Voyages en Absurdistan

Chapitre 18 : Héroïsme rêvé

1233 mots, Catégorie: T

Dernière mise à jour 27/04/2026 13:20

Ce chapitre contribue au Défi Une aventure... qui n'était qu'un rêve, au final ! de Knight Geno Fizz (Le personnage doit se réveiller dans sa chambre et comprendre que son aventure n’a été qu’un rêve)


Fandom Contes et légendes Slaves




Héroïsme rêvé




Il était une fois, dans un royaume lointain, vivait un tsar entouré de sa famille. Il avait trois fils, dont l'aîné était surnommé Ivan Tsarévitch. Il était fort et intelligent. Ses yeux bleu-gris séduisaient plus d'une femme et ses vastes connaissances de la géo-politique inspiraient respect, mais rien n'égalait son esprit rusé.


Un jour, il se promenait dans une forêt avec sa fiancée, la princesse Maria d'Allemagne. Main dans la main, le couple écoutait le chant des oiseaux et le souffle du zéphyr. Les arbres gigantesques agitaient leurs branches et procuraient de l'ombre au couple. La sente de terre battue salissait leurs souliers royaux, mais personne ne s'en souciait. En arrivant près d'un fleuve, Ivan but un peu de l'eau pure et cristalline. Il en recueillit un peu dans une coupe d'or et voulut la porter à sa bien-aimée.


Soudain, un gigantesque dragon aux écailles rouges et vertes apparut derrière Maria. Ses trois têtes crachèrent du feu. Il ramassa la princesse sur son dos et s'envola pour des contrées lointaines. Ivan Tsarévitch soupira et murmura :

— Je vais délivrer Maria ! Je vais prouver ma bravoure ! Je le combattrai ! Mais où vit ce monstre ?

Un bruit feutré derrière le buisson capta son attention. Un Loup gris pointa son museau et sa queue avant de bondir à sa rencontre. L'animal lui demanda :

— Valeureux tsarévitch, recherchez-vous l'antre de Zmeï Gorynytch, l'horrible dragon à trois têtes ?

Ivan scruta le Loup dont pelage mêlait gris foncé et gris clair et dont les yeux brillaient d'une intelligence humaine.

— Oui, Loup Gris. Je veux délivrer ma belle !

Le quadrupède s'accroupit et l'invita :

— Monte sur mon dos, je t'emmènerai en trois enjambées devant l'antre de ce monstre.

Ivan obéit et le loup fit trois sauts gigantesques.


***


Ils arrivèrent devant une grotte entourée de sapins aussi noirs que la nuit. Une chouette hululait au loin, avertissant les nouveaux venus :

— Ô impudents voyageurs, fuyez avant que le propriétaire de cette terre ne vous repère !

Le tsarévitch descendit du Loup Gris, se cacha derrière un tronc d'arbre et demanda à sa monture dans un souffle :

— Comment on combat un dragon à trois têtes, je n'ai pas d'armes ?

— À vous de vous débrouiller, jeune homme ! C'est vous qui êtes intelligent !

Il réfléchit pendant un instant, puis s'exclama :

— Loup Gris, j'ai trouvé ! Les mille et une nuits sont la solution. Des contes inépuisables ponctués de géo-politique sont la réponse à ma situation. Voilà mon plan !

« Je n'aurais qu'à puiser dans les contes de mon enfance, avec une pincée de géo-politique fictive et de diplomaties tendues... Pas certain de réussir... Mais rien à perdre ! » songea le jeune prince.

L'animal soupira, secoua sa tête en signe désapprobateur, mais demeura silencieux. Le prince marcha d'un pas certain vers l'antre, la tête haute. Il passa le seuil de cette demeure et observa son environnement. Le corps monstrueux du dragon envahissait la moitié de l'endroit, l'autre moitié était occupée par Maria et une bibliothèque. Une tête était tournée vers la princesse, une autre avait le cou qui sortait par un trou au plafond et la dernière se concentrait pour alimenter le feu de la cuisine.


