NEVE GALLUS - La première neige de Minrathie

Chapitre 5 : La Détective

3814 mots, Catégorie: M

Dernière mise à jour 24/05/2026 02:51

La première chose que Neve Gallus apprit après avoir quitté sa famille, ce fut que la liberté avait faim. Pas une faim noble. Pas celle qu’on chantait dans les histoires de rébellion où l’on survivait d’idéaux, de rage et de promesses murmurées sous la pluie. Non.

La liberté avait une faim très concrète. Elle grattait l’estomac au milieu de la nuit. Elle faisait trembler les doigts lorsque l’on comptait trois pièces sur une table poisseuse en se demandant si elles suffiraient pour du pain rassis et une tasse de soupe. Elle rendait les pavés de Dock Town plus froids, les regards plus lourds, les silences plus longs.

À seize ans, Neve avait cru savoir ce qu’était Tevinter.

Elle l’avait vu dans les rues de Minrathie, dans les enfants qui apprenaient trop tôt à baisser les yeux, dans les esclaves elfes qu’on pouvait frapper sans que personne ne s’arrête, dans les mages qui traversaient la foule comme si elle n’existait que pour s’écarter devant eux. Elle l’avait vu à l’Académie aussi, dans les sourires polis, dans les robes brodées, dans les jeunes Altus qui parlaient de mérite avec des mains qui n’avaient jamais porté autre chose qu’une coupe ou un grimoire.

Elle savait. Elle avait toujours su. Mais savoir qu’un système était pourri ne préparait pas à dormir sous un escalier parce qu’une chambre coûtait trop cher.

Son oncle Tavian avait payé une semaine d’auberge pour elle. Il avait eu l’air coupable en le disant, comme si l’amour devait toujours venir avec assez d’argent pour résoudre les problèmes. Neve ne lui en avait pas voulu. C’était déjà plus que ce que beaucoup auraient fait. C’était un lit. Une porte. Un verrou. Sept nuits sans devoir choisir l’endroit le moins dangereux pour fermer les yeux.

Elle avait utilisé la première nuit pour pleurer. Pas longtemps. Elle s’en était voulu après, ce qui était stupide. Mais Neve avait déjà cette tendance-là : transformer la douleur en quelque chose à examiner, à ranger, à réduire en problème pratique.

Et puis, pleurer ne remplissait pas une bourse.

Le lendemain, elle avait cherché du travail. Dock Town n’en manquait pas, en théorie. Il y avait toujours des caisses à porter, des chambres à nettoyer, des messages à livrer, des poissons à vider, des tissus à repriser, des bouteilles à laver dans l’arrière-salle d’une taverne où les clients oubliaient parfois que les filles de seize ans avaient des oreilles et un cerveau.

Mais Neve était mage. Dans Tevinter, cela aurait dû ouvrir des portes. À Dock Town, cela en fermait presque autant.

Les gens se méfiaient des mages, mais surtout des mages qui n’avaient ni maison puissante derrière eux, ni maître clairement identifiable, ni raison évidente d’être dans la boue avec tout le monde. Certains voyaient en elle une occasion. D’autres un risque. Quelques-uns, les plus bêtes, la prenaient pour une gamine trop bien habillée qui allait apprendre vite ce qu’une ville pouvait faire à quelqu’un qui se croyait spéciale.

Mais ils apprirent vite qu’elle n’était pas spéciale. Elle était pire. Elle observait.

Neve n’avait pas la force des brutes qui imposaient leur place à coups d’épaules. Elle n’avait pas l’argent des familles qui achetaient la paix avant même que la guerre ne commence. Elle n’avait pas de nom assez lourd pour faire reculer les imbéciles.

Alors elle utilisa ce qu’elle avait. Ses yeux. Sa mémoire. Sa magie, quand il le fallait. Et cette capacité agaçante, presque insolente, à remarquer ce que les autres avaient laissé derrière eux.

Un pêcheur avait perdu sa bourse près des quais, jurant qu’on la lui avait volée. Neve retrouva les pièces dans un conduit fissuré sous une planche mal clouée. Il l’avait échappée lui-même en trébuchant, mais il préféra annoncer à tout le quartier qu’une petite mage maigrichonne avait déjoué un voleur imaginaire plutôt que d’admettre qu’il avait été maladroit.

