The Darkside
Chapitre 20 : The Darkside, par delà le miroir
2722 mots, Catégorie: T
Dernière mise à jour 22/10/2026 11:08
Lorsque leur baiser prit fin, les deux jeunes Ombres étaient en nage.
- On devrait peut être aller se changer... Murmura Elrina, à l oreille de sa douce.
Susanna acquiesça, encore transie. La jeune servante effleura les lèvres de son amante une dernière fois et la conduisit ensuite à l arrière du bâtiment dédié à leur rang. Les deux jeunes Ombres éprises s apprêtaient à ouvrir la porte des vestiaires quand un soldat impérial leur bloqua le passage. D après son regard fuyant et son nez qui commençait à rosir, Susanna devina qu il n avait pas lésiné sur l alcool. Le soldat s approcha des deux jeunes servantes, mal à l aise sur ses jambes. Susanna et Elrina auraient bien tenté de fuir, mais cet Ombre était armé et en état d ivresse, ce qui les condamna à rester immobiles.
- Hé vous deux... Vous n auriez pas vu ma femme ? Demanda t il, à bout de nerfs, en dodelinant de la tête.
- ...
Les deux jeunes Ombres ne savaient pas quoi répondre, elles préférèrent garder le silence. Une personne dans un tel état devenait rapidement instable, alors mieux valait ne pas m offenser.
- Hé ho, vous êtes sourdes ou quoi ?! S impatienta le soldat, qui perdait patience.
Devant l absence de réaction de la part des deux servantes, l Ombre sortit son épée aux bords dentelés de son fourreau avant d attaquer, en beuglant :
- Vous lui avez fait du mal c est ça ?! C EST OU QU ELLE EST MA FEMME ?!
Il se dirigea d un pas menaçant vers Elrina, sa lame pointée sur le coeur de la jeune servante. Elle tremblait, pétrifiée par la peur.
- ELRINA ! Cria Susanna, en accourant auprès de son amante acculée.
Réagissant par instinct, la fille d Héméra tendit les mains vers l avant, jusqu à ce qu une légère aura violette n apparaisse autour d elle. Sans savoir vraiment ce qu elle faisait, Susanna concentra le mana dans sa paume et l envoya sauvagement sur leur agresseur. La magie s empara du malheureux et le consuma tout entier. Susanna entendit l entièreté de ses os se briser, ses poumons se perforer, ses tripes exploser. L ivrogne, impuissant, sursauta une fois avant que du sang écarlate ne se mette à jaillir de sa bouche, de son nez, de ses oreilles. Il s écroula alors, mort, les yeux enfoncés dans leurs orbites. Réalisant ce qu elle avait fait, Susanna vacilla, tremblant d effroi et de dégoût. Elle n avait pas peur du corps mutilé avachi sur le sol. Elle avait peur d elle même. La jeune servante tomba à genoux, des sanglots incontrôlables lui serrant la gorge. Son estomac lui sembla se recroqueviller sur lui même, comme si elle s apprêtait à vomir. Une fois remise du choc, Elrina se précipita sur Susanna et enlaça l Ombre qui avait fait chavirer son coeur en la couvrant de paroles apaisantes.
- Je suis un monstre, murmura la jeune servante.
- Non, je t interdis de dire cela ! Tu n es pas un monstre, au contraire ! Tu es mon héroïne Susanna, tu m as sauvé la vie ! La contredit son amie. Oh mon amour...
Elrina embrassa la jeune Ombre, s emparant de ses lèvres avec précaution, comme si il s agissait du plus magnifique des joyaux. Susanna pleura, ses larmes maculant la tunique de son amante serrée tout contre son corps meurtri. Ayant entendu le vacarme depuis les cuisines, Héméra ouvrit la porte à la volée en quête de sa fille. Elle était morte d inquiétude. En voyant le cadavre ensanglanté et les deux jeunes Ombres recroquevillées non loin, son oeil valide s écarquilla.
- Mais que s est il passé ici ? Demanda Héméra à sa fille, en lançant un regard noir à Elrina.
Héméra n avait jamais apprécié celle ci et tolérait tout juste son amitié avec Susanna. Elle la voyait comme une mauvaise influence pour son enfant, un obstacle à éloigner à tout prix.
- Le soldat... Il nous a attaqué. L ai-je vraiment tué ? Gémit la jeune Ombre. Son corps entier hurlait la détresse qui l animait.
Héméra n eut pas le temps de répondre quoi que ce soit qu une horde de soldats arrivait déjà pour les encercler. Parmi eux, Susanna reconnut le dragonnier qui les avait fait rentrer à la cour, il y avait de cela plusieurs années. Cela lui semblait si lointain à présent...
L Ombre leur lança un regard froid et cruel avant de déclarer :
- La petite a tué l un de nos semblables. D après les lois établies par l Empereur, elle doit être exécutée.
- NON ! Je ne le permettrai pas, Vociféra l ancienne apothicaire.
Des gardes s emparèrent de la jeune Ombre réduite à l impuissance. C est alors qu Elrina intervint.
