Les sentiments au fond de tes beaux yeux

Chapitre 169 : Le classement des grands malades

3309 mots, Catégorie: T

Dernière mise à jour 26/08/2026 12:17

Chapitre 169 : Le classement des grands malades


L’été se déroule paisiblement, le mois de juillet s’écoule et nous sommes conviés par mes chers Sinclair, où nous passons quelques « vacances » supplémentaires pour le changement d’équipement et le lancement de cette nouvelle page qui s’écrit pour nous tous maintenant que je fais partie de l’aventure.

Nous passons des jours formidables là-bas. Je profite de chacune de mes conversations avec Ophélia, de chacun des feux de bois que nous faisons le soir, de chaque caresse que je dépose sur les animaux qui peuplent le ranch…

Nous rentrons chez nous la dernière semaine de juillet.

 Hunter a conduit la moitié de la nuit alors je me lève sur la pointe des pieds le vendredi matin pour sortir de la chambre sans le réveiller.

Après un café et une douche, j’enfile une petite robe en lin, mes claquettes, ma casquette verte criarde et je sors sur le balcon pour retrouver mon petit potager chéri. Je manque de tomber à la renverse lorsque je découvre que tous les petits fruits verts que j’ai laissé avant mon départ chez les Sinclair sont désormais mûrs et rouge vif.

J’attrape un panier pour les récolter délicatement, et je suis enchantée lorsqu’Hunter me rejoint une vingtaine de minutes après.

-         Ils sont mûrs ?! s’étonne-t-il.

-         Oui ! Viens voir !

Après de longues appréciations de mon panier remplit, nous nous attaquons aux jardinières de fraises tous les deux. Il me tend évidement la première qu’il cueille au lieu de la mettre dans le panier, et nous nous nourrissons tendrement de fraises maison pour notre petit déjeuner.

-         Le goût est tellement différent comparé aux magasins… même lorsque tu te rends dans tes boutiques de produits de qualité, souligne-je.

-         Ça n’a rien à voir, admet-il. Ca me donne bien envie de nous cuisiner un petit plat… tu crois qu’on pourrait inviter Alma et Eden ?

-         Ils sont partis hier en vacances sur un coup de tête, réponds-je tristement. C’est dommage, j’aurais adoré partager notre premier repas issu de notre jardin…

-         Et si on invitait Julia ? Tu m’avais dit que ses parents n’habitaient pas si loin de la ville… elle fera peut-être le déplacement ? Il serait peut-être bon qu’elle… comprenne où nous en sommes…, répond-il gentiment.

-         C’est une idée…, admets-je. Elle n’a qu’une demi-heure de route…

Quelques minutes plus tard, j’annonce à Hunter que Julia sera chez nous pour sept heures et nous passons le reste de la journée à briquer l’appartement.

*

Un peu avant sept heures, je tourne comme un lion en cage en attendant la venue de ma colocataire… ex-colocataire.

-         Calme-toi mon cœur, tout va très bien se passer ! soupire Hunter en posant la dernière assiette sur l’ilot.

-         J’ai peur qu’elle le prenne mal ! Imagine qu’elle se sente abandonnée ? Nous avions plus ou moins parlé d’habiter ensemble jusqu’à ce qu’elle termine ses études ! m’inquiète-je.

Il lève simplement les yeux au ciel en éteignant le four, où nos petites tartelettes aux fraises ont fini de cuire et je n’ai même pas le temps de dire ouf que la sonnette retentit, me faisant sursauter. Dès qu’Hunter ouvre la porte, Julia ouvre les bras en grand :

-         Chouchounet ! Ça me fait plaisir de te voir ! s’exclame-t-elle en affichant son sourire à deux milles watts.

-         Moi aussi Julia, répond-il en lui rendant son câlin.

J’y passe ensuite et lorsqu’elle me relâche, elle glisse ses yeux excités sur tous les recoins de l’appartement :

-         C’est donc ici que tu te caches… je peux comprendre, c’est drôlement plus classe que chez nous ! me taquine-t-elle gentiment.

-         Euh… oui… tu as des nouvelles de notre appartement ? demande-je en me râclant la gorge.

-         Absolument pas… j’imagine qu’il sera prêt pour septembre quand même, ne t’inquiète pas…, répond-elle pensivement en avançant de quelques pas pour admirer les lieux.

Je lance un regard de détresse à Hunter, qui lève encore les yeux au ciel avant de venir m’attraper par la taille et de prendre les choses en main :

-         On te fait visiter Julia ? propose-t-il.

-         Mais avec plaisir !

Nous lui faisons donc un tour et elle ne tarit pas d’éloges sur l’appartement, ouvrant des yeux un peu plus scandalisés à chaque pièce que nous lui présentons. Après notre petite visite, nous nous installons à la table basse pour picorer nos apéritifs et je me cale à côté de Hunter tandis que Julia prend le fauteuil en face, installé par mes soins.

-         Vous êtes drôlement bien ici avec Eden, dit-elle à l’attention d’Hunter.

