JE SUIS VIVANT

Chapitre 67 : À sa place

6431 mots, Catégorie: G

Dernière mise à jour 23/10/2026 21:13

À sa place



Deux jours plus tard, la routine avait retrouvé sa place dans la maison de Hank.


Après Harbor Point, New Jericho, les alarmes et les diagnostics, cette tranquillité avait quelque chose d’étrange. À présent, le quotidien semblait avoir repris ses droits, alors que les deux partenaires cherchaient encore leur équilibre.


Fowler les avait suspendus de leurs fonctions dans l’attente de leur convocation officielle.


Le mot suspendus avait été prononcé avec suffisamment de colère pour ne laisser aucun doute sur l’état d’esprit du capitaine. Il avait été question de désobéissance, d’initiatives personnelles et de procédures piétinées avec une créativité qui semblait l’avoir offensé jusque dans ses convictions les plus profondes.


Hank avait encaissé la tempête avec cette expression vaguement insolente qui, au fil des années, était devenue l’une de ses méthodes favorites pour aggraver les migraines de son supérieur.


Puis Fowler les avait réellement regardés.


Les côtes encore douloureuses de son ami, la jambe droite de Connor à peine remise en état. Et probablement quelque chose dans leurs visages que ni l’un ni l’autre n’avait réussi à dissimuler.


Sa colère n’avait pas disparu, mais il les avait renvoyés chez eux.


Officiellement parce qu’ils étaient suspendus.


Officieusement parce que Fowler estimait manifestement qu’aucun des deux n’avait quoi que ce soit à faire sur le terrain dans l’immédiat.


Ce matin-là, tout avait commencé parce que Hank avait voulu bricoler sa voiture.


Rien d’ambitieux, du moins à l’en croire.


Une intervention suffisamment simple pour qu’il ait refusé, avec une mauvaise foi parfaitement assumée, la proposition de Connor de s’en charger à sa place. Il avait affirmé pouvoir s’en occuper lui-même, avant d’ajouter que ce n’était tout de même pas parce qu’il avait quelques côtes en mauvais état qu’il fallait le traiter comme un vieillard incapable de tenir un outil.


Il lui fallait seulement quelques minutes et une clé de treize.


La clé, malheureusement, demeurait introuvable.


Hank la cherchait depuis tôt dans la matinée. Il avait commencé par la caisse à outils, poursuivi avec les tiroirs de l’établi, puis plusieurs boîtes dont le contenu n’avait qu’un rapport de plus en plus lointain avec la mécanique automobile. À mesure qu’il avançait, il déplaçait les objets sans réellement les remettre à leur place.


Une clé à molette avait ainsi terminé sur une pile de journaux, un rouleau de ruban adhésif sous une boîte de clous et trois tournevis sur le capot de la voiture.


Hank soulevait, fouillait, reposait ailleurs, puis repartait à la recherche d’un souvenir susceptible de lui indiquer où il avait utilisé sa clé pour la dernière fois.


Cela ne l’inquiétait pas particulièrement.


Il avait toujours fonctionné ainsi : il se souvenait vaguement du dernier endroit où il avait utilisé un outil, fouillait dans les environs et finissait généralement par mettre la main dessus.


Il appelait cela connaître son garage.


Connor, lui, y voyait surtout une succession de recherches inutilement répétées.


Son partenaire l’avait observé quelque temps sans intervenir.


Chaque fois que Hank revenait vers un tiroir déjà inspecté, Connor semblait sur le point de faire une remarque. Il s’en abstenait pourtant, avec cette patience un peu trop appliquée qui annonçait rarement quelque chose de bon.


Puis Hank avait soulevé une caisse remplie de câbles et découvert dessous trois vieux magazines, une rallonge, deux tournevis et une chaussette dont la présence dans le garage n’avait reçu aucune explication satisfaisante.


En voyant ça, Connor avait pris une décision.


Lorsque le lieutenant était revenu après un bref passage dans la maison, la recherche d’un outil avait manifestement pris des proportions inattendues.


La porte du garage était grande ouverte sur une matinée d’août déjà chaude.


Au-dehors, le ronflement intermittent d’une tondeuse se mêlait aux bruits diffus du quartier. À l’intérieur, un léger cliquetis de métal contre métal se faisait entendre.


Il venait de Connor.


Sur l’établi, plusieurs boîtes avaient été ouvertes et alignées avec une précision inhabituelle dans ce garage. Vis, écrous, rondelles et chevilles occupaient désormais des compartiments distincts. Les clés plates formaient une rangée ordonnée, les tournevis avaient été regroupés selon leur empreinte et leur taille, et les pièces non identifiées attendaient dans une boîte à part.


L’espace dégagé au centre du plan de travail contrastait si nettement avec le reste de la pièce qu’on aurait pu croire qu’une frontière invisible séparait désormais deux garages différents.


Connor se tenait devant l’une des étagères, une vieille boîte métallique entre les mains. Il en examinait le contenu avec une concentration tranquille, sélectionnant les pièces une à une avant de les déposer à l’endroit qu’il leur avait attribué.


