression quand je vais trancher les liens. Vaelran, prépare-toi à la réceptionner.


Talyor déglutit, son épée d'opaline faisant résonner des vibrations dans sa main.


— Je vais essayer de créer un cocon de vent pressurisé… mais je n'ai jamais fait ça sur une personne vivante dans un bocal en verre, Seyla. Si je force trop, je l'écrase. Si je ne force pas assez, elle explose.


Un son léger se fait entendre : Kelvar saute dans la fosse, atterrissant avec la souplesse d'un prédateur. Ses mains ne quittent pas la fréquence du Voile. Il voit Talyor hésiter, la sueur au front, et Seyla concentrée sur ses quatre doubles d'ombre.


— Je m'occupe de la transition, siffle Kelvar. Talyor, ne te préoccupe pas de ce que tu vois à travers le verre, les reflets vont te tromper. Concentre-toi sur la pression. Je vais projeter un Voile Miroir Inverse à l'intérieur de la cage.


D'un geste complexe, Kelvar enveloppe visuellement l'Oracle. Pour Seraphis, le monde extérieur semble se figer, ce qui stabilise son rythme cardiaque. Pour Talyor, le Voile de Kelvar agit comme un filtre : il voit désormais les flux d'air et de magie sous forme de lignes de couleurs, lui permettant d'ajuster sa gravité avec une précision chirurgicale.


— C'est maintenant ! ordonne Vaelran, ses propres ombres ancrant le socle de la cage pour éviter qu'elle ne bascule.


Seyla ne perd pas une seconde. Ses quatre doubles, postés devant chaque pilier, lèvent leurs dagues de concert. C'est une extension de sa propre volonté, une symphonie de métal noir.


— Trois… deux… un… TRANCHEZ !


Les quatre lames de Seyla sectionnent les liens d'ombre dans un gémissement strident de métal torturé. Sous la violence du choc, les runes gravées sur les monolithes explosent en une gerbe d'étincelles pourpres.


La pression accumulée dans la cage scellée se libère d'un coup. Le verre éclate en une pluie de poussière scintillante qui s'éparpille dans le vide.


Privée de son sarcophage de cristal, l'Oracle s'effondre. Vaelran se téléporte au niveau du sol et la réceptionne de justesse dans ses bras. Mais à l'instant même où la barrière magique se rompt, le contrecoup de la décompression spirituelle se révèle impitoyable. Le corps frêle de Seraphis est secoué par une convulsion d'une violence inouïe. Le sang jaillit de ses narines et de ses oreilles, teignant immédiatement de pourpre les voiles impeccables de sa tenue de cérémonie.


— Non ! s'écrie Seyla en se précipitant à genoux près d'elle, ses dagues glissant sur les dalles.


Seraphis s'agrippe convulsivement au col de la jeune femme, ses doigts squelettiques s'enfonçant dans le tissu. Ses pupilles noires réapparaissent un instant à travers le voile de sa transe, injectées de petites veines sombres. Sa voix, autrefois si pure, n'est plus qu'un murmure râlant, déchiré par la fin qui approche :


— Le… le douzième battement… ne cherchez pas à l'arrêter… Aziris cherche la clé de la Suture… Trouvez-la avant lui… C'est…


L'Oracle pousse un dernier soupir haché. La tension dans ses mains s'évanouit d'un coup, sa prise sur le vêtement de Seyla se relâche. Ses yeux, devenus vitreux, fixent désormais le vide des voûtes.


Seraphis est morte.


Un silence de mort s'abat sur la fosse : lourd, poisseux, irrespirable. Talyor reste figé à quelques pas, les bras balants, la bouche entrouverte.


— Elle n'a pas terminé sa phrase, murmure Seyla.


— Non… elle… elle n'a pas tenu le choc, souffle Kelvar, le visage assombri par une amertume visible.


— On arrive trop tard pour elle, lâche Vaelran d'une voix délibérément dure pour masquer le trouble qui le gagne. Mais sa dernière parole nous donne au moins une direction.


