ODD club
Un fracas soudain retentit alors que le verrou de la porte d’entrée vole en éclats.
Max manque de s’effondrer au sol, mais se rattrape à temps.
Elize passe devant lui et croise son regard avec un grand sourire moqueur.
Elize : Ouah ! Bien joué. Comme quoi, tu n’es pas aussi fébrile que je le pensais.
Il lui répond avec une grimace exagérée et masse son épaule endolorie. Sara lui adresse une petite tape reconnaissante et passe devant en allumant sa lampe-torche.
L’entrée du bâtiment B est sombre et encombrée de toiles d’araignée. Des bureaux et des chaises sont empilés le long des murs couverts de moisissures, leur donnant un aspect verdâtre.
Il manque des carrelages à certains endroits, et des traces de boue et de salissures sont visibles un peu partout, signe que l’endroit n’est jamais nettoyé, ce qui n’est pas très étonnant.
Misty se bouche le nez avec sa manche quand Sara vient remuer une vieille planche en bois.
Sara : Eh ben… c’est exactement comme je l’imaginais…
Ses quatre amis se tournent vers elle, curieux de connaître le fond de sa pensée. Elle croise leur regard puis hausse les épaules.
Sara : Crasseux et poussiéreux…
Le groupe se sépare alors que les faisceaux lumineux de leurs lampes se croisent. Elize et Misty déblayent les couloirs sur la gauche, sans succès, tandis que Max et Sara font le tour des locaux situés sur la droite de l’entrée.
Après un nouvel essai non concluant sur la poignée de la porte du dernier local, Max regarde sa sœur avec un air désolé.
Max : Celle-ci est fermée aussi.
Elize et Misty les rejoignent au niveau de l’accueil et secouent la tête à leur tour.
Elize : L’aile ouest est bloquée par des cages de football et divers matériels de sport. On peut faire une croix de ce côté.
Léa : Et ici ? C’est toujours mieux que rien… non ?
La voix de Léa retentit depuis l’arrière des escaliers du hall d’entrée.
Le groupe la rejoint et arrive dans l’ancienne cafétéria. Une lampe au néon pend dans le vide et une odeur de pourriture sort des cuisines.
Sara observe la grande salle et grimace de dégoût.
Sara : Arf… hors de question. Je cherche un local, pas une porcherie…
Tandis que Léa et Elize tentent de trouver une solution avec Sara, Max rejoint Misty, postée devant un vieux distributeur de nourriture, mi-éclairé.
Le ventre de la jeune fille émet un gargouillis féroce alors qu’elle parcourt les emballages restants. Max suit son regard et l’observe du coin de l’œil.
Max : Tu sais qu’ils sont sans aucun doute périmés, hein ?
Misty affiche une mine hésitante alors que son ventre pousse un autre grognement. Elle parvient à détourner le regard des bonbons en forme de boules au chocolat tout en murmurant plaintivement.
Misty : Au point où on en est…
Max reconnaît un paquet de ses bonbons préférés et se rend compte que c’est tentant. Si seulement ils n’étaient pas vieux et périmés…
Elize rejoint la porte de sortie avec Sara et Léa et hausse le ton.
Elize : Hey ! Arrêtez de reluquer ce pauvre distributeur. On a d’autres endroits à explorer.
Le groupe prend la direction du premier étage, où ils arrivent dans un long couloir usé par le temps. Une moulure en bois recouvre la moitié des murs, laissant l’autre moitié recouverte d’une peinture blanche abîmée ou d’une vitre donnant sur la classe de l’autre côté.
Sara sourit en voyant l’endroit et fait craquer les jointures de ses mains.
Sara : Ooh… pas mal. Là, ça s’annonce bien.
Misty : Faut juste que les portes soient ouvertes cette fois.
Sara la rassure en tapotant le haut de sa capuche d’un geste bon enfant et s’empresse d’explorer le couloir en détail.
Sara : T’inquiète pas lapin. Max nous défoncera une nouvelle porte si nécessaire.
Misty s’empresse de la suivre, telle un animal fidèle, les oreilles de sa capuche flottant derrière elle.
Elize lève les yeux au ciel et part dans l’autre sens avec un soupir qui en dit long.
Max et Léa partent du côté gauche et parcourent le reste du couloir. Certaines portes ne tiennent plus debout. Léa passe la tête pour vérifier celles du côté droit et Max s’occupe de celles du côté gauche, sans succès.
