Silence_Pilote.
INT. STUDIO A – RADIO-CANADA – CONTINU
Les invités échangent quelques sourires discrets.
Évan murmure à l'oreille de Cloé. Ils regardent sur les écrans, un extrait :
EXT. RANCH – ESTÉREL – JOUR (LUEUR OCCULTE)
Le ciel est couvert. De lourds nuages menacent sans éclater.
Dominik est appuyé contre la clôture blanche de l’enclos. Il observe les chevaux en silence.
PITOU, un labrador croisé, dépose une balle à ses pieds. Dominik la ramasse, caresse brièvement la tête du chien, puis lance la balle de toutes ses forces.
Au loin,
ÉMILE CLOUTIER (NORMAND) s’avance vers lui.
Pitou revient avec la balle mais bifurque vers Émile. Ils marchent côte à côte, au même rythme.
Émile s’arrête près de la clôture. Il contemple le paysage, calme, presque figé. Dominik relance la balle.
Quelques gouttes de pluie commencent à tomber. Les chevaux soufflent, s’agitent légèrement. Dominik regarde Émile.
DOMINIK
Et puis?
Un silence.
Émile esquisse un sourire fatigué, résigné.
Dominik baisse les yeux, hoche la tête. Il frappe doucement le sol avec son pied, contrarié, mais sans colère.
Émile pose une main sur son épaule. Un geste simple, familier. Dominik détourne le regard.
COUPE
INT. STUDIO A – RADIO-CANADA – CONTINU
GUY ARDISSON
C’est un réel plaisir de vous voir ensemble. Mais vous vous connaissez depuis longtemps.
NORMAND
J’ai joué avec Claude pendant cinq ans dans la série La famille Beaulieu.
Évan n’était jamais bien loin.
GUY ARDISSON
Tu n’étais pas très vieux à l’époque.
ÉVAN
Huit, neuf ans, je crois.
GUY ARDISSON
L’endroit est magnifique.
Une photo du ranch apparaît à l’écran. Normand éclate de rire.
NORMAND
C’est chez moi !
DAVID
C’est arrangé avec le gars des vues…
Le public ricane.
NORMAND
J’hésitais pour le rôle.
L’horaire était trop chargé.
Mais quand j’ai vu les maquettes du ranch, je me suis dit : «C’est chez moi.»
RÉAL
On cherchait l’endroit parfait.
Le budget nous permettait pas une construction originale.
GUY ARDISSON
T’avais plus vraiment le choix.
Normand sourit.
COUPE
INT. STUDIO A – RADIO-CANADA – LOGE – CONTINU
Assis devant les miroirs éclairés, Évan et Cloé regardent David faire l'éloge du muffin qu'il déguste.
Un MEMBRE DE LA PRODUCTION, L'ATTACHÉ DE PRESSE et Valérie rigolent. Réal entre dans la loge, salue tout le monde d’un geste de la main et disparaît.
Valérie s’assoit à côté de Cloé en silence. Elle lui sourit puis fronce les sourcils.
CLOÉ
Le cœur voulait me sortir de la poitrine.
Elle rit nerveusement.
ÉVAN
T’as bien géré.
Évan se lève, embrasse rapidement Cloé et sort du cadre.
VALÉRIE
Un instant de panique...
Quand Guy t’a demandé si tu avais peur.
CLOÉ
J’ai gelé.
VALÉRIE
C’est une question qui va revenir souvent.
Mais elle ne te concerne absolument pas.
Toi, tu remplaces.
Donc, ne la nomme jamais.
Tu détournes la question.
CLOÉ
C’est drôle, j’ai pas figé à cause de la question.
(Un temps.)
Quand Guy s’est tourné vers moi,
j’ai réalisé d’un coup où j’étais…
Elle sursaute.
CLOÉ (SUITE)
Merde ! C’est Guy Ardisson…
Elle rit.
VALÉRIE
C’est impressionnant.
Tout est faste…
CLOÉ
Quand on me demandait de lire à voix haute à l’école.
