Les sentiments au fond de tes beaux yeux
Chapitre 152 : Les preuves
La semaine déroule tranquillement, elle est simplement rythmée par mes petites crises à chaque fois qu’Hunter me reporte à quel point son armée de Winston le pousse à choisir cette maudite entreprise des Alimentaires plutôt que les Bûcherons, dont je trouve le « projet » bien plus beau.
Le jeudi soir, Hunter doit partir le lendemain matin et je boude comme une gamine, parce que j’ai peur qu’il ne donne pas sa chance aux Bûcherons. Il cuisine un chili, puisque nous recevons Eden et Alma et que j’avais raté le dernier pour voler au secours de Kai. Je suis perchée à ma place sur le plan de travail, mais je fulmine intérieurement.
- Tu vas te donner des rides à froncer les sourcils en continu, m’embête-t-il.
- Et bien j’aurai des rides ! m’agace-je.
- Arrête de t’en faire, je t’ai promis une centaine de fois que mon choix n’était pas fait !
- Mais tu vas passer deux jours entouré par ton armée de Winston, qui vont vanter les Alimentaires en continu et descendre en flèche mes Bûcherons ! ronchonne-je. J’ai peur que tu ailles à leur rencontre avec des a priori, un choix déjà fait ou que tu n’écoutes que d’une oreille ce qu’ils auront à te dire ou te montrer !
- Bien sûr que non ! se défend-il en riant malgré lui. Arrête de croire que je suis si influençable, si je l’étais, je donnerais moins de cheveux blancs à Winston !
- Je ne veux pas devenir avocate pour rien ! Je défendrais avec panache les Bûcherons face aux Winston et leurs précieux Alimentaires ! Et je suis sûre que je gagnerais le procès ! Mais je ne serai même pas là, ils seront tous contre eux !
- Alors viens ! réplique-t-il en ajoutant les épices.
Un petit blanc tombe, je le dévisage avec un air choqué tandis qu’il ne lève pas le nez de son plat et mon cœur accélère doucement.
- Je peux venir ? demande-je timidement.
C’est lui qui relève le nez avec une tête choquée cette fois :
- Bien sûr que oui… pourquoi ? Tu aimerais venir ?!
- Et bien… je ne savais pas que j’avais le droit… mais… j’ai pris cette histoire tellement à cœur… je serais ravie de les rencontrer, de visiter leur terre… J’adorerais ça Hunter…, souffle-je.
- Mais alors viens ! Bon sang, je n’aurais jamais imaginé que tu voudrais venir mon cœur, sinon je te l’aurais proposé depuis le soir où je t’en ai parlé… et puis tu hais les Alimentaires, mais tu m’as déjà dit que tu aurais aimé visiter la capitale alors… ce serait l’occasion d’y aller… ? propose-t-il avec espoir.
- Vraiment ? Je fais mon sac et je pars avec toi ? Comme ça ?! couine-je.
- Va faire ton sac ! s’exclame-t-il en rayonnant de bonheur.
L’ambiance remonte de dix étages, il se jette sur moi pour attraper mes joues et m’embrasser avec fougue, avant de me relâcher pour m’envoyer faire ma valise avant l’arrivée de nos amis. Je m’exécute sans y croire, soudain complétement euphorique à l’idée de visiter la capitale et de rencontrer mes chers Bûcherons, et j’arrive à boucler mes affaires une seconde avant que nos amis arrivent.
*
Le lendemain matin, je suis fière comme un paon lorsque nous quittons la ville dans l’Aston, nos sacs dans le coffre. Hunter affiche un visage radieux depuis notre départ, comme s’il avait eu peur que je le plante au dernier moment, et il embrasse toutes les trois minutes nos mains enlacées.
- Je n’en reviens pas de t’emmener avec moi en voyage d’affaires…, soupire-t-il avec bonheur. Quand je vois ce par quoi nous sommes passés, toutes ces cachotteries, toutes ces peurs… et te voilà avec moi… ma vie est un rêve.
- Quelques départs sans nouvelles et une accusation d’être un narcotrafiquant plus tard…, plaisante-je.
Il éclate de rire, un beau rire qui résonne dans l’habitacle et me donne le sourire.
- Je ne m’en remettrai jamais de celle-là ! Pourtant tu m’en as fait ! s’esclaffe-t-il. Mais comment as-tu eu cette idée farfelue ?! J’ai cru que mes yeux allaient sortir de mon crâne quand tu m’as lâché ça au milieu de ce café…
- Tout concordait Hunter…, bougonne-je d’un ton vexé.
- J’aimerais bien savoir en quoi ?!
