Le Manuscrit de Mélusine

Chapitre 1 : Le Manuscrit de Mélusine

Chapitre final

3876 mots, Catégorie: G

Dernière mise à jour 27/04/2026 13:21


Cette fanfiction participe au défi du forum de fanfictions.fr Les dés sont jetés ! avec la combinaison suivante ; Caractéristique (12 — Petite), Lieu (11 — Château), Objectif (1 — Gloire), Objet (3 — Parchemin), Rencontre (18 — Livre), Obstacle (11 — Aide)





Par une journée ensoleillée de juillet 2000, dans le parc de Grandview.


Melinda Gordon et Jim Clancy, main dans la main, se promenaient sur le sentier, admirant les arbres autour d’eux. Elle était une brune, toujours perchée sur des talons hauts, en raison de sa taille — même avec ses sandales, son mari la dépassait d’une tête. En raison de la chaleur estivale, elle était vêtue d’une ample robe blanche avec des broderies or et argent. Jim, lui, était simplement vêtu d’une chemise blanche à manches courtes et d’un pantalon bleu délavé. Ils flânaient pendant plusieurs minutes, lorsque tout à coup, une silhouette fit son apparition brusquement devant un banc, non loin du jeune couple. C’était un vieil homme maigre, aux yeux bleus, simplement vêtu d’une ample robe en or avec des motifs géométriques en argent. Sauf qu’il n’était pas un esprit, car Jim aussi tourna sa tête dans sa direction en même temps que sa femme. Un détail curieux attira l’attention de l’ambulancier : cet homme lévitait à quelques centimètres du sol, comme s’il défiait les lois de la gravité.

Melinda, étonnée, reconnut aussitôt cet homme, qui n’était ni un esprit ni un vivant : nul autre que son grand-père paternel.

Elle le présenta à son mari : Kochtchéï l’Immortel, roi du Vingt-Septième Royaume (1).

Jim commenta : 

— Mel, j’ignorais que tu avais du sang royal…

— Et bien, maintenant, tu le sais, mon amour…

Pff, intervint Kochtchéï, les mains sur les hanches, l’air faussement renfrogné. Ainsi, ma petite-fille me traite comme un simple roi ! Je suis le Très Grand et Très Célèbre Tsar du Vingt-Septième Royaume ! Kochtchéï l’Immortel ! Le premier et le seul à porter ce nom !

Il termina en baissant la voix :

— Après, c’est un détail que…

— Que tu es sorcier, plaisanta Melinda.

— Ouais, fit-il à contrecœur avec dédain. Ce ne sont que des ignorants qui peuvent dire cela !

— Je le sais très bien, répliqua-t-elle d’une voix douce.

La petite brune expliqua ensuite à son mari que son grand-père paternel voyait aussi les esprits errants, tout comme ses ancêtres de la branche maternelle. Il n’y avait rien de sorcier, car c’était simplement normal pour un être issu du monde des contes que de voir de telles entités. Cependant, il était vrai que son grand-père paternel avait une vaste bibliothèque contenant toutes sortes de manuscrits, dont des livres de voyance et de magie, ce qui contribua à sa réputation de sorcier.


Kochtchéï reprit la parole :

— Ma petite-fille bien-aimée, comme tu le sais, j’ai beaucoup de livres dans ma bibliothèque. Je suis tellement fier de ma collection que tout le monde en parle dans tout l’univers existant, autant dans les contrées légendaires que sur Terre !

— Je le sais, marmonna Melinda d’une voix douce.

Jim, lui, se demandait s’il n’y avait pas une exagération. Par politesse, il s’abstint de faire tout commentaire.

Le grand-père de la médium continua :

— J’ai tous les livres que je veux, sauf qu’il me manque le Manuscrit de Mélusine.

— Comment puis-je le trouver ? Ne pourrais-tu pas toi-même le chercher ou le faire apparaître en un claquement de doigts ? fit Melinda, perplexe.

— Hmm, moi le chercher ? Que nenni ! La fée me le refusera immédiatement ! Et c’est le seul que je ne parviens pas à faire apparaître en un claquement de doigts !

Jim fronça des sourcils. Tout ceci lui semblait incroyable et fantastique pour être vrai. Depuis quand un claquement de doigts fait apparaître des objets ?

— Bon, alors, je comprends que je dois le chercher pour toi, déduisit Melinda en soupirant.

