Les sentiments au fond de tes beaux yeux

Chapitre 131 : Hunter et Kai, duel à mort

3818 mots, Catégorie: T

Dernière mise à jour 23/06/2026 12:25

Chapitre 131 : Hunter et Kai, duel à mort


Après une petite douche pour me débarbouiller de cette soirée horrible, je file dans mon lit me terrer sous ma couette et j’ai le bonheur de me lover contre lui. Je sais déjà que je vais passer ma meilleure nuit depuis deux mois et je ronronnerais bien de retrouver ses muscles confortables contre lesquels je pose ma tête. Ça fait quelques minutes que nous nous câlinons les yeux fermés, je caresse distraitement ses abdos d’une main en repassant la soirée au complet devant mes yeux, et maintenant que je suis apaisée, je reviens forcément dessus :

-         Ils ont cru que tu étais leur grand patron…, raconte-je de but en blanc en brisant le silence. Ils ont paniqué, mais paniqué… si tu avais vu ça… Un type les a appelé pour dire qu’une voiture luxueuse arrivait dans le quartier, ça a été l’alerte générale… Je n’en reviens pas que tu sois venu, que tu n’aies pas eu peur… alors que tu ne savais pas qu’ils paniquaient tous… Qu’est-ce qu’il t’est passé par la tête Hunter ? Tu n’as pas eu peur ? Pourquoi n’as-tu pas appelé la police ?

Je relève le nez pour l’observer et il hausse les sourcils, l’air perdu dans ses pensées :

-         Me faire passer pour le patron était plus ou moins le plan, je réfléchis vite et bien Hestia… Dès que j’ai vu où tu étais, dès que j’ai compris dans quelle merde tu te trouvais… Ces types ne craignent pas la police, ils ne craignent personne à part leurs patrons, tu peux me faire confiance. Alors j’ai imaginé qu’en voyant ma voiture débarquer dans leur taudis, ils sauraient que ça ne sentait pas bon du tout.

-         Mais tu n’es pas leur patron ! Comment as-tu pu te dire que ça passerait ? glousse-je.

-         Ces systèmes sont pyramidaux et gargantuesques, il était évident que ces types n’avaient jamais vu la tête de leurs vrais patrons… Une bagnole de luxe qui fonce droit sur eux au milieu de la nuit, un type qui en sort avec une arme à la main, seul, pour rentrer comme s’il était chez lui… Comment voulais-tu qu’ils imaginent que je n’étais personne franchement ?

-         C’est vrai… mais tu n’as pas eu peur ?! couine-je.

-         Non… Je me suis mis dans le rôle, sans avoir peur, sans avoir le foutu temps de m’expliquer alors qu’ils sont les chiens sous mes ordres… Je suis venu prendre ce qui m’intéressait et je suis reparti… comme un patron l’aurait fait j’imagine…

-         Mais comment est-ce possible que tu n’aies pas eu peur ?! insiste-je.

Il hausse encore les sourcils en réfléchissant :

-         Je ne sais pas, je suppose que je deviens fou quand tu es en danger, je n’ai pas d’autres arguments, répond-il pensivement.

Je frissonne des pieds à la tête au souvenir avant de reposer ma tête sur lui pour me caler un peu mieux :

-         Je ne sais pas comment tu as fait, j’aurais eu la trouille à ta place ! couine-je d’une voix aiguë.

-         Tu insinues que tu ne serais pas venue me chercher dans cette planque si j’y avais été retenu prisonnier ?! Tu n’aurais pas pris la voiture de Julia, tes petits gants de boxes et tout ton courage pour venir me sauver ?! m’embête-t-il.

Je glousse évidemment comme une pintade à sa plaisanterie.

-         Non ! réplique-je fièrement.

Il me saute dessus pour me chatouiller et je me débats dans ma petite couette une place dans tous les sens alors que nous rions aux éclats. Lorsqu’il me laisse enfin respirer, il est au-dessus de mon corps, posé sur ses avant-bras et j’attrape ses joues dans mes mains :

-         Je ne peux toujours pas croire à ce que tu as fait pour moi Hunter, je crois que je ne le pourrai jamais… Tu as risqué ta vie, tu aurais pu te faire cribler de balles dès la première seconde… je ne peux pas y croire, murmure-je.

-         Je mourrais pour toi, répond-il simplement.

Je tire sur ses joues pour emporter son visage jusqu’à mes lèvres, bien décidée à l’embrasser toute la nuit pour lui témoigner à quel point je l’aime et à quel point je le remercie d’être aussi fou.

