[Eyeshield21] Hors Protocole #hirumamo

Chapitre 1 : HORS PROTOCOLE

Chapitre final

5928 mots, Catégorie: T

Dernière mise à jour 01/03/2021 09:59

HORS PROTOCOLE

(love swing v2 par sueyeonie)

 

 

         Le terrain était en ébullition depuis plusieurs heures déjà. Enfin, peut-être que le terme « ébullition » était exagéré pour qualifier ce qui ressemblant davantage à un chaos organisé par un esprit particulièrement sadique. Mon pauvre Sena disparaissait et réapparaissait à intervalles réguliers entre les arbres, tractant derrière lui deux énormes pneus, et semblait avoir un Cerberus et un cochon à ses trousses. Les trois frères et Komusubi s’échangeaient des charges d’entraînement avec une énergie qui forçait le respect. Taki tournoyait sur lui-même, pour ne pas changer, sous les grondements de sa petite sœur. Quant à Yukimitsu et Monta, ils se relayaient pour réceptionner les passes de leur capitaine : des passes longues, précises, variés, en cloche, en ligne basse rasant l’herbe.

           Et moi, j’étais censée noter les temps de course de Sena et l’amélioration de ses coéquipiers.

           Censée.

         Parce que depuis un moment – un moment sont je refusais d’estimer la durée – mon stylo ne touchait plus le papier. Mon regard s’était fixé sur lui. Lui qui avait la ténacité d’un pitbull sur un os et qui ne semblait pas vouloir en décrocher de sitôt. Ce n’était pas ma faute. Enfin, pas entièrement. Il y avait quelque chose dans sa façon d’être, sa façon de lancer. Ce geste fluide, cette certitude absolue que la balle allait exactement là où il l’avait décidé. Hiruma Youichi ne tentait pas. Il exécutait, et l’univers s’arrangeait pour suivre.

           Admirable. Profondément agaçant. Les deux, simultanément, depuis aussi longtemps que je le connaissais.

           « Mamo-nee matait You-nii ! Mamo-nee matait You-nii ! »

           J’ai failli lâcher mon calepin.

           Antenne dressée sur le crâne comme un signal d’alerte, sourire aux lèvres larges comme un terrain de football, rollers aux pieds, Suzuna était apparue de nulle part. Elle tournait autour de moi en chantant à pleine voix, et la seule chose qui me traversa l’esprit à cet instant fut : « pourquoi n’était-elle jamais aussi enthousiaste quand il s’agissait de faire son travail de cheerleader ? »

           Non, ce serait mentir. Elle était la première personne à soutenir les Devil Bats plus que quiconque. Mais cet enthousiasme, , était bien trop ennuyant.

           « — Suzuna, je t’en supplie… »

           Trop tard.

           Il avait levé les yeux. Le ballon qu’il s’apprêtait à lancer resta dans sa main. Son expression – enjouée une seconde plus tôt, ce qui était déjà en soi un évènement notable – s’était figée en quelque chose d’indéchiffrable.

           Il nous regardait toutes les deux.

           Mes yeux se baissèrent immédiatement sur mon calepin. Puis, je m’assis sur le banc avec une dignité toute relative et espérais activement devenir invisible.

           Monsieur Doburoku surgit à côté de moi, gourde à la main – probablement de l’alcool –, visage épanoui.

           « — Quelque chose ne va pas, Mamori ?

           — Tout va très bien.

           — Ah bon ? Parce que la petite Suzuna chantonne la même chose depuis un bon moment, hahaha ! Tu sais, ça me rappelle une aventure avec une femme, une nuit de match à –

           — Je vais chercher des bouteilles d’eau, le coupai-je. »

           Avant qu’il ait pu placer une syllabe supplémentaire, je me levai en direction du local principal des Devil Bats. Les histoires de monsieur Doburoku avaient cette propriété particulière de commencer de façon anodine et de finir dans des territoires qu’on n’avait ni demandé, ni besoin de visiter.

 

           Le local sentait le caoutchouc, la résine et les décisions stratégiques prises à des heures indues. Je saisis un pack de bouteilles et m’apprêtais à ressortir lorsque que quelqu’un remplit l’encadrement de la porte.

           Hiruma Youichi.

           Il ne bougea pas. Je tentai de passer à droite – il se décala. À gauche – il se décala encore. Je m’arrêtai, les sourcils froncés, les bouteilles devenant de plus en plus lourdes dans les bras.

           « — Tu peux me laisser passer ?

           — Je réfléchis, répondit-il.

           — Tu réfléchis.