Hank s’arrêta sur le seuil.


Il contempla l’établi, puis le sol dégagé autour de celui-ci. Son regard revint enfin sur le déviant, qui poursuivait son travail comme si cette transformation allait parfaitement de soi.


« Qu'est-ce que tu fous ? »


Connor tourna la tête. Il tenait encore une poignée de petites pièces métalliques au creux de la main.


« Je range. »


Hank resta un instant à le regarder, comme s’il attendait une explication supplémentaire.


« Je vois bien que tu ranges. Mais pourquoi ? »


« Parce que chercher un outil ne devrait pas nécessiter de fouiller l'intégralité du garage. »


La réponse fut donnée avec un sérieux qui n’arrangea rien à l’expression du lieutenant.


Celui-ci s’approcha avec un grognement et se pencha sur l’une des boîtes ouvertes. Même les pièces les plus insignifiantes semblaient désormais appartenir à un ensemble soigneusement défini.


Hank en prit une entre deux doigts, l’examina, puis la reposa, partagé entre l’envie de se moquer et une forme d’incrédulité sincère.


« T'as vraiment trié les vis ? »


« Oui. »


Connor referma la boîte qu’il tenait et la posa sur l’établi, parfaitement parallèle au bord.


« Putain, Connor... Mais t'es complètement maniaque. »


« Je ne suis pas maniaque. »


Le déviant réajusta simplement une rondelle légèrement décalée dans son compartiment.


Hank suivit le geste des yeux.


« T’as fait combien de catégories, là ? »


« Douze. »


« Douze catégories de vis ? »


« Pas uniquement de vis. Il y a également les écrous, les rondelles et les chevilles. »


« Ah, pardon. Ça change tout. »


L’androïde sembla hésiter à lui expliquer en quoi cela changeait effectivement les choses, puis se ravisa devant son expression. Il se contenta de rabattre le couvercle d’un compartiment, dont le petit claquement sec ponctua leur échange.


Hank ouvrit la bouche pour ajouter quelque chose, mais son regard dériva vers l’étagère voisine.


Là où s’entassaient habituellement des chiffons, des produits d’entretien et quelques conserves oubliées, une tablette entière avait été dégagée. Les boîtes avaient été regroupées, les plus hautes au fond et les plus petites devant.


« Je rêve. T’as rangé les conserves par taille. »


« Pour voir les étiquettes. »


« Elles étaient très bien avant. »


« Huit étaient périmées. »


Hank fronça les sourcils, comme si cette précision constituait une attaque personnelle contre ses habitudes.


« Et alors ? »


Connor tourna lentement la tête vers lui.


« Vous souhaitez réellement que je réponde à cette question ? »


Le lieutenant allait répliquer lorsqu’il aperçut la caisse en plastique habituellement abandonnée sous l’établi.


Ou plutôt, l’endroit où elle se trouvait d’ordinaire.


Connor l’avait tirée à la lumière et avait défait l’enchevêtrement de rallonges, de vieux chargeurs et de câbles d’utilité parfois douteuse. Chaque fil avait été soigneusement enroulé pour éviter qu’il ne s’emmêle à nouveau.


Hank en souleva un du bout des doigts.


« Et t'as aussi touché à mes câbles. »


« Ils étaient tous emmêlés en boule dans une caisse. »


« Mais je savais ce qu'il y avait dedans. »


Connor posa sur lui un regard patient.


« Il y avait notamment quatre chargeurs dont vous ne possédez plus les appareils correspondants. »


« Ça peut toujours servir. »


« À quoi ? »


« À quelque chose. »


L’androïde contempla les câbles. Son expression demeura parfaitement neutre, mais le léger mouvement de ses sourcils suggérait qu’il venait de classer cette réponse parmi les arguments peu satisfaisants.


« Je vais les conserver dans une boîte séparée. »


« Merci, c’est gentil de me laisser garder mes propres affaires. »


Hank croisa les bras, avant de les décroiser presque aussitôt lorsqu’une douleur sourde se rappela à ses côtes. Il se contenta finalement d’appuyer une main sur le bord de l’établi.


« Et votre clé de treize ? Vous ne l’avez toujours pas retrouvée ? »


Le lieutenant jeta un regard vers la caisse à outils ouverte derrière lui, comme si la clé avait pu décider d’y réapparaître pendant son absence.


« Non. »


« Ah bon ? Je pensais que vous saviez où se trouvaient vos affaires. »


« Je sais où elles sont ! »


« Sauf votre clé de treize. »


« Elle est quelque part dans ce garage. »


Connor balaya brièvement la pièce du regard. Entre les étagères surchargées, les cartons empilés et les objets abandonnés dans les coins, le nombre d’emplacements possibles restait considérable.


« C'est une localisation assez imprécise. »


« Tu veux vraiment m'aider à la chercher ou tu comptes juste commenter ? »


Un sourire discret apparut sur les lèvres du déviant.