Une couturière cherchait son fils, disparu depuis deux jours. Neve remarqua que le garçon n’avait pas emporté son manteau mais que ses bottes les plus trouées manquaient. Il ne s’était pas enfui loin. Il s’était caché dans un ancien entrepôt, trop fier pour rentrer après avoir perdu l’argent des commissions aux dés. Neve le ramena par l’oreille et refusa la moitié du paiement parce que la couturière avait déjà les mains fendues par le travail.

Un tavernier accusait une servante d’avoir volé une bague oubliée par un client riche. Neve trouva la bague dans la doublure du manteau du client, là où elle était tombée. Elle aurait pu se contenter de le dire. Elle choisit plutôt de le prouver devant tout le monde, assez clairement pour que le tavernier n’ose plus jamais lever la main sur la servante sans se demander si Neve Gallus entendrait parler de lui.

Ce fut comme cela que son nom commença à circuler.

Pas dans les salons. Pas dans les cercles où l’on parlait d’héritages, d’alliances et de pureté magique autour de vin cher. Dans Dock Town. Dans les ruelles. Sur les quais. Entre deux étals, sous une pluie sale, dans les murmures des gens qui avaient appris à se méfier de l’aide officielle.

Va voir Gallus.

La petite mage?

Elle n’est pas si petite quand elle te regarde comme ça.

Elle retrouve les choses.

Les gens aussi.

Et les salauds, quand elle décide qu’ils méritent d’être retrouvés.

Au début, Neve corrigeait les gens. Elle n’était pas détective. Elle faisait juste quelques recherches. Quelques services. Quelques arrangements.

Puis un homme était venu frapper à sa porte d’auberge avec un œil tuméfié, une main tremblante et l’histoire confuse d’une sœur disparue après avoir été engagée dans une maison où les serviteurs entraient par l’arrière et sortaient rarement avec tous leurs secrets.

Neve avait compris cette nuit-là qu’il y avait des affaires qu’on ne pouvait pas refuser sans devenir une partie du problème.

Elle avait retrouvé la sœur. Vivante. Pas intacte. Mais vivante.

Le paiement avait été ridicule. Trois pièces d’argent, un bouton d’os et une paire de gants rapiécés. Neve avait accepté les gants. Une semaine plus tard, elle se présentait comme enquêtrice privée.

Officiellement.

C’était pratique, les titres. Tevinter en raffolait. Un titre donnait une forme à ce que les autres ne savaient pas classer. Il permettait aux clients de venir la voir sans dire tout haut qu’ils n’avaient confiance ni aux autorités, ni aux Templiers, ni aux mages, ni aux familles assez riches pour être protégées par les lois qu’elles prétendaient servir.

Elle n’avait pas de bureau, au début. Elle avait des coins de table. Puis une chambre.

Puis, après deux ans de nuits trop courtes, de repas trop espacés, de mensonges démontés un à un et de quelques menaces assez sérieuses pour laisser des cicatrices, Neve Gallus eut enfin son propre appartement à Dock Town.

Petit. Mal isolé. Trop cher pour ce qu’il était. Mais à elle. Et cela, dans Minrathie, avait quelque chose d’indécent.

Elle avait dix-huit ans.

Elle était encore jeune, même si la ville avait essayé très fort de lui voler ce détail.

Son visage n’avait pas encore toutes les duretés qu’il porterait plus tard. Il y avait encore, parfois, dans ses yeux sombres, une lueur qui ressemblait dangereusement à de l’espoir. Elle la cachait bien. Sous le sarcasme. Sous les sourires en coin. Sous les remarques sèches qu’elle lançait aux clients qui pensaient pouvoir l’impressionner avec une voix grave ou une bourse bien garnie.

Mais elle n’était pas encore totalement cynique. Pas encore. Elle croyait encore, quelque part, que si l’on mettait assez de preuves sur la table, les gens finiraient par être obligés de regarder la vérité.

Dock Town lui apprendrait que non. Pas toujours.

