Le syndrome de Peter Pan

Chapitre 4 : 4 Juin

1604 mots, Catégorie: T

Dernière mise à jour 21/05/2026 09:28

Comme chaque matin depuis deux ans, Martin et moi sommes assis sur un banc de la cour situé non loin de l’internat des filles. En attendant le début des cours, nous regardons avec délectation l’arrivée fluide des demoiselles. Martin fait des commentaires à chaque passage.

- Celle là, elle a un trop beau cul.

- T’as du bol qu’elle t’entende pas.

- Elle va pas me foutre une baffe si je lui fait un compliment, bizu ! Elle par contre elle est trop moche alors qu’elle se croit trop belle et…putain.

- Eh, reste calme Brutus !

- Elle est trop bonne !

- Elle est surtout trop maquillée !

- Pourquoi y’en a jamais aucune qui te donne envie ?

- Parce que je ne regarde pas l’extérieur en premier mais l’intérieur.

- T’es gore parfois tu sais ?

Une fille énorme aux cheveux ras et vêtements fluos passe.

- Tiens, ta femme !

- Euh… y’a quand même un minimum d’extérieur qui compte !

- Tu vois.


Une autre fille apparaît de l’autre côté de la cour, brune, yeux verts, dans les 1m65, pas plus mise en valeur que cela…normale quoi…simple…parfaite.

- Claire.

- Ta mocheté !

- Eh !

- C’est quand que tu lui demande ?

- Je veux pas sortir avec.

- Arrête ! T’en crève d’envie avoue-le ?

- C’est juste une amie.

- C’est toujours comme ça au début.

- C’est sûr on a beaucoup de points en commun…

- Laisse-moi deviner : c’est une dingue de cinéma et une éternelle gamine qui rêve de trouver le grand amour depuis toujours, c’est ça ?

- Exactement.

- Qui se ressemble s’assemble mon vieux, emballe la vite, ton anniv arrive !

- Pas elle. Elle, elle est…différente des autres.

- T’es tellement aveuglé par que t’en oublie de voir celle qui sont vraiment amoureuses de toi, près de toi.

- Je sais.


- Claire !

Elle se tourne de son casier.

- Ca va ?

- Oui, et toi ?

Nous nous faisons la bise.

- Ca va. J’ai téléchargé Pirates des Antilles 3.

- Oh non, c’est pas bien ça ! Moi qui veux être réalisateur je suis ami avec le genre de personne qui ruinera ma carrière !

- Merci, c’est gentil.

- Je rigole. Je sais que je ne devrais pas mais, tu pourra m’en faire une copie ?

- C’est déjà fait, tiens.

Elle me tend un disque.

- Waw, merci beaucoup.

Je l’embrasse sur la joue.

- Je me demande ce qu’en penserai le commandore John Moineau.

- Arrête.

Je me met à tituber en parlant d’une voix exagérée, elle éclate de rire.

- On va se taper la honte arrête !

- Tant pis, c’est déjà trop tard pour moi de toutes façons, mais j’en ai rien à faire, si je devais la fermer à chaque fois qu’on me regarde faire l’imbécile, je ne bougerai plus du tout, et puis, je suis libre de faire ce que je veux non ?

- C’est clair. A part ça, quand est-ce que tu passe à la maison ?

- Chez toi ?

- Oui.

- Eh bien…

Mes pensées se troublent quand je vois arriver la superbe Adeline.

- Excuse-moi Claire.

Je l’abandonne pour aller droit vers Adeline.

- Salut.

- Salut, répond-elle.

Je veux lui faire la bise mais je ne sais pas de quel côté m’y prendre, j’y parviens quand même.

- On va en boite ce soir, tu viens ?

- Non, je ne peux pas.

- Je te raccompagnerai.

- Non, merci quand même.

- Dommage. Eh Sandra ma chérie !

Elle me laisse pour aller droit dans les bras de son amie. J’avoue que parfois j’ai des doutes sur son orientation sexuelle mais bon… je suis dingue de cette fille comme j’étais dingue de Sandra l’année dernière, mais cette année Sandra a grossie. Adeline est belle, intelligente et sympa mais très susceptible et rebelle, si on la fout en pétard ça peut être la fin du monde ! Je sais que nous deux c’est impossible mais je ne veux pas ouvrir les yeux.

Martin avait raison : je suis aveuglé.

- Bonjour Thomas.

Je me retourne. C’est Louise.

- ‘jour.

Je dis cela avec le ton le plus froid que je possède.

- Tu ne me fais pas la bise ?

- Écoute j’en ai marre que tu me courre après sans arrêt, fous-moi la paix d’accord ?

