Les sentiments au fond de tes beaux yeux
Chapitre 136 : Une bien douce matinée
Nous reprenons notre souffle, aussi retournés l’un que l’autre après l’intensité des retrouvailles charnelles que nous venons de vivre, et nous rions même à intervalles réguliers en nous lançant des coups d’œil heureux.
- Tu sais quoi mon cœur ? demande-t-il d’une voix pleine d’humour.
- Non ? souris-je.
- Ça valait largement le coup de me prendre un coup de couteau ce matin.
Nous nous mettons à glousser comme deux gamins, si fort que nous sommes obligés de nous remettre sous la couette et de rire au creux du cou de l’autre pour étouffer le bruit. Nous sommes vraiment complétement hystériques, sans doute parce que nous évacuons ce que nous venons de ressentir et la situation totalement dingue de ce matin, notre rupture déchirante et notre amour transcendant… Il y a trop d’émotions en jeu et il faut que tout ça sorte. Lorsque nous nous calmons enfin et que nous pouvons rabattre la couette de nos têtes pour respirer, il a le visage au-dessus du mien pour m’observer amoureusement :
- Ne pars plus jamais, je t’en prie…, murmure-t-il.
- Ne me donne pas de raison de partir Hunter, et je te jure que je resterai pour toujours, réponds-je en posant mes mains sur ses joues.
Il ne répond pas et se penche pour m’embrasser amoureusement, un beau et long baiser plein de sentiments.
*
Une main qui caresse ma joue avec douceur, un baiser qui se pose sur mon front tendrement, une voix grave et chaude dès le réveil… Un beau matin au paradis.
- Debout mon cœur…
J’ouvre un œil pour le trouver tout habillé et fraichement douché visiblement. Il m’observe avec amour en caressant mon visage et je sens que la gêne a disparu entre nous définitivement après notre union cette nuit.
- Quelle heure est-il ? demande-je.
- Huit heures…
Je me renfonce dans mon oreiller en gigotant pour me caler et ça le fait rire.
- Tu vas être en retard si tu te rendors mon chat… Tu te lèves en général une heure avant ton premier cours…
- Je n’ai pas de travaux dirigés, marmonne-je en fermant les yeux.
- Et alors… ? s’étonne-t-il.
J’ouvre les yeux, bien réveillée cette fois, pour regarder son visage dans l’incompréhension. Je n’avais pas vraiment réalisé qu’Hunter ne peut pas deviner que je ne me rends plus à mes cours magistraux depuis deux mois. Je me redresse pour m’assoir en tailleur en m’étirant un peu et je savoure son regard qui descend avec luxure sur mes attributs que je lui expose sous le nez dès le matin dans ma petite robe fluide. Je me tortille volontairement pour mieux le tenter et il relève des yeux malicieux dans les miens :
- Je bosse d’ici aujourd’hui, alors si tu ne veux pas être en retard à la fac, je te déconseille de continuer ton cirque…, ronronne-t-il.
- Je n’y vais pas Hunter… Je n’avais pas prévu d’y aller en tout cas… en fait, ça fait deux mois que je ne vais plus en amphi et je crois que je n’avais pas réalisé que je peux y retourner maintenant que ma vie est redevenue parfaite, souffle-je en le réalisant enfin.
- Tu n’es pas allée en cours du tout ? s’étonne-t-il.
Je lui réexplique mieux les choses, ma tristesse écrasante qui m’empêchait de trouver la motivation d’y aller et je vois la peine sur son visage, alors je le rassure en lui répétant que maintenant que mon conte de fée a repris, il est évident que je vais retourner à la fac sérieusement mais que je ne sais pas si j’ai la motivation de me lever aujourd’hui.
Ma dernière remarque le fait rire :
- Je vais devoir bosser très dur et très sérieusement aujourd’hui… Alors cette petite marmotte va bien être obligée de sortir du lit, parce que j’ai besoin de mon bureau, précise-t-il avec tendresse.