-         Oui, nous sommes bien…

Il me lance un petit regard appuyé pour me pousser à me lancer et je tente une approche :

-         Notre appartement est très agréable à vivre, murmure-je du bout des lèvres.

-         C’est clair ! Heureusement pour toi bon sang… si j’avais dû passer mon été chez Gia, ça aurait été compliqué… alors qu’ici, vous avez de la place ! Ça va te faire drôle de revenir dans notre chambre pourrie.  

Hunter étouffe un rire, puisqu’il est évident que Julia n’a pas pu comprendre ce que je sous-entendais, mais je ne suis pas capable de faire mieux et je lui lance un petit regard pour chercher son aide. Il hoche la tête discrètement avant de passer son bras autour de ma taille :

-         En fait Julia, nous sommes effectivement tellement bien ici que j’ai proposé à Hestia d’habiter avec moi… alors j’espère qu’elle ne repartira plus dans votre chambre… ou alors, c’est que j’aurai fait une sacrée connerie…, annonce-t-il en me couvant du regard.

Julia ouvre des yeux ronds comme des soucoupes en nous regardant à tour de rôle :

-         Vraiment ? Vous allez habiter ensemble ? Déjà ? s’étonne-t-elle.

-         Je… et bien…, bafouille-je.

-         C’est le projet. Disons que cet été devait être temporaire, mais nous sommes tellement bien que nous ne nous voyons pas vraiment nous dire au revoir après trois mois tous les deux…, ajoute-t-il.

-         Oui c’est vrai… je n’avais pas pensé à ça, réalise-t-elle.

-         Je suis désolée Julia !! m’exclame-je alors. Je n’ai pas réfléchi à toi, à ce que nous nous sommes dit ! Je suis juste tellement bien ici, tellement heureuse avec Hunter ! Je n’ai pas envie d’habiter sans lui mais je ne voulais pas trahir ce que nous nous étions dit ! Mais je… je…

Je suis coupée, lorsque Julia et Hunter échangent un regard avant d’éclater de rire tous les deux, au moment où j’ai les mains plaquées sur les lèvres et mon regard le plus suppliant. Ils s’en remettent difficilement, Julia me rassure en m’assurant que ce n’est absolument pas grave, Hunter embrasse ma tempe, puis ils passent quelques minutes à se moquer gentiment de moi et de mes réactions imprévisibles.  

-         J’avais tellement peur que tu le prennes mal…, geins-je.

-         Elle tourne en rond depuis des heures, confirme Hunter en hochant gravement la tête.

-         Hestia… Non mais je vous jure, qui donc m’a donné une colocataire pareille…, soupire-t-elle. Tu as le droit de tomber amoureuse, de changer tes plans, de vivre ta vie ! Si je m’étais trouvé un chouchounet, alors peut-être bien que c’est moi qui t’aurais plantée ! Bon sang, si nous ne sommes pas là pour nous souhaiter le bonheur, alors quel genre d’amies sommes-nous ?! 

-         Je ne sais pas, tu as raison, je te remercie, murmure-je.

Hunter décide visiblement de changer de sujet pour me rassurer et il pique une de nos merveilleuses petites tomates cerises au bout de son cure dent :

-         Alors donc Julia ? Pas de chouchounet en vue… ? demande-t-il simplement.

-         Ne m’en parle pas ! Déjà, je crois que j’ai été un peu optimiste… je crois qu’il n’existe qu’un seul chouchounet dans ce monde et que c’est toi ! réplique-t-elle en soupirant d’agacement.

-         Mais non, tempère-t-il.

-         Bien sûr que si… j’ai de toute façon tiré un trait sur les hommes, ils sont tous aussi nuls les uns que les autres… sauf peut-être toi et Eden mais… Oh ! Vous êtes pris ! Evidemment ! raille-t-elle en riant.

-          Julia…, dis-je d’un ton peiné.

-         Arrête Hestia, tu sais bien que je m’en fiche dans le fond… Je veux me concentrer sur mes études, mon futur travail… il est simplement insupportable de ne tomber que sur des abrutis, on dirait que je les attire !

-         Mais non…, la rassure Hunter.

-         Tu te moques de moi chouchounet ? Hestia t’a un peu tenu au courant de mes dernières conquêtes ?

-         Non… ? s’inquiète-t-il.

-         Je te préviens, ça ne vole pas haut. Je n’attire que les cas, les cons ou les cinglés, le prévient-elle. C’est à tes risques et périls…

-         Je serais ravi d’entendre ces histoires en mangeant, répond-il en retenant un rire.

-         Alors en route pour le diner spectacle ! annonce-t-elle.

Et nous rions, encore et encore, tout le long que dure notre repas.

 Julia est naturellement une bonne conteuse d’histoire, elle le fait avec humour, elle place toujours ses silences et ses grimaces au bon moment alors que ses histoires se suffiraient déjà à elles seules. Hunter est plié en deux, il en pleure de rire à plusieurs moments, il ne peut pas croire à ce qu’elle lui raconte alors que je peux tout confirmer pour avoir vécu les choses en temps réel lorsque j’habitais avec elle.

