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Chapitre 5 : L'Aube claire

907 mots, Catégorie: T

Dernière mise à jour 27/07/2026 21:52

De son côté, après une journée éprouvante à l'université, Jonathan était rentré chez lui, terrassé par une migraine d'une violence inouïe. Ce n'était plus un simple élancement lancinant : c'était comme si des gigaoctets de données poussaient une dernière fois contre les parois de son crâne pour en sortir.

Submergé par la douleur, il s'effondra sur le sol de son salon. Sa vision se flouta, puis le noir complet l'engloutit.

Quand il rouvrit les yeux, la lumière de l’aube traversait doucement les stores. Il était allongé sur le tapis, le corps perclus de courbatures, mais...la douleur avait disparu. Plus aucun bruit de fond. Plus aucun parasite. Pour la première fois depuis des mois, le silence dans sa tête était une libération.

Il resta un moment immobile sur le sol, à savourer ce silence inespéré. Puis, ressentant le besoin instinctif de se secouer de cette nuit d'évanouissement et de faire peau neuve, il se traîna jusqu'à la salle de bain. Sous l'eau chaude, la vapeur dissipa les derniers engourdissements. Pour la toute première fois, il se sentait pleinement ancré dans son propre corps humain.

Une fois changé — enfilant simplement un t-shirt propre et un pantalon simple, loin des associations excentriques des derniers jours —, il attrapa enfin son téléphone sur la table basse, une serviette encore accrochée autour du cou.


En déverrouillant l'écran, il découvrit une dizaine d'appels manqués de Rose, espacés tout au long de la nuit et tôt ce matin, accompagnés de messages de plus en plus anxieux.

Il n'eut même pas le temps de composer son numéro. Un coup sec et précipité retentit contre la porte.

Jonathan s'avança et ouvrit. Rose était là, sur le palier. Ses traits étaient tirés par une nuit sans sommeil, son souffle court. Elle tenait encore son téléphone dans sa main crispée, le regard fouillant frénétiquement le visage de Jonathan dès l'instant où le battant s'est ouvert.

— Pourquoi ne répondais-tu pas ? lâcha-t-elle sans même un bonjour, la voix tremblante d'une panique accumulée depuis la veille. J'ai essayé de t'appeler toute la nuit... Je croyais qu'il t'était arrivé quelque chose !

Jonathan la fixa un instant, frappé par la détresse pure dans ses yeux. La peur de le perdre avait complètement balayé la colère et les rancœurs de la veille.

— Entre, murmura-t-il en s'effaçant.

Rose franchit le seuil, le regard rivé sur lui. Elle cherchait le moindre signe de faiblesse, le moindre tremblement. Mais il n'y avait rien. Il se tenait droit, la peau encore tiède de sa douche, avec ce regard limpide qu'elle ne lui avait jamais connu depuis leur retour.

— Jonathan, parle-moi, insista-t-elle en faisant un pas vers lui. J'ai vu Lucy, une interne de Torchwood hier soir... Elle m'a dit que tes crises pouvaient être un AVC. Et quand tu n'as pas répondu de la nuit...

Elle laissa sa phrase en suspens, la gorge nouée.

— Je m'étais évanoui, Rose, avoua-t-il simplement.

Sa voix était posée, sans la moindre trace de cette tension qui le minait depuis des semaines.

— Je suis tombé hier soir en rentrant. C'était la dernière crise.

Il marqua une courte pause, cherchant les mots justes pour lui faire comprendre sans l'effrayer davantage.

— Cette Lucy a raison sur un point : mon cerveau était au bord de la rupture. Sauf que ce n'était pas un AVC. C'était une surcharge de données. Des équations, des cartes stellaires, des résidus de la conscience du Docteur… des gigaoctets d'informations qu'un esprit humain n'est tout simplement pas taillé pour stocker. Mon crâne était comme un moteur en surchauffe. 

Hier soir, le système a craqué, mais dans le bon sens. Mon cerveau a fini par forcer la vidange. Le blackout, c'était la purge finale. Il a rejeté tout ce qui n'avait rien à faire là pour ne garder que l'essentiel. Tout ce bruit qui me rendait fou, ces maux de tête, cette impression d'avoir deux consciences qui se battaient pour la même place... tout a disparu.

Il croisa son regard, d'une clarté absolue.

— Le tri est fait, Rose. Je ne suis plus un assemblage instable. Mon esprit est entièrement à moi, maintenant.

Rose resta figée, assimilant ses mots. Elle s'approcha prudemment et posa doucement sa main contre la joue de Jonathan. Sa peau était chaude, son souffle régulier. Le léger frémissement douloureux qu'il avait toujours derrière les yeux avait disparu.

— C'est fini ? souffla-t-elle, n'osant pas y croire.

— C'est fini, confirma-t-il. Plus de bruit. Plus de surcharge.

Il posa sa main sur la sienne, retenant la chaleur de ses doigts contre son visage.

— Et pour hier, à l'université... le brouillard me faisait douter de tout, Rose. Mais ce matin, il n'y a plus aucun doute. C'est toi que je veux dans ma vie.

Les larmes qu'elle retenait depuis la veille finirent par couler, emportant avec elles la peur, la rancœur et l'épuisement. Sans ajouter un mot, Rose réduisit l'espace entre eux et vint s'accrocher à lui, glissant ses bras autour de son cou. Jonathan la serra fort contre lui, fermant les yeux, enfin ancré dans le présent. “Tu m’a manqué” lui souffla-t-il à l’oreille.



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