Mariage de raison.
Chapitre 1 : Chapitre seul
1654 mots, Catégorie: G
Dernière mise à jour il y a environ 7 ans
Le ciel était gris, comme son cœur. Debout, devant le grand Pontife tout d'or vêtu, elle faisait mine de sourire mais il n'en était rien. Ses yeux d'un bleu glacé reflétaient toute sa peine et sa détresse alors que le reste de son corps exprimait joie et fierté dans sa robe immaculée.
Elle s’autorisât quelques secondes de répit et fit pivoter légèrement son doux visage pour inspecter -encore une fois- la beauté de ses lieux.
Le temple était immense, entièrement habillé d'or et de marbre. Les murs étaient peints de moulures et de gravures représentants l'histoire de son peuple. Il n'y avait qu'une seule fenêtre fermement incrustée dans le plafond du bâtiment sacré, laissant entrer les rayons puissants et salvateurs du Dieux Soleil pour mieux les emprisonner dans les pierres précieuses qui ornaient l'Autel devant elle.
Il y avait beaucoup de monde ce jour là. Tous assit sûr de longs bancs en bois massif, décorés de fleurs blanches et rouges, symbole de pureté et d'amour, ils attendaient avec impatience le début de la cérémonie dont elle était la reine aujourd'hui. Les personnes les plus importantes étaient installées dans de grands balcons dorés, bien en hauteur, pour ne rien rater.
Mais rien n'y faisait. L'endroit, l'ambiance festive, les rires, les sourires, tout ça n'avait que peu d'importance comparé à la souffrance qu'elle éprouvait à l'instant même.
La jeune femme reprit de la contenance, fit pivoter sa face vers le saint-homme et fermât les yeux en attendant sa sentence.
Elle en avait tant rêvée, le plus beau jour de sa vie, entourée de sa famille et de l'homme de sa vie, partageant cette union symbolique de deux personnes qui s'aiment sous le regard bienveillant des Dieux, un bonheur extériorisé par des rires, des larmes de joie, des cris.
La réalité reprit vite le dessus. Tout ces gens n'était là que pour le spectacle, pour le paraître, les Dieux étaient contre elle, l'homme "de sa vie" n'était rien d'autre qu'un riche bourgeois désirant se marier au plus vite pour créer sa descendance masculine -il n'y avait aucun amour là dedans- et elle n'avait plus de famille depuis longtemps.
Enfin presque -et c'était là-, tout le malheur de sa vie. Il lui restait de la famille, la prunelle de ses yeux, le vide dans son cœur, sa sœur. La moitié d'elle qui s'était évaporée dans la nature il y a bien des années déjà, la plongeant dans les abîmes profonds de la dépression. Plus rien n'avait d'importance sans elle.
Elle avait bien essayé de la retrouver, cherchant dans chaque parcelles de ce monde pour ne rien trouver, même pas un indice sur sa présumée mort, alors il ne restait que l'espérance. L’espérance de la revoir un jour, souriante et rayonnante comme jamais. Xhosa reviendrait comme-ci rien ne s'était passé et tout serait comme avant.
Wounw avait espéré la revoir aujourd'hui, mais il n'y avait qu'elle et les ténèbres.
La jeune femme ouvrit les yeux quand les tambourins se mirent à résonner en rythme en une musique des plus solennelles preuve que la procession allait commencer et un simple coup d’œil du Pontife chauve et bedonnant le lui confirmât. Elle se positionnât de profile devant le grand Autel, regardant dans le vide le temps que son futur mari arrive. Le mouvement de son corps accentuât la beauté de sa toge blanche qui captait la lumière émise par le Soleil, rendant ses bijoux encore plus éclatants que l'astre lui-même. Elle ne pouvait pas faire de grands mouvements, les traînes de sa robe en bustier l'en empêchant et les joyaux et pierres précieuses cousu par dessus, lui donnait l'impression de faire dix kilos de plus que d’ordinaire. Elle était maquillée simplement, preuve que sa beauté n'avait pas d'égal, laissant sa peau laiteuse aux regards envieux et lubriques de la populace derrière elle et ses cheveux blancs, intenses, étaient simplement ramenés en une tresse lâche où quelques fleurs rouges y avaient été posées.
