Expériences narratives : Ne pas nourrir l’auteur après minuit
Histoire écrite en réponse au Défi Nocteller de Camynus : Tout ce que j’aimerais te dire
Adieu au Serpent
À Coriolanus Snow,
Je ne t’appellerai pas « Cher », car il n’y a rien de précieux en toi, sinon l’éclat glacial d’un diamant synthétique. Tu es ce poison qui s'écoule dans les veines de Panem, l’épine d'une rose blanche dont le parfum tente en vain de couvrir l’odeur des braises. Écrire ces mots, c’est plonger les mains dans ton sillage sanglant pour tenter d'y déceler un dernier vestige d'humanité. J’ai vu tes débuts. J’ai vu ce jeune homme affamé, qui tentait de sauver les apparences dans un Capitole en ruines. À ce moment-là, j’aurais pu éprouver de la compassion. La faim est un monstre que personne ne devrait avoir à combattre. Mais là où d’autres auraient appris l’empathie à travers la souffrance, toi, tu n’as appris que la domination. Tu as décidé que pour ne plus jamais avoir faim, il fallait que le monde entier soit affamé à ta place.
Tu te penses civilisé avec tes costumes impeccables, tes jardins de roses et ton flegme de serpent. Mais ta civilisation n’est qu’une façade. Tu as transformé l’espoir en une monnaie d’échange et l’amour en une faiblesse à exploiter. Ce que je déteste le plus chez toi, ce n’est pas ta cruauté brute, des brutes, l’histoire en est remplie, c’est ton calcul. Chaque mot que tu prononces est une pièce sur un échiquier. Tu ne tues pas par colère. Tu tues par commodité. Tu as empoisonné tes alliés pour monter en grade, acceptant de boire toi-même la toxine pour ne pas éveiller les soupçons, finissant avec la bouche pleine d’escarres et de sang. C’est l’image parfaite de ton existence. Tu es prêt à te détruire de l’intérieur tant que tu peux régner sur un tas de cendres.
Te souviens-tu de Lucy Gray ? Ou as-tu réussi à étouffer son souvenir sous des décennies de tyrannie ? Elle était la musique, la couleur, l’imprévisible. Elle était tout ce que tu ne pourras jamais posséder. Tu l’as aimée, à ta manière possessive et toxique, mais dès qu’elle a représenté un risque pour ton ambition, tu as levé ton arme. C’est là que j’ai cessé de voir en toi une victime des circonstances. Tu as choisi le pouvoir plutôt que la vie. Tu as choisi le contrôle plutôt que la liberté. Depuis ce jour dans les bois du District 12, tu n’es plus qu’un cadavre qui marche, une machine logique dédiée à la préservation d’un ordre injuste.
Je te déteste pour Katniss. Non pas parce que tu as essayé de la tuer, c’était attendu, mais parce que tu as essayé de la briser en t’attaquant à ce qu’elle aimait. Peeta, les enfants des Districts, le concept même de l’innocence. Tu as voulu lui prouver que le monde était aussi laid que toi. Tu as voulu lui montrer que sous la pression, tout le monde finit par devenir un monstre.
Mais tu as échoué.
Tu as fini par rire, à la toute fin, attaché à ce poteau, parce que tu pensais avoir eu le dernier mot en révélant la trahison de Coin. Tu pensais que la roue tournait simplement et que la tyrannie changerait juste de visage. C’est ta plus grande erreur. Croire que parce que toi tu es incapable de rédemption, l’humanité l’est aussi.
Aujourd’hui, que reste-t-il de toi ? Des roses fanées. Un nom que l’on prononce comme une insulte. Tu voulais que Panem soit ton monument éternel, mais Panem t’a survécu en te piétinant.
Je ressens une tristesse profonde, non pas pour toi, mais pour ce que tu aurais pu être si tu n’avais pas été si lâche. Car oui, l’ambition portée par la peur est une forme de lâcheté. Tu avais peur du chaos, alors tu as créé l’enfer.
Ne repose pas en paix, Coriolanus. Que les cris des tributs soient le seul chant que tu entendes pour l’éternité. La neige se dépose sur tout, disais-tu. Mais le soleil finit toujours par se lever, et la neige, aussi blanche soit-elle, finit toujours par fondre pour révéler la boue qu’elle cachait.
Sans aucun respect,
Un témoin de ton déclin.