D-Day
MARDI 6 JUIN 1944
7 H
SECTEUR DOG WHITE
OMAHA BEACH
La barge d’infanterie avançait à travers la mer démontée, ses moteurs rugissaient tel un monstre luttant pour se débattre parmi tout cet enfer aquatique.
Dans cette barge il y avait 20 soldats. Tous avaient la peur aux tripes, beaucoup d’entre eux dégobillaient sur le sol métallique du véhicule de débarquement, les autres se retenaient en tremblant un peu plus chaque fois qu’il entendait un obus s’écraser bruyamment dans la mer. Parmi tous les soldats de cette barge se trouvait James Sawyer. James avait été amené ici sans vraiment savoir pourquoi.
Il avait été intégré dans la 29émé division blindée de l’armée d’infanterie des
États-Unis d’Amérique et il serait le Capitaine de la compagnie Bravo. Quel honneur !
Sa mission consistait à rejoindre la ville de Vierville pour y repousser les forces de l’axe, lui et son groupe devraient traverser la plage d’Omaha jusqu’à atteindre le point de sortie « dog White » une fois ce point atteint tout le monde serait en sécurité.
Une mission bien plus simple à dire qu’à faire.
James leva la tête pour voir ce qu’il se passait à l’extérieur.
Il y avait des tirs en continu, les obus pleuvaient et frappaient la mer dans un bruit assourdissant. Il y avait 10 autres barges autour de celle où se trouvait James, tout ce groupe de barges formaient la seconde vague d’assaut, la première ayant touchée terre une demi-heure auparavant. Et les nouvelles n’étaient pas rassurantes, le premier groupe s’était fait laminer, les pertes étaient énormes et le nombre de blessés considérable. L’enfer sur Terre.
Et c’est bien là-bas que James et les autres allaient.
Un obus percuta une barge, les flammes dévorèrent hommes et ferraille, quelques soldats se jetèrent à l’eau pour échapper aux flammes qui leur parcouraient le corps, hélas, la mer démontée avait vite fait d’épuiser leurs efforts de lutte et de les noyer, surtout avec le poids de l’équipement qu’il portaient sur eux. Un bien lourd fardeau.
Ce qui avaient réussi à délaisser leur pesant paquetage n’eurent pas le temps de crier victoire, un obus s’écrasa sur eux, du sang jaillit tel un geyser, James en reçut sur son visage, les autres soldats embrassèrent la croix qu’ils portaient en médaillon autour de leur cou et prièrent. C’était bien la seule chose à faire.
James prit sa gourde et but une gorgée d’eau. Peut-être que cela l’aiderait à vivre un peu plus longtemps.
L’eau de mer était noire à cause de la poudre des obus, les remous l’avait repoussée au large, à d’autres endroits elle était rouge sang.
James vit défiler sur l’eau une vingtaine de corps dont certains étaient criblés de balles, d’autres avaient des membres arrachés comme les bras, les jambes, et parfois la tête, ils passèrent tranquillement devant James, le spectacle dura 10 secondes à peine mais il avait suffi à amplifier la peur de chacun. James ne pû se retenir, il cracha à la mer une gerbe de vomi, dans la barge, il pataugeait dans celui des autres.
Le tir continu sur la plage lui donnait une migraine effroyable en plus d’un désagréable tremblement nerveux, mais il tenait bon (où du moins il essayait). L’air salé lui montait aux narines, James savourait l’odeur car une fois débarqué, elle serait toute autre.
Il leva les yeux, le ciel était vraiment très sombre, dommage, le soleil aurait donné un peu d’espoir. Il vérifia que son pistolet mitrailleur M1 était chargé, il avait intérêt à l’être, il en aurait bien besoin aujourd’hui. Tout son équipement lui donnait chaud mais malgré cela, des frissons glacials lui parcouraient l’échine. Frissons de mort.
Le conducteur de la barge annonça :
- Dégagement de la rampe dans 30 secondes, que Dieu vous protège !
James se redressa et dit aux soldats :
- Volets sur bâbord et tribord, avancez vite et évitez les trous de mortier, je veux voir plein d’espaces entre chaque hommes, 5 hommes groupés c’est une occasion, 1 homme abattu c’est du gaspillage de munitions. Protégez vos armes du sable, je veux des actions nettes. On se retrouve sur la plage.
Au fur et à mesure que la barge se rapprochait de la plage le bruit se faisait plus assourdissant, les tirs d’obus frôlaient dangereusement la barge, les soldats étaient éclaboussés mais cela ne les préoccupaient pas, toute leur attention était braquée sur la rampe devant eux, dans quelques secondes elle s’abaisserait et alors, la guerre commencerait. La fin était proche.
C’était le calme à bord, quelques soldats éternuèrent nerveusement, les respirations de chacun se faisaient de plus en plus haletantes au fur et à mesure de l’approche.
Les oreilles de James commencèrent à bourdonner.
Ca ne s’annonçait pas bon du tout.
La barge ralentit.
Le pilote donna le signal avec son sifflet.
La rampe s’abaissa.
Le combat pour la survie pouvait commencer.