Les sentiments au fond de tes beaux yeux
Chapitre 122 : La tension monte
Hunter se tend forcément, il comprend la situation rien qu’en voyant ma tête, mais je confirme très vite ses doutes en répondant à Kai d’une voix hystérique :
- J’arrive tout de suite Kai ! Je serai là dans… je ne sais pas … quarante minutes, je n’ai pas de voiture ! m’affole-je.
- « Je… merci… Ça va aller… je plane juste, mais j’ai … besoin que tu sois près de moi… »
Je raccroche mon téléphone avant de sauter sur ma veste dans l’entrée.
- Ne me dis pas que tu vas le retrouver ?! s’exclame Hunter.
- Il a rechuté ! Il n’est pas bien, il est dans un état catastrophique ! Il a besoin de moi ! crie-je.
- Bon dieu Hestia, il n’a pas besoin de toi ! Il a besoin de s’écrouler dans son canapé comme le camé qu’il est pour planer toute la nuit ! aboie-t-il.
- Et bien je serai près de lui ! réplique-je en enfilant ma première botte.
- Mais pour quoi faire ?! crie-t-il avec désespoir.
Je me redresse sans même mettre mon autre chaussure, véritablement outrée.
- Tu es sérieux Hunter ?! Peut-être pour vérifier qu’il respire ?! Que son cœur ne s’arrête pas ! Qu’il ne s’étrangle pas dans son vomi ou je ne sais encore quelle horreur il pourrait lui arriver ! feule-je.
- Et que feras-tu ?!
- Non mais tu t’entends ?! Je ne le laisserai pas mourir ! Il est mon frère Hunter ! J’appellerai les pompiers en le sécurisant le temps qu’ils arrivent !
- Alors appelle les tout de suite ! Ils s’occuperont de lui !
- Oui, et ils le renverront immédiatement en prison ! m’exclame-je en partant dans les aigus.
Hunter fait trois grands pas en direction du salon en s’arrachant pratiquement les cheveux, l’air de peser le pour et le contre, avant de se retourner vivement vers moi en hurlant d’un air désespéré :
- Bordel ça me rend COMPLETEMENT FOU ! Tu ne comprends pas qu’il a fait exprès ?! Bordel il a fait exprès Hestia !! Il vient de rechuter volontairement pour te faire rappliquer en quatrième vitesse ! Et il va obtenir gain de cause, ça me rend DINGUE !
- Arrête de dire n’importe quoi ! hurle-je de toutes mes forces à mon tour. Il ne ferait jamais une chose pareille ! Jamais ! Il donne tout ce qu’il a pour décrocher, c’est difficile Hunter ! Les rechutes sont courantes !
- Je suis entièrement d’accord avec toi, mais pas dans ce cas précis ! Puisque je te dis que ce con vient de le faire exprès ! Il est capable de replonger pour te faire accourir, alors même qu’il vient de sortir de ces conneries en te promettant que c’était pour toi qu’il le faisait ! Ce type n’est pas sain ! Il ne reculera devant rien pour te garder pour lui !
- Tu ne le connais PAS !
- Je ne le connais pas mais il vient de faire subir à ma petite-amie les trois pires semaines de sa vie, jusqu’à ce qu’elle doive se sauver au milieu de la nuit pour se réfugier chez MOI en pleurant ! Et dès qu’elle accepte de le revoir, que fait-il ?! Il l’insulte et lui brise le cœur ! Et qu’a-t-elle fait ?! Elle est encore revenue chez moi en s’étranglant dans ses pleurs ! Je t’en prie Hestia, ouvre les yeux ! N’y va pas ! Epargne-toi le malheur qu’il va encore faire s’abattre sur toi et qui te poussera à revenir vers moi en pleurant toutes les larmes de ton cœur, je t’en prie !
Je reste silencieuse quelques secondes, quelques longues secondes où j’envisage de l’écouter, de tourner le dos à Kai et à ses conneries pour rester dans ma petite bulle de bonheur, dans le monde merveilleux d’Hestia… Mais comment pourrais-je faire une chose pareille à Kai ? Comment pourrais-je le laisser tomber alors qu’il a besoin de moi ?
- Il est ma famille Hunter !! Je ne le laisserai pas tomber, peu importe ses actes ou leurs conséquences ! Peu importe ses raisons, je serai là pour lui, parce qu’il serait là pour moi quoi qu’il arrive ! Pour me sortir de la misère ou me protéger ! Nous veillons l’un sur l’autre, depuis toujours !