« Je vous aide. C'est précisément pour cette raison que je range. »


« T'aurais pu commencer par chercher la clé. »


« Mais c'est ce que je fais. Je procède par élimination. »


« Moi aussi. »


Connor baissa les yeux vers une boîte dont Hank venait de vider le contenu sur un coin de l’établi.


Quelques boulons avaient roulé jusqu’au bord. Hank les rattrapa d’un geste machinal, puis les repoussa au milieu du tas.


« Vous venez de fouiller cette caisse pour la troisième fois. »


« Et ? »


« Vous y avez trouvé exactement les mêmes objets que les deux premières fois. »


« On sait jamais. »


« Le contenu d'une caisse ne change pas spontanément. »


« Dans ce garage, j'en serais pas si sûr. »


Connor lui adressa un regard qui disait assez clairement ce qu’il pensait de cette hypothèse.


Hank préféra l’ignorer. Il promena les yeux sur l’établi, où chaque outil semblait désormais avoir trouvé une place bien précise.


« Tu comptes t'arrêter quand, exactement ? Quand y aura plus rien qui dépasse ? »


« Puisque votre méthode ne fonctionne pas, j'en essaie une autre. »


« Ma méthode fonctionne très bien. »


« Vous cherchez cette clé depuis ce matin. »


« Hé, j'ai jamais dit que c'était une méthode rapide. »


Hank contempla l’établi désormais organisé. Il aurait été incapable de dire où se trouvait la moitié de ses affaires sans demander à Connor, ce qui, à ses yeux, constituait un défaut assez sérieux du nouveau système.


« Maintenant, je vais vraiment plus rien retrouver. »


« Ce qui ne devrait donc pas beaucoup changer vos habitudes. »


Connor soutint son regard agacé avec une innocence impeccable. Seul le léger pli au coin de ses lèvres trahissait le plaisir qu’il prenait à cette conversation.


« Continue de ranger. »


Hank entreprit de déplacer quelques outils, davantage pour donner l’impression de participer que par réelle nécessité. Connor avait déjà imposé à l’établi une logique si rigoureuse qu’il hésitait presque à toucher quoi que ce soit, de peur de déclencher une conférence sur la différence entre les tournevis cruciformes et ceux qu’il appelait, sans aucune intention de changer, « les autres ».


Il prit une clé, l’examina rapidement et la posa près d’un tournevis.


Connor la déplaça aussitôt dans la rangée correspondante, sans même interrompre son travail.


Hank le regarda faire.


Une lueur de défi passa dans ses yeux.


Il reprit la clé et la reposa à son emplacement initial, avec une lenteur délibérée.


« Hank. »


« Quoi ? »


« Les clés sont de ce côté. »


« Je sais. »


« Alors pourquoi l'avez-vous remise ici ? »


« Parce que je vais peut-être en avoir besoin. »


« Vous ne travaillez pas sur la voiture actuellement. »


« Je pourrais reprendre. »


« Avec une clé de dix ? »


Le lieutenant baissa les yeux vers l’outil.


Il examina le nombre gravé sur le métal, puis leva un regard contrarié vers son partenaire qui attendait sa réponse avec un calme exaspérant.


« Bon sang, Connor... »


Il le reposa à côté des autres clés, un peu plus bruyamment que nécessaire.


« Content ? » maugréa Hank.


« Oui. »


L’homme eut un grognement résigné, mais son expression s’adoucit lorsqu’il vit le déviant reprendre son tri avec la même application.


Ce fut alors qu’il comprit que la clé de treize n’expliquait probablement pas tout.


Connor passait d’une tâche à la suivante sans véritable pause.


Dès qu’une boîte était rangée, il en ouvrait une autre. Lorsqu’il n’avait plus rien à trier sur l’établi, il trouvait une nouvelle caisse à examiner.


Il n’avait pas l’air pressé. Mais il ne s’accordait aucun moment d’inactivité, comme si laisser ses mains inoccupées risquait de lui donner le temps de penser à autre chose.


Avec des vis et des écrous, au moins, Connor pouvait toujours finir par mettre la main sur ce qu’il cherchait. Il existait un ordre à retrouver, une tâche à achever, un résultat dont il pouvait être certain.


Hank connaissait aussi la tentation de s’occuper suffisamment pour repousser les pensées qui attendaient dès qu’on s’arrêtait.


La veille au soir, il l’avait aperçu dans le salon, immobile près de la fenêtre. Sa LED était brièvement passée au jaune avant de retrouver sa couleur habituelle.


Hank avait reconnu les signes d’une communication en cours. Mais lorsque Connor s’était tourné vers lui, il avait surtout remarqué la tension autour de sa bouche et ce regard qui s’attardait sur un point indéfini du salon.


Il lui avait demandé si tout allait bien. Connor avait répondu par l’affirmative, sans préciser avec qui il venait de communiquer.


Le lieutenant n’avait pas insisté.


À présent, il le regardait passer d’une boîte à l’autre.


