Résister

Chapitre 7

1654 mots, Catégorie: T

Dernière mise à jour 24/06/2026 09:22

Ils reviennent séparément à l’hôtel, Michel est avec François. A peine rentrent ils que Jeanne, la gérante, va vers eux affolée.

- Monsieur, un malheur est arrivé à Paomier, je l’ai allongé en bas, il a perdu beaucoup de sang.

François descend au sous-sol sans dire un mot, il se précipite au chevet de Paomier, ce dernier a le visage blême et une plaie béante saignant du côté droit de son torse.

- Que t’est t’il arrivé Pierre ?

- Je suis parti à la réserve ennemie pour prendre des vivres mais ces connards m’ont pris sur le fait, j’ai couru mais une balle de fusil m’a rattrapé, j’ai vraiment pas été malin.

- Pourquoi tu ne m’a rien dit ?

- Je savais que tu ne voudrais pas que j’y aille, mais je devais, je n’en peux plus de voir les autres mourir de faim.

- Moi non plus, c’est pour cela que nous agissons, ensemble.

- Je n’ai pas été égoïste, juste têtu, comme toujours.

François regarde la blessure et soulève le pansement mais Paomier reconduit sa main.

- Laisse là, mon heure est venue.

- C’est injuste.


François revient dans la grande salle au sous-sol, le visage vaincu. Neuvy va vers lui, il s’affaisse, Neuvy le retient, il regarde les autres.

- Il est mort.

- Tous les visages s’assombrissent.

- Repartez chez vous, repartez.

Ils obéissent en silence.

- Michel.

Il se retourne.

- Reste un instant je te prie.

Il va vers lui.

- Tu rentre chez toi ?

- Oui. 

- Tu peux rester ici si tu le souhaite, tu y serais plus en sécurité.

- Je ne veux pas te perturber.

- Ce n’est pas le cas.


La journée passe lentement, il n’y a rien à faire à part penser, réfléchir, se souvenir du passé. François ne parle pas beaucoup, il est très perturbé.

Michel est très fatigué, tant physiquement que mentalement, il sent que la guerre le consume comme un mauvais cancer, il ferme les yeux.

Marie.

- Réveille toi mon ami, nous reprenons du service. Des frères on besoin de notre aide, ils comptent sur nous pour récupérer des container d’armes et de marchandises cette nuit.

- Pourquoi ne peuvent ils pas le faire ?

- Il sont à Bordeaux, l’avion ne peut pas survoler la ville, il passera près de nous, nous récupérerons tout pour eux.

- Je ne le sens pas ce plan.

- Personne. Mais refuser cette mission ce serait refuser de résister.


Le soir venu tous les autres reviennent pour être mis au courant de la mission.

- Cette nuit à trois heures environ, un avion larguera 18 containers dans un champ situé aux environs de Sarliac. 8 contiendront des armes et des munitions, les 10 autres contiendront des vivres destinées au marché noir. La présence ennemie étant faible dans ce secteur nous ne devrions pas rencontrer d’ennuis, mais restez sur vos gardes ! Comme toujours faites aussi très attention lorsque vous quittez la ville à cause du couvre-feu. Maintenant voici les noms de ceux qui participeront à cette mission : Neuvy, Saclaute, Guibert et Chavagnac.

- Tu ne viens pas ? demande Michel étonné.

- Non, d’autres affaires retiennent mon attention.

- Qui dirigera le groupe alors ?

- C’est toi.

- Moi ?

- Tu a toutes les qualités requises.

- Si tu le dis.

- Est-ce que quelqu’un s’oppose à ce choix ?

Personne ne donne signe de désaccord.

- Parfait. Bonne chance à tous. Rompez.

Michel reste sur place à réfléchir, François le rejoint.

- Je sais ce que tu te dis : est-ce que je suis à la hauteur ? Prendrais-je les bonnes décisions ? Je suis passé par là.

- Ai-je tort de me poser toutes ces questions ?

- Non, cela prouve que tu réfléchis, et donc que tu a envie d’agir, que tu es courageux.

- Où va tu ?

- Je ne peux pas te le dire, c’est…c’est personnel.

Il y a un silence, puis François reprend.

- Quand vous aurez terminé, rentrez tous chez vous, tu me rendra compte par téléphone.

- D’accord.

- Va donc leur parler, mieux vaut qu’ils t’apprécient si tu veux qu’ils t’obéissent.

- Oui.

- Michel…

Il se retourne.

- Paomier a vu en toi celui que j’étais en créant ce mouvement, c’est pour cela que je t’ai choisi.


La pluie est battante sur la route, le ciel semble s’être déchaîné, la visibilité est réduite.

- Tu pense qu’ils vont quand même larguer la marchandise ici ?

