ArcHunters

Chapitre 9

3521 mots, Catégorie: K+

Dernière mise à jour 13/06/2026 13:01

Comme d'habitude, Hiroshi était parmi les premiers à arriver au bâtiment de l'organisation, généralement avant l'aube, ce qui amenait certains à se demander s'il dormait seulement. Une fois vêtu de sa tenue de sport – un simple t-shirt blanc, un pantalon et des baskets – Hiroshi se dirigea vers la salle de musculation mise à la disposition des chasseurs pour maintenir leur forme physique. Les mains bandées comme celles d'un vrai boxeur, Hiroshi effectua son entraînement quotidien. Tel une véritable machine de guerre, il frappait le sac de frappe avec une vitesse, une puissance et une dextérité que bien des combattants de MMA envieraient. Les coups résonnaient dans la pièce déserte et, à mesure que les secondes s'égrenaient, le jeune homme augmentait la cadence de ses frappes, plus que jamais déterminé à faire mieux, à frapper plus fort et à montrer à tous ce dont il était capable.

« Tu n'es qu'un moins que rien ! Tu l'as toujours été ! »

« Hé, regarde, c'est le petit Hiroshi ! Alors, gros bébé, tu vas pleurer pour ta maman ?! »

« Si seulement tu n'étais jamais né… »

Tandis qu'il frappait avec force et fluidité, ces phrases, tranchantes comme des lames de couteau et semblant venues d'un passé lointain, refirent surface dans l'esprit d'Hiroshi, le faisant grincer des dents. Une rage intérieure dévorante se manifesta, le poussant à amplifier la puissance de ses coups.

_ "Je vais leur montrer", se dit-il. "Un jour, ils verront tous que je n'ai jamais été faible !"

Son aura spirituelle, alimentée par l'intensité de sa colère, doubla soudain de puissance, et un seul coup suffit à déchirer le sac de frappe, qui se détacha du plafond et fut projeté contre un mur. Le front ruisselant de sueur, respirant comme un taureau enragé, mais parvenant à contenir son ardeur, Hiroshi expira profondément, ayant enfin chassé ces voix du passé en libérant sa fureur lors de cette intense séance d'entraînement. Il lui faudrait cependant encore acheter un nouveau sac de frappe pour remplacer celui-ci. Retournant à l'un des bancs, Hiroshi prit sa bouteille d'eau, but une gorgée et s'assit quelques instants pour reposer ses bras, toujours l'air sombre. Sa dernière confrontation avec Yuna Watanabe et la façon dont elle l'avait ouvertement menacé de mort le hantait encore, même s'il ne l'avait pas laissé paraître au début.

_ "On verra, Watanabe… On verra qui tuera qui en premier…" grogna-t-il haineusement entre ses dents serrées.

_ "Tout va bien, Hiroshi ?" demanda une voix féminine timide.

L'homme se retourna et vit une jeune femme d'environ dix-sept ou dix-huit ans qui venait d'entrer dans la salle de musculation. Elle était menue, avec un visage délicat, de longs cheveux bruns et raides qui lui tombaient dans le dos et sur les épaules, et des lunettes carrées sur ses yeux marrons. Son expression, à la fois timide et inquiète pour Hiroshi, s'approcha lentement du banc. Il la connaissait bien. Elle s'appelait Megumi et appartenait à une importante famille de chasseurs d'esprits affiliée à l'organisation, les Nakamura. Bien qu'elle paraisse fragile et vulnérable, et pas particulièrement forte physiquement, Megumi compensait par un talent rare pour les rituels de purification et de protection, et même pour la conception de talismans utiles à la chasse.

_ "Ce que je fais te regarde pas, Megumi", répondit Hiroshi d'un ton froid et distant, tout en prenant une autre gorgée d'eau de sa gourde.

Connaissant bien le caractère d'Hiroshi, Megumi choisit néanmoins de continuer à lui sourire et se rapprocha même, faisant preuve d'une nature douce et bienveillante envers ses compagnons chasseurs. Elle fouilla ensuite dans son sac et en sortit un petit chapelet qu'elle avait confectionné elle-même, qu'elle déposa sur le banc à côté d'Hiroshi. L'homme jeta un coup d'œil à l'objet, un peu méfiant, puis fixa la jeune femme.

_ "Je peux savoir ce que tu fous, Megumi ?" demanda-t-il froidement. "Qu'est-ce que tu veux ?"