           — C’est ce que j’ai dit. »

           Je soupirai par le nez, posai le pack sur la table derrière moi et me massai les bras avant de les croiser sur ma poitrine. C’est à ce moment-là que je remarquai l’entaille sur son avant-bras… propre, mais suffisamment profonde pour mériter autre chose qu’un mouchoir en papier. Mon instinct de gestionnaire prit le dessus sur le reste avant même que j’aie pu en décider.

           « — Tu t’es blessé.

           — Observatrice.

           — Assieds-toi, ordonnai-je en m’attachant les cheveux en queue de cheval.

           — Pas la pei–

           — Assieds-toi. »

           Silence. Puis, avec l’air de quelqu’un qui accordait une immense faveur à l’univers entier, Hiruma alla s’installer à l’autre bout de la pièce, un pied sur la table, l’ordinateur ouvert sur les genoux.

           Je sortis la trousse de secours, tirai une chaise et m'assis à côté de lui. La désinfection lui arracha une petite grimace qu’il réprima à moitié ; juste assez pour que je le voie, pas assez pour qu’il puisse prétendre que cela ne faisait pas mal.

           « — Cesse de bouger autant, s’il-te-plaît.

           — Je ne bouge pas, grinça-t-il entre ses dents pointues.

           — Ton bras, si.

           — Mon bras fait ce qu’il veut. 

           — Tu aurais pu signaler ta blessure plus tôt.

           — C’était pas prioritaire.

           — Ta main de lancer est reliée à ce bras, Hiruma. »

           Il ne rétorqua pas. Je levai les yeux au ciel et continuai de nettoyer le sang séché. Je bandai la plaie avec soin, coupai le bandage, épinglai le bout. Il souffla une bulle de chewing-gum et la regarda éclater. Il ne dit rien pendant un moment, pianotait encore sur son clavier.

           « — Très efficace, fuckin’ manager.

           — De rien, monsieur le capitaine. »

           C’était sa façon de dire merci.

           Sans insister et voyant qu’il était occupé, je me levai pour me diriger dans les vestiaires collés au local.

           Ah, les vestiaires… Eux, en revanche, étaient dans un état qui me fit regretter de ne pas avoir de masque à gaz. Si seulement c’était plus simple de nettoyer cette pièce qu’une plaie.

           J’avais commencé à balayer méthodiquement, concentrée sur ma tâche avec la détermination tranquille de quelqu’un qui préfère agir plutôt que de se lamenter sur l’état des lieux, lorsque la porte s’ouvrit dans mon dos. Je n’entendis que le bruit du casque posé sur une étagère et un mouvement de tissu. Par réflexe, je me retournai.

           Mauvaise idée.

           « — Non mais– ! M’écriai-je en pivotant face au mur à une vitesse qui aurait impressionné Sena.»

           Il venait de retirer son maillot de foot et était complètement torse nu. Sans gêne ! Il était vraiment sans gêne !

           « — T’es dans le vestiaire des gars. Sors.

           — Tu aurais pu frapper !

           — C’est mon vestiaire.

           — C’est une convention sociale, Hiruma ! Pas une opinion !

           — Kekeke ! »

           Ce rire. Ce rire que j’aurais voulu ne pas trouver aussi caractéristique, légèrement satisfait, celui qu’il réservait aux situations où il avait l’avantage et le savait. Je serrai le manche du balai.

           « — Tu rougis, fuckin’ manager, fit-il d’un ton absolument neutre dans mon dos.

           — Absolument pas.

           — Mmh.

           — Je sors, déclarai-je avec toute la dignité possible – c'est-à-dire une quantité assez limitée –, et je n’ai rien vu.

           — Dommage, répondit-il. »

           Je sortis.

 

           De retour dans le local vide, je bus la moitié d’une bouteille d’eau d’un trait, posai les deux mains à plat sur la table et attendis que mon rythme cardiaque consente à redevenir stable. Je n’avais même pas fini le ménage. Les feuilles éparpillées sur le bureau – les analyses des Oujou White Knights, fruit des activités nocturnes d’espionnage du quarterback – m’offrirent une distraction bienvenue. Je commençai à les trier par ordre logique.

           La porte s’ouvrit. Encore lui, cette fois habillé de sa tenue de lycéen, ce qui était franchement la moindre des choses.

           Il finissait de boutonner sa chemise blanche en entrant, jeta un coup d’œil aux feuilles que je manipulais et vint s’installer à côté de moi sans un mot. Il me les prit des mains sans cérémonie, avec la désinvolture naturelle de quelqu’un qui n’envisage pas vraiment que cela puisse poser problème, et les parcourut en silence.