*

Je suis réveillée en sursaut et je mets quelques secondes à comprendre pourquoi. J’entends des cris, des bruits sourds qui tambourinent… Mon premier réflexe est de m’agripper à Hunter, pour vérifier qu’il est bien là et je constate que oui, je suis bien dans ses bras, dans mon petit lit. Mon esprit réalise peu à peu que les bruits sourds sont des coups sur la porte, que quelqu’un défonce presque tant ils sont forts et rapides. Puis mon cerveau comprend enfin les cris.

-         Bébé je t’en prie ! Je t’en prie !! Ouvre cette porte, je suis désolé, putain je suis désolé ! Je t’en supplie bébé ouvre-moi ! Je m’excuserai à plat ventre, je te jure que je n’y toucherai plus jamais ! Je te promets que je ne replongerai pas la prochaine fois ! Je t’en supplie ! Cette fois c’est vraiment promis ! Je t’en supplie putain !

Je croise les yeux d’Hunter, aussi groggy que les miens alors qu’il se réveille en intégrant ce qu’il est en train de se passer lui aussi, et Kai continue ses suppliques :

-         Putain bébé OUVRE MOI ! Je suis désolé, je suis désolé comme je n’ai jamais été désolé de MA VIE ! Je te JURE que je ne toucherai plus à cette merde ! Je te le jure ! Tu peux me croire cette fois !

Les sourcils d’Hunter se froncent d’un coup, ses yeux virent à la haine en un quart de seconde et le moment suivant, il est déjà en train de se jeter hors du lit. Il est plus vif que moi, je n’ai pas encore remué qu’il est déjà en train d’enfiler son pantalon. Kai continue d’hurler en défonçant ma porte et Hunter ne prend même pas la peine de mettre un tee-shirt, il fonce en direction de la porte au moment où je saute sur mes pieds le cœur battant.

Il l’ouvre avec une violence phénoménale, Kai a à peine le temps de se redresser comme un diable en comprenant que c’est Hunter qui vient d’ouvrir, qu’il se prend déjà un crochet du droit sans autre forme de procès. Je couine en trottinant vers la porte, où je trouve Kai qui se redresse en caressant sa mâchoire, les yeux vibrant d’une haine viscérale.

-         Première et dernière fois que je te demande de dégager ! Tu es prévenu ! aboie Hunter.

Kai est figé, ses yeux rageurs se posent sur Hunter, puis sur la petite table de ma cuisine où se situe l’arme d’Hunter depuis qu’il l’a posé là hier soir. Il fait la navette plusieurs fois entre l’arme et Hunter, alors que ses yeux s’emplissent de haine à mesure qu’il réfléchit visiblement.

-         Je viens de te frapper gentiment, alors si tu ne veux pas te prendre la même que la dernière fois, dégage de là ! vocifère encore Hunter.

-         Espèce de fils de pute…, chuchote Kai d’une voix lente. C’est toi hein, c’est ça… ? C’est vraiment toi… ?

Je n’ai pas la moindre idée de ce dont il parle, mais Kai vient visiblement de comprendre quelque chose qui le met dans une rage folle, parce que malgré les menaces d’Hunter, il lui saute dessus pour l’agresser.

Le duel inévitable commence, Kai attrape la gorge d’Hunter d’une main et son bras droit de l’autre, sans doute pour éviter de se prendre une droite qui le mettra k.o. comme la dernière fois, et il tire violemment Hunter dans le couloir, qui redresse déjà son bras libre pour se défendre.

-         Putain c’est lui Hestia ! hurle Kai. Il faut que tu te barres !! C’est…

Il ne peut pas finir sa phrase, Hunter s’est déjà débarrassé de son étreinte en une seconde et lui met la droite violente qu’il lui avait promis, qui le projette par terre une fois de plus tandis que je réagis enfin :

-         Je ne veux plus te voir Kai ! Tire-toi de chez moi ! hurle-je.

 Hunter crépite de colère mais il n’attaque pas plus, il laisse l’opportunité à Kai de partir tandis que je crie. Mais Kai essuie rageusement le sang qui coule déjà de ses lèvres, visiblement plus vite ramené à lui par sa haine que la dernière fois :

-         Putain tu me rejettes pour quelques grammes de poudre alors que tu sors avec un baron de la drogue !! crie-t-il rageusement. Ce type ne t’apportera que du malheur ! Il se sert de toi ! Il est dangereux !

-         Arrête de dire n’importe quoi !! hurle-je. Hunter est simplement venu me sauver du traquenard dangereux dans lequel tu m’as mise ! Parce que tu ne sais faire que ça Kai ! Me tirer vers le bas ! Dans des situations toujours plus dangereuses les unes que les autres ! Tu me rends malheureuse, tu ne veilles pas sur moi !