- Attendez ! Susanna est innocente, laissez la partir... C est moi qui ai tué le soldat et qui mérite d être châtiée. La mage rebelle ici, c est moi.
- Mais... Commença Susanna, comprenant à peine ce qui se passait.
Sa mère la fit taire d un regard, essayant de la convaincre que c était sans doute mieux ainsi. Elle ne fit pas un seul geste lorsqu Elrina fut frappée d un revers de massue. Son visage... Son si magnifique visage que Susanna adorait admirer sous les rayons de l Astre était à present tâché de sang.
- Je suis désolée, lut la jeune Ombre sur les jolies lèvres de son amante.
Les gardes, perplexes, restèrent immobiles, attendant les ordres. Le dragonnier tonna alors, d une voix sans la moindre émotion :
- Emmenez la servante aux boucles folles dans ce cas et enchaînez la sur la place centrale. Ce serait dommage que les Nascariens manque le spectacle. L exécution aura lieu sur le champs !
L Ombre s approcha de Susanna et glissa un doigt sous le menton de la jeune servante.
- Et toi, tu seras aux premières loges pour y assister, susurra t il, en esquissant un sourire.
La jeune Ombre peinait à retenir ses larmes. Pourquoi Elrina s était elle condamnée à sa place bon sang ?!
Parce qu elle m aime, réalisa Susanna.
Un garde armé la tira de sa torpeur en la guidant fermement jusqu à la place de la citadelle. Il s arrêta à quelques pas d un immense poteau entouré de barbelés, où la fausse coupable était déjà attachée. Une foule se formait autour des deux jeunes servantes, composée de nobles, d autres serviteurs et de soldats, tous impatients de contempler le spectacle.
Ne sont ils pas décidés à réagir ? Allaient ils vraiment laisser une des leurs, une enfant, se faire exécuter ainsi sans lever le petit doigt ?
Susanna peinait à y croire. Comment ces personnes qui les avaient toujours acceptées et appréciées pouvaient se retourner contre elles avec autant de facilité ? L angoisse et la tristesse se mêlaient à la fureur dans le coeur de la jeune Nascarienne déjà mis à mal. Comment avait elle pu être aussi naïve, si stupide ? Elrina, elle, n exprimait pas la moindre peur. Elle semblait même déterminée. Elle était fière de laisser une chance à son amante de s en sortir et ce, même si elle ne pourrait plus jamais admirer son sourire éclatant ni ses sublimes yeux ambrés. Même si elle mourait à sa place. Lorsque le bourreau arriva, hâche à la main, le visage d Elrina n était plus que sérénité. Elle planta son regard dans les yeux de Susanna, inspirant pour la dernière fois l odeur sucrée qui se dégageait de sa peau, et déclara avec passion :
- Ma sauveuse, vis.
Au moment où la lame s abattit sur sa nuque, la jeune Ombre hurla pour sortir Susanna de sa torpeur :
- SAUVE TOI !
Elle eut tout le juste le temps de finir sa phrase avant que ses yeux ne se voilent pour toujours et que sa tête tranchée ne heurte le sol dans un bruit écoeurant. Susanna, parfaitement réveillée à présent essuya ses larmes, bien décidée à respecter la dernière volonté de son premier amour. Elle ressentit à nouveau cette traction dans le ventre, ce torrent de puissance couler dans ses veines, alors que le mana jaillissait de ses mains tendues, tuant sur le coup la plupart des soldats à proximité. Les gens hurlaient, fuyaient, ou menaçaient la jeune Ombre, mais celle-ci n en tint pas compte. Susanna ne ressentait rien, ne voulait plus rien ressentir. La jeune servante chercha cependant sa mère du regard et ne tarda pas à l apercevoir à travers la zizanie qu elle venait de créer. Susanna courut, bouscula quiconque se mettait en travers de sa route, et attrapa le bras d Héméra. Elle voulait qu elles s enfuient ensemble, comme elles l avaient fait naguère. Héméra se dégagea brusquement, griffant au passage la peau exposée de sa fille.
- Monstre, ôte toi de mon chemin ! Lâcha l ancienne apothicaire, hargneuse. A cause de toi, le monde que j avais pris tant de temps à faconner vient de s effondrer. Et tout ça pour quoi ? Pour une vulgaire bâtarde incapable de se défendre seule ?
- Je t interdis de parler d Elrina comme ça ! Je l aimais et elle était tout pour moi.
Héméra ricana, dégoûtée.
- Es tu entrain de me dire que tu t es éprises de cette... jeune fille ? Et que mon labeur s est vu sacrifié pour elle ?!
Sous la dureté des paroles de sa mère, Susanna sentit des larmes lui piquer à nouveau les yeux.
- C est toi qui est responsable de tout ce qu on a vécu, répliqua enfin la jeune Ombre, bien décidée à ne pas se laisser faire. Tu as toujours cupide et trop fière pour admettre tes tords. Ce jour là, quand notre maison a brûlé, c était simplement parce que tu avais oublié de couper le feu avant d aller à la cueillette ! Et l autre fois, dans le salon du voisin, c est aussi toi qui l as provoqué et qui l a poussé à nous jeter dehors ! A chaque fois, je me suis contentée de fermer les yeux, me convainquant que tout ce que tu entreprenais, c était pour mon bien. Susanna comprenait à présent. Elle comprenait tout.