           Je triai les stylos sur le bureau. Puis je les retriai avant de regarder le mur.

           « Eh. »

           Je sursautai. Sa voix était différente ; pas le ton qu’il prenait pour aboyer des ordres, pas celui qu’il réservait aux menaces créatives. Quelque chose de plus discret. Je ne bougeai pas.

           « Tu crois qu’on a une chance contre eux ? »

           Je me tournai vers lui lentement.

           Hiruma Youichi, stratège, manipulateur, terreur du département scolaire et de la faune alentour, me regardait fixer les feuilles posées sur la table comme si la réponse s’y trouvait quelque part entre les statistiques de passes des White Knight. Son expression était indéchiffrable. Elle l’était presque toujours. Mais quelque chose dans l’angle de ses épaules, dans la façon dont il avait posé la question, sans ironie, sans le petit rictus de moquerie habituel, me dit que ce n’était pas une question rhétorique.

           Il voulait une vraie réponse.

           « — Tu me demandes ça sérieusement ? dis-je.

           — Je pose une question. Réponds.

           — Hiruma. Tu connais les statistiques de chaque joueur de cette équipe par cœur. Tu sais exactement ce que tu vas faire contre eux, dans quel ordre, et avec quelle marge d’erreur. Tu as un plan de secours pour ton plan de secours. »

           Je marquai une pause.

           « Alors non, je ne pense pas que tu aies vraiment besoin de mon avis sur nos chances de victoire. »

           Un silence.

           « C’est pas ce que j’ai demandé. »

           Je le regardai, défronçant légèrement les sourcils. Il regardait la porte.

           « — On y arrivera, dis-je plus doucement. Comme on y est toujours arrivés. Tous ensemble. 

           — Hn. »

           Ce n’était pas un acquiescement enthousiaste. C’était Hiruma, sa réponse valait un discours chez quelqu'un d’autre.

           Il se tourna lentement vers moi, comme s’il avait décidé de quelque chose il y a un moment et qu’il attendait juste le bon timing pour l’exécuter. Ce regard-là, je le connaissais sur le terrain, mais je ne l’avais jamais vu me l’adresser à moi.

           Mon estomac semblait se contorsionner.

           « — Tu me fixais tout à l’heure. Sur le terrain.

           — Je… prenais des notes, balbutiai-je malgré moi.

           — Avec un stylo immobile depuis dix minutes.

           — Je réfléchissais…

           — À quoi ?

           — Aux… temps de course de Sena. 

           — Mamori.

           Il prononça mon prénom avec le même calme tranquille qu’il aurait mis à annoncer un changement de stratégie en mi-temps. Ni douceur excessive, ni ironie. Juste mon prénom dans sa bouche, ce qui était déjà en soi assez déstabilisant pour que je rate complètement la suite.

           « — Je… Non, à vrai dire… C’est parce que tu lançais bien, réussis-je à ajouter pour me justifier vraiment.

           — Je lance toujours bien.

           — Je sais.

           — Donc c’était pas ça. »

           Je le regardai. Il me regardait. Il n’allait pas me faciliter la tâche ; de toute façon, il n’en avait ni l’habitude, ni l’intention, mais il ne détourna pas ses yeux pour autant.

           C’est là que je compris.

           Il ne posait pas la question pour me mettre mal à l’aise, mais parce qu’il voulait une réponse vraie à une autre question et qu’il avait décidé – d’une façon ou d’une autre – que c’était aujourd'hui qu’il l’obtiendrait.

           Voyant que je n’allais absolument pas lui donner ce qu’il attendait de moi, sa main se posa sur ma nuque : froide, légère, précise. Il s’approcha lentement, et je dois admettre, à ma décharge, que mon cerveau choisit exactement ce moment pour cesser de fonctionner de façon cohérente.

           « E-Est-ce que tu vas bien ? entendis-je sortir de ma bouche. »

           Il s’arrêta.

           Il me regarda.

           Puis, de manière inattendu… il rit – pas son ricanement habituel, c’était plus bref, presque involontaire – et secoua légèrement la tête.

           « — Sérieusement ?

           — Q-Quoi ?

           — T’es vraiment… toi, dit-il, comme si c’était une conclusion à laquelle il venait d’arriver après un long processus de réflexion. »

           Avant que j’aie pu lui demander ce qu’il voulait dire, il m’embrassa soudainement la joue – rapide, délibérée – et se leva en s’étirant. Il ramassa sa veste et me fit quelques signes de la main en se dirigeant vers la porte.

           Des signes. Nos signes.

           Je restai immobile trois secondes complètes.