- Oh…
Je lui offre mes yeux boudeurs et il rit encore en se penchant pour m’embrasser chastement.
- Désolé petite marmotte…, s’excuse-t-il en se redressant.
- Ce n’est pas grave… mais je vais rester ici si ça ne te dérange pas. Je vais prendre la journée pour lire correctement mes cours une deuxième fois, je l’avais fait samedi mais c’était superficiel pour reprendre le fil, il y a des points qu’il faut que j’approfondisse, des notions que je n’ai pas entièrement comprises… Mais je ne veux pas te gêner, je peux travailler à la bibliothèque.
- Tu ne me déranges pas, je m’enfermerai dans ma chambre et je serai heureux de savoir que tu travailles quelque part ici, répond-il joyeusement en se levant.
Il me tend les mains et me relève vivement du lit en m’attirant sous son bras pour m’emmener à la cuisine où je le suis en gloussant, définitivement plus qu’heureuse que notre relation soit redevenue si fluide.
Dès que je passe la porte de la chambre, c’est encore une fête sans limite que j’obtiens de Calyouk pendant qu’Hunter nous sert des cafés et je gazouille comme un oiseau avec lui pendant une petite demi-heure.
La matinée qui suit est parfaite. Hunter travaille dans sa chambre et moi dans le salon, je suis étalée sur le ventre, le nez dans mes cours et Calyouk dort le long du canapé juste à côté de moi tandis qu’un magnifique soleil inonde la pièce par les baies vitrées. Je me laisse bercer par les murmures étouffés de sa voix lorsqu’il téléphone, par le souffle régulier de Youk et je laisse mes jambes nues se faire réchauffer par les rayons dorés en sirotant une deuxième tasse.
Alors que je pense que je ne pourrais pas être mieux, Hunter sort de son bureau entre deux appels, simplement pour venir m’embrasser et se faire un café, et j’ai bien du mal à croire que ce n’est pas un entre-deux mais bien à ça que pourrait ressembler ma vie chaque jour maintenant que j’habite ici.
Je profite tout de même de la petite pause d’Hunter pour aller chercher des habits et dès que je suis changée, je passe ma deuxième partie de la matinée sur la petite table de la terrasse avec le loup. C’est une journée magnifique pour la presque mi-avril, il doit faire vingt degrés et le soleil est éclatant, à l’image de mon cœur depuis hier.
Je retrouve enfin mes habitudes, une routine rassurante, entourée de ces êtres que j’aime et qui m’apaisent, qui ne me tirent pas vers le bas… Ma vie n’est pas simplement un ciel sans nuage, il est redevenu une magnifique journée de printemps comme aujourd’hui.
*
Après un bon repas dans la complicité, il m’observe ouvrir en grand la petite baie qui mène à la terrasse depuis sa chambre, ainsi que la fenêtre à côté de son bureau, pour faire rentrer le bon air printanier dans son antre.
- Il serait peut-être temps que nous rangions tes affaires… ? propose-t-il timidement en désignant mes quelques sacs qui envahissent le sol.
Je rougis automatiquement, parce que je n’aurais jamais osé m’imposer à ce point, et lorsqu’il voit ma réaction, il les pose au bout du lit pour que nous nous en occupions. Je garde mes affaires qui ne me servent pas dans deux sacs, qu’il stocke au-dessus de son dressing, puis nous rangeons joyeusement mes habits du quotidien dans le petit bout de sa penderie qui m’est désormais dédié, tout à gauche. Il est tout émoustillé lorsque nous rangeons mes « lingeries surprises », qu’il tient à suspendre après un rail solitaire et je ris en me régalant de ses petits yeux brillants et satisfaits.
- Mon étage préféré, plaisante-t-il en caressant du bout des doigts la dentelle fine.
- Ne regarde pas trop, il y en a une que tu n’as jamais vu ! siffle-je avec humour.
- J’ai bien remarqué ! rit-il.
Je suis obligée de le virer de devant la penderie et il ouvre mon dernier sac, où nous tombons sur son arme, qu’il avait caché.