— Exactement, approuva son ancêtre. Je te rappelle que ce manuscrit se trouve dans le château de Mélusine, à Lusignan, en France. Cependant, ne pars pas seule, vas-y avec ton mari et avec ce parchemin…

Il claqua des doigts et aussitôt un vieux parchemin jauni apparut dans la main droite de Kochtchéï, qui le remit à sa descendante.

Il ajouta :

— Il contient des formules afin de te guider et te protéger des sorts de Mélusine. Tu n’as qu’à poser toutes les questions que tu veux. Il a toutes les réponses !

Melinda le remercia et son aïeul disparut aussitôt.


Jim. perplexe, les yeux grands comme ceux d’un hibou, demanda à son épouse :

— Mel, si je comprends bien, ton père n’est pas un juge, si son père est un roi ? Il est alors un prince ?

Avec un petit sourire, elle lui expliqua que son père, Thomas Gordon, était un prince. Il aurait dû être l’héritier du Vingt-Septième Royaume, seulement, il refusa de succéder à son père, car il craignait de devenir grincheux comme lui. Le fils héritier avait alors fui le royaume et était parti s’établir sur Terre, aux États-Unis, à Grandview, en se présentant sous le nom de Thomas Gordon, où il se faisait passer pour un juge. Il avait rencontré sa mère, Elizabeth, sauf qu’il ne l’avait jamais présenté à ses parents et à ses sœurs. Cependant, la seule chose qu’il gardait en souvenir du Vingt-Septième Royaume était un livre de connaissances — auquel il posait n’importe quelle question — qu’il faisait passer pour un Code pénal. Par ailleurs, c’était de lui qu’elle savait manier avec assurance des objets magiques.


Le couple continua leur promenade.


Melinda, après un long silence, murmura :

— Dans tous les cas, Jim, nous n’avons pas le choix que d’aller chercher le Manuscrit de Mélusine.

— Allons-y maintenant ! surenchérit-il. Je m’occupe de la réservation des cartes d’avion !

Petit sourire aux lèvres, elle répliqua, en brandissant le parchemin :

— Jim, on n’a pas besoin d’avion !

— Sérieux ? fit-il, moue dubitative.

Pour l’ambulancier, les histoires des esprits que sa femme aide étaient crédibles. Et il la soutenait inconditionnellement dans son don. Mais croire qu’une formule pouvait les emmener instantanément à l’autre bout de l’Océan, c'était trop fantastique pour être vrai. 

Elle fit des grands efforts pour ne pas rire de l’incrédulité de son mari. Elle lui suggéra de s’asseoir sur un banc, ce qu’ils firent aussitôt. Melinda déplia doucement le parchemin de son grand-père, prononça mentalement quelques formules du parchemin. Un rayon lumineux les enveloppa et aussitôt Jim et elle se retrouvèrent devant le château de la fée Mélusine.



****



Jim et Melinda observèrent attentivement l’endroit : un immense château en pierres s’élevait devant eux, entouré d’arbres et d’arbustes élégants. Les deux jeunes gens s’avancèrent avec prudence. Melinda, par curiosité, consulta le parchemin — qu’elle avait soigneusement rangé dans un sac à main qu’elle avait amené — et lui demanda où se trouvait le Manuscrit de Mélusine. La réponse fut immédiate : l’objet recherché était sur une table recouverte d’une nappe blanche avec des motifs or et argent, dans une grande salle.


Arrivés près de la passerelle, la médium vit un esprit apparaître. C’était un homme âgé, vêtu de riches vêtements de lin brodés or, avec une cape en argent sur ses épaules.

La médium chuchota à son époux :

— Jim, on dirait que le château est hanté…

L’interpellé hocha lentement la tête, ayant compris qu’un esprit était là.

Elle s’adressa d’une voix douce à l’esprit :

— Monsieur, je suis Melinda Gordon. Et vous ?

Le revenant la fixa d’un air étonné, ses yeux bruns écarquillés, ses sourcils levés, peu habitué à ce qu’un vivant le remarquait. Il répondit d’une voix enrouée :

— Gente dame, je suis Raymondin, seigneur de Lusignan.

— Que puis-je faire pour vous aider ?

— Vous êtes venus pour moi ?

— Non, répondit la médium sans se départir de son sourire. Nous cherchons la fée Mélusine.

— Pourquoi ?

— Nous avons une mission qui nous a été confiée. Et nous n’en parlerons qu’avec la fée.

— D’accord… Je comprends, c’est un secret d’État, plaisanta Raymondin. 

Il fit une courte pause puis ajouta :

— Madame Gordon, au risque de vous décevoir, le château n’est pas habité depuis des années…

Melinda, méfiante, plongea sa main droite dans son sac à main, dépliant un peu avec ses doigts le parchemin magique de Kochtchéï pour savoir si son interlocuteur disait la vérité. 

