VIRELLIA - Livre 1

Chapitre 6 : L’Écho des Titans

2241 mots, Catégorie: T

Dernière mise à jour 27/03/2026 20:10

Le Temple de Kael’Mar, autrefois havre de silence mystique, vibre d’un souffle nouveau. Dans la cour d'entrée, les trois mentors sont enfin réunis. Et cette fois, ils ne sont pas seuls.


Autour d’eux, les neuf élèves choisis pour cette mission convergent, certains le regard curieux, d’autres empreints de nervosité. Chacun tente de se faire petit dans ce haut sanctuaire aux arches anciennes, où la lumière filtrée par les vitraux runiques danse sur les dalles blanches.


D’un côté, Kaelis Therana, droite, posée, majestueuse. Elle ne parle que lorsqu’il le faut, et quand elle le fait, le silence se fait autour d’elle. À ses côtés, trois élèves du Sanctuaire d’Aegis, calmes, à la posture respectueuse. L’une d’entre elles, au regard doux mais résolu, jette parfois un œil inquiet aux deux mentors... plus turbulents.


Car, à l’opposé de l’autel, Lynara Velsen fulmine. Petite silhouette campée sur ses jambes, bras croisés, elle fixe son adversaire comme une braise prête à enflammer l’air. En face d’elle, Vaelran Solhen. Grand, nonchalant, manteau noir flottant, yeux verts émeraude brillants d’insolence, il joue distraitement avec une pièce de métal qu’il fait tourner entre ses doigts.


— Je t’ai dit d’arrêter de me couper la parole devant mes élèves, crache Lynara, la voix basse mais tendue comme une corde d’arc.


— Je pensais que tu voulais être corrigée, murmure Vaelran avec un sourire, sans même lever les yeux.


— Tu es insupportable, Solhen.


— J’entends ça si souvent que je devrais le faire broder sur mon manteau.


Les élèves, figés, n’osent bouger. Kelvar lève les yeux au ciel. Seyla glousse. Kaelren, elle, fronce les sourcils en murmurant :


— Est-ce que ça va péter… ?


La voix de Kaelis tente de se poser, paisible :


— Nous sommes ici pour faire front commun. Pas…


— Il m’a touché l’épaule. Je t’avais dit de ne pas recommencer, gronde Lynara.


Elle lève une main. L’air vibre. Une gerbe de braises tourbillonnantes s’enroule autour de ses doigts.


— Oh non..., murmure la petite élève du Sanctuaire.


Vaelran sourit, tend la main à son tour. Un cercle d’ombre flottante se matérialise dans sa paume.


— Allez, tu veux danser un peu, Velsen ?


— Avec plaisir, Solhen.


Et le sol explose sous leurs pieds. Un golem de pierre surgit du marbre fissuré, rugissant d’une voix tellurique. Lynara recule, tend la main, donne un ordre silencieux. Le colosse frappe le sol. Vaelran glisse en arrière dans une spirale d’ombres, atterrit accroupi avec une grâce insolente. Il rit.


— Tu fais toujours ça devant les élèves ou je suis un élu ?


— Tais-toi et esquive !


Un cercle de feu fend l’air. Il riposte par une illusion dédoublée, apparaissant à trois endroits à la fois. Les élèves reculent précipitamment. Seyla éclate de rire. Kelvar se crispe. Nerion lâche un très sec :


— C’est ça, les mentors… ?


Kaelis, impassible jusque-là, lève simplement deux doigts. Une pulsation bleue traverse le sol. Tout s’arrête. Le feu s’éteint. Le golem s’effondre en poussière. Les illusions se dissipent. Une voix, enfin, tonne dans le silence soudain :


— Assez.


Le roi Silas IV est là, silhouette imposante dans sa cape violette, flanqué de Seraphis, l’oracle au regard voilé.


— Si vous souhaitiez faire une démonstration de votre immaturité, c’est chose faite, tranche-t-il. Mais si vous voulez montrer à ces jeunes ce que valent leurs mentors... alors apprenez d’abord à vous contrôler.


Lynara, rouge mais droite. Vaelran, les mains dans les poches, hausse un sourcil, amusé.


— Moi, je trouve que ça crée de l’ambiance.


— Tais-toi, Solhen, grondent Kaelis et Lynara d’une même voix.


Un rire discret parcourt les rangs. Le regard de Lynara l’éteint aussitôt. Le roi ne sourit pas.


— Vous avez tous une mission. Vos élèves seront séparés en trois équipes. Trois équipes pour trois lieux… et trois sceaux instables.


Un silence s’installe. Tous se redressent. Le roi fait signe à tous d’entrer.




Grande salle d’audience



La grande salle d’audience du Temple de Kael’Mar résonne d’un silence inhabituel. Les neuf élèves sont alignés en trois rangées, chacun aux couleurs de son académie : robes amples bleues, tuniques sombres, étoffes spirituelles aux tons nacrés. Face à eux, le trône d’argent du roi.