           Puis je bondis de ma chaise.

           « Hiruma ! »

           Il se retourna au moment où je le rattrapai à la sortie du local, sautai à son cou avec élan sans réfléchir vraiment aux implications physiques de la manœuvre.

           « – Qu’est-ce que tu fiches, fuckin’ manager ? On pourrait nous voir, grogna-t-il en essayant de maintenir son équilibre.

           — Moi aussi…

           — Hein ?

           — Moi aussi ! répétai-je en lui rendant ses signes, les joues probablement en feu mais trop occupée à essayer de voir sa réaction qu’il cachait pour m’en préoccuper. »

           Il y eut un silence. Dans un ordre que je n’aurais pas su reconstituer après coup, son expression passa par plusieurs choses difficiles à nommer.

           « — Ah, dit-il enfin.

           — « Ah » ? C’est tout ?

           — J’enregistre.

           — Tu enregistres– »

           Il m’attrapa par la taille, me prit le menton et m’embrassa. Proprement, sans ambiguïté. J’oubliai ce que j’allais dire, c’était probablement l’effet recherché.

           Quand il s’arrêta, je gardai les yeux fermés une seconde de trop, ce que son sourire me confirma avec une satisfaction à peine voilée.

           « — Je croyais qu’on pouvait nous voir, me renfrognai-je, avec un sourire dissimulé.

           — J’ai reconsidéré, lança-t-il en soufflant une bulle de chewing-gum.

           — En dix secondes !

           — Je suis rapide. »

           La bulle éclata. Je ris malgré moi ; ses mains ne bougèrent pas, je posai les miennes sur ses épaules.

           « — Tu t’es vraiment joué de moi tout à l’heure, avec ta question sur le match. Comme si tu pouvais vraiment être inquiet de notre victoire.

           — Je teste les variables.

           — Je n’en suis pas une !

           — Non, dit-il, et il n’y avait pas la moindre trace d’ironie dans sa voix. T’es pas une variable. »

           Je ne m’attendais pas à ça, et je crois que lui non plus.

           Le silence qui suivit était différent des précédents, moins chargé, plus habitable. Je levai les yeux vers lui, hésitante, je finis par articuler :

           « — Dis mon prénom.

           — Pourquoi ?

           — Tu l’as déjà dit avant. Une fois. Ne fais pas comme si c’était nouveau. »

           Il plissa les yeux, ses yeux verts électrisants et dangereux qui voulaient dire que je n’avais pas répondu à sa question.

           « Parce que je vais dire le tien après. »

           Il me toisa du regard avec l’expression du stratège qui calculait le rapport risque/bénéfice d’une opération. Puis :

           « — Mamori.

           — Je t’aime, Youichi. »

           Là. C’était dit. Dans l’air, sans filet.

           Il ne répondit pas immédiatement. Son regard se posa quelque part entre mon visage et un point indéfini derrière moi, comme s’il cherchait la formulation optimale d’une chose pour laquelle il n’avait pas préparé le script.

           « Tss. »

           Il posa la main sur ma joue, ses doigts étaient toujours froids, et ils devaient probablement l’être depuis sa naissance. Je passai les miens sur les siens pour leur apporter un peu de chaleur.

           « — Je t’aime aussi. Contente ? Lança Hiruma en détournant les yeux, sourcils froncés.

           — Extrêmement.

           — Kekeke. »

           Le buisson explosa.

           Suzuna émergea à la renverse dans un bruissement de feuilles, suivie de Sena qui se tenait la nuque avec un sourire catastrophé, l’air penaude, et de Monta qui s’effondra à genoux dans l’herbe les bras écartés, tendus dramatiquement vers le ciel.

           « — Ils m’ont vue ! paniqua Suzuna, bande de crét–

           — Ma... douce... Mamori..., pleura Monta.

           — Retournez ranger le matériel. »

           La voix d’Hiruma était d’un calme parfait. C’était, par expérience, le signe le plus inquiétant qui soit. Dangereux. Menaçant.

           Le lance-flamme apparut d’un bras, son AK47 de l’autre.

           « OUIII ! Hurlèrent les trois adolescents en cœur, fuyant les flammes et les balles. »

           Ils décampèrent à toute vitesse. Monsieur Doburoku qui s’apprêtait à entrer dans le local, visage serein, gourde à la bouche, sourit.

           « — Bien mignons, vous deux. Surtout toi, mon cher Hiruma. Ça me rappelle une conquête lorsque j’étais à Las Vegas, sur le bord de–

           — Bonne soirée, monsieur Doburoku, lançai-je en l’orientant fermement vers l’intérieur du local. »

           La nuit pointait le bout de son nez et l’air se faisait plus frais. Hiruma rangea ses armes, il avait le regard d’un homme qui ajoutait plusieurs personnes sur une liste dont je préférais ignorer la nature exacte.

