Les sentiments au fond de tes beaux yeux

Chapitre 112 : L'échappée

2609 mots, Catégorie: T

Dernière mise à jour 22/05/2026 12:01

Chapitre 112 : L’échappée


Il vrille des yeux absolument terrifiants sur moi, mais il fait volteface pour quitter son appartement en claquant la porte si violemment qu’elle se rouvre.

Mon souffle, qui s’était complétement coupé sous l’inquiétude, revient et je reprends ma respiration en tremblant comme une feuille, complétement choquée par ce qu’il vient de se passer. Je tremble littéralement de tous mes membres, les hormones du stress me rendent fébrile et je me laisse tomber sur l’accoudoir du canapé en observant mes mains qui s’agitent sous les petits spasmes.

Je suis à bout, je suis épuisée par tout ça, par tout ce qui me tombe dessus sans cesse, sans répit depuis des semaines et des semaines. J’ai l’impression que je fais une crise de nerf, une vraie, qui secoue mon corps dans tous les sens alors que mes sanglots deviennent si violents que je n’arrive plus à respirer correctement.

Je ne sanglote même plus, je hurle, je m’en rends compte lorsque mes propres cris me percent les tympans et que ma gorge me brûle. Je réalise en même temps que je suis aussi soulagée par le départ de Kai que terrifiée, parce que je ne sais pas à quoi m’en tenir, parce que je ne sais pas dans quel état de nerf il va revenir ni le comportement qu’il aura avec moi... Je suis dans un tel état de détresse que je pense que je préfèrerais qu’il revienne pour savoir, plutôt que d’attendre avec la peur au ventre...

Quelques minutes passent, ma rage retombe tant je suis inquiète et bouleversée, je donnerais tout pour qu’il revienne et que l’issue de notre affrontement ait lieu plutôt que les scénarios affreux qui tournent dans ma tête. Il réalise mes prières à ce moment-là, il revient par la porte et dieu merci, son visage ne me fait plus peur. Cette petite coupure aura visiblement eu le mérite de nous calmer un peu face à la situation hors de contrôle. 

-         Tu sors avec ce type ? Vraiment ?! aboie-t-il.

-         Oui, vraiment !

-         Et je peux savoir depuis quand tu es devenue assez conne pour te faire avoir par un connard qui veut profiter de ton corps ?!

-         Il est amoureux de moi ! crie-je avec force.

-         Amoureux de toi ?! Il t’a dit qu’il était amoureux de toi ?!

Je n’aime pas le regard qu’il m’offre, si dédaigneux et sûr de lui.

-         Oui, il me l’a dit, annonce-je d’une voix ferme.

-         Et tu l’as cru ? Non… tu l’as vraiment cru Hestia ?! demande-t-il.

Sa rage n’est plus qu’une colère froide, presque moqueuse, qui me retourne les tripes et me fait soudain douter de tout quand je vois son assurance.  

-         Evidemment que je l’ai cru…

-         Et je suppose que vous avez couché ensemble ?! reprend-il en ricanant un peu plus.

Son calme aussi soudain me déstabilise décidemment complétement, et malgré mes sanglots qui me secouent encore un peu, je me raccroche à un seul constat : Ce n’est pas à Kai de décider de ma vie ou de la juger. Je n’ai pas à avoir honte de quoi que ce soit, et encore moins d’avoir eu la chance de partager ma vie avec un homme comme Hunter.

-         Et bien… oui, affirme-je donc en relevant le nez pour le défier.

Il hoche la tête rapidement, avec un air dégouté sur les traits :

-         Est-ce que tu te rends compte du nombre d’hommes qui disent aux femmes qu’ils les aiment simplement pour continuer de coucher avec elle ? lâche-t-il finalement. Je ne parle pas de ceux qui le disent avant de conclure, je parle des plus vicieux encore, qui sont capables de faire croire des conneries pareilles à des femmes pendant des semaines, des mois même… Juste pour se les taper à long terme avant de les jeter du jour au lendemain quand le jouet devient trop compliqué à supporter. 

Sur ce coup, il me scie en deux et la panique se répand déjà dans mes veines quand je pense au fait qu’Hunter a arrêté de m’envoyer des messages, lorsque je ne lui répondais plus depuis « seulement » deux semaines, lorsque j’ai peut-être été « trop compliquée ».  