Autour d'eux, les centaines de prêtres et de novices entassés dans la Fosse sortent brusquement de leur torpeur. La fin de la transe de l'Oracle brise brutalement le lien psychique qui les enchaînait. La panique commence à monter parmi les captifs : des murmures effrayés et des sanglots étouffés s'élèvent du fond du gouffre.


— Chut, chut, mes petites brebis ! siffle soudain Ingel en bondissant agilement au milieu des prisonniers. Le loup dort encore, ne lui sifflez pas aux oreilles !


Le moine fouille vivement dans les replis crasseux de ses guenilles et distribue des poignées de pastilles de Pavot de Lune pour calmer les plus agités. Il se précipite ensuite vers une grande dalle de granit descellée au pied d'un pilier, y insère la pointe de son levier en fer et fait jouer un contrepoids avec l'énergie du désespoir. La pierre pivote dans un grincement sourd, dévoilant un boyau sombre d'où s'échappe une bouffée d'air frais.


— C'est le chemin des collecteurs ! Ça mène hors des remparts, vers les jardins bas ! lance Ingel aux prêtres interloqués. Allez, ouste, filez ! Maître Corbillat et moi, on vous escorte jusqu'à la sortie !


La foule commence à s'agiter en désordre vers l'ouverture. Vaelran fait un pas en avant, sa haute silhouette athlétique et son regard émeraude coupant net le début de cohue. Sa voix, tranchante et sans équivoque, claque au-dessus des têtes :


— Le Roi Silas est mort. Il s'est donné la mort dans ses appartements. Ne remontez sous aucun prétexte. Fuyez Elarion par les souterrains tant que le passage est libre.


La nouvelle provoque un frisson d'effroi parmi les prêtres et les novices âgés qui se bousculent pour entrer dans le boyau.


Pourtant, au milieu de cette masse indistincte et apeurée, trois silhouettes restent un instant immobiles. Trois jeunes novices en tunique grise, à peine âgés de quinze à dix-sept ans, ne cèdent pas à la panique ambiante. Deux garçons et une jeune fille. Malgré la crasse et la torpeur dont ils émergent à peine, leurs postures trahissent une discipline rigide, instinctive.


La jeune fille redresse lentement la tête vers Vaelran. Leurs regards se croisent. Dans l'œil du Mentor banni passe une lueur de reconnaissance fugitive, un savoir muet : il sait exactement qui sont ces trois gosses-là. Les apprentis de la Couronne, les trois aspirants à la succession cosmique, piégés dans la fosse comme le vulgaire peuple qu'ils étaient censés apprendre à gouverner.


Un échange de regards muet mais d'une intensité folle traverse l'espace entre eux. La jeune fille échange un coup d'œil à peine perceptible avec les deux garçons à ses côtés. Aucun cri, aucune larme pour la mort de Silas. Juste un murmure rapide entre eux, une compréhension immédiate que la fin du Roi avançait l'échéance de tout ce pour quoi ils avaient été formés. L'un des garçons pose une main ferme sur l'épaule de la jeune fille pour la pousser doucement vers la dalle, l'encadrant pour la protéger de la cohue.


Vaelran ne dit pas un mot de plus. Il détourne le regard, scellant leur secret face aux autres.


— Ingel, tu te tires ? demande Talyor, pris au dépourvu par la manœuvre.


— Quelqu'un doit guider les aveugles, gamin ! répond le moine en esquissant un salut théâtral. Vous avez des dieux à tuer, moi j'ai des âmes à sauver !


Sous la conduite énergique d'Ingel, le flot des prisonniers continue de s'engouffrer dans le souterrain dans un silence désormais miraculeusement discipliné. Les trois jeunes apprentis s'y glissent à leur tour, la jeune fille jetant une ultime fois un coup d'œil par-dessus son épaule vers Vaelran avant de disparaître dans la pénombre. Le moine s'enfonce dans l'obscurité derrière le dernier novice et rabat la lourde dalle derrière eux.