Ivan Tsarévitch toussa pour attirer l'attention du monstre et l'apostropha :

— Eh, vous le dragon à trois têtes, je viens à vous avec des intentions de paix...

Il agita un mouchoir blanc qu'il extirpa de son manteau.

« En espérant que ce soit un signe universel... »

— Voulez-vous écouter mon histoire ?

Trois paires d'yeux à la pupilles jaunes fendus se braquèrent sur lui. L'une des têtes gronda :

— Ça ne m'intéresse pas ! Je les connais les histoires des rois et des princes qui délivrent leurs femmes en tuant le ravisseur ! Un classique !

— Non, ce n'est pas cette histoire que je vous propose, mais plutôt l'histoire Mille et Une journées du tsar...

Les sourcils broussailleux du dragon se levèrent. Une tête s'étira un peu plus :

— Je ne connais pas cette histoire. Viens à ma table, petit homme, je te donnerai du thé et des biscuits.

Une autre tête ricana :

— Cet homme est à peine bon pour une salade tellement il est maigre ! Je n'en ferai qu'une bouchée !

La dernière tête s'offusqua :

— Idiot ! Tu ne parles pas ainsi !

Ivan s'avança sans crainte, puisant dans son amour la force pour que ses genoux ne cédèrent pas sous la frayeur qui fit battre son cœur plus fort. Il s'assit en face de son interlocuteur.


Le tsarévitch commença son histoire d'une voix monotone :

— Il était une fois, dans un empire lointain et immense, dans le Royaume d'Absurdistan, vivait un tsar illustre et tout connaissant. Il était très craint par ses sujets pour ses excès d'alcool et ses maladresses diplomatiques. Il était en guerre avec ses voisins, le Royaume d'Absurdie et le Royaume Bonnet... Il était très âgé, presque cinquante ans, et n'avait pas encore de femme, ni de descendant...

L'une des têtes du dragon commença à s'assoupir; une autre rugit et la dernière hurla :

— Qu'est-ce que ce binz ! ?

Ivan sursauta, mais continua son histoire, imperturbable, improvisant de plus en plus :

— ... Ses conseillers lui présentèrent mille nobles filles, mais aucune ne plut au tsar, dont les très belles princesses Vanessa d'Absurdie et Vassilissa d'Absurdistan... Tellement belles que la plume ne pouvait les décrire...

— Sortez immédiatement de ma demeure ! cria la tête centrale. Je ne peux plus entendre vos histoires !

Le prince s'insurgea :

— Attendez ! Je vous propose un ultimatum !

« Là, c'est l'art de l'improvisation ! » pensa le fiancé de Maria.

Un silence suivit l'affirmation solennelle.

— Nous t'écoutons ! murmurèrent les têtes en chœur.

— Soit vous écoutez mon histoire jusqu'à la fin et aucun changement pour vous et pour moi, soit je me tais, mais vous devez me laisser partir avec votre prisonnière !

Les têtes s'observèrent, hésitantes. L'une murmura :

— Je ne peux plus l'entendre ! Tant pis pour la princesse !

Une autre répliqua :

— Mais non ! Si près du but... Tu ne peux pas rater l'occasion ! Miam !

La dernière tête constata :

— Mais on ne peut avoir le beurre et l'argent du beurre ! On ne peut se débarrasser de ce prince pacifique par les voies habituellement connues... Que faire ?

Puis, un silence plana, lourd, pendant un instant. Enfin les têtes répondirent à l'unisson :

— Très bien jeune homme, nous te laissons partir avec la princesse ! Mais la prochaine fois, tu seras notre repas !

Maria accourut vers Ivan. Main dans la main, ils quittèrent l'antre et rejoignirent le Loup Gris.


***


Et Ivan Tsarévitch se réveilla. Ses yeux ensommeillés parcoururent sa chambre. Les draps chatouillaient ses pieds et sa tête reposait sur un moelleux coussin. Il étira la main vers le bras de Maria, endormie à côté de lui.

— Quoi ? Tout n'était qu'un rêve ! murmura-t-il.

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