-         Non…, murmure-je en perdant mon assurance.

-         Pratiquement tous. Tu ne peux pas imaginer le nombre de fois où je l’ai dit à une femme simplement pour ça ! Parce que c’est ce que je savais qu’elle voulait entendre pour continuer de coucher avec moi !

-         Tu leur as dit que tu les aimais… Alors que tu ne le pensais pas… ? souffle-je.

-         Bien sûr ! Ce ne sont que des mots Hestia ! Nous nous en foutons royalement tant que ça nous permet d’obtenir ce que nous voulons ! Ouvre les yeux ! Surtout les mecs comme lui putain !

-         Les mecs comme lui ? murmure-je.

-         Tu as vu sa foutue bagnole ? Les mecs avec de l’argent Hestia ! Ils veulent tous la plus jolie des filles à leur bras, simplement pour parfaire leur image et les flatter dans leur égo… Leur montrer qu’ils ont réussi à tout obtenir, l’argent, la belle bagnole et la femme parfaite… qu’ils peuvent montrer fièrement à leur bras en société lorsqu’ils les promènent dans leurs voitures de luxes… c’est à vomir bordel !!

-         Il n’est pas comme ça ! le défends-je farouchement.

-         Bien sûr que si, ils sont tous comme ça ! Ce n’est pas parce que tu as des problèmes de confiance en toi que ça change les faits : Tu es la plus jolie des femmes Hestia ! Ce type a simplement voulu son trophée et pavanera avec ta beauté pure et naïve accrochée à son bras tout en ne s’empêchant pas de coucher avec n’importe quelle autre fille quand l’envie le chatouillera ! C’est comme ça que fonctionnent les hommes, rien n’est sincère… Tu ne comprends donc pas ?! Ce monde est pourri jusqu’à la moëlle ! Il n’y a que nous deux qui sommes vrais, qui nous soutenons depuis les débuts de nos vies compliquées ! Ce que nous avons toi et moi, ça c’est sincère ! Le reste n’est qu’artifice, que des mensonges d’une société pourrie jusqu’à la racine, faite d’hommes qui bafouent des femmes aussi pures que toi… Ça me donne envie de vomir.

Il repart dehors en secouant la tête, l’air véritablement écœuré tandis que je reste plantée au milieu de son appartement. Je suis complétement perturbée par ce qu’il vient de me dire, alors que j’ai pourtant confiance en Hunter… Je ne sais plus quoi penser, je ne vois pas pourquoi je ferais plus confiance à l’un qu’à l’autre, pourquoi je croirais Hunter sur parole ni pourquoi je remettrais ses mots en doute simplement parce que Kai pense ce qu’il pense… Je ne peux pas l’imaginer me mentir, me dire qu’il m’aime simplement pour « obtenir ce qu’il veut » …

Kai revient avec nos sacs, qu’il pose sur la table sans un regard pour moi. Il part ensuite s’enfermer à la salle de bain avec son short de pyjama et je ne peux toujours pas bouger une oreille. Ses mots tournent dans ma tête sans interruption, c’est un cauchemar, je doute de tout, alors que je n’étais déjà pas au plus serein sur ma relation avec Hunter après ces dernières semaines…

Kai ressort, changé, et il fouille dans mon sac pour attraper ma robe de nuit, qu’il me tend :

-         Laisse tomber bébé, tu es trop attachée à ce débile pour voir la vérité en face… mais je serai là lorsque tu reviendras à la raison ou qu’il te larguera… je serai toujours là de toute façon…, chuchote-t-il. 

-         Je ne vois pas bien comment je pourrais considérer que je suis toujours avec lui après trois semaines sans lui avoir adressé un mot et qu’il m’a trouvé main dans la main avec toi…, lâche-je d’une voix atone.

Je prends mécaniquement ma robe de nuit avant d’aller me changer à mon tour dans la salle de bain, comme un robot, alors que seul un bruit blanc résonne dans mes oreilles. Lorsque je ressors, Kai est dans son lit, la télé est allumée et je suis toujours complétement sonnée. Je me glisse à côté de lui, sans lui décrocher un mot, sans l’approcher non plus…

Je n’envisage même pas de rentrer chez moi… à quoi bon ?