- D’accord, commençons par le plus évident : tu ne voulais pas me dire ton travail, tu avais « peur que ça change les choses entre nous » … J’en ai injustement déduis que c’était parce que tu avais honte ou que c’était inavouable… J’ai compris depuis le pourquoi, mais c’était louche…
- Tu avais même pensé à l’escorting au début de notre relation… Tu envisageais déjà l’illégalité, confirme-t-il en hochant la tête.
- Ensuite, ta richesse manifeste, une belle voiture, un appartement hors de prix… A ton jeune âge, alors que tu t’étais fait toi-même selon Eden, sans diplôme, ça sonnait très illégal tout de même…
- J’en conviens.
- Le pire a été lorsque j’ai retrouvé Kai, qu’il m’a dit qu’on l’avait ramassé dans la rue, comme Winston et toi… Que les mecs intelligents gravissaient les échelons du réseau très vite et partaient de rien pour en arriver au sommet, avec des « thunes à ne plus savoir quoi en faire » et des « bagnoles de luxes » … Informations qu’on peut largement relier à ta tendance à dépenser des fortunes pour moi, ton Aston Martin et ton intelligence qui n’est pas un secret.
Il hoche encore la tête avec une tête compréhensive.
- Ensuite, ta photo pendant les vacances de Noël, dans une usine désaffectée en plein jour Hunter… Ajoutons à ça la première fois où tu as parlé à Winston devant moi, avec qui tu parlais d’argent et de délai… au moment même où Kai donnait une avance pour obtenir du délai auprès de son patron… Tu avais même parlé d’un type du secteur nord, le quartier chaud, et j’ai fait le lien avec Kai quand j’ai cru que tu étais le baron…
- En effet, parce que j’étais sur le coup avec une entreprise très prometteuse dans laquelle un autre investisseur voulait investir… Un type du secteur nord de la ville, qui avait soi-disant donné une avance à l’entreprise en question pour avoir la place d’investisseur sous mon nez… Winston m’avait appelé en urgence pour m’informer de la situation, complétement affolé… Mais je ne le sentais pas, je n’avais jamais entendu parler de ce type, je n’y croyais pas trop… alors j’avais décidé d’attendre une bonne semaine pour voir ce qu’il se passait plutôt que de surenchérir bêtement pour avoir la place… Et j’avais raison, cette histoire n’était qu’un coup monté du patron, qui voulait que j’investisse plus et qui a donc voulu me mettre une pression ridicule que je n’ai pas du tout apprécié… Je suis gentil, j’ai du cœur, mais je suis très dur en affaires aussi Hestia, c’est comme ça que j’ai aussi bien réussi… Résultat, le type a complétement perdu mon investissement et sa boite a coulé… C’est déplorable, son affaire était prometteuse, mais impossible pour moi de faire affaires avec un homme qui m’entourloupe avant même que nos accords ne soient signés.
Cette fois c’est moi qui hoche la tête, impressionnée :
- Je ne peux pas croire que cet homme t’ait fait un coup pareil alors que tu allais lui donner des fonds… c’est ridicule…, souffle-je.
- L’argent rend les gens fous… Bref, les autres preuves ? s’amuse-t-il.
- Et bien, ton liquide, que tu sortais à tout bout de champ de tes portefeuille cachés ici et là… Il est impossible d’avoir autant de liquide, ça n’existe pas dans le monde normal… sauf que … bon… vu tes comptes, je suppose que ce liquide est proportionnel… Comme si j’avais des billets de cinq euros dans quelques portefeuilles…
- En effet…
- Et enfin, pas des moindres, la découverte que tu avais une arme ! Le jour même où tu t’es fait passer pour le grand patron et que ça a fonctionné… que j’ai vu des hommes dangereux trembler devant toi… Je veux dire, tu as réussi un coup de bluff tellement… dingue…
- Je suis intelligent Hestia, je réfléchis vite et bien…, me répète-t-il comme il me l’avait dit ce soir-là. J’avais ta localisation exacte, je fonçais comme si je connaissais l’adresse, tout seul dans ma « bagnole de luxe » avec une arme à la main… Bon sang, comment veux-tu qu’un type lambda fasse une chose pareille ? J’étais sûr que ça allait marcher si j’avais assez d’assurance, en tout cas je m’en persuadais pour éviter de réfléchir au fait que je risquais de perdre la vie et la tienne… Enfin, tout ça est passé.
- Je ne me remettrai jamais de cette histoire je crois, murmure-je en haussant les sourcils.
- D’autres preuves ?