Mais pour l’instant, Neve Gallus avait dix-huit ans, une porte qui fermait presque correctement, une réputation qui grossissait plus vite que son compte en banque, et un mur couvert de notes, de cartes et de fils tendus entre des punaises tordues.

Le chaos organisé, disait-elle. Le genre de chaos qui faisait pâlir ses clients et soupirer ses rares amis. Mais Neve savait exactement où chaque chose se trouvait.

La carte des quais était clouée au centre du mur, tachée de cire et de traces de doigts. Trois entrepôts étaient encerclés à l’encre noire. Une ruelle près des anciens égouts portait une croix rouge. À côté, un morceau de parchemin listait des noms. Pas des victimes officielles. Il n’y avait jamais de victimes officielles quand les morts venaient de Dock Town. Il y avait simplement des absences.

Marra, blanchisseuse, vingt-trois ans. Disparue après la fermeture des bains publics.

Soren, débardeur, trente-neuf ans. Retrouvé dans le canal, vidé de son sang, officiellement attaque de couteau.

Eliam, apprenti verrier, quinze ans. Parti livrer une caisse. Jamais revenu.

Une elfe sans nom, appelée simplement Nalia par les deux voisines qui lui donnaient parfois du pain. Retrouvée derrière une boutique abandonnée avec des marques rituelles sur les poignets.

Neve se tenait devant le mur, les bras croisés, ses cheveux noirs tombant autour de son visage encore trop jeune pour la lassitude qu’elle portait déjà.

Elle avait dépensé trop cher pour la veste. Beaucoup trop cher. Le tissu noir était solide, bien coupé, assez élégant pour qu’on la prenne au sérieux et assez pratique pour courir, se battre ou grimper une clôture sans mourir étranglée par sa propre vanité. Les accents turquoise, eux, avaient été un caprice.

Non. Pas un caprice. Une stratégie. Dans Tevinter, l’image importait.

Elle avait appris cela avant même de savoir lacer ses bottes. Les puissants ne se contentaient pas d’être puissants. Ils s’habillaient comme s’ils l’étaient. Ils entraient dans une pièce comme si le sol leur devait quelque chose. Ils portaient des couleurs, des bijoux, des coupes impossibles, non parce que c’était utile, mais parce que l’inutile coûtait cher. Et que ce qui coûtait cher disait au monde de ne pas mordre.

Neve n’était pas riche. Elle n’était pas intouchable. Elle était une jeune femme de Dock Town qui payait son loyer en retrouvant des enfants perdus, des maris menteurs, des bijoux volés et, depuis quelque temps, des monstres qui savaient porter des visages humains.

Alors elle avait fabriqué une armure avec ce qu’elle pouvait.

Une veste impeccable. Des boucles d’oreilles géométriques assez voyantes pour attirer le regard vers son visage plutôt que vers ses poches trop vides. Une posture droite. Un regard qui ne reculait pas. Et une façon de parler comme si elle avait déjà deviné la fin de la conversation avant que l’autre ait ouvert la bouche.

Cela marchait étonnamment bien. Pas toujours. Mais assez souvent pour acheter la paix.

Elle attrapa une tasse de café froid sur son bureau, en but une gorgée, grimaça, puis la reposa parmi trois piles de parchemins qui n’avaient l’air instables que pour les amateurs.

-         Immonde, murmura-t-elle.

Le café ne répondit pas. Il avait au moins cette qualité.

Sur le bureau, à côté d’une petite lampe à huile, reposait une bande de tissu brun tachée d’un noir rougeâtre. Neve ne la touchait plus à mains nues depuis qu’elle avait senti la magie collée dedans.

Pas une magie vive. Pas un sort lancé dans la panique. Quelque chose de plus patient. De plus sale. Le genre de magie qui ne brûlait pas l’air, mais qui y laissait une odeur de métal et de cave humide.

Du sang.

Elle détestait la magie du sang, encore plus les mages qui l’utilisait, pour plusieurs raisons. Et pas seulement les raisons faciles. Ce n’était pas la peur inculquée aux enfants pour qu’ils restent sages. Ce n’était pas le sermon des Templiers, ni les grimoires interdits, ni les récits qu’on racontait dans les maisons convenables pour frissonner en sécurité.