Kai se relève brusquement, Hunter se tend comme un ressort, prêt à lui en remettre une, et je bondis en avant pour me placer à côté de lui et l’empêcher d’attaquer alors que je n’ai pas fini de hurler :

-         Tu es toxique Kai ! Tu penses m’aimer mais ce n’est pas comme ça qu’on prend soin des gens qu’on aime ! Tu m’as dit des horreurs, tu m’as fait quitter Hunter ! Tu as refusé de me faire quitter cette maison alors que je te suppliais en pleurant ! Tu m’as emmenée pour te servir de moi et de mon innocence ! Tu as envisagé de me laisser avec ces hommes terrifiants s’ils t’avaient garantis qu’ils ne me feraient pas de mal !

Hunter atteint des sommets de rage, je le vois, je le ressens, et je réalise qu’il ne savait même pas la moitié de ce que je viens de lui apprendre en faisant mes reproches à Kai. Je bondis encore en avant, pour me jeter devant Hunter, parce que je sais qu’il risque de sauter sur Kai à tout instant après ce qu’il vient d’entendre. Je suis plantée devant Kai, Hunter dans mon dos et mon doigt accusateur rivé entre les deux yeux de mon frère :

-         Je ne veux plus te voir Kai ! Pas tant que tu n’auras pas décroché et trouvé une vie stable ! Pas tant qu’il y a encore un risque que tu me mettes en danger comme tu le fais tout le temps ! Hunter est l’amour de ma vie, je l’aimerais toujours et si tu m’aimes sincèrement Kai, alors tu décrocheras et tu accepteras Hunter ! Parce que je ne suis plus différenciable de lui ! Je me marierai avec lui ! Je l’aimerai de tout mon cœur, toute ma vie et je ne le quitterai plus jamais pour toi !

Ce qu’il se passe alors m’étonne drôlement, parce que j’ai déjà vu Kai se mettre dans des états terrifiants… mais l’éclat qui apparait dans ses yeux alors qu’il vrille son regard sur Hunter me fait si peur que je recule d’un pas. Ses pupilles brillent d’une haine que je ne lui ai jamais vu, elle est pratiquement animale, inhumaine pour sûr, et elle me fait frémir de peur. Ses traits sont si effrayants que je ne le reconnais pas, j’ai l’impression d’être face à un fou furieux, littéralement.

-         Je vais te buter fils de pute…, murmure Kai d’une voix aussi sombre que terrifiante.

Tout est très flou dans les quelques secondes suivantes, mais la réactivité d’Hunter me sauve peut-être une deuxième fois la vie. Je me fais attraper par Hunter au moment où je vois Kai sortir un couteau de sa poche alors que je me trouve encore entre eux. Il me tire violemment en arrière pour m’éloigner du danger au moment où Kai lève le bras et je dévisage la scène floue avec des yeux écarquillés. La seconde suivante, Hunter et Kai se jettent l’un sur l’autre alors que ce dernier l’agresse à coup de couteau.

Je hurle, plus fort que je n’ai jamais hurlé dans ma vie, à en faire trembler le bâtiment, à m’en casser la voix sur le coup. Je ne vois qu’une bagarre floue, indistincte, des coups qui partent, une lame qui brille, deux lions qui se battent en duel à mort alors que je hurle de terreur. Je suis sidérée par ce qu’il se passe, je fixe le torse nu d’Hunter dans la crainte la plus aliénante, je suis incapable de le voir se prendre un coup de couteau qui le tuera tout en étant incapable de fermer mes yeux écarquillés d’horreur.

Leurs deux paires d’yeux sont aussi méconnaissables, je ne reconnais ni l’un ni l’autre, la violence de leurs coups, la rage dans leurs regards, leurs dents serrées qui déforment leurs visages… Ils luttent comme des animaux, ils s’en retrouvent par terre, Hunter est au-dessus de Kai, il évite la plupart de ses coups de lames, le sang coule de plusieurs endroits sur son torse mais il ne lâche rien. Il se bat sans doute mieux, mais il doit composer avec une arme blanche en face de lui, qui rend le combat équitable et surtout terrorisant.

Lorsque la lame ne l’effleure plus mais déchire la peau de son avant-bras, Hunter hurle de rage, et ce cri me ramène enfin à moi.

-         Espèce de fils de pute ! hurle Hunter.

-         Tu vas crever ! vocifère Kai.

-         KAI ARRETE JE T’EN SUPPLIE !! déraille-je sous l’effroi.

Il ne m’écoute évidemment pas et je saute enfin sur mon sac à main pour appeler la police ou le SAMU selon où en sera le combat quand j’appellerai, jusqu’à ce que je me rende compte que mon foutu téléphone est toujours dans le squat des dealer. Je me jette dans mon appartement à la recherche de celui d’Hunter, que je ne trouve pas et je devine avec horreur qu’il doit l’avoir dans la poche de son pantalon qu’il a enfilé.