Au moins, ici, les choses pouvaient retrouver leur place.


Ils continuèrent à travailler côte à côte.


Hank cherchait en se fiant à ses souvenirs ; Connor progressait méthodiquement, sans revenir sur les zones déjà vérifiées.


De temps à autre, le lieutenant lui demandait où était passé un outil.


Connor répondait immédiatement.


Cela l’agaçait presque autant que cela l’arrangeait.


Il devait toutefois reconnaître que l’établi devenait plus praticable. Il avait retrouvé plusieurs outils qu’il croyait définitivement perdus et n’avait plus besoin de déplacer trois boîtes pour atteindre le tiroir du bas.


Il se garda bien d’en faire la remarque.


Connor se baissa pour récupérer une caisse. Lorsqu’il se redressa, sa jambe droite marqua une légère résistance et son poids se reporta presque imperceptiblement sur l’autre avant que l’articulation ne retrouve sa fluidité.


Hank le remarqua aussitôt.


« Ça va ? »


« Oui. Elle est encore un peu raide, mais la calibration sera bientôt terminée. »


Les réparations effectuées à New Jericho avaient restauré l’essentiel des dommages causés à sa jambe. Ses fonctions sensorielles ne présentaient plus de perturbations, et aucune trace d’Amanda n’était réapparue depuis l’effondrement du jardin.


Il arrivait pourtant encore à Connor de s’arrêter au milieu d’un geste, son attention happée par une pensée que Hank ne pouvait suivre.


« Et sinon... comment tu vas ? »


« Je viens de vous le dire. Ma jambe va bien. »


« Je parle pas de ta jambe. »


Hank s’appuya contre l’établi.


« Je parle de toi. »


Le silence qui suivit fut suffisamment long pour lui confirmer qu’il avait bien fait de poser la question.


« Je vais bien... »


Hank eut un petit soupir.


« T’es sûr ? »


Connor contempla le tournevis entre ses doigts. Il sembla chercher une réponse précise, mesurable, avant de renoncer et de reposer l’outil.


« Markus m'a contacté hier soir. »


« Et ? »


« Les androïdes de Delray... Ils lui ont demandé de me transmettre un message. »


Hank se redressa légèrement.


« Quel genre de message ? »


« Ils organisent prochainement une cérémonie à New Jericho. Pour Elias, Mara... et les autres victimes des Black Vultures. »


Connor hésita.


« Ils voudraient que je sois présent. »


Hank attendit la suite, mais elle ne vint pas.


« Et ça te travaille. »


« Oui. Un peu. »


« Pourquoi ? »


L’androïde contempla les objets alignés devant lui.


« Je ne sais pas quelle serait ma place là-bas. »


« Ils t'ont invité. »


« Je sais. »


« Donc j'imagine qu'ils pensent que t'en as une. »


Connor resta silencieux un instant.


« Markus m'a expliqué que plusieurs rescapés avaient demandé à me revoir. Certains voudraient me remercier. D'autres... »


Il chercha ses mots.


« D'autres souhaitent simplement que je sois là. »


« Ça me paraît plutôt clair. »


« Pas pour moi. »


Hank le laissa poursuivre.


« Au début, je pensais accepter. Mais plus j’y réfléchis, plus je me demande si ma présence ne serait pas déplacée. »


« Pourquoi tu dis ça ? »


« Hank, je ne veux pas qu'ils me regardent comme si j'avais fait quelque chose d'exceptionnel. »


« Et qu'est-ce que tu crois qu'ils attendent de toi ? »


« Je l'ignore. C'est précisément le problème. »


Son attention revint aux outils. Il réaligna machinalement une clé avant de poursuivre.


Hank le considéra un moment avant de lui confier plus doucement :


« Écoute, je vais pas te sortir une connerie sur le fait que tout arrive pour une raison. J'y crois pas. Des fois, des gens bien meurent et d'autres restent. Y a pas forcément de justice là-dedans. Encore moins une putain de logique. »


Il croisa les bras, puis grimaça lorsque le mouvement tira sur ses côtes.


« Tu crois que le fait d'être encore là veut dire que tu leur dois quelque chose. »


« Peut-être. »


« Ouais. Je connais. »


La réponse surprit Connor.


Hank regarda vers l’extérieur du garage.


« Tu commences à compter. Celui-là est mort, moi non. Celui-là avait plus de raisons de vivre. Celui-là méritait pas ça. Et à force, tu finis par croire qu'il faut trouver une putain de justification au fait que toi, t'es toujours debout. »


Il se tut.


« Y en a pas. »


« Ça ne vous a jamais quitté ? »


Hank eut un rire bref, dépourvu d’amusement.


« Si je te dis oui, je mens. »


Connor ne détourna pas les yeux.


« Mais ça change », reprit Hank. « Avec le temps. T'arrêtes de croire que vivre est un truc que t'as volé à quelqu'un d'autre. »


Pendant un moment, seul le bruit d’une voiture passant dans la rue leur parvint.