Le froissement des vêtements et le craquement du bois derrière elle lui indiquât que la foule s'était levée, la mélodie prit un air plus langoureux et instinctivement elle tournât son visage vers l'allée où un tapis de velours rouge orné d'or s'y trouvait, formant un chemin de l'entrée du Temple à l'Autel.
L'homme fit son entré. Sa toge bleue, -couleur de richesse- et son collier d'or tombant sur son torse, -symbole de son importance au sein de la société-, contrastèrent avec son regard féroce et ses cheveux de jais. Il avait tout d'un bel homme, il était grand avec un visage fin sans imperfections, un nez droit, une bouche charnue, un corps de rêve -de ce qu'elle pouvait apercevoir-. Il se tenait droit et semblait fière au vu de sa démarche assurée. Wounw avait de la chance, ou presque.
Shüyhel -de son prénom-, elle le connaissait à peine et surtout, elle en avait peur. Les hommes riches était souvent les plus horribles et sournois, n'hésitant pas à utiliser leur fortune pour arriver à leurs fins. Elle avait acceptée à contre cœur cette demande en sachant pertinemment ce qui allait lui arriver. Une vie grise et sans saveurs, à n'être là que pour le divertir sexuellement et lui donner des enfants. Mais elle y voyait aussi les bon côtés, l'argent et l'importance de son futur rang pourraient lui permettre de retrouver sa sœur. Elle paierait tous les mercenaires qu'il faudrait, une armée entière même, juste pour l'avoir à nouveau à ces côtés, elle était prête à tout, même à se prostituer avec cet homme pour revoir à nouveau le sourire de Xhosa et la prendre dans ses bras.
Cette pensée s'arrêtât aussitôt qu'elle sentit l'homme en face d'elle "Une odeur de pomme" pensât-elle en le reniflant silencieusement. La jeune femme détournât son regard, presque rougissante quand elle remarquât que Shüyhel avait remarqué son manège, mais quand elle risquât un autre coup d’œil vers lui, elle se rendit compte qu'il était bien plus amusé par la situation que vraiment vexer. "Bizarre".
Bientôt la musique se tût et les gens, toujours debout, écoutèrent dans un silence de mort, les prières de l'homme bedonnant. Et comme dans une pièce de théâtre répétée cent fois, les gestes, les paroles, les regards s’animèrent entre l'homme et la femme sans accrocs, sans fausses notes, sans amour ni passion.
Après un dernier poème à l'encontre de la créatrice de l'Amour, l’interprète des Cieux se tût et se reculât légèrement. Le jeune marié prit alors la parole, demandant à ce qu'on lui apporte son gage d'amour. C'était la tradition, Toute personne voulant épouser une femme devait lui donner en échange de son amour, un cadeau éternel, immortel, comme les Dieux.
Un esclave s'avançât vers le couple tenant dans ses mains une couronne en or blanc, fine et épurée "Elle te ressemble" chuchotât le mari de Wounw, tout en souriant doucement. La jeune femme ne se fit pas attendre et -comme le voulait la tradition- s’agenouillât, non sans peine, devant son époux, puis, une fois la couronne en place, il l'aidât à se relever et incrustât son regard dans le sien. Quelle ne fût pas la surprise quand elle y découvrit plus de tendresse que de méchancetée.
Elle aurait voulu que le temps s'arrête à jamais pour continuer à contempler se regard qu'on ne lui avait jamais donné auparavant, mais les applaudissements se firent entendre et les tambours se remirent à jouer, signe qu'il fallait sortir du Temple. La jeune femme prit alors la main que l'on lui tendait et de l'autre, le drap de sa toge pour ne pas tomber.
Tout deux marchèrent vers la sortie sous le tumulte de la foule qui leur précédait le pas, c'est ce moment là que son cavalier eu choisit de lui parler, toujours en souriant, toujours avec ce regard :
-"Je te promet que plus jamais tu ne seras seule Wouwn."
Cette simple phrase fît gonfler le cœur de cette femme meurtrit par le destin. En sortant, le Dieux Soleil c'était envolé, laissant la pluie inonder son Pays et son corps tout entier, comme ci les créateurs du Monde voulaient cacher les larmes qui coulaient sur son visage blanc. Elle avait choisit cette vie funeste pour récupérer Xhosa, mais peut être que ça ne serait pas aussi difficile que ça.