J’enfile ma deuxième botte à toute vitesse, surprise qu’Hunter ne crie plus, mais il me surprend encore plus lorsqu’il reprend dans un murmure suppliant :
- Je t’en prie Hestia… Reste, pour moi, je t’en prie…
Je me redresse pour le regarder, le cœur brisé de le voir aussi malheureux.
- Ne me demande pas de choisir entre toi et lui, ne me demande pas ça Hunter, je t’en prie… je ne pourrais plus me regarder dans une glace…, murmure-je en me remettant à pleurer silencieusement.
Il hoche la tête lentement, en me regardant des pieds à la tête, de tout son soûl, comme s’il me voyait pour la dernière fois et cette idée me terrifie.
- Je ne te demanderai pas de choisir entre lui et moi, parce que je t’aime Hestia, je t’aime comme il faut, comme tout le monde devrait aimer... Tâche de t’en souvenir quand il te demandera de choisir entre nous deux.
Il attrape simplement ses clés de voiture dans sa poche avant de me les lancer, puis de se retourner pour aller se planter devant la baie vitrée, les bras croisés.
*
Quand je me gare dans le quartier malfamé de Kai, le choc est fou.
Je viens de retrouver ma vie, de retrouver la douceur d’Hunter, le sentiment de sécurité total qui me berce uniquement quand je suis avec lui… Alors me retrouver à vingt-trois heures sur le parking de Kai, où les hommes louches trainent tous les soirs, alors que je sais qu’ils ont des armes à la ceinture et peut-être quelques meurtres au compteur, est un cauchemar digne d’un film d’horreur. Tout me terrifie ce soir, je n’arrive même pas à sortir de l’Aston et je suis encore plus terrifiée puisque la voiture a attiré l’attention de tous les hommes sur le parking avec efficacité.
Je suis complétement figée d’effroi, je fixe la porte de Kai, à une petite trentaine de mètres, et ça me parait insurmontable. Notamment parce qu’il ne m’y emmène pas en me tenant serrée contre lui avec une arme à la main, parce que je sais qu’il ne m’y attend pas non plus avec les bras grands ouverts… Non, je dois traverser ce parking seule, monter seule le petit escalier qui mène à son pallier, essayer d’ouvrir la porte seule sans même savoir si elle est déverrouillée… Puis soit passer la nuit entière à le veiller dans cet appartement, alors que tous les hommes du parking m’auront vu rentrer dedans, soit me trouver face à une porte verrouillée et devoir faire demi-tour pour retourner à ma voiture, alors que les hommes terrifiants auront l’information que mon protecteur n’est pas là, et qu’ils n’auront qu’à me barrer la route pour faire ce qu’ils veulent de moi.
Mon cœur est déjà plus rapide qu’il ne l’a été depuis samedi soir, il tape aussi fort contre ma poitrine que celui d’un lapin et je suis toujours incapable de bouger un muscle alors que ça fait quelques minutes déjà que je suis garée.
Je compte dans ma tête les secondes qui passent pour me rassurer, je serre mon téléphone dans ma poche comme s’il pouvait m’aider, alors que je sais que je me rassure en le tenant simplement parce que c’est Hunter qui me l’a offert… Mais Hunter n’est pas là… il m’a supplié de ne pas y aller et j’y suis pourtant…
Mon dieu mais qu’est-ce que je fiche ici ?!
Les larmes roulent encore de mes yeux, ces larmes qui coulent sans interruption depuis que Kai est revenu dans ma vie, alors qu’Hunter ne savait glisser sur mon visage que des sourires resplendissants… Mais que puis-je faire d’autre ? Je ne laisserai jamais tomber Kai, nous veillons l’un sur l’autre.
Je sors de la voiture avec toute ma petite détermination, et je file le plus silencieusement possible jusqu’à sa porte en priant pour que les hommes louches ne me remarquent pas puisque j’ai attendu suffisamment longtemps pour que leur attention soit détournée. Heureusement, la porte s’ouvre et je m’engouffre à l’intérieur.
Je prends une seconde pour vérifier que Kai est en vie, une seconde avant de me jeter sur ses poches pour les fouiller à la recherche de ses clés, si terrifiée que mes mains tremblent et rendent mes gestes difficiles, mais je les trouve et je saute comme si ma vie en dépendait jusqu’à la serrure pour la verrouiller. Dès que je suis enfermée, en sécurité, je m’écroule le long de la porte pour prendre mon téléphone.
Hu : « Bien arrivée ? »
He : « Oui. »
Je pose ensuite mon portable pour pleurer toutes mes larmes dans mes mains tremblantes, évacuant la pression qui m’étouffe à ne pas pouvoir en respirer depuis que je suis garée ici.