Elles sont soit vides et en partie démantelées, soit remplies à ras bord de divers meubles scolaires. Léa reconnaît d’ailleurs un vieux bureau, semblable à ceux de son ancienne école, ce qui la fait brièvement sourire.
Arrivés au bout du couloir, un escalier se dresse sur leur gauche. Un panneau y est attaché à une chaîne qui bloque l’accès au deuxième étage.
Max : « Attention : étage instable. Réservé au personnel qualifié. » Mh…ouais, pas du tout dangereux…
Léa échange une grimace en haussant les épaules, un peu rassurée.
Léa : Tant mieux, dans un sens. Ça évitera à ta sœur d’aller plus loin dans sa folie.
Max sourit à son commentaire, gardant un air amusé plus que nécessaire.
Un son semblable au vent lui caresse les oreilles. Le sifflement se déforme et un bruit proche d’une série de voix difformes le remplace doucement.
Le duo se dévisage, tous deux conscients du bruit, se rappelant la rumeur des voix. Ils n’ont pas le temps de dire un mot qu’un fracas énergique retentit à l’autre bout du couloir.
Sara : BINGO !!
Ils sursautent à son interruption et se hâtent de la rejoindre, notant au passage que les voix ont disparu.
Arrivés devant l’entrée de l’une des classes non loin de l’escalier du rez-de-chaussée, ils rejoignent Sara et les autres.
La pièce fait la taille d’une demi-classe et semble en bon état ; en tout cas, la porte semble tenir. À l’intérieur, Sara, Misty et Elize sont déjà en train d’explorer le nouveau local.
Des casiers défoncés sont visibles au fond, des chaises sont empilées et couvertes de toiles d’araignée, et un grand tapis est accroché au mur du fond, représentant ce qui ressemble à un réseau souterrain avec des reliures vertes et dorées.
Un bruit métallique retentit alors que Sara rattrape une tasse de justesse, les stylos à l’intérieur s’éparpillant sur le sol.
Sara : Ah… !
Elle repose la tasse sur le bureau et regarde Léa avec un sourire embarrassé.
Sara : T’as vu ! Je pense qu’on vient de trouver notre local parfait.
Son regard passe sur l’ensemble de la pièce sombre, sa lampe-torche éclairant divers bibelots et antiquités qui prennent la poussière.
Sara : Un peu de rangement et je pense que ce sera parfait.
Au fond, Misty joue avec un pantin désarticulé. Le bras tombe à son contact, ce qui la fait reculer d’un bond.
Max part explorer de son côté, réorganisant déjà quelques tables pour avoir une idée de ce que ça pourrait donner. Sur sa droite, Elize regarde par la fenêtre, moyennement convaincue.
Léa : On dirait que ce n’est pas au goût de tout le monde.
Elize se sent visée et lui lance un regard renfrogné.
Elize : Tu m’étonnes. Ok, le local est… sympa. Ça nous évitera de décorer pour Halloween en tout cas. Avec toutes ces bizarreries…
Son regard passe sur la grande tapisserie au fond et revient sur Léa alors qu’elle croise les bras.
Elize : Il reste quand même un gros problème. Sans courant, comment tu veux qu’on branche le PC et qu’on s’éclaire ?
Le visage de Sara s’illumine alors qu’elle bondit dans la conversation.
Sara : Oh ! On pourrait rajouter des bougies ! Ça rajoutera à l’ambiance.
Léa lui adresse un sourire complice et croise les bras en imitant Elize.
Léa : Pour ce qui est de l’électricité, je pense que ça devrait se régler facilement. Au pire, on prendra un générateur portable.
Max les rejoint et approuve l’idée.
Max : Ça peut se faire. On a un générateur portable chez nous.
Elize serre les dents et finit par soupirer, consciente que la décision semble déjà prise.
Elize : D’accord… pendant qu’on y est, t’as qu’à prendre des bougies parfumées. Ça chassera peut-être une partie de cette odeur horrible.
Un petit cri de victoire retentit au fond de la classe. Misty remonte le haut de sa capuche et sourit d’un air accro.
Misty : Ouais, c’est les meilleures. Ahah… maman m’interdit d’en prendre d’habitude. À cause de l’odeur de citron, j’avais l’habitude d’en manger quand j’étais petite…
Elize l’éclaire de plein fouet avec sa lampe-torche, s’apprêtant à se moquer d’elle. La lampe s’abaisse d’elle-même et Elize abandonne sa blague en cours de route.