« Et la cérémonie ? » demanda Connor.


Hank haussa une épaule.


« T'as envie d'y aller ? »


La question parut le prendre au dépourvu.


« Je... »


Il réfléchit.


« Oui. »


« Alors va. »


« Ce n'est pas aussi simple. »


« Pourquoi ? »


« Parce que je ne sais pas quoi leur dire. »


Hank le regarda quelques secondes.


« Ils t'ont demandé d'être là, Connor. Pas de réparer ce qui s'est passé. »


L’androïde demeura immobile.


« Je ne peux pas arranger ça », murmura-t-il.


« Non. »


La réponse de Hank fut immédiate, mais sans dureté.


« Tu peux pas. »


Connor encaissa les mots sans détourner les yeux.


Hank désigna vaguement l’établi.


« T'as cette manie de vouloir trouver ce que tu dois faire pour arranger les choses. C'est pratique dans notre boulot. Un peu chiant dans la vie. »


Une ombre de sourire passa sur les lèvres du déviant.


« Je ne sais pas si je serai capable de simplement... rester là. »


« T'as pas besoin d'être utile à chaque fois que quelqu'un veut de toi quelque part. »


Hank haussa les épaules.


« Être présent peut suffire... »


Connor contempla de nouveau les objets sur l’établi. Pour une fois, il ne chercha pas à rectifier la position d’un outil.


« Je vais y réfléchir. »


« Fais ça. »


Une seconde passa.


« Hank ? »


« Quoi ? »


« Merci. »


Le lieutenant attrapa l’un des tournevis abandonnés.


« De rien, gamin. »


Connor reprit son rangement, plus calmement cette fois. Hank le laissa faire.


Le cliquetis des petites pièces retrouva peu à peu sa place dans le silence du garage.


Ils travaillaient ainsi depuis un moment lorsque le téléphone de Hank se mit à vibrer sur l’établi.


Il déposa les boulons qu’il tenait, essuya ses doigts sur son jean et attrapa l’appareil.


Chris Miller.


Son estomac se contracta.


Chaque appel susceptible de concerner Gavin provoquait chez lui la même appréhension.


Connor remarqua son immobilité.


« Qui est-ce ? »


« Miller. »


Le déviant reposa aussitôt ce qu’il tenait.


Hank décrocha et activa le haut-parleur.


« Ouais, Chris ? »


« Lieutenant ? »


La voix de Miller s’éleva dans le garage, légèrement étouffée par les bruits d’un couloir. Il paraissait épuisé, mais Hank perçut derrière cette fatigue une nervosité inhabituelle.


« Tout va bien ? »


« Ouais... Ouais, ça va. »


Miller marqua une pause.


« Reed s'est réveillé. »


Pendant une seconde, Hank ne réagit pas.


À côté de lui, Connor s’était figé.


« Quoi ? »


« Gavin. Il s'est réveillé ce matin. »


« Putain... T'es sérieux ? »


« Ouais. Je viens de le voir. »


Le lieutenant ferma brièvement les yeux.


Cinq jours.


Cinq putains de jours à attendre autre chose qu’un état stable et des examens supplémentaires.


Connor s’était rapproché du téléphone.


« Comment va-t-il ? »


« Plutôt bien, vu les circonstances », répondit Miller. « Enfin... les médecins veulent pas trop s'avancer, mais ils sont contents de son réveil. Il nous reconnaît, il comprend ce qu'on lui raconte et il arrive à répondre. »


« Il parle normalement ? » demanda Hank.


« Ouais. Un peu lentement, parfois. Il est encore dans le brouillard, mais on le comprend bien. »


Connor échangea un regard avec Hank.


« Et sur le plan neurologique ? Est-ce qu'ils ont identifié des séquelles ? »


« Ils savent pas encore, Connor. C'est trop tôt. »


Miller souffla.


« Ils doivent tester sa mémoire, sa motricité, sa concentration... tout ça. Il était un peu paumé au réveil. Apparemment, après cinq jours dans le coma, c'est pas anormal. »


Connor acquiesça, bien que leur collègue ne puisse pas le voir. Ses doigts, jusque-là crispés contre le bord de l’établi, se desserrèrent peu à peu.


« Et il a dit quelque chose ? » demanda Hank.


Un petit rire échappa à Miller.


Ce fut ce rire, plus encore que ses explications, qui acheva de desserrer quelque chose dans la poitrine du lieutenant.


« Oh, ouais. Il a déjà commencé à faire chier son monde. »


« Ah ouais ? »


« Une infirmière lui a expliqué qu'il pouvait pas encore boire de café. Il l'a traitée de sadique. »


Un rire bref et incrédule échappa à Hank.


« Putain de Reed... »


Miller riait aussi.


Connor baissa la tête, un sourire aux lèvres.


Il avait essayé de se préparer à l’idée que Gavin ne se réveille pas. À celle qu’il ouvre les yeux sans reconnaître personne. À la possibilité qu’il garde des séquelles irréversibles.