_ "Juste t'aider", répondit-elle honnêtement et calmement.

_ "Ah ouais ? Et qu'est-ce qui te fais croire que j'ai besoin d'aide ?" demanda Hiroshi avec un certain mépris.

_ "Pas besoin d'être devin pour le savoir", dit Megumi sans jugement. "Tu es un chasseur très doué, Hiroshi, l'un des plus puissants d'entre nous, et pourtant tu passes ton temps à traiter tes alliés comme des ennemis… Tu n'es pas obligé de mener ce combat seul, et si tu as besoin de parler, je…"

En signe de soutien, empreinte de sa bonté naturelle, elle tendit la main pour lui toucher le poignet, mais d'un geste brusque, l'homme la repoussa, refusant même de la regarder.

_ "Je sais ce que j'ai à faire, alors mêle-toi de tes affaires, compris ?!" lança-t-il d'une voix sombre et abrupte.

Déçue, voire triste mais compréhensive, Megumi n'insista pas et, après avoir légèrement hoché la tête, décida de le laisser tranquille, se retirant sans un mot de plus. Hiroshi, le visage sombre, la regarda quitter la pièce. Pour qui se prenait-elle, à lui faire la leçon ? Il n’avait besoin de personne… Alors qu’il s’apprêtait à reprendre ses entraînements, il remarqua le chapelet que Megumi avait laissé, toujours posé sur le banc…


*****


DONG !

Alors qu'il dormait profondément, Arthur fut brusquement tiré du sommeil par le son puissant d'un gong qui résonna dans ses oreilles. Après avoir bondi au plafond de surprise, encore ensommeillé, il se frotta les yeux et réalisa qu'il était toujours dans la petite pièce qui lui servait de chambre. Le jour s'était levé, les rayons du soleil matinal filtrant à travers les rideaux.

_ "Allez, debout, jeune chasseur en herbe. L'avenir appartient à ceux qui se lèvent tôt", dit une voix, celle de la grand-mère de Yuna.

Vêtue d'un kimono d'intérieur très élégant, elle adressa au jeune Français un sourire bienveillant et parla d'une voix douce malgré la brutalité du réveil.

_ "Euh… Bonjour…" balbutia Arthur, encore surpris et fatigué, les oreilles tremblantes. "O-où est Yuna ?"

_ "Oh, elle est réveillée depuis un moment déjà", répondit la grand-mère d'un ton désinvolte en reposant le gong dans un coin. "Elle s'entraîne au dojo familial, où tu la rejoindras plus tard. En attendant, Kensuke t'attend au salon pour ton premier cours théorique."

_ "Et… le petit-déjeuner ?" demanda Arthur.

_ "Comme on dit, après l'effort le réconfort", cita la grand-mère.

Arthur aurait dû s'en douter, même si cette réponse le fit grimacer à l'idée de ne rien manger avant son entraînement. Il s'y résigna néanmoins, ne voulant pas risquer que Yuna fasse irruption et le tire du lit de force. Il s'habilla puis descendit au salon. La grand-mère, quant à elle, retourna à son atelier, d'où Arthur crut parfois entendre de petites explosions. En poussant la porte coulissante du salon, Arthur trouva Kensuke absorbé par la prise de notes sur son ordinateur portable. Il avait préparé des piles de fichiers, contenant sans doute la matière des prochains cours théoriques.

_ "Bonjour Arthur", le salua Kensuke en levant à peine les yeux de son écran, et il lui fit signe de s'asseoir en face de lui. "J'espère que tu as faim, parce que tu vas bouffer de la théorie."

Arthur, encore un peu groggy, préféra ne pas commenter la formulation plutôt douteuse de son « professeur » et s'assit en tailleur sur le tapis confortable. Il attendit patiemment quelques secondes qui lui parurent une éternité, essayant de penser à autre chose qu'à son envie de petit-déjeuner, jusqu'à ce que Kensuke ait fini d'écrire.