- Je n’en reviens pas que vous ayez une arme, commente-je.
Il hausse simplement les épaules avant de coulisser une porte du dressing que je ne connais pas, tout à droite, où je découvre un énorme coffre noir.
- Non mais qu’est-ce que c’est que ça ?! m’exclame-je.
- Notre coffre-fort, répond-il évasivement.
La porte s’ouvre de mon côté, je n’ai donc pas le loisir de voir ce qu’il contient et je suppose que c’était largement voulu vu la vitesse à laquelle il dépose l’arme dedans avant de le refermer.
- Votre coffre-fort ?! Je peux savoir pourquoi deux étudiants ont un coffre-fort ? m’étonne-je.
- Pour mettre notre arme.
- Un coffre-fort aussi grand et large que moi pour y mettre une petite arme de poing… Bien sûr, tout ça est terriblement logique…, marmonne-je en plissant les yeux avec suspicion.
- J’aime la sécurité, réplique-t-il.
- Hunter ! m’offusque-je.
- Ça fait partie des petites choses liées à mon travail… Laisse-moi encore un peu de temps mon amour… nous venons de nous retrouver après des montagnes russes… je t’en prie, murmure-t-il avec ses yeux de chien battu en venant se coller contre moi.
Je ne peux pas résister, j’accueille ses lèvres en ronronnant et en laissant tomber mes questions, puisque j’imagine bien que j’ai déjà vu le pire de ce qu’il contenait quand Hunter a débarqué arme à la main samedi soir.
Dès qu’il se détache de mes lèvres, je ne peux pourtant pas m’empêcher de plaisanter :
- C’est là-dedans que tu gardes tes milliers de billets ? Ceux que tu sors par liasses de cent de tes dizaines de portefeuilles cachés un peu partout ?! glousse-je.
- Tu fais bien de parler de ça…, commente-t-il en fronçant les sourcils. Tu as toujours celui que je t’avais laissé pour… mes surprises… ?
- Bien sûr.
Je pars chercher mon sac à main et je le retire de la poche zippée intérieure pour lui tendre. Il l’attrape pour en compter les billets rapidement, puis il repart à la cuisine sans un mot, avant de revenir avec le portemonnaie de sa voiture, celui qu’il a pratiquement vidé pour donner les cinq mille euros à Kai.
- Qu’est-ce que tu fais ? demande-je avec curiosité en le voyant transférer les billets restants dans le « mien ».
- Je le remplume, répond-il. J’ai donné à ton idiot d’ami la majorité de ce que contenait l’autre, il ne reste plus grand-chose, deux milles-euros à tout casser…
- Autant dire des pièces rouges ! raille-je en levant les yeux au ciel.
Il me lance un regard blasé et je secoue la main pour lui signaler que c’est clairement lui qui déraille sur ce coup. Une fois que « mon » porte-monnaie est rempli, il le pose à côté de mes robes dans le placard :
- Il y a maintenant environ trois milles euros dans ce porte-monnaie, je veux que tu saches qu’il est pour toi…, commence-t-il.
- Non mais ça ne va pas la tête ! m’exclame-je en bondissant d’un pas en arrière.
- Laisse-moi finir. Je ne te dis pas que tu dois les dépenser, je veux simplement que tu saches qu’ils sont là pour toi en cas de besoin… Imagine que tu aies un problème… Je ne sais pas, toutes ces histoires m’ont rendu dingue, toutes ces dettes, tout ce par quoi tu es passée, tous les nœuds que tu t’es fait au cerveau parce que tu avais besoin d’argent sans me le demander avant d’être au pied du mur… Ecoute, tu sauras simplement qu’en cas de problème, tu peux te servir dedans.
- Kai n’est plus dans ma vie… il n’y a aucune raison que j’ai un besoin soudain de liquide ! Ce n’est pas moi qui m’enfile de la poudre hors de prix dans le nez ! réplique-je.