Il avait envisagé tant de scénarios qu’il lui était presque difficile d’accepter celui-ci.


« Il a l'air d'aller mieux », murmura-t-il.


« Ouais, Connor. Il va mieux. »


Un silence suivit, plus léger que les précédents.


« Est-ce qu'il se souvient de ce qui s'est passé ? »


Le sérieux revint dans la voix de Miller.


« Pas vraiment. Enfin, pas tout... Il se rappelle des choses d'avant, il nous reconnaît, mais dès qu'on approche de ce qui s'est passé à Delray, c'est flou. Il mélange un peu les moments. »


« Les médecins pensent que c'est temporaire ? » demanda Hank.


« Ils peuvent pas le dire. Ça peut revenir, en partie ou complètement. Ou pas du tout. Pour l'instant, ils veulent surtout qu'on lui foute la paix avec ça. »


Hank hocha la tête. Il aurait aimé une réponse plus rassurante, mais après ces cinq jours, il n’en exigeait pas davantage.


« Je sais que c’est pas encore gagné, mais il va beaucoup mieux que ce qu'on craignait. Vraiment. »


« Merci, Chris. »


Miller leur donna encore quelques précisions. Gavin resterait sous surveillance neurologique étroite. Les médecins voulaient évaluer progressivement ses capacités et s’assurer qu’il supportait bien les périodes d’éveil, encore très fatigantes pour lui.


« Ils lui font passer d'autres examens cet après-midi », expliqua l’officier « Après ça, ils veulent qu'il se repose. Si tout va bien, ils devraient laisser entrer du monde. Mais pas longtemps, hein. Une ou deux personnes à la fois. »


Hank regarda Connor.


« Tu nous préviens dès qu'on peut passer ? »


« Ouais, bien sûr. Je vous envoie un message dès que les médecins donnent leur accord. »


« Merci, Chris. »


« Pas de quoi. »


Un court silence s’installa.


« Je voulais pas attendre pour vous appeler », reprit Miller, plus bas. « Je me suis dit que... enfin, que vous voudriez savoir. »


Hank entendait ce que Chris ne disait pas : les heures passées à l’hôpital, l’inquiétude, le soulagement encore trop récent pour paraître réel.


« T'as bien fait. »


« Ouais. Bon... Je vous tiens au courant. »


« Fais ça. Et essaie de te reposer un peu, toi aussi. »


Un petit rire fatigué lui répondit.


« Je vais essayer. À plus, lieutenant. À plus, Connor. »


« À bientôt, Chris », répondit l’androïde.


Hank raccrocha.


Le garage retrouva son calme.


Dehors, la tondeuse continuait de ronronner. Un courant d’air fit bouger un chiffon suspendu près de la porte. Rien n’avait changé autour d’eux, et pourtant la matinée venait de prendre une tout autre couleur.


Connor fixait l’écran désormais éteint.


« Il est réveillé », murmura-t-il.


Hank lui adressa un sourire fatigué, mais sincère.


« Ouais. Il est réveillé. »


Il posa une main sur l’épaule de Connor et la serra brièvement.


« Dès que Chris nous dit qu'ils autorisent les visites, on y va. »


Puis il souffla :


« Ce con nous a quand même foutu une sacrée trouille. »


Connor le regarda sans répondre.


Il savait que le réveil de leur collègue ne garantissait pas son rétablissement complet. Pourtant, apprendre qu’il avait ouvert les yeux, reconnu Chris et trouvé l’énergie d’insulter une infirmière lui retirait un poids qu’il avait fini par porter presque sans s’en rendre compte.


« Mais il est réveillé, et c’est déjà une putain de bonne nouvelle », reprit Hank.


« Oui », répondit Connor avec un sourire. « C'en est une. »


Hank lui donna une dernière tape sur l’épaule avant de retirer sa main.


« Allez. On va le laisser reprendre des forces avant d'aller lui casser les pieds. »


Connor eut un petit rire.


« Je doute qu'il apprécie notre visite si nous suivons ce programme à la lettre. »


Pendant quelques instants, ils restèrent près de l’établi, à échanger des suppositions sur l’accueil que Gavin leur réserverait à l’hôpital. Hank pariait sur une insulte avant même qu’ils aient franchi la porte. Connor estimait qu’il commencerait plutôt par se plaindre de la nourriture.


Aucun des deux ne semblait particulièrement contrarié à cette perspective.


Lorsqu’ils reprirent enfin leurs occupations, quelque chose s’était détendu entre eux. Hank avait retrouvé assez d’entrain pour râler contre les nouveaux emplacements de ses outils, et Connor accueillait ses protestations avec un amusement qu’il ne cherchait plus vraiment à dissimuler.


Elias et Mara ne reviendraient pas. La nouvelle concernant Gavin n’effaçait rien de ce qui s’était passé à Delray, et Connor le savait. Mais elle lui permettait enfin de penser à l’un de ceux qu’ils avaient ramenés sans redouter aussitôt le pire.