_ "Bon, comme tu le sais déjà, il existe trois Arcs : le cosmique, le terrestre et le tellurique, ainsi que la dimension de l'Éther qui relie tous ces plans d'existence entre eux", expliqua finalement Kensuke en levant les yeux vers Arthur. "Mais aujourd'hui, pour cette première leçon, tu vas découvrir les entités qui habitent l'Arc Tellurique. Certaines sont faibles, comme les charognards que tu as déjà rencontrés, mais d'autres représentent des menaces bien plus sérieuses. Je vais te révéler toute une hiérarchie d'importance et de danger : les entités répertoriées par l'organisation, le niveau de menace qu'elles représentent, comment les identifier ou les pressentir avant même de les voir, et bien sûr, les meilleurs moyens de t'en débarrasser et ce que tu ne dois absolument pas faire en leur présence. Tu me suis ?"

Bien qu'il n'ait jamais été un grand amateur de cours théoriques à l'école, Arthur commença son premier « cours » avec Kensuke comme professeur. Pendant une bonne partie de la matinée, Arthur écouta attentivement les explications de Kensuke concernant les différentes entités identifiées et répertoriées par l'organisation au fil des siècles. Arthur connaissait déjà les Charognards, des esprits humains corrompus qui parviennent à revenir dans le monde des humains et cherchent à se réincarner en dévorant des âmes. Ces entités sont assez faibles et faciles à détruire, et leur seule véritable menace réside dans leur nombre.

Arthur découvrit également l'existence d'autres entités telluriques comme les Chiens de l'Enfer, des esprits maléfiques à l'apparence canine, censés être nés des esprits de chiens morts dans d'horribles souffrances. Selon Kensuke, ces créatures seraient bien plus dangereuses en groupe et facilement repérables à cause de l'odeur nauséabonde de putréfaction et de soufre qu'elles dégagent. Il apprit également l'existence des Sirènes, d'abominables amalgames d'yeux et de tentacules sur pattes, émettant des chants distordus capables de rendre fou, voire de tuer après une exposition prolongée. Il y avait aussi les Tsukumogamis, des objets qui, après leur centième anniversaire, devenaient des entités vivantes à part entière, pouvant être neutres, mais parfois problématiques, voire carrément mortelles pour les humains. Ainsi, durant cette matinée, Arthur s'informa autant que possible sur les différentes entités auxquelles l'organisation avait eu affaire, comme les Corrupteurs ou les Titans, considérés comme les plus dangereux de tous, mais aussi les plus rares.

Et bien sûr, il y avait des entités maléfiques uniques, comme Kuchisake-Onna, dont la légende était si profondément ancrée dans le folklore japonais et l'imaginaire collectif qu'elle était devenue un esprit immortel capable de revenir sans cesse. Arthur fit de son mieux pour retenir le maximum d'informations et prit même des notes, ce que Kensuke l'encouragea vivement. Arthur posa également de nombreuses questions, ce qui, une fois de plus, fut un excellent point pour Kensuke. Cela prouvait qu'Arthur s'intéressait réellement à ce qu'il disait et voulait s'assurer qu'il avait bien compris certains points. Même s'il ne pouvait pas tout maîtriser instantanément, il valait mieux être préparé, et dans une guerre perpétuelle comme celle-ci, le savoir se révélait une arme inestimable. Comme le disait l'adage : pour vaincre son ennemi, il faut d'abord le connaître.


Une fois le cours théorique terminé, Kensuke invita Arthur à se rendre au dojo, précisant que Yuna détestait particulièrement attendre les retardataires et qu'elle n'hésiterait pas à lui faire payer son retard, laissant entendre qu'elle pouvait se montrer rancunière envers ceux qui lui faisaient perdre son temps. Cette simple suggestion de son camarade suffit à convaincre Arthur de se précipiter au dojo indiqué par la grand-mère de Yuna.

Pour ce faire, le jeune homme traversa le petit jardin zen traditionnel situé au centre de la propriété pour entrer dans le bâtiment qui servait de dojo à la famille Watanabe. Dès son entrée, Arthur fut saisi par une sensation palpable qui éveilla ses sens, non pas de manière désagréable, mais au contraire, il se sentait protégé en ce lieu. Grâce à sa haute aura spirituelle, il la percevait clairement. Une puissante énergie spirituelle résiduelle résidait entre ces murs, comme si elle avait imprégné la structure même du bâtiment, qui paraissait plutôt ancien comparé au reste de la propriété.