- Ton coffre-fort… C’est tout de même très étrange pour deux étudiants…
- Oui, mais tu imagines bien que j’ai du liquide et des papiers très, très importants dans ce coffre… Et l’arme rassurait Eden, il n’était pas serein de vivre avec moi dans un petit appart, il avait peur que des gens mal intentionnés me suivent pour essayer de nous voler… Ça peut se comprendre.
- Oui… c’est vrai… Heureusement que vous êtes armés finalement…, m’inquiète-je.
- Ça fait des années que nous habitons ici et personne n’a jamais fait quoi que ce soit, me rassure-t-il avant même que je ne formule mon angoisse.
J’hoche la tête mais je ne suis pas sereine, alors il me distrait en me demandant d’autres preuves. Je lui explique donc le nombre de fois où Kai a décroché à son boss en disant « Allô patron » et que lorsque j’ai entendu Winston le dire, tous mes traumatismes se sont enclenchés. J’enchaine en lui disant que tous les – faux – liens se sont fait dans ma tête à ce moment-là précisément, et que la bombe a donc naturellement explosé.
Nous continuons de discuter de tout ça pendant un bon moment sur nos quatre heures de route, en riant comme des bossus de tout ce quiproquo, et à la fin, Hunter déclare juste qu’il est terriblement dommage que nous ayons perdu un mois tous les deux à cause de cette histoire.
- C’est ce qui m’aura permis de rencontrer Sélène…, le rassure-je. Alors l’un dans l’autre, je suis heureuse que ce soit arrivé…
- Moi aussi je crois, ajoute-t-il en fronçant les sourcils. Parce que je ne sais pas combien de temps j’aurais encore bien pu mettre avant de te dire les choses… J’avais tellement peur, j’ai voulu te le dire tant de fois… surtout après que nous nous sommes dit nos premiers je t’aime… Je m’étais fixé ça à l’origine… Dans mes crises de paranoïa où je craignais que la femme de laquelle je tomberais amoureux ne m’aime pas vraiment… Je me disais que je pourrais lui cacher les choses jusqu’à ce qu’elle m’avoue ses sentiments…
- Tu ne me l’as pourtant pas dit à ce moment-là…, souligne-je.
- Parce que rien ne s’est passé comme prévu avec toi mon cœur… J’imaginais rencontrer une femme normale qui…, commence-t-il.
- Normale ?! le coupe-je vivement.
Il me lance un regard désolé en voyant qu’il vient de me peiner, mais il se rattrape vite et surtout bien :
- Une femme… classique, tu es extraordinaire mon cœur, je te l’ai déjà dit... Rien n’était comme je l’avais prévu… Tu étais tellement différente, tellement particulière, tellement pure et vraie… Je suis tombé amoureux de toi pratiquement aussi sec, alors que j’imaginais que je mettrais un peu de temps dans mes rêveries sur mon futur amour… Je ne contrôlais rien, je t’ai menti sans te connaitre et le piège s’est refermé sur moi dès que j’ai compris comment tu étais… Tu n’imagines pas ma panique quand j’ai réalisé que te mentir était la pire idée du monde… A partir de là, toutes les excuses étaient bonnes pour repousser le moment te le dire… je me disais que ça ne changerait rien, que tu m’aimais sans ça, alors pourquoi gâcher notre bonheur en t’avouant que je t’avais menti ? Et plus je repoussais les choses, plus il devenait fou que tu ne saches pas…
- Je ne te facilitais pas la tâche, interviens-je. A te dire que tu me le dirais quand tu serais prêt, que je m’en fichais…
- C’est clair, mais ça ne m’excuse en rien, parce que je savais que tout ça pouvait me péter au nez et Eden me le rappelait très régulièrement. Il ne me comprenait pas, il me secouait les puces depuis que nous avions officialisé notre couple… Mais bon sang, j’étais tellement heureux… je savais que tu m’aimais sans être au courant, comment venir gâcher tout ça… ? répète-t-il d’une petite voix.
- C’est oublié, et puis je t’ai menti avec Kai de toute façon, j’ai largement des torts.