Non. Neve les détestait parce qu’ils confirmaient tout ce que les gens de Dock Town craignaient des mages.

Ils prenaient la chose la plus intime, la plus vulnérable, la plus impossible à rendre une fois volée, et ils en faisaient un outil. Et ensuite, quand les habitants baissaient les yeux devant n’importe quelle robe brodée, devant n’importe quel sort, devant n’importe quel enfant mage qui aurait pu devenir autre chose qu’un prédateur, personne ne pouvait vraiment leur reprocher leur peur.

Neve passa un doigt sur la carte, sans toucher le tissu.

-         Alors, qu’est-ce que tu fais, espèce de charogne?

Sa voix était calme. Trop calme.

Elle avait appris à parler ainsi lorsqu’elle voulait rester utile. La colère rendait les mains imprécises. La peur faisait manquer des détails. L’indignation, elle, pouvait être gardée. Taillée. Rangée dans un endroit froid, quelque part derrière les côtes, jusqu’au moment où elle servirait.

Elle prit un morceau de craie et ajouta une marque près du vieux marché aux poissons. Trois disparitions dans un rayon trop serré. Deux corps retrouvés près de l’eau. Aucune trace de lutte visible. Des victimes sans lien social évident, mais toutes vues dans les mêmes cinq rues au cours des dix derniers jours.

Elle recula d’un pas. Les fils tendus entre les notes dessinaient une toile presque ridicule dans la lumière dorée de la lampe. Quelqu’un d’autre aurait vu un mur de paranoïaque. Neve voyait une conversation interrompue. Il manquait une phrase. Quelque chose entre le premier enlèvement et le premier corps.

Elle se tourna vers une pile de carnets posés sur une chaise parce que la chaise avait perdu le droit d’être une chaise depuis longtemps. Elle fouilla sans hésiter, souleva deux feuilles, attrapa un carnet à couverture verte, l’ouvrit à la bonne page.

-         Marra travaillait aux bains publics, Soren déchargeait au quai nord, Eliam livrait une caisse à…

Elle s’interrompit. Relut. Puis relut encore.

Son expression ne changea presque pas. Seulement ses yeux. Cette façon qu’ils avaient de s’aiguiser soudainement, comme si le monde venait de perdre le droit d’être flou.

-         Ah.

Elle retourna au mur et fixa le nom d’Eliam.

La caisse.

Elle avait noté la caisse parce que tout détail pouvait devenir utile, mais elle ne l’avait pas encore reliée au reste. Caisse de verrerie commandée par une boutique qui n’avait pas les moyens de commander quoi que ce soit depuis des mois. Une livraison payée en avance. Aucun nom réel. Seulement une initiale.

V.

Neve attrapa une autre feuille.

Varek? Veshan? Volkar? Venatori?

Non. Pas maintenant.

Elle n’aimait pas sauter aux conclusions, même si les conclusions, à Tevinter, portaient souvent des robes hors de prix et des idées très anciennes sur qui avait le droit de vivre.

On frappa à la porte. Trois coups. Puis deux. Le signal n’était pas discret, mais il était convenu.

Neve ne tourna pas la tête tout de suite.

-         Si tu as encore apporté du pain dur en prétendant que c’est un repas complet, je vais envisager de te dénoncer pour tentative d’assassinat culinaire.

La porte s’ouvrit sur un garçon d’à peine quatorze ans, maigre comme une latte, les cheveux roux collés au front par la pluie. Pavo, qui insistait pour être appelé Pavo le Rapide, malgré le fait qu’il trébuchait sur une surface plane au moins deux fois par semaine, entra en refermant derrière lui.

Il tenait un paquet sous son manteau.

-         C’est pas du pain. C’est pire.

Neve le regarda enfin.

Pavo sortit un morceau de cuir roulé, enveloppé dans une toile cirée. Son sourire avait disparu.

-         Le vieux Damien a dit que tu voudrais voir ça. Ça a été trouvé près du canal. Pas loin de l’endroit où ils ont sorti le dernier corps.

Neve prit le paquet.

-         Damien a touché à quelque chose?

-         Non. Il a dit que tu lui arracherais les doigts, répondit le garçon.

-         Bien. J’aime être comprise.

Elle déroula lentement le cuir.