— Au moins, ils sont hors de danger, note Seyla en se redressant lentement, le regard tristement fixé sur le corps sans vie de Seraphis.


— Kelvar, couvre le corps sous ton voile, ordonne Vaelran en rajustant son équipement. Que les gardes croient qu'elle est toujours là, en vie et sous emprise s'ils viennent vérifier la fosse. On remonte. Ilharan nous attend là-haut, et on a une chronique à empêcher Aziris de lire.


Kelvar plaque ses mains au sol, ses veines devenant sombres sous l'effort. Il déploie un Voile Miroir monumental. Pour quiconque regarderait depuis les galeries supérieures ou les conduits, la cage de verre semble toujours intacte, l'Oracle toujours en transe, et les gardes toujours debout à leurs postes. C’est une boucle d’illusion parfaite qui « rejoue » la scène d’avant leur arrivée.


— On ne peut pas rester, siffle Talyor en jetant un regard anxieux vers le plafond. Le Voile de Kelvar pompe toute son énergie, il ne tiendra pas dix minutes.


Seyla range ses dagues, son regard croisant celui de Vaelran.


— On remonte. Ilharan est toujours là-haut, vulnérable. On ne quitte pas ce Temple sans lui.


Profitant de la confusion des gardes à l'extérieur de la fosse, l'équipe s'élance vers les chaînes de suspension.


Seyla se fragmente, ses ombres saisissant les rebords pour hisser le groupe vers les conduits d'aération. Kelvar ferme la marche, reculant pas à pas tout en maintaining l'illusion de la fosse derrière eux.


Ils s'engouffrent à nouveau dans les boyaux, fuyant la zone des cellules juste au moment où un gong puissant fait vibrer les parois du Temple.


Sans attendre, Kelvar récupère Ilharan. Le groupe progresse avec une hâte fébrile dans les boyaux des conduits. Kelvar, les muscles saillants, porte le disciple d'Aegis sur son dos, tandis que Talyor utilise une légère pression de gravité pour alléger leur course.


Vaelran se place finalement en retrait à l'arrière ; ses mouvements sont saccadés, presque erratiques. Dans son dos, l'Épée de Silas irradie une froidure de tombe, mais c'est contre son flanc que la véritable menace s'agite : le Bréviaire. Le livre, enfermé dans sa sacoche de cuir, semble brûler à travers le tissu. Vaelran entend les pages se tourner toutes seules dans son esprit, une litanie de promesses de pouvoir et de néant qui cherche à briser sa volonté.


— Vaelran ! siffle Seyla en se matérialisant à ses côtés. Tu ne l'écoutes pas, n'est-ce pas ?


— Il… il hurle, Seyla, grogne Vaelran, les dents serrées au point de les briser. Il veut que je l'ouvre.


Ils débouchent enfin sur une corniche extérieure, dissimulée par les arches de l'aile Est. Kelvar porte toujours Ilharan, toujours inconscient, fermement calé sur son dos. L'air frais du soir les frappe de plein fouet, mais en bas, la cité d'Elarion ressemble à une mer d'automates marchant vers le centre au rythme mécanique du battement.


Alors que l'équipe s'apprête à bifurquer vers les jardins suspendus pour se dissimuler, une explosion de vapeur et d'eau purifiée retentit au pied des réservoirs, quelques étages plus bas. Dans le nuage de brume, cinq silhouettes émergent brusquement.


— Lynara ? lâche Seyla, ses dagues s'abaissant par réflexe sous la surprise.


En bas, le groupe se redresse instantanément. Lynara est en position défensive, ses dagues d'air crépitant à ses poignets. Kaelis se tient droite à ses côtés, son aura brillant comme un phare dans la nuit, entourée de Nerion, d'Eshan et d'une Kaelren couverte de suie et de poussière.


Les deux équipes se font face à travers la hauteur des terrasses. Les retrouvailles s'opèrent dans un silence lourd, pesant, précarisé par la perte de l'Oracle, le suicide du Roi et la ruine imminente qui s'étend sur toute la région.



La suite lundi entre 18h30 et 21h...

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