- Et tu m’en vois ravi, mais tu sauras que cet argent est ici pour les urgences. Je ne vois pas bien ce que tu prends si mal, je ne les ai pas versé sur ton compte Hestia ! s’agace-t-il.
- Oui, c’est vrai… Fais bien comme tu veux après tout, je ne toucherai pas à cet argent… sauf pour les urgences qui n’arriveront pas, ajoute-je en voyant le regard sévère qu’il me lance.
- Merci.
*
En milieu d’après-midi, je travaille mon cours le plus pointu de l’année et je tombe sur une notion que je ne comprends pas. J’ai beau chercher dans mes livres et même sur internet avec la tablette du salon, il y a quelque chose que je ne saisis visiblement pas et je me maudis d’avoir raté tant de cours, parce que j’aurais honte d’aller interroger mon professeur demain sur une notion qu’il a abordé il y a presque un mois. Pourtant c’est comme ça que fonctionne la moitié des étudiants, ils ratent les cours et s’affolent un petit mois avant les partiels alors je suppose que je ne détonnerais pas, mais je ne veux pas que les professeurs m’associent à ce genre d’étudiants, même si j’ai bel et bien raté une bonne partie des cours ce deuxième semestre.
Je panique déjà, jusqu’à ce qu’un grand sourire de chat opulent ne se glisse sur mes lèvres dès que je réalise qu’un bel étudiant major de sa promotion tous les ans partage ma vie, et qu’il est en plus dans la chambre à quelques mètres de moi. Je tends l’oreille pour vérifier qu’il n’est pas en ligne, et puisque je n’entends rien, je saute sur mes pieds pour me glisser à sa porte.
Je l’entrouvre tout doucement pour passer la tête et il relève le nez de son ordinateur avec un air étonné.
- J’ai une petite question de cours pour vous Monsieur Grimmal, l’informe-je d’une voix séductrice.
Il est immédiatement amusé par mon ton et il recule sa chaise de bureau en pivotant pour me faire face :
- Je t’écoute ? Mais attention, je n’y répondrai que si tu me donnes envie d’y répondre, me taquine-t-il.
Je glousse en filant le rejoindre, pour m’assoir en travers de ses cuisses, les jambes croisées et les bras derrière sa nuque. Je lui pose ma question en battant des cils et en me trémoussant sur lui, ce qui me vaut une réponse longue et claire qui me fait tout comprendre, puis un baiser langoureux qui me déconcentre drôlement de mon après-midi révision.
Lorsque nous détachons nos visages, je sens que les choses pourraient vite déraper et je préfère donc demander la première chose qui me passe par la tête pour nous occuper :
- Alors ta journée ? Qu’est-ce que tu fais ? demande-je en observant son ordinateur.
Il a réduit les onglets, mais j’observe un bon nombre de pages Word, Excel et d’autres que je ne connais même pas.
- De la gestion, comme d’habitude, rien de passionnant pour toi ma petite princesse.
- Et si je décidais d’ouvrir de force un de tes fichiers… ? Tu me disputerais ? demande-je avec curiosité.
Il prend une grande respiration, presque résignée :
- Je suppose que non, je ne sais pas, je ne sais plus où j’en suis Hestia. J’ai envie de te dire les choses tout en n’arrivant pas à me lancer… si tu me posais la question droit dans les yeux alors je te répondrais, tout en préférant que tu ne le fasses pas… et si tu ouvrais un document et que tu comprenais par un drôle de hasard, alors je suppose que ce serait fait… Je ne sais pas quoi te répondre.
Je pose la main sur sa souris et il m’observe avec tension mais ne réagit pas pour m’arrêter. Je glisse donc le curseur jusqu’au document Excel, puisque je considère qu’il est le plus « safe », et bien que tout son corps se tende sous le mien, il ne dit toujours rien. Je ne sais pas ce qu’il me prend, mais je l’ouvre, et une quantité ahurissante d’informations ensevelissent l’écran, alors que je ne comprends rien. Ce sont des chiffres évidemment, des centaines et des centaines de chiffres dans tous les sens avec des abréviations dans les têtes de colonnes et de lignes…
- Et tu comprends quelque chose à ce qu’il y a d’écrit là-dedans ? m’étonne-je.