À l’intérieur, il y avait une petite plaque de métal gravée d’un symbole à moitié effacé. Un triangle incomplet. Trois points. Une ligne courbe qui n’était pas décorative.

Neve sentit sa nuque se raidir. Elle avait déjà vu ce signe. Pas dans les Docks. À l’Académie.

Dans une note de bas de page d’un vieux traité que le professeur avait volontairement passé trop vite, parce que certaines connaissances étaient tolérées chez les bons élèves tant qu’elles ne devenaient pas des questions.

Un ancien marqueur rituel. Pas utilisé pour tuer. Utilisé pour lier.

Pavo la regardait avec l’inquiétude nerveuse des enfants qui avaient grandi trop près des adultes dangereux.

-         C’est mauvais?

Neve leva les yeux vers lui.

Elle aurait pu mentir. Beaucoup d’adultes mentaient aux enfants en appelant cela de la protection. Mais Neve n’avait jamais aimé cette habitude. On ne sauvait personne en le rendant ignorant du couteau approché de sa gorge.

-         Oui, dit-elle. C’est mauvais.

Pavo déglutit.

-         Mauvais comment?

Neve reposa la plaque sur le bureau, très doucement.

-         Mauvais dans le genre : tu vas rentrer chez toi par les rues éclairées, tu ne vas parler de ça à personne, et si quelqu’un te pose des questions sur moi ce soir, tu ne fais pas ton courageux. Tu deviens stupide, souriant, inutile, et tu oublies mon adresse.

Il pâlit.

-         Ok. Je suis très bon pour avoir l’air stupide.

-         Je sais. C’est pour ça que je t’engage.

Un éclair d’offense traversa son visage.

-         Hé.

-         Pavo.

Le ton de Neve coupa sa protestation.

Il se redressa.

-         Oui?

Elle prit une pièce dans le tiroir de son bureau et la lui lança. Il l’attrapa maladroitement contre sa poitrine.

-         Va acheter quelque chose de chaud. Et dis à Damien que je passerai le voir demain. Pas ce soir. Demain. S’il insiste pour jouer les héros avant mon arrivée, rappelle-lui qu’il a un genou qui prédit la pluie et aucune capacité de fuite.

Pavo hocha la tête, puis hésita.

-         Tu vas faire quoi?

Neve regarda le mur. Les noms. Les fils. Les marques rouges. L’endroit où la carte semblait soudainement respirer autour d’un point qu’elle n’avait pas encore encerclé.

-         Mon travail.

-         C’est toujours ce que tu dis quand tu vas faire un truc dangereux, rétorqua le garçon.

-         C’est parce que j’ai un vocabulaire limité. Tragique, pour une ancienne élève de l’Académie.

Il ne sourit pas. Pas complètement.

-         Gallus…

Elle se retourna vers lui, plus douce malgré elle.

Pavo n’était pas son frère. Pas son fils. Pas sa responsabilité, officiellement. Mais Dock Town était rempli de gens qui n’étaient la responsabilité de personne. C’était bien le problème.

-         Je vais être prudente, dit-elle.

Il plissa les yeux.

-         Ça sonne faux.

-         Ça sonne professionnel. Va-t’en.

Cette fois, il obéit.

Quand la porte se referma, l’appartement sembla plus silencieux qu’avant.

La pluie glissait contre les vitres, dessinant des ombres mouvantes sur les murs. Au loin, Minrathie grondait sous ses arches, ses tours, ses lumières de magie et ses mensonges millénaires. Là-haut, dans les quartiers hauts, des familles décidaient sûrement de mariages, de votes, de fortunes, de vies qui ne leur appartenaient pas.

Ici, dans Dock Town, quelqu’un vidait des pauvres de leur sang.

Neve prit la plaque gravée et l’approcha de la lampe. Le symbole accrocha la lumière.

Elle souffla lentement. À dix-huit ans, elle savait déjà que Tevinter ne changeait pas parce qu’une fille était assez en colère pour le vouloir. Elle savait que les lois protégeaient mieux les titres que les corps. Elle savait qu’avoir raison ne suffisait pas. Elle savait aussi que l’image était une arme.

Laisser un commentaire ?