La réponse mentale qu’elle reçut : « Mensonge ! »

Elle replia rapidement l’artefact avant que l’esprit ne le remarquait puis demanda d’un air très naïf :

— Pouvez-vous me dire qui avait été le dernier habitant de ce château ?

— Oui… C’était moi…

— Très bien…

Elle se concentra mentalement pour voir le parchemin magique afin de trouver une formule pour immobiliser le revenant qui se faisait passer pour un ami. Aussitôt, ce dernier se raidit, comme figé dans le temps. Arrêt sur l’image. Ensuite, curieuse, la médium demanda à l’objet magique si Raymondin, seigneur de Lusignan, était un complice de la fée. La réponse immédiate arriva comme un éclair, sous la forme d’une pensée : « Oui, Raymondin avait été son mari ! Comme tout bon époux, il écoute sa femme ! »

À croire qu’ils voulaient nous piéger, conclut-elle en soupirant.

Melinda fit un signe à Jim, qui comprit que la voie était libre. Ils avancèrent jusqu’à la porte. Chemin faisant, elle lui expliqua son plan : elle ira chercher le parchemin, tandis que lui, il discutera avec Mélusine. Auparavant, la petite-fille de Kochtchéï protégea son mari et elle-même de l’influence de la fée, tout particulièrement pour lui rendre inaccessible leurs véritables intentions, au cas où la fée lira leurs pensées.


Une fois rendus devant la porte, une jeune et élégante femme vêtue d’une ample robe bleu ciel l’ouvrit et demanda d’une voix douce en anglais avec un fort accent français :

— Madame et Monsieur, que faites-vous dans ce château abandonné ?

— Nous voulons parler à un guide touristique, si vous en êtes un, mentit Melinda.

— Je peux être votre guide sans problème…

— Êtes-vous qualifiée ? demanda la brune d’un air faussement intéressé.

La femme de Jim se concentra mentalement afin de protéger celui-ci de l’influence de la fée, au cas où elle voulait le séduire.

— Oui, répondit leur interlocutrice.

Melinda remarqua des ailes dans le dos de la Française.

Hors de doute, songea-t-elle en faisant des efforts pour garder son sérieux. Ce doit être Mélusine en personne…

— Quel est votre nom ? intervint Jim

La femme répondit sans hésiter :

— Méridiana Lefrançois.

Très subtil, Mélusine ! rit la petite-fille de Kochtchéï en son for intérieur. Je n’ai pas oublié que Méridiana est ton avatar (2) !

— Moi, c’est Jim Clancy…

En faisant un geste vers la brune haut perchée sur ses talons hauts, il la présenta :

— Ma femme, Melinda Gordon…


Puis ils entrèrent, traversant un vestibule, pour se rendre dans une grande salle vers leur droite. C’était un salon très accueillant avec une table basse en bois plaquée or et quatre fauteuils d’un rare tissu vert. Ils s’assirent à l’invitation de leur guide. 

La fée usa de son art pour lire les pensées de ses mystérieux invités. Elle fut surprise de ne pas y parvenir.

Ils sont peut-être protégés par l’une de mes consœurs, conclut Mélusine, perplexe.

Elle réessaya à nouveau, mais tous ses efforts étaient vains, comme si un épais nuage gris entourait leurs pensées. Elle abandonna toute tentative.

Jim engagea la discussion avec Mélusine. Ils discutaient de tout et de rien, mais surtout de l’historique du château. Melinda écoutait pendant un certain temps puis s’éclipsa lentement, en évitant de faire du bruit. Elle souhaitait mentalement que le parchemin magique parvienne à ajouter des coussins à ses sandales ; aussitôt, des coussins apparurent sur ses talons hauts. Mélusine, remarqua que la femme de Jim n’était plus à ses côtés, se demanda bien ce que celle-ci manigançait. La fée la suivait du regard, se leva puis l’interpella :

— Madame Gordon, où voulez-vous aller ?

— Euh, c’est seulement je me demandais si vous pouvez nous dire s’il n’y aurait pas une salle du château particulièrement intéressante…

— Non, répondit brièvement Méridiana. Toutes les salles ont leur histoire…

— Ah, d’accord, murmure la femme de Jim avec son plus beau sourire.

Pendant que la fée parlait, Melinda s’assura mentalement, en tripotant nerveusement le parchemin, de se rendre invisible à ses yeux, ce qui fonctionna aussitôt.