- Heureusement, sinon nous serions dans la merde ! rit-il.
Je glousse avec lui et il me cale contre son torse pour reprendre sa souris pour faire défiler le document en m’expliquant que ce sont des chiffres d’affaires, leur évolution dans le temps ou ce genre de choses.
- Des chiffres d’affaires ? Mais de qui ? De quoi ? demande-je en me calant sous son menton.
- Mystère… Mais les codes que tu vois en haut sont les noms codés, et si tu défiles l’écran, tu peux voir les chiffres qui leur sont associés…, m’explique-t-il.
Il a beau ne pas répondre à ma question, il m’explique les choses calmement, il a même l’air heureux de ce premier pas en direction de la révélation de son travail, et je m’y intéresse donc en faisant ressortir la matheuse en moi.
Je pointe un des noms codés :
- Imaginons que DC04 ait vendu soixante melons ce mois-ci, alors tu notes 60 dans la case qui lui est associé, au dit mois de ses ventes ? demande-je.
- Sur le principe c’est ça ! rit-il en me couvant des yeux.
- Et c’est toi qui te charges de noter ces chiffres ? C’est ça ton travail ?
- Pas du tout, ce sont des hommes sous mes ordres qui le font, ils me font simplement remonter le dossier pour que je puisse le consulter, vérifier que tout est cohérent et évolue bien, qu’il n’y a pas d’erreur, de déficit, c’est compliqué…
- C’est pour ça que les noms codés apparaissent deux fois ? Parce que le deuxième sert à indiquer le bénéfice ou le déficit, comprends-je en hochant la tête à la vue d’une longue liste avec des chiffres verts et rouges.
- Oui… Tu comprends drôlement plus vite que je ne l’aurais pensé…, répond-il en fronçant les sourcils.
- Ce sont des maths, je comprends les maths, je suis même excellente, réponds-je distraitement en consultant les listes.
- Je ferais bien de vite fermer cet onglet alors ! rit-il nerveusement.
- Ferme-le si tu veux, mais il y a une erreur dans ton document.
- Quoi ?
- Il y a une erreur, un de tes nombres devrait être en rouge, c’est un déficit, mais il est indiqué en vert, précise-je.
- Quoi ? répète-t-il en fronçant les sourcils plus fort.
Je lui indique donc le nombre en question et je lui explique en deux ou trois mots que vu les sommes que j’ai sous les yeux, le bénéfice est en fait un déficit. Il est abasourdi par ce que je lui raconte et il me dévisage la bouche grande ouverte et les sourcils perchés jusqu’en haut du front.
- Quoi ? Je ne dois pas m’en mêler ? demande-je timidement.
On dirait qu’il revient à lui, il cligne des yeux plusieurs fois en secouant la tête :
- Pas du tout… tu… Si tu veux que je sois honnête avec toi, tu viens de régler un problème sur lequel on s’arrache les cheveux depuis des jours Hestia je… je ne sais même pas quoi te dire… tu me … tu me scotches je…
Je rougis jusqu’à la racine des cheveux tandis qu’il m’encense en corrigeant la couleur du chiffre et je ne sais plus où me mettre.
- Ça fait des jours que nous sommes plusieurs à relire ce tableau sans comprendre d’où vient l’erreur… Les calculs ont été refait dix fois et ils étaient justes alors on ne comprenait pas, on s’arrache les yeux sur ce tableaux en essayant de comprendre… nous n’avons absolument pas pensé à une foutue erreur de couleur… c’est tellement ridicule…, souffle-t-il.