Complétement affolée, je repars comme une dingue dans le couloir en hurlant, en appelant au secours, en m’étranglant dans mes larmes alors que mes lions se battent toujours. Mais c’est peine perdue, le bâtiment est pratiquement vide le dimanche matin, entre l’immense majorité d’étudiants qui rentrent chez eux le weekend et ceux qui dorment aux soirées auxquels ils ont participé... Il doit rester trois pauvres étudiants dans ce bâtiment, qui n’oseront sans doute même pas passer leur tête dans les couloirs vu l’horreur dans ma voix qui indique clairement le niveau de danger de la bagarre.  

Je suis à deux doigts de tomber dans les vapes d’inquiétude lorsque le combat change. J’entends un bruit sourd mais métallique, qui me fait tourner la tête rapidement sous la terreur mais je me rends compte qu’Hunter vient de réussir à désarmer Kai. Le couteau gît à un petit mètre d’eux et je me jette en avant pour l’attraper tandis qu’Hunter est assis sur Kai, déjà en train de le matraquer de coups. Il lui assène droite sur gauche, d’une violence jamais atteinte alors que le visage de Kai se modifie pratiquement à chaque coup qu’il reçoit. La flamme noire dans les yeux d’Hunter est différente de lorsqu’il boxe au gymnase, elle ressemble drôlement plus à celle qui les animaient hier soir quand il est venu me sauver et quand je vois que Kai est déjà complétement k.o., je ne réfléchis pas et je me jette sur Hunter pour attraper son bras :

-         Arrête, tu vas le tuer !! hurle-je dans un ultrason perçant.

Malgré son alter-ego qui me fait froid dans le dos, il cesse immédiatement ses coups à ma demande et je tire sur son bras de toutes mes forces pour le relever. Il suit le mouvement, il me laisse l’écarter de Kai, mais sa cage thoracique tressaute sous son souffle court et ses yeux noirs sont toujours vissés sur mon frère.

-         Oh mon dieu regarde toi ! crie-je avec détresse en apercevant le nombre d’éraflures ensanglantées qui recouvrent son torse.

-         Ce n’est rien, articule-t-il entre ses respirations erratiques.

-         Tu es blessé Hunter ! geins-je en passant des mains impuissantes au-dessus de ses plaies. Appelle les secours ! Appelle la police ! Appelle un médecin !

-         Inutile, répond-il en essuyant d’un coup de main son nez qui saigne.

J’ai un petit regard en direction de Kai, qui se redresse péniblement en grognant de douleur, avant de continuer mon inspection minutieuse du torse d’Hunter pour vérifier qu’aucune de ses plaies n’est trop grave. Il y en a deux qui m’inquiètent, celle de son avant-bras, qui m’a l’air profonde mais est heureusement plutôt petite, et son arcade qui m’a l’air peu profonde mais qui déverse une quantité ahurissante de sang sur son visage.

Kai se relève en tenant ses côtes d’une main et sa mâchoire de l’autre, ses pas sont fébriles, il a l’air sonné comme jamais, au point que la haine a quitté son visage.

-         Putain il m’a pété la mâchoire, articule-t-il d’une voix ahurie.

Et cette fois, vu sa drôle de voix, c’est possible.

-         Dégage de là, dernière fois que je te le dis, ou je te termine, gronde Hunter en se tendant déjà, prêt à retourner au combat.

-         Non mais ça ne va pas ! couine-je en me jetant contre son torse pour l’agripper.

Il passe un bras autour de moi tandis que le deuxième éponge encore le sang sur son visage et j’essaie de l’essuyer moi aussi, d’une main légère et douce, terrifiée de lui faire plus mal qu’il n’a déjà.

-         Dégage ! aboie-t-il encore à Kai.

Ce dernier me fixe, comme s’il espérait que j’allais dire quelque chose et lorsque mes yeux tombent sur lui, je sors de mon inquiétude pour Hunter. Je regarde Kai, qui a retrouvé son regard que je connais malgré son visage tuméfié, et pourtant, je n’ai jamais eu autant l’impression de regarder un inconnu.

-         Tu viens d’attaquer Hunter avec un couteau… tu viens d’essayer de le tuer…Tu viens d’essayer de tuer l’amour de ma vie…, murmure-je en le réalisant alors que d’énormes larmes redébordent de mes yeux.

Il m’observe avec un regard peiné je crois, avant de regarder une dernière fois Hunter avec haine en crachant une giclée de sang par terre.

 Il s’éloigne ensuite en claudiquant le long du couloir et aussi vite que ça a commencé, tout est fini.

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