Mine de rien, Méridiana-Mélusine ramena son attention vers Jim et continua la conversation avec lui. En son for intérieur, elle songea à une vengeance sur Melinda, trouvant suspect l’intérêt qu’elle portait à son château.

Depuis quand des touristes anglophones s’intéressent à son château ? Je ne peux pas les laisser ainsi visiter mon château…

Puis elle invoqua mentalement Raymondin, son époux mortel, mais il ne se matérialisa pas devant elle. Inquiète, l’entité des contes se demande où il était. 

À moins qu’il joue le rebelle… Mais pourquoi maintenant ? Alors que j’ai besoin de lui pour observer ces mortels !

Des sueurs froides coulèrent dans son dos. Méridiana-Mélusine fit mine de rien, pour éviter les questions de Jim. Elle poursuivait son explication de l’historique du château.



****


Melinda, en s’aidant du parchemin de son grand-père, trouva rapidement le Manuscrit. C’était un livre dont la couverture était d’un beau cristal, mais d’un cristal peint de toutes les couleurs les plus vives et les plus éclatantes, imprimées dans la matière de manière qu’elles y paraissaient naturelles, les feuillets étaient d’un or fin et poli, et les lettres étaient d’azur et du plus beau caractère qu’on ait jamais vu. La jeune brune le prit entre ses mains. À ce moment, ressentant une migraine poindre, elle le lâcha. Melinda sortit le parchemin de son aïeul pour neutraliser l’effet du Manuscrit de la fée, puis rangea les deux objets magiques dans son sac à main. Elle revint vers son mari, en souhaitant mentalement que les coussinets sur ses talons hauts disparaissent. Jim et Méridiana-Mélusine continuèrent leur conversation. Ce n’était seulement qu’à ce moment que la fée la remarqua. Elle se frotta les mains d’anticipation, en s’imaginant déjà les retenir prisonniers dans son donjon le temps de percer leurs intentions réelles. Elle leur proposa une visite guidée du château, ce qu’ils acceptèrent. 

Lorsqu’ils se rendirent au donjon, la fée demanda : 

— Madame Melinda Gordon et Monsieur Jim Clancy, pouvez-vous me dire comment vous avez entendu pour ce château ?

L’ambulancier se tourna vers sa femme, dans l’espoir qu’elle parvienne à trouver une explication.

La médium affirma, en la regardant droit dans les yeux :

— Nous avons lu à son sujet dans un guide touristique…

— Ceci m’étonne beaucoup, commenta la fée.

Méridiana se concentra pour faire tomber les barrières mentales de ses invités, ce qu’elle parvint au bout de plusieurs tentatives. Elle comprit alors qu’ils étaient venus chercher son manuscrit. De rage, elle claqua nerveusement son pied gauche sur le sol, ce qui enchaîna Jim et Melinda au mur du donjon. Surpris d’être mains et pieds liés par des grosses chaînes d’or très solides, les deux mortels fixèrent l’entité des contes.

Celle-ci cracha :

— Ça vous apprendra à mentir ! 

— Mais pourtant, nous avons lu un guide touristique ! protesta Melinda

— Lequel ? Montrez-le moi ! ordonna Mélusine.

— C’était un guide de Lonely Planet. Sauf que nous l’avions laissé à la maison, à Grandview.

— Hmm, si vous le dites…

La fée fit une courte pause, se promena de long en large devant le couple. Jim, lui, était complètement dépassé par ce qu’il lui arrivait ; Melinda s’efforçait de trouver un plan pour sortir de là. Elle invoqua mentalement le parchemin pour les délivrer de cette prison. La fée, qui avait capté la pensée, lui lança un regard noir. Mais la petite-fille de Kochtchéï ne se laissa pas pour autant intimider ; elle continua son appel mental au parchemin et à son ancêtre.


Quelques secondes plus tard, voilà les liens qui se brisèrent d’eux-mêmes, comme s’ils étaient de vulgaires fils de laine.

La fée, dont les yeux devinrent aussi grands que ceux d’une chouette, balbutia d’une voix rauque :

— Mais comment est-ce possible ?...

Une voix masculine derrière l’entité des contes répondit :

— Parce qu’elle est ma petite-fille…

Étonnée, Mélusine se retourna et vit Kochtchéï. Le sorcier, vêtu d’une ample robe en or avec des motifs slaves en argent, lévitait à quelques centimètres au-dessus du sol.

Jim et Melinda regardèrent vers lui, rassurés de sa présence.

— Vous ? siffla-t-elle.