En se remémorant le message de Markus, il songea aussi aux autres survivants. À ceux qui avaient demandé à le revoir.


Il n’avait toujours pas décidé ce qu’il répondrait.


Mais il savait désormais qu’il avait envie d’y aller.


Hank remit même quelques outils à leur nouvelle place sans chercher à contester les choix de Connor, ce qui aurait probablement mérité d’être consigné quelque part comme un événement historique.


Le lieutenant finit par retrouver un tournevis qu’il croyait perdu depuis des mois. Connor, de son côté, découvrit trois autres boîtes de vis et sembla considérer cette trouvaille comme une excellente raison de poursuivre son rangement.


« Tu comptes vraiment faire toutes les étagères ? » demanda Hank.


« Tant que nous n'avons pas retrouvé votre clé, il serait dommage de nous arrêter. »


« Je vais finir par regretter de t'avoir laissé toucher à mes affaires. »


« Vous l'avez déjà dit. »


« Et je le pense de plus en plus. »


Connor lui adressa un sourire avant de récupérer une caisse et de se diriger vers le fond du garage.


Hank le suivit des yeux, puis retourna à l’établi.


une grande étagère en bois était adossée au mur, partiellement dissimulée derrière plusieurs cartons posés au sol. Ses tablettes ployaient sous des objets accumulés au fil des années : une vieille boîte à peinture, des pots de vis, un bidon presque vide. Tout en haut, deux cartons de vêtements ouverts, les rabats repliés sur les côtés, étaient posés l’un à côté de l’autre.


Connor considéra un instant l’ensemble, cherchant par où commencer.


Il posa sa caisse, puis entreprit de dégager le passage.


En déplaçant l’un des cartons au sol, il heurta légèrement le pied de l’étagère.


Un grincement lui répondit.


Il s’arrêta.


Le meuble avait oscillé de quelques millimètres, suffisamment pour qu’un petit pot métallique posé sur la deuxième tablette vibre contre son voisin.


Connor leva les yeux.


Le montant gauche présentait une longue fissure. Au-dessus, les cartons entassés sur la dernière tablette accentuaient l’inclinaison du meuble.


« Hank. »


« Quoi encore ? »


« Cette étagère est instable. »


Depuis l’établi, Hank jeta un regard distrait dans sa direction.


« Elle va très bien. »


« Elle vient de bouger quand j'ai déplacé un carton. »


Le lieutenant abandonna le tournevis qu’il tenait et traversa les quelques mètres qui les séparaient, en secouant la tête.


« Connor, cette étagère est là depuis plus de quinze ans. »


« Ce n'est pas un argument en faveur de sa solidité. »


« Elle s'est jamais cassée la gueule. »


Connor désigna la partie supérieure du meuble.


« Le montant gauche est fendu. Et regardez les fixations. »


Hank s’arrêta à côté de lui et leva les yeux.


L’une des vis dépassait du mur, laissant apparaître autour de sa tête un petit cercle de plâtre effrité.


« Ouais, bon. Faudra la resserrer. »


« Il faudrait surtout décharger les tablettes. »


« Elles vont pas céder. »


Comme pour le contredire, un léger craquement se fit entendre lorsque Hank s’appuya contre le montant.


Connor fixa sa main.


« Vous venez de l'entendre ? »


« C'est du vieux bois. Ça travaille. »


« Il travaille beaucoup, dans ce cas. »


« Tu vas pas commencer à me faire un diagnostic complet de mes meubles. »


Connor observa le montant, puis les cartons entassés au-dessus de leurs têtes.


« Hank, je préférerais que vous reculiez. »


Cette précaution eut exactement l’effet inverse de celui qu’il espérait.


« Oh, pour l'amour de Dieu... »


L’homme posa franchement la paume sur le montant.


« Regarde. »


Il lui donna deux tapes fermes.


« Solide comme du chêne ! »


Connor ouvrit la bouche.


Un craquement bref l’interrompit.


Tous deux levèrent les yeux.


L’étagère n’avait pas bougé.


Hank esquissa un sourire satisfait.


« Tu vois ? »


Un petit morceau de plâtre tomba sur son épaule.


La vis supérieure venait de sortir d’un bon centimètre.


« Reculez », dit Connor.


Hank retira sa main.


Ce fut le mouvement de trop.


Le montant gauche, déjà fragilisé, se fendit sur toute sa longueur. La tablette supérieure bascula vers l’avant, entraînant les cartons ouverts posés dessus.


« Oh, put... »


Connor saisit Hank par le bras et le tira en arrière.


L'étagère s'affaissa sur elle-même dans un fracas de bois et de métal.


Mais les cartons, eux, s'étaient déjà inclinés dangereusement.


Des tee-shirts, plusieurs pulls, une vieille veste et une quantité étonnante de chaussettes se déversèrent sur la tête et les épaules de Hank avant de s'éparpiller autour de ses pieds.


Hank porta instinctivement une main à ses côtes. Une légère grimace traversa son visage.