*

Kai s’endort alors que je reste éveillée, les yeux grands ouverts, pendant un temps qui me parait infini. Mon esprit est complétement gelé, mon corps tremble, et j’ai simplement l’image d’Hunter devant les yeux. Ses yeux furieux, détruits… Je refais le film de ces trois semaines, de mon arrêt de la fac, de mon abandon d’Hunter, de la rage dans les yeux de Kai, de la peur que j’ai ressenti, de la peur que je ressens à l’idée d’avoir foutue en l’air ma relation avec l’homme de ma vie...

Il est près de trois heures du matin lorsque je me sauve.

C’est comme un courant électrique qui me secoue enfin, d’une minute à l’autre, après une quasi immobilité depuis que je me suis installée dans ce lit. Je saute sur mes pieds, j’enfile simplement mes bottines en cuir, j’attrape mon sac et je m’échappe dans la nuit, je m’échappe de cet enfer pour courir de toutes mes forces en direction de mon paradis.

J’avale mètre après mètre du bitume, je cours à en perdre haleine, je cours au milieu de la nuit dans ma petite robe de nuit légère. Je suis si terrifiée par l’idée de perdre Hunter que je n’ai pas la moindre once de peur à l’idée de courir toute seule dans le quartier chaud à trois heures du matin. Je ne vois même pas les rues autour de moi, je ne cherche pas les ombres menaçantes qui s’y cachent peut-être, je cours comme si ma vie en dépendait sans pourtant craindre l’environnement hostile.

Je cours à m’en blesser, à me faire déchirer le flanc par un point de côté, à en avoir le sentiment que je pourrais m’écrouler alors que mes jambes me portent pourtant toutes seules sans faiblir. Je cours pendant trois quart d’heure, avec un seul objectif en tête, une seule image : son visage.

Et enfin, je tourne au coin de sa rue, j’aperçois son immeuble, qui m’apparait comme une oasis de paix, comme mon château fort, le château d’Hestia, dans lequel se trouve le prince le plus parfait qu’il puisse exister en ce bas monde. Les larmes se remettent à couler, par milliers cette fois, et je m’enfile dans son hall d’entrée pour gagner l’ascenseur.

Lorsque je me retrouve face à sa porte, l’adrénaline est tellement présente dans mon corps que je ne sens même pas la fatigue, ni les kilomètres que je viens de parcourir, je ne vois toujours que lui. Je toque de toutes mes forces en laissant tomber mon sac lourd sur le sol à côté de moi, pour me soulager en reprenant mon souffle. Les secondes passent sans réponse, alors je toque encore, plus fort.

Et elle s’ouvre enfin sur Hunter, tout habillé malgré l’heure tardive et les cheveux en bataille, l’air mal réveillé. Lorsqu’il me voit, ses yeux s’agrandissent sous le choc mais je ne le laisse même pas parler, je m’effondre encore en larmes :

-         Hunter, je suis désolée, tellement désolée… Bon sang, je suis tellement désolée mon amour ! crie-je entre mes sanglots.

Revoir son visage, sans trace de haine, sans méfiance, sans tension… c’est trop.

-         J’ai tellement besoin de toi, tellement besoin de toi, je t’en prie ! m’exclame-je en bondissant sur lui.

Et le miracle se produit, lorsqu’il m’attrape pour me réceptionner d’un bras, tout en attrapant ma tête de l’autre pour écraser ses lèvres contre les miennes.

Mes pleurs redoublent, mon cœur reprend vie après des semaines alors que je l’embrasse avec tout mon désespoir en serrant sa nuque dans mes bras à l’en briser. Il lâche ma tête sans quitter mes lèvres, pour attraper mon sac qu’il balance dans son appartement avant de m’entrainer chez lui en refermant la porte derrière nous avant de me plaquer contre le mur de l’entrée. Il garde un bras sous mes fesses pour me maintenir mais sa deuxième main s’agrippe à ma hanche, qu’il serre si fort que ça m’en fait mal, mais jamais une douleur de m’a semblée aussi douce. Il m’embrasse avec autant de désespoir que moi, son haleine est chargée d’alcool et je ne peux qu’imaginer la soirée horrible qu’il vient de passer pour s’en retrouver à boire tout seul chez lui.

Il me repose finalement au sol, pour attraper ma tête à deux mains, pour m’embrasser langoureusement en plaquant mon visage contre le sien, les doigts serrés sur mes joues comme s’il ne voulait plus jamais me laisser partir.

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