           « Je te raccompagne. »

           Ce n’était pas une option. Avec lui, ça ne l’était jamais.

 

           Le trajet se fit en grande partie en silence, bien que le sien était peuplé de bulles de chewing-gum et le mien, de conscience aiguë des regards que nous attirions sur notre passage tandis que les lampadaires s’allumaient un à un.

           C’était juste nous : lui qui n’exprimait jamais rien en mots, moi qui savais lire ce qu’il ne disait pas. Et quelque part entre les deux, quelque chose qui n’avait pas besoin d’être formulé pour exister.

           « — La plus belle fille du bahut avec ce démon… ! Rouspéta soudainement un camarade de classe derrière un poteau électrique. 

           — Ce monstre l’a obligé à intégrer le club de football américain alors qu’elle aurait pu faire partie de notre club…, grommela un autre. »

           Hiruma finit par sortir ce qui ressemblait à une arme à impulsion nerveuse de sa veste – je ne lui poserai jamais de questions – et les trottoirs se dégagèrent d’une fluidité remarquable.

           Avant de rentrer, je le poussai dans une pâtisserie : ma favorite. Il résista exactement deux secondes, ce qui constituait déjà une concession notable, avant de se boucher le nez en passant les portiques. S’il y avait bien une chose dont Hiruma détestait, c’était les sucreries. 

           Mes mains tendirent vers des choux à la crème – mon péché mignon, et je passai immédiatement à la caisse avant que monsieur ne râle. Il tapait déjà du pied et encore plus lorsque l’hôtesse de caisse se trompa dans la commande. Alors que je m’apprêtai à attraper mon porte-monnaie, il posa un billet sur le comptoir, pris les choux à la crème emballés et sortit de la boutique en me tirant par le poignet.

           « — Eh ! Pourquoi t’es si pressé ? Tu n’avais pas à payer !

           — Ça pue le sucre, se plaignit-il une main dans la poche, me devançant et empruntant la route en direction de mon quartier. »

           Je levai les yeux au ciel. Il s’arrêta et tourna la tête vers l’arrière comme pour me clamer d’accélérer.

           « Tu en achètes toujours quand tu es seule chez toi. »

           J’eus un moment de silence, mes joues s’empourprant de gêne suite à sa remarque.

           « Tu n'es pas censé savoir ça ! pestai-je en le frappant dans le bras qui ne portait pas les choux à la crème. »

           Il se contenta de sourire sans rien dire pendant que je me plaignais de ses balades nocturnes d’espionnage au détriment de son sommeil.

 

           Devant ma porte, je lui dis au revoir avant de reprendre mon dessert. Il grimaça.

           « — Quoi ?

           — C’est tout ? »

           Je le regardai. Il regardait la porte d’un air parfaitement neutre, comme si la question était d’ordre purement logique.

           « — Oh. Tu veux entrer, affirmai-je.

           — Je n’ai pas dit ça.

           — Tu l’as impliqué.

           — Je t’ai rien impliqué du tout.

           — Hiruma.

           — Youichi. »

           Je soupirai, longuement, avec sentiment, et ouvris la porte.

           « — Ferme derrière toi.

           — Kekekeke. »

           La clé tourna dans la serrure. Dehors, la nuit était tombée sur le quartier comme si rien de particulier ne s’était passé ce jour-là. Ce qui était, objectivement, un mensonge éhonté.



FIN.



NDA : Merci d'avoir lu (ou relu ?) ce one-shot spécial #Hirumamo. J'ai dû le réécrire en vue des fautes terribles de la version 2009 et du manque de cohérence de la personnalité des personnages - entre nous, ce n'est pas comme si Hiruma allait montrer autant d'émotions mais il fallait bien vous feed en love story (j'avoue, j'ai tapé des pieds dans mon lit aussi en relisant hihi). J'ai également changé le titre "Love Swing" en "Hors Protocole", ça collait mieux. Pour celles/ceux qui avaient téléchargé l'ancienne version, pitié brûlez-moi ça, les écrits de la honte de ma moi au collège !!! Ma réputation (inexistante) svp !!! Et since 2009, je souhaite toujours un remake d'ES21, vous vous rappellerez de moi lorsque ça sortira enfin (laissez-moi donc avoir espoir comme pour Bleach qui a eu son dernier arc d'animer !) ALLEZ PEACE,YA-HA !


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