- Bien sur, l’enjeu est trop important, et puis ils n’auront jamais une autre occasion.

- Ça ne va pas être facile de bosser avec un temps pareil.

- Moi ça me motive, on a connu pire avec François. Une nuit il pleuvait tellement que les rues de Périgueux étaient inondées, les égouts débordaient ! et nous étions en plein affichage, c’était dans nos premières actions.

- Vous avez réussi quand même ?

- Non, nous n’avons gagné qu’un bon rhume cette nuit là.

- Que ferons nous des container ? on ne peut pas tous les transporter.

- On les vide et on les cache dans la foret, ce sera rapide, deux minutes par container environ.

- Pourvu que la pluie soit notre seul ennemi.

- Sois en sur, seul le résistant prendrait la folie de sortir si tard par un temps pareil, le Bosch reste tranquillement au chaud une bouteille à la main et pense aux jeunes allemandes de son pays.

- Et nous à quoi devons nous penser ? demande Michel.

- A rien. Il y a tant à penser, répond Neuvy.

Michel regarde la route devant lui.


Ils arrivent enfin sur les lieux, l’averse a mutée en pluie fine.

- Il ne devrait plus tarder, dit Michel consultant sa montre.

Un faible bourdonnement se fait entendre au loin.

- Le voilà.

Le bourdonnement se rapproche, une grosse forme apparaît au cœur de la nuit. 18 petits cylindres sont parachutés, ils s’écrasent sur tout le périmètre de la zone convenue.

- Allez au boulot les gars ! ordonne Michel.

Tout le monde s’affaire sur les cylindres, ils les ouvrent, y prenne tout ce qui s’y trouve pour l’entasser dans les voitures puis prennent les cylindres par les poignées pour les emmener dans la foret.

- Nous prendrons une route discrète pour revenir, il faut absolument échapper aux patrouilles.

Les minutes passent tandis que les autres containers sont vidés.

- Allez les gars, courage, c’est presque terminé.

L’averse recommence.

Le dernier container est caché.

- Allez on rentre.

Ils retournent aux voitures, des voix s’élèvent, des voix allemandes.

Une dizaine de soldats surgissent de la foret et ouvrent le feu.

- Aux voitures vite !!

Ils rejoignent les véhicules et démarrent en trombe.

- Par la foret c’est notre seule chance.

A peine tournent ils qu’ils se trouvent face aux allemands, l’un d’eux tire avant de se faire écraser, le pare-brise a des impacts.

- Fonce !

Neuvy percute deux soldats de plus dans sa course, la voiture s’engage dans la foret.

- Je n’y vois rien avec ce pare-brise !

Il conduit à l’aveugle, les arbres sont proches, trop proche. Il finit par en percuter un.

Michel sort secoué et légèrement blessé, il aide Neuvy à sortir. Ce dernier a le visage en sang.

- Tiens bon on va s’en tirer.

Ils entendent des aboiements.

- Tirons nous !

Ils courent dans la foret mais leurs blessures les ralentissent, les chiens se rapprochent, Michel prend son arme et tire, il en abat un, puis un autre arrivant de face, le troisième le surprend sur le côté et lui bondit dessus avant qu’il n’ai pu agir, il se débat, un tir dans la nuit, la bête s’effondre.

- Merci Neuvy.

- Ne traînons pas.

Il l’aide à se relever et ils reprennent leur marche. Ils entendent des cris de torture, poussant les broussailles ils voient Guibert et Saclaute. Guibert est au sol, roué de coups de pieds tandis que Saclaute est sur un arbre, crucifié.

- J’ai fait ce que vous vouliez ! hurle Guibert.

- Et nous vous en remercions, mais cela ne change rien à la situation. Où est le chef ?

- Si vous ne l’avez pas trouvé vous ne le trouverez jamais. En plus, ce n’était pas le chef du groupe qui était là mais un autre, son bras droit, Michel Chavagnc.

- Chavagnac.

- Le vrai chef est resté au quartier général.

- Où se trouve t’il ?

- A Périgueux, l’hôtel de la paix, le 5 de…

Il ne termine pas sa phrase, une balle lui transperce le front, il s’écroule inanimé.

Derrière les buissons Neuvy garde son arme en main.

- Voilà pour les traîtres.

Les soldats se séparent pour fouiller, Michel et Neuvy surgissent sur la clairière déserte, Michel manque de vomir en voyant Saclaute.

- Viens, dit Neuvy en le prenant par le bras.

Ils quittent la foret, les voitures allemandes sont là, ils en prennent une, démarrent et quittent enfin cet enfer.

- Retournons au quartier général, dit Michel. Il faut absolument prévenir François et les autres.

- C’est exactement ce que je comptais faire, répond Neuvy en accélérant.




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