— Oui, répondit-il avec arrogance. Kochtchéï l’Immortel, Tsar du Vingt-Septième Royaume ! En personne !

— Sérieux ? 

— Qu’est-ce que vous imaginez ? Que c’est une copie holographique de moi ?

La fée ne répondit pas. Elle foudroya du regard le sorcier. Ce dernier répliqua par un claquement de doigts et en entonnant une formule en vieux russe. Méridiana, ressentant une force invisible derrière elle, comprit que son adversaire était trop puissant. Elle soupira. Mais elle tapa des mains pour l’immobiliser, mais c’était comme si son sort n’avait aucun effet sur lui.

Jim et Melinda, main dans la main, étaient inquiets. Leurs cœurs battaient vite. Interdits, ils promenaient leurs regards de la fée au sorcier, sans comprendre ce qui venait de se passer.


Forcée à reconnaître sa défaite, Méridiana, la tête baissée, murmura :

— Je reconnais que vous êtes trop fort pour moi… Si vous êtes si puissant, savez-vous où est Raymondin ?

— Oui. Il est joliment immobilisé près de la passerelle.

Le sorcier russe fit apparaître devant eux un grand miroir, dans lequel elle vit clairement où se trouvait son mari.  

La fée s’approcha du miroir, mais il disparut en un claquement de doigts de l’aïeul de Melinda. 

Mélusine, gênée, ne sachant pas que faire, se dandina d’une jambe à l’autre.

Si ces mystérieux touristes sont des protégés de Kochtchéï, je ferais bien de ne pas les contrarier… Ce sorcier est très coriace… Et je ne peux pas m’attendre à ce que la situation tourne à mon avantage…

Elle se tourna vers Jim et Melinda et dit :

— Désolée pour cette brusquerie… J’espère que vous n’irez pas vous plaindre à  la police pour une maltraitance envers des touristes…

— Ne vous inquiétez pas, la rassura Melinda d’une voix douce, nous n’en soufflerons pas un mot.


Heureuse du dénouement de cette rencontre, Méridiana-Mélusine les raccompagna à contrecœur à la porte du château, suivie par Kochtchéï, qui s’éleva dans les airs pour revenir dans son Royaume lorsqu’il était assuré que sa descendante était en sécurité. Mélusine, elle, retrouva son mari devant la passerelle. Elle parvint à le libérer du sort qui l’avait immobilisé en récitant trois fois de suite une formule en ancien français. La fée revint avec lui dans leur château.


Jim et Melinda, eux, se dirigèrent vers la forêt qui entourait le château de Mélusine. Melinda informa son mari de la réussite de sa mission. Ensuite, elle consulta son parchemin, en souhaitant revenir chez eux. Un rayon lumineux les enveloppa et aussitôt ils y arrivèrent en un clin d’œil devant leur maison.



****



Melinda et Jim étaient dans leur salon, assis l’un à côté de l’autre. Elle déposa le Manuscrit, dont les cristaux brillaient de mille feux, déroula le parchemin et invoqua son illustre ancêtre, les paumes tournées vers le haut. Aussitôt, Kochtchéï fit son apparition entre la table basse et le meuble à télévision. Et sa petite-fille lui remit le Manuscrit de Mélusine. Il la remercia d’un geste de tête, fit disparaître le parchemin en un claquement de doigt puis s’évapora à son tour. Jim enlaça sa femme pour s’assurer de ne pas rêver. 



****



Le Tsar du Vingt-Septième Royaume était ravi de compléter sa prestigieuse bibliothèque. Depuis que le Manuscrit de Mélusine figurait dans ses ouvrages, tous les êtres vivants du monde des contes et du monde humain ne cessèrent de le louer sa grande sagesse, lui assurant de régner jusqu’au jour où son fils le remplacera, s’il le voudrait. Kochtchéï s’assied sur son trône en or et leva sa coupe en or en s’exclamant d’un air enjoué :

— Que la fête commence ! Le Tsar a tous les manuscrits possibles et imaginables !

D’une seule voix, l’assistance, composée de nobles et de gens du peuple, répliqua :

— Longue vie au Tsar ! 




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(1) Le Vingt-Septième Royaume, ou « trois fois neuf pays », désigne, dans les contes russes, un Royaume très loin, par-delà le monde humain. Il s’agit d’une formule courante. Kochtchéï l’Immortel, quant à lui, est un sorcier réputé pour enlever les princesses et pour posséder des richesses.


(2) Dans le conte La Reine des Fées de Jean de Préchac, Méridiana est un avatar de la fée Mélusine.


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