Entres les mondes, entres nous

Chapitre 49 : ... et celle qui reste

471 mots, Catégorie: T

Dernière mise à jour 28/07/2026 20:39

Rose releva enfin les yeux vers lui. Ils brillaient, non pas de larmes, mais de cette clarté nouvelle qui naît quand on cesse de fuir. Elle ne dit rien. Elle n’avait pas besoin. Jonathan tendit la main, et elle la prit — un geste simple, mais qui avait le poids d’un monde.

Elle resta ainsi un moment, comme si ce contact suffisait à la maintenir dans le présent. Puis elle inspira, relâcha doucement sa main, et se leva. Jonathan ne tenta pas de la retenir. Il comprenait : ce n’était pas une fuite, mais une manière de revenir à elle-même.

— Je… je vais faire du thé, murmura-t-elle.

Elle traversa la cuisine ouverte, chaque geste un peu trop mesuré, un peu trop fragile. Le tintement du métal, l’eau qui coule, la bouilloire qui chauffe — des bruits simples, presque rassurants, qui réaffirmaient que le monde tenait encore.

Jonathan la regardait.

Il voyait la tension dans ses épaules, le tremblement discret de ses doigts, mais aussi cette volonté de rester, de ne pas laisser le souvenir les séparer.

Quand l’eau bouillit, elle sursauta à peine, puis se reprit. Elle prépara deux tasses, revint vers lui, et lui tendit la sienne. Leurs doigts se frôlèrent. Ce fut suffisant pour faire remonter quelque chose dans sa gorge.

Elle s’assit en face de lui.

Elle ne fuyait plus son regard.

Jonathan posa sa tasse, inspira.

— Rose… depuis combien de temps tu portes ça toute seule.

Elle baissa les yeux.

Le silence entre eux n’était pas une barrière, mais une invitation.

— Depuis… longtemps, murmura-t-elle. Plus longtemps que je veux bien l’admettre.

Elle inspira, un souffle tremblé.

— Quand je suis revenue… après la Norvège… j’étais déjà comme ça. Pas entière. Pas vraiment revenue. Et je n’ai rien dit. Je ne savais pas comment.

Elle secoua la tête, honteuse.

— Et puis il y a eu cette mission. Tu te souviens. Celle où je suis partie deux mois. J’aurais pu dire non. Mais… j’étais pas prête. Pas après… tout ça.

Jonathan comprenait maintenant que ce “tout ça” n’était pas un événement, mais un gouffre.

Elle releva les yeux, vulnérable.

— Alors oui… ça fait longtemps que je porte ça toute seule.

Elle glissa une main sur le canapé, cherchant la sienne.

Leurs doigts s’accrochèrent.

— Est‑ce que… tu peux me prendre dans tes bras ?

Jonathan sentit quelque chose se défaire en lui. Il ouvrit les bras.

Rose se rapprocha, glissa contre lui, posa son front contre sa clavicule.

Il la serra doucement.

— Tu n’es plus seule maintenant, je suis là, murmura-t‑il.

Rose ferma les yeux.

Et cette fois, ce n’était pas pour fuir.

C’était pour respirer.

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