- Tu ne pense pas ce que tu dis.

- Ah oui tu crois ?

- Non, sinon tu ne serais pas sorti avec moi.

- Écoute, c’était un accident.

- Bien sûr, « je t’aime, sans toi je ne suis rien, j’ai envie de toi », tout ça tu ne le pensais pas ?

- J’étais désespéré, il me fallait quelqu’un.

- Et tu m’a aimé.

- Je n’étais pas moi-même.

- Tu verra, tu reviendra vers moi, j’en suis sûr.

- Compte là-dessus !

Elle s’en va avec un grand sourire de satisfaction.


Lorsque l’ultime sonnerie résonne dans mes oreilles c’est un mélange incroyable de joie et de mélancolie qui s’empare de moi. Tout le monde quitte la salle d’examens lentement mais pas silencieusement, une fois à l’extérieur, ce sont des cris de joie et des larmes de tristesse qui éclatent un peu partout. Les camarades se saluent d’une poignée de main vigoureuse, les amis se font une accolade chaleureuse, et les amoureux s’échangent un ultime baiser passionné qui, chez certains, est noyé par le chagrin, ceux-là ne se reverront jamais. Les autres sont déjà sortis, main dans la main, unis. Moi je quitte le bahut seul avec ma valise d’interne, personne ne m’attend. Je croise mon professeur principal, une caisse de feuilles dans les bras.

- C’est fini ! Dit-elle avec un grand sourire.

- On dirait bien.

- Ca a été pour l’examen ?

- J’espère, il n’y a plus qu’à attendre, c’est ça le plus dur.

- A moins de t’être endormi sur ta copie tu ne peux que l’avoir.

- Je verrais bien, bonnes vacances madame.

- A toi aussi, à l’année prochaine.

- Pareil.

Je me retourne et vois Martin venir vers moi avec sa valise.

- Bon, eh bien, bonnes vacances, dit-il.

- A toi aussi.

Nous échangeons une longue poignée de mains et il s’éloigne.

- Martin…notre pari tient toujours.

- Je sais, ne t’inquiète pas !

Une autre connaissance arrive bientôt : Claire.

- Et voilà ma grande, une autre année est passée !

- Oui. Je suis vraiment contente de t’avoir rencontré.

- Et moi alors !

Je remarque que ses yeux deviennent larmoyants, elle tente tant bien que mal de cacher son émotion mais c’est raté.

- Ne sois pas triste, on va se revoir.

- Tu va me manquer.

- Toi aussi, à qui je vais faire le con maintenant ?

Elle rit.

Je l’embrasse sur la joue.

- Au revoir.

Mais elle me saisit et me prend dans ses bras, l’émotion me submerge. Après de longues secondes elle me relâche.

- Au revoir, capitaine.

Elle s’éloigne lentement.

- Au revoir poupée.


En remontant vers mon arrêt de bus je croise Sandra.

- Alors, heureuse ?

- Je sais pas, t’attends toute l’année d’arriver à ce moment et quand tu y es, tu a ce pincement en toi, ça fait trop bizarre.

- On a tous assuré cette année.

- Surtout toi, qu’est ce que tu nous aura fait marrer !

- C’est mon métier !

- Tu étais le plus sympa aussi.

- Et le plus bosseur, contrairement à certaines…

- Adeline n’est pas insensible à toi tu sais ?

- Elle a déjà quelqu’un.

- Ca ne veux rien dire, tu vaux plus que son mec sous certains aspects, tu dois juste lui montrer ça.

- Tu crois que c’est possible ?

- Si je te le dis.

- Waw !


Adeline arrive peu après, nous remontons tous les trois vers les bus.

- Tu fais quoi pour les vacances ?

- Je m’occupe des gosses, réponds Adeline.

- Par intérêt ou pour l’argent ?

- A ton avis ?

Je me tais.

- Et toi ? Me réplique t’elle.

- Oh rien, je vais chez mes grands-parents : ni télé, ni internet, ni amis, rien de rien, l’enfer.

- Ca craint.

Nous arrivons aux bus, Sandra part la première.

- Y’a plus que nous deux on dirait, dit Adeline.

- Oui.

Il s’en suit un inquiétant silence prolongé.

- Tu viens à la fête ce soir ?

- Non, je te l’ai déjà dit.

- Ah oui, dommage.

- Dis…avec Samuel, ça va ?

- Pourquoi tu…oh…écoute Thomas, t’es sympa mais…c’est tout.

- C’est tout.

- Bonnes vacances.

Elle m’embrasse sur la joue et monte dans son bus, les portes se ferment et le véhicule s’éloigne lentement.

- C’est tout.

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