Silas IV, debout, mains croisées derrière le dos, observe longuement les jeunes visages. Son regard ne trahit rien… sauf peut-être une gravité nouvelle. Derrière lui, les trois mentors patientent. Trois ombres si dissemblables qu’on jurerait qu’elles viennent de mondes opposés.


— Avant que ne débute la première phase de votre formation commune…, commence Silas, d’une voix calme mais ferme, …il est juste que vous connaissiez ceux à qui j’ai confié vos vies.


Il se tourne lentement vers les mentors.


— Présentez-vous.


Lynara fait un pas en avant. Elle paraît minuscule à côté des deux autres, mais sa posture est droite, stricte, presque tranchante. Sa robe de cérémonie bleue ondule à peine. Ses cheveux roux brillent comme des flammes sous la lumière des vitraux.


— Lynara Velsen. Sa voix, bien qu’assez aiguë, est sèche, posée. Mentor de l’Académie d’Éthéa. Élémentaliste de formation, spécialisée dans la convergence tellurique et les invocations brutes. Ici, je vous enseignerai la maîtrise. Pas seulement celle de la magie. La vôtre.


Elle lance un regard rapide à Vaelran, qui esquisse un sourire en coin.


— Et non, ajoute-t-elle froidement, sans se retourner, j’ai pas vingt ans. Je ne suis pas naine. Et oui, vous me devez le respect.

Quelques ricanements fusent. Le regard de Lynara les éteint aussitôt.


La seconde mentor s’avance. Elle n’a pas besoin d’imposer le silence. Il s’installe naturellement autour d’elle. Kaelis Thenara, drapée dans des voiles spirituels aux tons nacrés, marche avec une lenteur presque méditative. Sa peau mate capte la lumière. Ses longs cheveux sombres sont relevés en demi-chignon, dégageant un visage paisible, marqué par la sagesse. Ses yeux, d’un noir profond, semblent sonder l’âme de chaque élève.


— Je suis Kaelis Thenara. Sa voix est douce… mais porte au plus profond. Je suis là pour veiller sur l’équilibre. L’équilibre des corps, des esprits, et de ce qui les lie.


Elle incline légèrement la tête.


— N’attendez pas de moi des hurlements. Mais sachez que même le silence peut trancher.


Un léger frisson parcourt certains élèves. Même Kelvar baisse brièvement les yeux.


Puis, d’un geste théâtral, le dernier mentor s’avance comme s’il était sur scène. Vaelran Solhen, silhouette élancée, drapé de noir. Son manteau claque doucement derrière lui. Ses yeux brillants de malice balayent l’assemblée avec amusement.


— Vaelran Solhen. Enchanté, je suppose.


Un silence tendu suit.


— On m’a dit de vous parler de contrôle, de discipline et d’éveil intérieur… Il hausse les épaules. On verra plus tard. Pour l’instant, souvenez-vous juste d’une chose : dans cette école, l’ombre ne ment jamais. C’est vous qui vous y perdez.


Il lance un clin d’œil à Kelvar, un regard appuyé à Seyla, puis s’accoude nonchalamment… sur la tête de Lynara.


— Et elle, c’est ma grande sœur spirituelle. Enfin… en âge. En taille, on cherche encore.


Lynara explose. Un golem miniature surgit sous ses pieds, mais Vaelran a déjà reculé avec un ricanement. Kaelis, toujours impassible, soupire. Le roi Silas ferme les yeux.


— Je vois que vous êtes… prêts. Le rite des équipes aura lieu demain à l’aube. Reposez-vous. Et retenez leurs noms.




Salle des Mentors (Temple, Nuit tombée)



Le silence règne dans la salle des mentors, vaste pièce circulaire aux murs de pierre noire, sertis d’éclats d’Essence gravés. Chaque fragment pulse doucement dans l’obscurité, tel un cœur ancien. Au centre : une table basse hexagonale, ciselée dans du bois sacré d’Anétheris.


Trois sièges, trois figures. Lynara, droite comme une flèche, bras croisés. Kaelis, les mains posées à plat devant elle, le regard calme. Et Vaelran… debout, dos tourné, occupé à contempler un éclat suspendu. Il rayonne d’une énergie mal canalisée. Kaelis, douce mais ferme :


— Il est tard, Vaelran. Tu vas te consumer debout… ou t’asseoir et parler comme un adulte ?


Il sourit sans se retourner :


— Mais je suis un adulte. Juste un peu plus… incandescent que les autres.


Il se retourne en faisant claquer sa cape et finit par venir s’asseoir. Lentement. Avec un manteau qui flotte un peu trop dramatiquement.

Lynara, agacée :


— Arrête de faire claquer ta cape. On est là pour répartir les élèves, pas pour assister à ton opéra personnel.