*
Il est une heure du matin, je suis blottie dans le canapé aux pieds de Kai, qui ne bouge pas une oreille depuis que je suis ici. Je suis enroulée dans son plaid miteux, des pieds à la tête pour me cacher dessous alors que je compte chaque expiration de sa respiration régulière.
Ça fait deux heures que mon corps est en détresse absolue, que je tremble comme une feuille à chaque cri que j’entends sur le parking, à chaque faisceau de lumière qui éclaire l’appartement par les fenêtres, à chaque rire qui éclate sombrement dans la nuit. Toutes les voitures que j’entends me figent, un hurlement plus loin dans la rue me transit jusqu’à l’os de terreur et à ce stade, j’ai peur de mourir d’une crise cardiaque.
Les voyous du parking sont bruyants, ils ont visiblement allumé un feu vu les rais orangés qui vacillent sur les murs de l’appartement et je donnerais tout pour que ça cesse. Alors que j’imagine que je ne peux pas passer un nouveau cap dans la frayeur, un coup de feu retentit au loin, à plusieurs rues d’ici, mais je sursaute comme un diable, je suis si secouée de terreur que j’enclenche l’urgence vitale. J’attrape mon téléphone, j’active ma localisation et je ne réfléchis pas plus : J’appelle Hunter.
- « Tout va bien ?! »
Il a décroché dès la première sonnerie et sa sombre prophétie se réalise lorsque je fonds encore en larmes en venant chercher de l’aide auprès de lui :
- Non… non ça ne va pas du tout…, m’étrangle-je. Je suis terrifiée, je t’en prie Hunter… je t’en supplie, rejoins-moi… je …
- « J’arrive tout de suite. »
Dès que les mots sortent du haut-parleur, j’en lâche mon téléphone sous le soulagement, pour poser mes mains sur mes yeux. Il raccroche pour venir au plus vite et puisque j’ai sa voiture, je me prépare mentalement à subir les dizaines de minutes qu’il me reste à survivre avant son arrivée. J’ai mis quarante minutes à courir de toutes mes forces d’ici à chez lui samedi soir… J’estime qu’il a de bonne chance de mettre moitié moins de temps…
Et pourtant, moins de dix minutes plus tard, j’entends l’escalier extérieur en fer trembler sous le poids d’un homme qui les monte visiblement quatre par quatre. Je tourne la tête sans oser y croire vers la porte, où je l’entends m’appeler en courant le long des portes du premier étage.
- Hestia ?! Hestia ?!
Je saute sur mes pieds pour lui ouvrir et en une seconde, tout est fini.
Je suis calée dans ses bras, la porte grande ouverte sur l’extérieur terrifiant, et pourtant je ne ressens que la paix, que le calme qui s’infiltre par chacun de mes pores alors que j’ai le sentiment que plus rien ne peut m’arriver. Je serre son sweat dans son dos à l’en déchirer, je me raccroche à lui comme à une bouée et je ne bouge pas du creux de ses bras lorsqu’il referme la porte à clé avant de m’emmener jusqu’au canapé.
Il dégage les pieds de Kai avec violence pour se faire une place plus grande que le minuscule bout de canapé où je me terrais, et dès qu’il est installé, je me glisse sur ses cuisses pour me lover contre son corps, pour tenter de fusionner avec lui, pour me sentir plus protégée que jamais. Je respire la peau de sa gorge en agrippant toujours son sweat, je me shoote aussi sûrement que Kai, je me nourris de son odeur et de la chaleur de son corps alors qu’il a les bras serrés autour de moi.
- Tu es arrivé vite, murmure-je.
- J’ai pris la voiture d’Eden… Comment tu te sens ?
- Mieux, tellement mieux, souffle-je en resserrant ma prise sur son haut.
Il se cale un peu plus confortablement, pour être avachi sur le canapé, avant de me remuer pour m’installer moi-même dans une meilleure position sur son corps. Il nous cale visiblement pour la longue nuit qui nous attend, et si j’avais encore des larmes, je pleurerais de la chance que j’ai.
- Dors mon amour, je veille… je veille sur toi, chuchote-t-il en embrassant mon front plusieurs fois.
- Veille sur lui aussi…, murmure-je.
Il doit savoir que je ne pourrai pas fermer un œil sans être sûre qu’il veillera sur Kai à ma place, parce qu’il me prouve encore son abnégation :
- Je veillerai sur lui. Dors mon cœur.
Je suis tellement crispée depuis deux heures, je dépense tellement d’énergie à simplement survivre que maintenant que je suis en sécurité, je m’écroule dans le sommeil.