Léa aperçoit son regard figé vers Misty et regarde leur jeune amie avant de se figer à son tour.
La jeune fille voit leurs regards terrorisés et perd son sourire aussitôt, ne comprenant pas vraiment ce qu’il se passe.
Misty : Ben quoi ?!… Ça va, c’est pas si bizarre que ça de manger de la cire.
Un souffle rauque et glacé la cloue sur place. Son instinct lui hurle de fuir. À la place, elle remet sa capuche lapin au niveau de ses yeux et se retourne lentement.
Léa tente d’agir, mais c’est déjà trop tard. Misty relève la tête vers la tapisserie accrochée au mur et manque de se faire dessus.
Face à eux, une forme grise et pâle semble sortir de derrière la fresque brodée. Misty recule en même temps alors que le spectre apparaît devant eux, dévoilant une silhouette cauchemardesque.
Un visage lisse orné d’une bouche aux dents acérées leur fait face, accroché à un buste robuste, se terminant par une colonne vertébrale qui pend à quelques centimètres du sol.
Cela aurait pu suffire, mais deux grosses lames sont incrustées dans ses bras, prêtes à trancher tout ce qui est à portée.
Un silence glacial s’ensuit alors que le spectre leur fait face. Misty tremble de tout son corps au milieu de la pièce alors que les voix entendues plus tôt refont surface.
Comme pour les faire taire, le fantôme ouvre grand la bouche et hurle d’un ton spectral à glacer le sang.
Spectre : RAAANGEEEERRR !!!!!
Son bras se lève pour accompagner son cri, prêt à faucher le lapin en face de lui.
Max est le premier à bouger. Il s’élance et plaque Misty au sol, la lourde lame passant juste au-dessus de leurs têtes.
Max : Courez !!
Le reste du groupe ne se fait pas prier et évacue les lieux aussitôt. Max relève Misty et s’empresse de rejoindre les autres dans le couloir.
Devant eux, Elize court en tête, regardant derrière elle d’un air paniqué, rarement vu auparavant.
Elize : Putain !!! Mais c’est… c’est un fantôme !!?? Un vrai de vrai ??!!
Alors qu’elle continue de jurer dans le long couloir, Sara échange un regard avec Léa, semblant en partie amusée par la situation.
Léa : Surprise ! On avait raison, t’avais tort. Maintenant, grouille-toi !
Un autre cri retentit derrière eux et le bâtiment vibre sous les échos. Sara sourit de plus belle et rejoint Léa.
Sara : N’empêche, ça rappelle des souvenirs, hein, partenaire ?
Léa, plus occupée à courir qu’autre chose, la dévisage, ne sachant pas si elle doit rire ou pleurer.
Léa : Admets-le, t’avais prévu le coup, hein ?!
En réponse, Sara secoue la tête d’un air innocent.
Sara : Absolument pas ! Je jure sur la tête de Misty…
Derrière eux, une forme grisâtre se rapproche. Max, qui tient toujours Misty, s’abaisse aussitôt.
Max : Couchez-vous !!
Les filles s’exécutent dans la seconde. Un sifflement passe au-dessus de leurs têtes et un bureau vient s’encastrer dans le mur du fond.
Elize se redresse en voyant l’impact causé par l’attaque et passe de la terreur à la rage en un éclair.
Elize : Mais c’est qu’il veut vraiment nous buter, ce trou duc !!
Sara reconnaît un bureau qu’elle aimait bien et l’imite.
Sara : Nooon ! Pas celui-là, je comptais l’utiliser !
Léa empoigne son bras et la force à avancer.
Léa : Pas grave, on t’en trouvera un plus cool…
Ils tournent à gauche et se stoppent net.
Léa : Hein…
Devant eux se trouve l’escalier qui mène au deuxième étage. Elize observe la pancarte et grimace.
Elize : Merde, on s’est trompés de chemin ! On doit descendre, pas monter !!
Léa enlève la chaîne d’un coup de pied et ouvre la marche.
Léa : Au point où on en est…
Elize la suit avec un gémissement plaintif. Entre un spectre enragé et un étage en ruine, la question ne se pose même pas.
Derrière eux, un nouveau cri retentit, signe que le danger n’est pas loin.
Spectre : RAAAAANNNNNGGEEERRRR !!!!!