- Oui, mais ce n’est pas pareil… Tu ne supportes pas le mensonge mais ça ne veut pas dire que tu ne supportes pas de mentir, j’en avais bien conscience… Parce que quand c’est toi qui mens, tu sais les raisons pour lesquelles tu le fais, tu sais que tu n’essaies pas de me tromper avec une mauvaise intention, alors que lorsque c’est quelqu’un en qui tu as confiance qui te ment, tu paniques puisque tu ne sais pas ses raisons. Et tu ne m’as pas menti longtemps comparé à moi…
- Arrête de justifier mon mensonge tout en enfonçant le tien ! Arrête de me mettre si haut pour te descendre plus bas que terre… Si tu m’avais dit la vérité avant, j’aurais fait une petite crise comme je l’ai fait, mais je t’aurais pardonné immédiatement, parce que j’ai largement compris tes raisons… Toi non plus tu n’avais pas la volonté de me tromper, simplement de te protéger au début, puis de ne pas oser gâcher notre bonheur… Arrêtons cette discussion, elle ne me plait pas. Nous nous aimons Hunter, tout ça est derrière nous et je ne veux penser qu’à l’avenir désormais, affirme-je.
- Je t’aime de tout mon cœur, conclut-il en se penchant pour embrasser ma joue furtivement.
- Moi aussi, et concentre-toi donc un peu sur la route, je ne veux pas que tu me tues alors que je suis à deux doigts de rencontrer mes Bûcherons, l’embête-je.
Il rit et nous finissons le trajet en jouant à mes petits jeux de voiture, à sa demande.
*
Il est une heure de l’après-midi lorsque nous nous garons devant un immense hôtel au cœur de la capitale. Ça fait une grosse demi-heure que j’ai les yeux écarquillés et le nez collé à la vitre, à découvrir une ville des dizaines de fois plus impressionnante que la nôtre. C’est une expérience, je n’apprécie pas les villes, encore moins aussi immenses et elle me rend un peu anxieuse mais je n’ai rien à gérer puisque c’est Hunter qui conduit alors j’en prends juste plein la vue.
L’hôtel est tellement grand que je ne peux pas en voir le sommet depuis la voiture.
- Tu crois que nous pourrons monter tout en haut ?! Pour voir la ville de là-haut ?! piaille-je.
- Evidemment, je nous ai réservé la suite du dernier étage rien que pour ça, confirme-t-il.
- Mais ça doit coûter une fortune ! m’affole-je.
Il lève les yeux au ciel pour toute réponse et je ne m’habitue pas à me dire que tout ça n’a aucune importance pour lui… que réserver la chambre la plus chère de l’hôtel le plus cher de la capitale n’est rien… c’est lunaire. En tout cas, maintenant que je suis au courant et qu’il m’a déjà disputé une paire de fois, j’ai compris et j’ai appris. Alors je me penche simplement vers lui pour attraper ses joues :
- Merci mon amour, ça me fait très plaisir, vraiment, ronronne-je.
Le sourire aussi bête qu’amoureux qu’il me sort est toujours la plus belle de mes récompenses et je l’embrasse avec tendresse dans la foulée, incapable de croire à ma chance.
Nous sortons de la voiture et un homme attrape nos sacs dans le coffre avant qu’un voiturier embarque l’Aston, puis on nous déroule pratiquement le tapis rouge jusqu’à la réception. Ce n’est même pas simplement une image, il y a bel et bien un tapis rouge au sol.
- Quelle frime…, commente-je en haussant les sourcils.
Il rit en attrapant ma main :
- C’est comme ça que le monde fonctionne, et attends un peu qu’ils comprennent quelle chambre nous avons réservée… Tout ça va s’accentuer…
- Je ne te crois pas…, réplique-je en lui lançant un regard pour vérifier qu’il ne se moque pas de moi.
Et il ne se fichait pas de moi.
Je suis abasourdie de voir comme nous sommes traités comme des rois, alors qu’on m’aurait fichu dehors avec un balai si j’avais eu le malheur d’entrer toute seule dans le bâtiment en descendant d’un bus. Nous sommes escortés par le bagagiste, que j’ignore sans le vouloir à cause des lieux absolument fous autour de moi, particulièrement lorsqu’on nous ouvre la porte de notre chambre et que je vois déjà par l’immense mur vitré du fond la vue incroyable sur la ville.
Je laisse Hunter gérer l’homme, je retire mes boots et je file comme le vent jusqu’à la grande vitre en m’exclamant bruyamment que c’est « complétement dingue ». Hunter éclate de rire dans mon dos, l’homme ne commente pas et je continue de sauter comme une puce dans toute la suite pour la découvrir.
Elle est grandiose évidemment, avec un salon, une chambre et même une salle de bain plus grande que mon logement étudiant. La vue est folle, je vois la ville minuscule de si haut, les gratte-ciel à perte de vue, les gens grands comme des fourmis… Lorsque je finis de m’extasier devant la vue, je repars comme une flèche en direction de la chambre pour me jeter dans le lit en riant.
Hunter me rejoint et je lui lance un regard excité :
- Je n’ai jamais vu un lit aussi grand ! Même celui à la montagne ne l’était pas ! Je suis sûre que tu tiens en largeur !
