Entres les mondes, entres nous

Chapitre 24 : La maison des ombres

1013 mots, Catégorie: T

Dernière mise à jour 28/07/2026 16:40

Le lendemain, ils se garèrent au bout d'un chemin terreux, à l'écart d'un petit village de l'Est londonien. Là, masquée par une végétation sauvage et négligée, se dressait la demeure. Jadis splendide demeure victorienne aux façades de briques sombres, elle n’était plus qu’une ruine abandonnée, aux fenêtres brisées et aux vielles roseraies étouffées par les ronces. Rose sentait l’inquiétude de Jonathan à travers leur lien, mais aussi une présence plus obscure qu’elle ne parvenait pas à identifier. 


Le jardin était vide. Les statues avaient disparu. Jonathan scanna les lieux avec son tournevis sonique.

— Anomalie temporelle faible… c’est ce qui a dû attirer les Anges.

— Tu crois qu’ils sont entrés ? demanda Rose en frissonnant.

— C'est probable. Reste sur tes gardes.

Ils explorèrent le hall décrépit, la cuisine figée dans les années 70, puis descendirent prudemment vers la cave. Rose trébucha sur une marche pourrie et chuta lourdement. Jonathan se précipita, inquiet, mais il remarqua qu’elle fixait le mur derrière lui.

— Il y a quelque chose… là. Tu ne le sens pas ?

Le tournevis confirma immédiatement ses soupçons : une cavité était dissimulée dans la pierre. Ensemble, ils forcèrent l’ouverture d’un passage secret. Mais à peine le passage libéré, la silhouette glaciale d'un Ange Pleureur surgit de l'ombre, les bras tendus. Dans un réflexe désespéré, Jonathan poussa Rose à l’intérieur de la cavité. Le mécanisme du mur coulissant se déclencha et la pierre se referma brutalement, broyant la main de la créature qui tentait de les attraper.

Ils se retrouvèrent dans une immense cave voûtée, coupés du danger extérieur. Au centre de la pièce, une sorte d'arbre orange pulsait d’une énergie vivante.

— Ce n’est pas un arbre, souffla Jonathan, ébahis. C’est du corail… du corail de TARDIS.

Rose recula, terrifiée par cette vision mystique. Jonathan, lui, était fasciné.

— Rose, tu comprends ? C’est un TARDIS !

Mais avant qu’il ne puisse poser la main dessus, une vague télépathique d'une violence inouïe les frappa. Des souvenirs emplis de rage, de sang et de cruauté les submergèrent, glaçant l’atmosphère. Jonathan s’effondra au sol, ses défenses cédant une à une face à la noirceur du TARDIS, et Rose tomba à ses côtés.

Alors que la folie allait le submerger, les boucliers télépathiques de Jonathan se renforcèrent soudainement, portés par une vague de chaleur inexpliquée — sans qu'il ne puisse comprendre d'où venait ce regain de force, ni quelle puissance parvenait ainsi à faire barrage à la tempête.

L'atmosphère glaciale de la cave commença doucement à se réchauffer. Juste avant de perdre connaissance, Jonathan crut entendre un loup hurler au loin.

Lorsqu’il rouvrit les yeux, une lumière dorée et hypnotique emplissait la cave. Elle prit forme devant lui : Rose se tenait debout, mais ses yeux brillaient de l’énergie pure du vortex.

— Bad Wolf… murmura-t-il dans un souffle.

La voix résonna, grave et douce à la fois :

— Ce TARDIS n’est pas un hasard, Jonathan. Il appartenait au Voyageur… ou au Cauchemar, comme il aime se faire appeler maintenant. Tu l’as déjà rencontré dans ta vision en Irlande.

Jonathan se figea.

— Le Cauchemar… mais comment… ?

— Ce vaisseau a été marqué par sa folie, expliqua Bad Wolf en caressant le corail sans la moindre crainte. Il a porté ses guerres, ses colères, ses victoires cruelles. C’est pour cela que tu as senti cette rage dans ses souvenirs. Ce n’était pas le corail lui-même… mais l’empreinte traumatique de son ancien maître.

Elle tourna son regard étincelant vers lui :

— Tu dois comprendre, Jonathan : ce TARDIS est vivant, mais il est profondément blessé. Il a besoin de bienveillance, pas de domination. Si tu choisis de le réparer, il deviendra à nouveau un compagnon. Mais si tu le forces… il te détruira comme il a détruit son précédent Seigneur du Temps.

Jonathan sentit son cœur battre à rompre tout son être.

— Alors… il est à moi maintenant ?

— Non. Il n’appartient à personne. Mais il t’a choisi.

Jonathan posa un regard empli de tristesse sur le corail palpitant.

— Je ne sais pas si j’ai encore les connaissances nécessaires pour le réparer…

Bad Wolf sourit, une lueur dorée bienveillante au fond des yeux.

— Tu trouveras tout ce qu’il faut dans sa bibliothèque.

La lumière s’éteignit doucement, s'évaporant dans l'air, et Rose reprit soudainement conscience en haletant. Jonathan, encore bouleversé par ce qu'il venait d'entendre, murmura :

— Rose… on a trouvé un TARDIS.

Elle regarda le corail, le visage encore très pâle.

Jonathan s’approcha et caressa doucement le corail en lui envoyant par la pensée des souvenirs heureux et apaisants. Le vaisseau sembla se détendre sous sa main et, dans un miaulement mécanique, leur ouvrit l’accès à la salle de contrôle.


L'intérieur était plus petit que d'habitude, sombre, décoré de nuances rouges, portant encore la marque de la noirceur de son ancien propriétaire. Mais à mesure qu’ils avançaient, l'architecture semblait s'adoucir pour les accueillir.

Rose resta sur le seuil de la console, n'osant la franchir.

— Il est… très différent.

— C’est un très vieux modèle. L’un des tout premiers, expliqua Jonathan. Il faudra des années pour qu’il réapprenne à voler.

— Mais il le fera, affirma-t-elle avec assurance.

Elle jeta un coup d'œil autour d'elle, puis observa la structure en pierre au-dessus d'eux. Au bout d’un moment, elle ajouta :

— Tu crois que la maison au-dessus est à vendre ?

Jonathan éclata de rire. Dans ce lieu hanté par les ombres du passé, cette simple phrase sonnait comme une promesse d'avenir : malgré la peur, ils venaient enfin de trouver une nouvelle lumière.


Laisser un commentaire ?