En arrivant dans le hall principal du dojo, Arthur aperçut Yuna, vêtue d'un kimono d'entraînement et sa ceinture noire, agenouillée sur les tatamis qui recouvraient le sol. L'aura du hall, mêlée à l'architecture ancienne et traditionnelle, offrait une atmosphère presque mystique qui, une fois de plus, fit frissonner Arthur tandis qu'il entrait, sans oser faire le moindre bruit. Les murs autour de lui étaient couverts d'anciennes fresques japonaises, représentant des personnages ou des scènes, sans doute des moments et des figures marquantes de la famille Watanabe à travers les générations. Au fond de la pièce se dressait un autel japonais entouré de bols à encens, où un katana était exposé en évidence, et juste derrière, une armure de samouraï complète. Yuna s'inclina respectueusement devant l'autel, achevant sa prière, puis se redressa et se tourna vers Arthur.

_ "Je t'attendais", dit-elle d'un ton très sérieux, presque solennel. "Et la prochaine fois, je te prierais d'enlever tes chaussures avant d'entrer."

_ "Oh… désolé." répondit Arthur, remarquant qu’il avait effectivement gardé ses chaussures sur les tatamis.

_ "Tu trouveras ce qu’il te faut dans la pièce d’à côté pour te changer. Et ne traîne pas", lui dit Yuna en désignant une porte coulissante sur le côté.

Un peu agacée, elle décida de ne pas s’attarder sur le détail des chaussures. Se sentant un peu bête de ne pas s’être déchaussé avant d’entrer, Arthur pénétra dans la pièce voisine sans faire d’histoires, puis en ressortit quelques minutes plus tard, vêtu d’un kimono et d’une ceinture blanche, signe distinctif de son grade de novice. Yuna, sans le quitter des yeux, conservant son expression grave et son regard bleu acier, l’invita à se tenir face à elle sur le tatami. Silencieuse d’abord, Yuna fit le tour d’Arthur, le scrutant de la tête aux pieds comme pour l’évaluer.

_ "Ton aura spirituelle est grande, mais la grandeur ne signifie rien", dit Yuna avec conviction. "La véritable force d'un chasseur ne réside pas dans l'étendue de son aura, mais dans sa maîtrise. Chaque coup doit être réfléchi… Non pas impressionnant, mais efficace. Nous ne combattons pas pour la gloire, mais par devoir. Est-ce que c'est clair ?"

_ "Oui… très clair." répondit Arthur, à la fois intimidé et déterminé à prouver qu’il pouvait suivre la voie d’un vrai ArcHunter, et admiratif de la façon dont Yuna trouvait les mots justes, comme si elle répétait ce qu’elle avait elle-même entendu à ses débuts.

_ "Chaque aura spirituelle est unique, elle fait partie intégrante de nous-mêmes, au même titre que le sang qui coule dans nos veines et le cœur qui bat dans notre poitrine." poursuivit Yuna. "L’aura est le reflet de ce que nous sommes, de ce qui fait de nous des êtres vivants : nos pensées, nos joies, nos peines, notre colère, nos forces et nos faiblesses."

_ "Comme… une âme ?" demanda Arthur.

_ "D’une certaine manière, répondit Yuna. "Sans aura, nous ne sommes que des coquilles de chair et d’os… Maintenant, assieds-toi et ferme les yeux."

Arthur obéit, s’asseyant en tailleur et fermant les yeux, n’entendant plus que la voix de Yuna et sentant sa présence à ses côtés.

_ "L’énergie spirituelle nous entoure de toutes parts, invisible et pourtant bien réelle…" ​​poursuivit-elle. "Humains, animaux, plantes, rochers, eau, même les objets… Tantôt forte, tantôt faible, elle est la source de toute chose… Pour combattre comme un chasseur, il faut d’abord maîtriser cette énergie, la visualiser et la contrôler, et en cela, l’aura est la clé… Fais le vide dans ton esprit, chasse toutes les pensées et concentre-toi uniquement sur tes sons intérieurs…"

Suivant ses instructions, Arthur prit une profonde inspiration, les yeux fermés. Détendant ses muscles, il s’efforça de faire le vide et de ne laisser aucune pensée le distraire.