 Ce n’est qu’une surenchère entre tous les ploucs qu’elle a fréquenté, qu’elle taille dans tous les sens, et je crois que nous perdons officiellement Hunter lorsqu’elle lui raconte l’histoire du type qui volait ses petites culottes dans son panier à linge. Il est affalé sur l’ilot, la tête dans une main, l’autre sur son ventre pour soulager ses abdominaux qui souffrent de rire autant et il me lance un regard hilare :

-         J’ose espérer que tes sous-vêtements ne se trouvaient pas dans ce panier !

-         Non, j’ai arrêté la première fois qu’on l’a trouvé la main dedans ! réplique-je. Mais Julia a persisté en croyant à son excuse bidon !

-         Il était possible qu’un de ses tee-shirt se soit trouvé dedans ! rit-elle.

-         Alors qu’il n’avait jamais vraiment dormi chez nous ?! Tu te leurrais ! m’esclaffe-je.

-         Bien sûr que je me leurrais ! Comment veux-tu admettre une chose pareille ?!

-         C’est tout de même pire que celui qui prenait tes pieds en photo à ton insu…, ajoute-je malicieusement en lançant un regard à Hunter, puisque je sais que ça l’amusera.

-         Quoi ?! hurle-t-il de rire, impatient d’entendre la suite. 

-         Oh, encore une belle histoire ! soupire Julia avant de se lancer dans son récit.

 Dire que j’avais peur de cette soirée, de cette annonce… je me trouve complétement stupide, parce que nous passons un moment génial et lorsque nous la raccompagnons, elle nous fait promettre de la réinviter très bientôt.

*

Hunter est encore hilare dès qu’il referme la porte, il a un grand sourire vissé sur les lèvres et il me rejoint pour finir de nettoyer la cuisine en secouant la tête :

-         Je ne sais pas quel est le plus grand malade avec lequel elle a fricoté…, commente-t-il.

-         Le pyromane entre sans doute dans mon classement, réponds-je en riant un peu.

-         Dans le mien aussi, assurément… mais il se bat en duel avec le mythomane… qui lui a quand même menti du début à la fin… de son âge à son travail !

-         N’oublie pas le fouineur de culotte ! Il mérite tout de même une bonne place…, affirme-je en passant un chiffon sur le plan de travail désormais impeccable.  

Ses deux bras se referment autour de moi la seconde d’après et je frissonne en gloussant quand il cale ses lèvres au creux de mon oreille :

-         Mh… je ne sais pas… je ne cracherais pas sur une de tes petites culottes…, plaisante-t-il.

-         Sales ! Il ne les prenait pas dans sa penderie ! m’exclame-je.

-         Mais c’est encore mieux…, pouffe-t-il en croquant ma gorge gentiment.

Je me débats en couinant et en gloussant, mais il continue de me chatouiller de ses lèvres au creux de mon cou, en jouant les pervers voleur de culottes pour me faire rire. Notre petite comédie dévie évidemment vers des câlins tendres et nous nous embrassons un moment avec des petits sourires aux lèvres.

-         Et si nous allions jeter un coup d’œil dans ce panier à linge…, plaisante-je en passant mes bras derrière sa nuque pour le tirer doucement vers la salle de bain.

-         Si je suis chanceux, il y en aura une ou deux…, réplique-t-il en se laissant emmener.

-         Je ne crois pas, j’ai fait une machine tout à l’heure… mais… tu pourras toujours avoir celle que je porte…, minaude-je.

 Ses yeux brillent déjà, son expression change, elle devient plus désireuse et prédatrice, le Hunter que je préfère à cette heure de la soirée…

Son téléphone vibre dans sa poche, il le sort machinalement pour le poser sur le meuble à côté de nous, mais son visage change complétement d’expression lorsqu’il voit son appelant sur l’écran. Ses sourcils se froncent, ses yeux sont déjà concentrés et je le sens à des années lumières de moi en un claquement de doigts.

-         Non ! geins-je. Winston peut attendre ! Tu l’as eu dix minutes avant l’arrivée de Julia et tout allait très bien ! Ta boite ne va pas s’effondrer dans la nuit !

-         Je… oui, mais il faut que je réponde, je te rejoins sous la douche ou dans la chambre je … je ne sais pas pour combien de temps j’en aurai… je vais sortir.  

Cette fois, je tique un peu, parce que son attitude est vraiment complétement différente de d’habitude.

-         Qui est-ce ? Tout va bien ? Tu ne peux pas répondre ici ? demande-je.

-         C’est très important, fais-moi confiance, il faut que je réponde mon cœur…, articule-t-il simplement en partant à grandes enjambées.

Je me retrouve toute seule sur le chemin de la salle de bain, entre la cuisine et le salon, alors qu’Hunter est sur le balcon avec sa mine la plus concentrée, en train d’hocher la tête à ce que son interlocuteur lui raconte. Je ne cherche pas beaucoup plus loin, puisque j’ai toute confiance en Hunter et que je n’ai pas à savoir tout ce qu’il se déroule dans sa boite.

Je me résous donc à prendre ma douche et lorsque j’en sors quelques minutes plus tard, il est toujours pendu au téléphone, appuyé contre la barrière du balcon.

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