« Vous allez bien ? » demanda Connor.


« Ouais, ouais... »


L’androïde demeura parfaitement immobile, mais ses lèvres pincées trahissaient déjà l’effort qu’il fournissait pour conserver son sérieux.


Hank émergea lentement de l’amas de vêtements. Une manche lui recouvrait un œil et un vieux tee-shirt s’était accroché à son épaule. Il écarta le tissu de son visage avec une dignité que les circonstances rendaient difficile à préserver, puis chercha Connor du regard.


« Fais gaffe... »


« Je n'ai rien dit. »


Le ton était irréprochable.


Le coin de sa bouche l’était beaucoup moins.


Hank inspira profondément, probablement pour formuler une réponse, lorsqu’un petit objet dégringola du carton renversé derrière lui.


Il rebondit deux fois sur le béton.


Le tintement métallique attira simultanément leur attention.


L’objet roula entre quelques vêtements et vint s’immobiliser contre la chaussure de Connor.


Le regard de l’androïde descendit.


Toute tentative de sourire disparut de son visage, non parce que la situation avait cessé d’être drôle, mais parce qu’elle venait de le devenir considérablement plus.


À ses pieds reposait une clé plate.


Connor se pencha pour la ramasser et son pouce passa sur le nombre gravé dans le métal.


13. 


Il releva les yeux vers Hank.


Le lieutenant suivit son regard jusqu’à l’outil, et son visage se vida progressivement de toute expression.


Un long silence passa entre eux.


Connor contempla la clé, puis le carton renversé.


« Elle était donc bien quelque part dans le garage. »


Hank ferma brièvement les yeux.


« Voilà. Exactement. J'avais raison. »


Cette fois, le déviant ne parvint pas à retenir son sourire.


« C'est ce que vous retenez de la situation ? »


« Absolument. »


L’homme récupéra la clé et l’examina comme si l’objet était personnellement responsable de l’humiliation qu’il venait de subir.


« Tout ça pour cette saloperie... »


Son partenaire laissa échapper un rire.


« C’est ça, marre-toi. »


Connor porta une main devant sa bouche, mais le rire lui échappa malgré lui.


« Je suis désolé. »


« Bien sûr... »


Hank contempla l’étagère à moitié effondrée et la clé de treize qu’il tenait enfin entre ses doigts.


Il poussa un long soupir en désignant les vêtements répandus autour de lui.


« Aide-moi donc à ramasser ce merdier. »


Connor acquiesça, un sourire encore accroché aux lèvres.


Ils s’accroupirent de part et d’autre du carton et commencèrent à récupérer les vêtements tandis que la matinée poursuivait tranquillement son cours au-dehors.


Hank plia vaguement un tee-shirt avant de renoncer et de le jeter dans le carton.


À côté de lui, son partenaire prenait le temps de plier les vêtements avec une application qui arracha au lieutenant un regard résigné.


Un froissement de tissu lui fit tourner la tête.


Connor venait de ramasser un pull que Hank n’avait pas vu depuis suffisamment longtemps pour avoir espéré qu’il avait disparu de lui-même. Le vêtement, d’un violet autrefois éclatant, arborait sur la poitrine un canard jaune affublé de lunettes de soleil, confortablement installé dans un fauteuil de jardin. Au-dessus de sa tête, une inscription turquoise proclamait fièrement : COOL DUCK.


Connor le déplia entièrement.


Son expression changea.


Hank reconnut immédiatement ce regard.


« Non ! Repose ça. »


Au lieu d’obéir, le déviant examina le pull avec une attention qui ne présageait rien de bon.


« C'était vraiment à vous ? »


Hank tendit la main.


« Donne-le-moi ! »


Connor éloigna tranquillement le vêtement de sa portée.


« Vous l'avez porté ? »


« Connor... »


« Dehors ? »


Hank plissa les yeux.


« Fais gaffe. »


Le sourire de Connor s’accentua.


« Je pose juste une question. »


« Non, tu te fous de ma gueule. »


Connor considéra une dernière fois le motif.


« Un peu. »


Hank se pencha pour le lui arracher des mains.


« Donne-moi ce putain de truc ! »


Le déviant recula juste assez pour lui échapper et son rire repartit, clair et incontrôlé. Autour d'eux, les vêtements jonchaient toujours le sol.


Le lieutenant resta une seconde la main tendue, à le regarder rire. Un sourire finit malgré lui par lui échapper avant qu’il ne tente de nouveau de récupérer son pull.


Gavin était réveillé et suffisamment en forme pour recommencer à râler. Après cinq jours d’inquiétude, Hank avait du mal à imaginer une meilleure nouvelle. À voir Connor rire ainsi, il se dit que le gamin devait ressentir à peu près la même chose.


Il n’y avait rien à résoudre dans l’immédiat.


Seulement quelques vêtements éparpillés, une voiture qui attendait toujours d’être réparée et une clé de treize enfin retrouvée.


Pour aujourd’hui, c’était suffisant.


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À suivre

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