_ "D’abord, les sons et les sensations qui t’habitent… Les battements de ton cœur, le son de ta respiration, le goût dans ta bouche…" reprit la voix calme de Yuna. "Ensuite, les sons et les sensations extérieures… Le son de ma voix, l’air que tu respire, les parfums qui t’enveloppent, les vêtements que tu portes… Laisse leurs énergies t’imprégner, aussi infimes soient-elles, accepte-les comme une part de toi-même, ne fais plus qu’un avec elles, et enfin, concentre-les sur un point précis de ton corps…"

Tout en écoutant les conseils de Yuna, Arthur concentra chacun de ses sens au maximum, s’efforçant de focaliser son énergie spirituelle. Il se sentait léger comme une plume, flottant, porté par des courants invisibles et pourtant palpables, impossibles à décrire avec de simples mots… Il sentait ces mêmes courants invisibles pénétrer en lui, parcourant sa peau, sa chair, ses os, son sang… D’abord mal à l’aise face à cette sensation, comme une simple marionnette, il fit tout son possible pour empêcher ses émotions de prendre le dessus et de risquer que cette énergie ne le contrôle. C’était lui le maître, et non l’inverse. Au prix d'un intense effort de concentration, il parvint plus ou moins à canaliser ces énergies à travers son corps, puis à les concentrer dans sa main droite… Soudain, une sensation extrême le traversa, provoquant un violent frisson qui le fit haleter et ouvrir les yeux, brisant malheureusement sa concentration. Mais pendant une fraction de seconde, il avait aperçu sa main droite enveloppée d'une énergie blanche surnaturelle, semblable à celle de Yuna lors de son combat. Essoufflé, l'esprit encore sous le choc de cet effort de concentration intense, Arthur sembla déçu de sa performance, tandis que Yuna restait impassible.

_ "J'ai échoué", soupira Arthur, frustré.

_ "Non, tu te rends simplement compte à quel point une telle maîtrise est difficile", répondit sagement Yuna. "Mais difficile ne signifie jamais impossible, tout est une question de pratique et de persévérance."

Sur ces mots précis, elle tendit la main et, pendant quelques secondes, libéra une intense énergie spirituelle blanche qui vibra dans l'air autour d'elle, laissant Arthur stupéfait. Le jeune homme comprit qu'un tel effort exigeait une concentration, un contrôle et une volonté extraordinaires. À son expression, il devina aisément qu'elle n'était en aucun cas un prodige, qu'elle aussi avait dû persévérer avant d'apprendre à maîtriser cette énergie. Bien que déçu par cette première tentative, il savait qu'elle avait raison. Il ne devait pas laisser l'échec dicter son avenir, mais pouvait-il vraiment y parvenir ?

_ "Encore une fois", ordonna-t-elle sèchement.

_ "D'accord… Je vais essayer", répondit Arthur.

_ "Fais-le. Il n'y a pas d'essai", ajouta Yuna d'un ton ferme mais juste.

En entendant cela, Arthur comprit dans son regard dur et déterminé qu'elle ne cherchait pas à le décourager, au contraire, elle l'encourageait à se surpasser, à se prouver que son ambition était réalisable. Acquiesçant d'un signe de tête, le jeune Français prit une profonde inspiration et s'assit en tailleur sur le tatami, résolu à faire mieux que la première fois, sous le regard attentif mais encourageant de Yuna.

Pendant les deux heures qui suivirent, Arthur continua de pratiquer la concentration intérieure sur son aura et la résonance des énergies spirituelles environnantes. À chaque fois, il parvenait à maîtriser ses émotions et à concentrer suffisamment d'énergie sur un point précis de son corps pour le manifester, mais au prix d'efforts colossaux et pour des résultats toujours médiocres. Cependant, comme Yuna le lui avait expliqué, l'échec n'était qu'une leçon et ne signifiait en aucun cas que l'objectif était inatteignable. Comme pour tout dans ce monde, il fallait apprendre pour réussir.

Après ces exercices, Arthur fit une pause et but une gorgée d'eau. Il était mentalement épuisé, sentant même son corps puiser dans ses réserves d'énergie. Yuna, quant à elle, l'observait en silence. Bien qu'il ne maîtrisât pas encore pleinement son aura, elle ne pouvait nier sa volonté de fer, malgré les doutes qui pouvaient subsister. Il n'abandonnerait pas, elle le savait. Une fois de plus, cela la ramena à son propre passé, lorsque sa grand-mère l'avait initiée à la maîtrise de sa propre aura. Combien de fois avait-elle douté, combien d'essais avait-elle dû faire pour enfin y parvenir… Au final, malgré leurs auras différentes, ils étaient les mêmes… des êtres humains. 

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