Voyages en Absurdistan

Chapitre 15 : Au Moyen-Âge rêvé

862 mots, Catégorie: G

Dernière mise à jour 09/04/2026 13:25

Ce chapitre contribue au Défi Là où l’amour ne se télécharge pas de Eilina (un célibataire qui rêve être au Moyen-Âge et trouve le véritable amour)


Fandom Fiction originale



Au Moyen-Âge rêvé




Je scrutais attentivement mon entourage et constatais que je portais une élégante robe dorée, sertie de pierres précieuses — plus belle que toute celle que j’avais connue jusqu’à ce jour. Je me tournai vers la psyché qui trônait au milieu de la chambre afin d’observer mon reflet. Ma silhouette féminine était finement accentuée par le corsage et les plis nombreux ; élégance et douceur étaient les mots qui la décrivaient le mieux. Je sortis de la chambre à petits pas, ajustant un fin voile sur mes cheveux marron.

« Où viens-je d’arriver ? Chez Godefroy de Montmirail ? J’espère que non ! » pensai-je avec humour. « Mais où mes pas me mènent-ils ? Est-ce cette porte ou celle là-bas ? »

Des servantes et des serviteurs me saluèrent au passage. Gênée par autant d’attention, je leur rendis la pareille d’un mouvement de tête et continuai ma promenade en observant minutieusement les murs. J’aboutis ainsi devant une immense porte. J’entrai dans la salle : une vaste pièce où les meubles élégants étaient richement décorés de pierres précieuses. Des jeunes hommes et des jeunes femmes se retournèrent à mon arrivée, me perçant de leurs regards. Ils étaient tous richement vêtus.

« La noblesse, sans aucun doute. »


Un grand et svelte jeune homme aux cheveux aussi noirs que l’ébène et aux yeux marron s’avança vers moi. Mes yeux s’arrêtèrent sur les décorations dorées de son manteau, dont je ne parvenais à identifier les symboles. J’avais le souffle coupé.

« Mon prince charmant ? »

— Gente demoiselle, je vous prie de me prendre pour cavalier.

Il s’inclina poliment et me fit un baise-main galant. J’étais étonnée de pouvoir le comprendre alors qu’il parlait une langue plus archaïque. Il me tint la main et je lui murmurai :

— Monsieur, je ne sais pas danser…

— Soyez sans crainte, je guiderai vos pas !

— Je vais essayer alors… Monsieur ?

Il acquiesça et me prit de nouveau la main. Comme je demeurais immobile, il comprit qu’il avait oublié de se présenter.

— Enchanté, noble dame.

D’un geste de la main droite, il désigna sa poitrine et ajouta :

— Je suis Stanislav Vladimirovich Romanov, noble boyard et diplomate.

— Enchantée !

Il me prit délicatement par la main — cette main blanche, vierge de toute bague, dont je désirais ardemment qu’une alliance soit un jour ornée. Il m’entraîna doucement vers la piste, au centre de la salle. Je détaillai mon entourage : des hommes et des femmes vêtus de draps d’or, de lin fin, aux bijoux les plus étincelants. Je suivis les pas de mon cavalier au son des balalaïkas, des luths et de quelques autres instruments que je ne parvenais pas à identifier.


***


Après la danse, Stanislav m’invita dans la salle voisine : une bibliothèque. Nous nous assîmes l’un en face de l’autre et il me demanda :

— Ainsi, la mythologie des Slaves vous intéresse ? Et l’Histoire ?

Le samovar finement ciselé trônait entre nous ; chacun avait sa tasse de thé remplie. Je pris une gorgée avant de lui répondre, le cœur battant la chamade.

— Je suis plus familière avec la mythologie qu’avec l’Histoire. Perun, Vélès, Beli Bog, Makosh et les figures des contes folkloriques me sont plus familiers que les figures historiques, qu’il s’agisse d’Ivan le Terrible, d’Alexandr Nevski, de Nicolas II ou de Staline. Je m’intéresse aussi à d’autres mythologies et aux religions monothéistes, surtout aux Religions du Livre.

— C’est bien d’être si jeune et déjà passionnée.

— Je ne suis plus si jeune que cela, marmonnai-je pour moi-même. Je suis une vieille fille…

— Pour ma part, je suis versé en Histoire et dans le panthéon slave, la croyance de mes ancêtres. Nous poursuivrons cette discussion plus tard, mais j’aimerais d’abord vous offrir un manuscrit traitant de la mythologie de nos ancêtres et de leurs croyances.

Il se leva, prit un ouvrage dans les rayonnages et me le tendit.

— Daignez-vous me suivre chez mon père pour un repas ?

Lorsque nos mains se frôlèrent, involontairement, je souris.

Pour la première fois de toute mon existence, je ressentis un optimisme et une possibilité de renouveau, bien plus intenses que ne l’avaient jamais permis les rencontres virtuelles derrière un écran. Un contact humain réel, chaleureux, avec un homme que j’apprenais à découvrir et à comprendre.

Une vérité émergea en mon âme : une nouvelle aventure commençait, un nouveau pan de mon histoire personnelle s’ouvrait à moi. Une nouveauté encore inconnue, mais qui ne m’effrayait plus. Parfois, dans la vie, il faut simplement accepter d’essayer.

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