Je me figeais, paniquée.
(Un temps.)
J’ai trouvé un truc.
Penser à une niaiserie.
VALÉRIE
C’est ton fidget toy.
Parler de ta dyslexie, c’est un sujet tabou ?
CLOÉ
Non…
J’aime bien.
VALÉRIE
Utilise-le.
Cloé fronce les sourcils et recule sur sa chaise.
VALÉRIE (SUITE)
Pour ton image…
Cloé signe de la tête et l’interrompt.
CLOÉ
J’ai jamais voulu jouer les victimes…
VALÉRIE
Tu ne te sers pas de ta dyslexie.
Tu sers la dyslexie.
(Un temps.)
Ça peut devenir une cause que tu soutiens.
Cloé acquiesce, baisse les yeux, pensive.
COUPE
EXT. MAISON CHEZ ABBY – SAINTE-ANNE-DES-LACS – SOIR
La maison est vieillotte, mais très bien entretenue. Construit en dénivelé, le stationnement se trouve au niveau du toit, tout en laissant voir l’ensemble de la maison. En bas, sur le lac gelé, une femme patine. Elle lance des rondelles dans un filet de hockey.
Cloé gare sa Civic et klaxonne.
La joueuse de hockey lève son bâton. Cloé lui fait signe de la main.
COUPE:
INT. SALON CHEZ ABBY – CONTINU
Le salon est chaleureux. Des jouets traînent un peu partout.
BLANCHE, 5 ans, en pyjama de princesse, mange des fruits coupés devant des dessins animés.
ABBY, 31 ans, cheveux courts, est assise sur le canapé. Elle plie du linge.
La porte du salon s’ouvre. Cloé entre, dépose son sac et son manteau par terre. Blanche sursaute, puis court se jeter dans ses bras en répétant son nom. Cloé la serre fort contre elle.
BLANCHE
Je t’ai vue à la télé !
Cloé lance un regard interrogatif à Abby.
ABBY
On a regardé, On en parle à matin. Elle voulait te voir.
(Un temps.)
Grosse semaine.
Tu dois être crevée.
Cloé repose Blanche, puis s’assoit près d’Abby sur le canapé. Elle sourit, inspire profondément, puis expire en laissant échapper un soupir de soulagement.
Blanche, debout devant Cloé, la dévisage.
BLANCHE
C’est pas beau, tes cheveux comme ça.
Les deux femmes éclatent de rire.
BLANCHE (SUITE)
Pitou était là cette semaine ?
CLOÉ
Son vrai nom, c’est Peter.
Blanche fronce les sourcils.
La porte s’ouvre.
CLARA, 27 ans, hockeyeuse, anglaise, entre rapidement. Elle dépose son bâton, enlève son manteau à l’effigie de La Victoire et l’accroche.
CLARA
Look who’s back… La vedette.
Cloé sourit.
Clara lui touche l’épaule avec affection, puis embrasse Abby sur la bouche.
ABBY
T’es gelée !
Clara retire son pantalon de neige.
BLANCHE
Tu vas te faire chicaner…
Tu mets de la neige partout.
Clara attrape Blanche et la fait tournoyer.
CLARA
Go, brosse tes teeth.
Je veux aller dans la shower.
BLANCHE
C’est Cloé qui me borde ce soir.
Elle part en courant vers la salle de bain.
COUPE
INT. MAISON DE RAFAËL – CHAMBRE – SOIR
Devant son portable, Rafaël construit son site internet. Elle fait défiler des photos de Cloé sur l’écran. Certaines sont de véritables œuvres d’art, soignées et artistiques. Elle clique sur une image, captée sur le vif. Sur la photo agrandie, Évan jette un coup d’œil amusé à Cloé, qui s’esclaffe.
Rafaël allume son cellulaire. En fond d’écran, apparaît une photo d’elle avec Cloé.
RAFAËL
C’est clair.
Il tripe sur toi.
Elle regarde son sac d’école par terre. Son sourire s’efface.
COUPE