- Un petit grain de sable dans l’engrenage…
- Hestia, tu viens de me faire gagner des heures, peut-être des jours, je ne sais même pas quoi te dire, je ne comprends même pas comment tu as fait…
- Je suis un petit génie des maths, il me semble te l’avoir déjà dit, réplique-je en pinçant sa joue. Les erreurs de ce genre me sautent aux yeux, c’est comme si ça se créait tout seul dans ma tête, je n’ai même pas réfléchi, j’ai juste vu qu’il y avait un problème, comme si mon inconscient savait que le chiffre devait être en rouge, c’est impossible à expliquer.
- Tu es … impressionnante, extraordinaire… je n’ai même pas les mots là…, murmure-t-il. Je n’imagine même pas la tête de Winston si je l’appelais pour lui dire que ma copine vient de trouver en trois minutes l’erreur sur laquelle nous nous prenons la tête depuis des jours… C’est… La vache Hestia !
Je rougis un peu plus fort et je l’embrasse pour qu’il arrête de me troubler en me complimentant. Une fois de plus, notre baiser me semble un peu trop intense pour son après-midi de travail à venir et je me détache de ses lèvres pour l’observer avec malice :
- Tu m’expliques mes cours de droit et je t’explique ton travail… Il n’y a pas de quoi avoir honte mon cœur ! glousse-je.
Il éclate de rire, pas le moins du monde vexé par ma remarque :
- Alors je suis encore plus chanceux de t’avoir dans ma vie… Tu aurais peut-être dû devenir expert-comptable tu sais ?
- Tout le monde a toujours voulu me diriger vers un métier de matheux… mais j’aime bien ne rien faire comme tout le monde, je crois que tu le sais ! ris-je.
- Pourquoi donc faire des maths lorsqu’on est un génie des maths… ? Quand je te dis que tu m’étonneras toujours Hestia…, soupire-t-il.
Il ferme le fichier Excel en secouant toujours la tête et le fond d’écran générique réapparait.
- Tu aurais pu mettre une photo de nous, ronchonne-je en me cachant dans son cou.
- Je ne tiens pas particulièrement à ce que les hommes que je fréquente puissent voir ton joli visage chaque fois que je dois leur montrer des fichiers de ce genre ! réplique-t-il.
- Alors je boude, continue-je en souriant contre sa peau.
Il agite un peu ses mains tandis que je reste calée près de sa nuque.
- Voilà, c’est changé, finit-il par dire avec la voix rieuse.
Dès que je tourne la tête vers l’écran, je retiens un cri de surprise avant d’éclater de rire en voyant la photo de moi, en tenue d’Eve enroulée dans ses draps, installée sur ses abdominaux.
- Non mais ça ne va pas la tête ! glousse-je d’une voix aiguë. Enlève-moi ça tout de suite de ton ordinateur professionnel !
Il s’exécute en riant et une petite pointe de jalousie me pique :
- Tu as notre application partagée sur ton ordinateur ? Je ne l’avais que sur mon téléphone, geins-je.
- C’est parce que mon ordinateur est de la même marque que nos téléphones… impossible de faire ça avec le tien mon amour, je suis navré, répond-il en embrassant ma joue.
- Pfff, soupire-je. Je suis sûre que tu ne les aimes pas autant que moi et c’est pourtant toi qui les avais sur deux objets !
- Que je ne les aime pas autant que toi ? Tu plaisantes j’espère ? Cette vidéo a changé ma vie ! s’amuse-t-il.
- N’exagère pas ! pouffe-je.
- Elles ont assurément changé ma vie quand tu étais loin de moi et changeront sans doute mes voyages d’affaires maintenant que tu es revenue ! rit-il.
Je penche la tête sur le côté, dans l’incompréhension et il me lance ses yeux les plus taquins. Dès que je comprends son allusion, je rougis des pieds jusqu’à la racine des cheveux et il rit encore plus en me voyant.
- Tu plaisantes ? souffle-je.
- Non… tu trouves ça bizarre ? s’inquiète-t-il immédiatement en perdant son sourire.
- Bizarre… ? Que tu… avec … ? murmure-je.
Je ne réponds pas plus et je saute sur ses lèvres avec ma passion la plus explosive.