- En réalité, tu n as toujours pensé qu à toi et à ta réputation, même en étant au plus bas. Tu n en as que faire de moi. Aujourd hui encore, tu n as même pas réagi lorsque ma seule amie, l Ombre qui m a fait découvrir l amour, s est faite arrêter et exécuter. Tu n as rien fait du tout, sous le seul prétexte que tu l appréciais pas... Le seul monstre ici, c est toi !
Héméra se figea de stupeur. Puis, son regard se durcit. Mais Susanna ne lui laissa pas l occasion de la briser plus qu elle ne l était déjà. Plus jamais elle ne la laisserait faire. La jeune Ombre s enfuit loin du grabuge, voulant mettre un maximum de distance entre Héméra, son passé et elle. Lorsque Susanna se retourna pour la dernière fois, ignorant les dizaines de soldats à ses trousses et les quelques cadavres qui jonchaient le sol, sa mère avait disparu.
Bon débarras, songea la jeune Nascarienne malgré elle, en reprenant sa course, sans s arrêter.
***
Susanna parvint à traverser la cour et quitter le palais impérial, en semant là désolation sur son passage. Ce souvenir restera gravé en elle pour toujours, tout comme dans les esprits des autres Nascariens, si bien qu il renommèrent la jeune Ombre " l ange de la mort ". La servante descendit les Marches de Pierre en toute hâte, laissant derrière elle tout ce qu elle avait connu. La capitale enfin derrière elle, Susanna entama une longue période d exil. Elle marcha pendant plusieurs jours, le coeur en miettes, tuant chaque soldat qui tentait de lui barrer le passage. Pour ce faire, la jeune Ombre utilisait un poignard trouvé en route, car elle avait remarqué qu user trop souvent de ses pouvoirs la fatiguait énormément. De plus, Susanna préférait réserver sa magie pour ceux qui la méritait réellement. L Empereur par exemple, ou bien ce stupide dragonnier au coeur perfide qui les avait trahies, elle et Elrina. Repenser au nom de son amante disparue laissait toujours Susanna transie de tristesse. Des larmes argentées creusèrent de nouveaux sillons sur ses joues encore rondes de l enfance. Elle continua tout de même à avancer, ignorant où ses pas la portaient.
Un jour de matinée pluvieuse, Susanna sauva un jeune chat spectral d une attaque de charognards. Son poignard,
inneficace face à la horde de monstres, obligea l exilée à se servir de son mana. Une fois les oiseaux vaincus, le chat spectral, reconnaissant, choisit de rester aux côtés de sa sauveuse. Susanna vit en lui une maigre consolation pour tout ce qu elle avait perdu et décida donc de l appeler Tokoha, " bravoure " en Langage Runique, en espérant que ce nom lui permettrait d affronter la vie au mieux. Après un mois d errance, Susanna rencontra un Ombre dénommé Tora, qui la sauva d une embuscade menée par des mages à la solde de l Empereur.
- Et bien, tu dois avoir de sacrés ennuis pour te faire traquer par ces ordures, lâcha t il, en aidant l ancienne servante à se relever.
Tora lui expliqua alors qu il faisait parti d une troupe de rebelles qui accueillait tout les ennemis du monarque. N ayant pas d autre endroit où aller, Susanna accepta sans hésiter.
A l orée de la Forêt Brumeuse, Tokoha partit de son côté laissant une part de vide dans le coeur de la jeune Ombre. Lorsque l exilée entra dans le Camp, celle-ci sentit pourtant un sentiment de sécurité l envahir qu elle n avait plus connu depuis longtemps. Les Réfugiés, des gens comme elle, l acceptèrent pour la plupart et pour la première fois depuis le début de son exil eut l impression d être aimée. Mais son répit fut de courte durée car seulement quelques jours après son arrivée, une Ombre familière vint demander l asile aux Réfugiés. En la voyant apparaître au loin, couverte d haillons crasseux, Susanna ne put empêcher la colère enfler en elle.
- Toi ! Cracha t elle. J aurais préféré te voir mourir aux mains des soldats.
La culpabilité rongeait Héméra au plus haut point lorsqu elle déclara :
- Ma chérie, je suis vraiment désolée pour tout ce qui s est passé...
- JE T INTERDIS DE M APPELER COMME ÇA ! Rugit la jeune Ombre.
En contemplant sa mère dans cet état, Susanna ressentit tout de même une pointe de peine s immiscer en elle, juste avant de se rappeler d Elrina et de l impassibilité d Héméra pendant son exécution. La tristesse menaça d envahir la nouvelle rebelle quand le visage de sa bien-aimée lui revint à l esprit. Ses boucles soyeuses, l éclat de son rire... Susanna en voulait à la personne qui fut autrefois sa mère, à l Empire, à elle-même. La culpabilité pesa soudain encore plus lourd sur ses frêles épaules. La jeune Ombre se promit de venger son amante. Elle détruirait l Empereur, principal responsable de la mort d Elrina et ce, peu importe le prix.