Vaelran, un sourire moqueur au coin des lèvres :


— Toujours aussi charmante, Lynara. Tu sais que j’adore quand tu prends ce ton glacial… On croirait entendre ton golem.


Kaelis, sans lever les yeux :


— Vaelran.


Il s’interrompt, l’air faussement contrit. Kaelis déroule un parchemin au centre de la table. Elle y appose les trois sceaux rituels. Les noms apparaissent lentement, illuminés par une lueur dorée.


— Trois écoles. Neuf élèves. Trois groupes. Les missions approchent, et leurs affinités sont claires. Mais nous savons tous que cette répartition est autant politique que stratégique.


Vaelran murmure, désinvolte :


— Toujours autant de cérémonial pour un simple tirage...


Lynara, sans lever les yeux :


— Ce n’est pas un tirage. C’est une affectation réfléchie.


— Réfléchie, peut-être. Mais ça prend quand même trois pages pour dire que ton Talyor est allergique à la spontanéité.


— Il est structuré.


— Il est verrouillé.


Kaelis lève la main. Le silence retombe.


— Commençons.


Vaelran ne laisse pas le temps :


— Je prends Ilharan Velis.


Lynara, suspicieuse :


— Tu t’appropries les élèves comme des pièces de théâtre.


— Je les choisis comme des notes de musique. Ilharan, c’est une basse constante. Et j’ai déjà assez de tambours.


— Tu comptes prendre Seyla aussi ?


Il sourit, presque tendrement :


— Évidemment.


— Elle est insubordonnée.


— Elle est brillante. Et l’insubordination, c’est juste de la lucidité mal canalisée.


— Elle est dangereuse.


— C’est aussi pour ça que je la prends.


Kaelis, tranchante mais douce :


— Et Talyor ?


— Avec moi.


Lynara le fixe.


— Tu l’as fait exprès.


— Oui.


Kaelis hoche la tête et note :


— Seyla. Ilharan. Talyor. Tous chez Vaelran.


— Et Kelvar ? demande Lynara, ton neutre mais chargé.


Vaelran sourit plus froidement :


— Kelvar a besoin d’être contrarié. Rien de mieux qu’une autre autorité pour l’y forcer.


Kaelis reste impassible. Lynara choisit à son tour :


— Eshan. Nérion. Et… Nilwen.


Vaelran redresse légèrement la tête, presque surpris.


— Tu prends Nilwen ?


— Elle est instable. Mais elle écoute. Et elle n’est pas qu’une ombre. Je veux qu’elle apprenne à tenir dans la lumière sans s’y dissoudre.


Kaelis ramasse les trois noms restants :


— Kelvar, Yhessa, Kaelren. Ça me va.


Vaelran, dubitatif :


— Kelvar chez toi ? Je croyais que tu n’aimais pas les lames dégainées trop vite.


— Il a besoin d’apprendre à respirer. Pas à briller.


— On dirait un proverbe d’Aegis.


Kaelis esquisse un fin sourire. Lynara, plus attentive :


— Tu es sûre ? L’un est rigide, l’autre est feu, la troisième est brume… Tu ne veux pas un peu plus de douceur ?


Kaelis, calme :


— Yhessa est douce. Kelvar n’a pas à me plaire. Il devra juste tenir. Et Kaelren… elle apprendra à contenir sa flamme. Ça ne m’inquiète pas. Elle ajoute dans un souffle. Puis c’est pas comme si j’avais le choix

Elle sourit doucement.


Vaelran :


— Il tiendra. Il est terriblement prévisible, ce garçon. Comme une équation qu’on récite en boucle. Il a besoin d’échec pour respirer.


Les trois affectations sont inscrites. Les noms illuminés. Kaelis prend doucement la fiche de Nilwen entre deux doigts.


— C’est elle, ta silencieuse ?


Vaelran répond, les yeux fixés sur le centre du parchemin :


— Oui. Elle ne parle pas, mais elle entend ce que les autres fuient.


Lynara soupire.


— Je la garde à l’œil.


— Fais donc. Mais n’oublie pas que c’est toujours le silence qui précède les tempêtes.


— Elle n’a pas besoin d’un showman comme mentor.


Vaelran rit bas. Il ne conteste pas. Les sceaux s’enclenchent. Les noms brillent, liés par une force plus ancienne qu’eux. Un silence plane, dense. Vaelran, penché légèrement sur la table, glisse enfin, presque pour lui-même :


— Qu’importe ce qu’on planifie… ils ne sortiront pas indemnes.


Kaelis :


— Ce n’est pas notre but.


Vaelran, yeux mi-clos :


— Non. Mais c’est inévitable.


Lynara détourne les yeux, déjà lassée. Kaelis observe les lueurs qui s’éteignent une à une. Vaelran, lui, sourit à demi. Comme s’il savait ce que même le silence ignore encore.





La suite dimanche entre 19h30 et 21h...

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