- Sans doute, confirme-t-il en approchant du lit pour m’observer, les bras croisés et un sourire aux lèvres.
Je me mets à quatre pattes et je me faufile jusqu’à lui au bout du lit tandis qu’il hausse un sourcil. Je me redresse sur les genoux pour attraper sa nuque et je le tire sans autre forme de procès sur mes lèvres. Il suit le mouvement en m’enlaçant, avec un sourire coquin vissé sur les lèvres, et je l’embrasse avec toute ma chaleur, jusqu’à glisser mes mains sur son sweat pour lui retirer.
Il se laisse faire, et lorsque je retire son tee-shirt dans la foulée, je le tire avec autorité dans le lit pour qu’il me rejoigne. Il grimpe au-dessus de moi en m’embrassant toujours avec passion et je parcours déjà son dos avec envie, projetée dans ce qu’il va très vite se passer.
Mais il se détache de mes lèvres pour me lancer son beau regard étourdi.
- Aussi belle sois-tu, aussi grand soit mon désir pour toi… je suis ici pour travailler…, chuchote-t-il avec douceur.
- Mais pourquoi tu m’as laissé te déshabiller ?! m’offusque-je.
- Parce que je vais aller me doucher pour me débarbouiller de la route, avant de sauter dans un costume pour rejoindre ma réunion avec les Alimentaires…
- Quoi… ? demande-je avec déception.
- J’ai rendez-vous dans une grosse heure dans leurs locaux…
- Une grosse heure ? demande-je en retrouvant mon sourire de chat opulent.
Il éclate de rire et m’attrape en se redressant pour me porter jusqu’à la salle de bain tandis que je glousse, victorieuse.
*
Après notre douche, je bulle dans le lit en serviette, toute heureuse et détendue pendant qu’il enfile un costume.
- James Bond est de retour, pouffe-je en mordillant mon index.
- Ma James Bond girl ne s’habille pas ? demande-t-il.
- Je suis censée venir à la réunion dans les locaux ? Je pensais que je n’étais conviée qu’au cocktail de ce soir ? m’étonne-je.
- C’est toi qui vois… je ne suis pas sûr que ça t’intéresse grandement… mais je ne veux pas que tu t’ennuies… Et puis tu pourras enfin rencontrer Winston…
- Quoi ?! Je n’avais pas réfléchi à ça ! panique-je.
Il m’offre un sourire éblouissant dans le grand miroir face auquel il attache ses boutons :
- Et moi je ne pense qu’à ça depuis hier soir… mais je ne voulais pas te faire stresser, alors je n’ai rien dit ! réplique-t-il joyeusement. Tu vas rencontrer toute mon équipe de direction dirons-nous, mais il n’y a que ta rencontre avec Winston qui m’intéresse, tu t’en doutes…
- Oh non…, m’angoisse-je.
- Alors ? Tu le rencontres maintenant ou ce soir ? demande-t-il avec excitation.
- Ce soir je suppose… Je n’ai pas très envie d’assister au business plan des Alimentaires… même moi j’ai peur d’être convaincue, ronchonne-je.
- En entendant les chiffres qu’ils prévoient, sans doute…, concède-t-il en haussant les sourcils. Qu’est-ce que tu vas faire ? Tu as pris un livre ?
- Oui… Mais… je serais bien allée au musée d’Histoire naturelle… j’en rêve… mais j’ai trop peur de me promener toute seule dans la ville.
Il vient s’assoir à côté de moi pour caresser ma petite mine triste :
- Je peux t’appeler un taxi, ou un chauffeur privé…, chuchote-t-il.
- Je ne les connais pas, ça me rend anxieuse, murmure-je.
- Alors habille-toi vite et je te promets de te déposer devant l’entrée puis de venir t’y chercher dans quelques heures…
- Mais non, tu vas te mettre en retard !
- Je m’en moque, je suis la personne qui s’apprête à injecter des centaines de milliers d’euros dans leur entreprise Hestia… Si je veux déposer ma petite-amie au musée avant, alors ils attendront, point barre, tranche-t-il.
- Je t’aime…, murmure-je en fronçant les sourcils. J’ai toujours pensé que les hommes riches étaient des cons qui maltraitaient leurs femmes et ne pensaient qu’à eux… Merci de me prouver que ce n’est pas le cas et de me traiter comme une princesse en tout temps… Merci d’être toi, nous en revenons toujours à ce constat.
- Et merci d’être toi.
Après un baiser d’amour, je saute dans une robe et nous filons.