L' Âme Maudite
23 mars 1889
Sebastian atteignit le premier étage du manoir d'un seul bond. Une fenêtre entrouverte lui suffit.
Il prit appui sur le rebord et se glissa dans la pièce avec Héloïse dans les bras avant de retomber sans bruit sur le parquet.
La chambre d'amis était vide.
Il traversa la pièce et déposa Héloïse sur le lit.
Une tache rouge s'étendit aussitôt sur le couvre-lit clair.
Sebastian baissa les yeux.
Quelques gouttes avaient également marqué sa manche, le parquet et le rebord de la fenêtre.
— Formidable.
Il contempla les dégâts une seconde.
Il faudrait changer les draps, nettoyer le sol et probablement s'occuper lui-même du bois de la fenêtre avant que le sang n'ait le temps d'y sécher.
Une tâche supplémentaire.
Son regard revint vers Héloïse.
Elle n'avait pas bougé.
Sa tenue de Rarity portait encore toutes les traces de la nuit. La robe bleue était froissée et maculée de sang. La courte cape ornée d'étoiles avait glissé de l'une de ses épaules. Plusieurs des petits points blancs peints sur son front s'étaient effacés.
Ses cheveux, soigneusement relevés quelques heures plus tôt, s'étaient presque entièrement défaits. Des mèches noires collaient à ses tempes et encadraient son visage pâle.
Sebastian resta debout près du lit.
Son regard s'y attarda.
Une seconde.
Puis une autre.
— Quelle apparence déplorable.
Il détourna enfin les yeux vers le bras ensanglanté.
Sebastian retira ses gants.
— Voyons ce que Knox vous a fait.
---
Après une descente de plus d'une centaine d'étages, l'ascenseur s'immobilisa enfin.
William en sortit et s'engagea dans un long couloir blanc.
À cette heure, les bureaux étaient presque entièrement silencieux.
Il s'arrêta.
Une plaque était fixée à côté d'une porte.
"Bureau médico-légal."
William frappa trois fois.
Quelques secondes plus tard, la porte s'ouvrit.
Un jeune Faucheur aux cheveux noirs ébouriffés apparut devant lui. Ses lunettes rondes encadraient deux yeux verts encore marqués par le sommeil. Une blouse blanche recouvrait son costume, dont la cravate avait été légèrement desserrée.
William baissa les yeux.
Des tongs.
Son regard remonta lentement.
— Bonsoir. William T. Spears. Je suis ici au sujet de l'affaire Héloïse Wayte.
Le jeune homme étouffa un bâillement derrière sa main.
— Enchanté, William. Moi, c'est Othello.
Il s'écarta pour le laisser entrer.
La pièce était presque plongée dans l'obscurité. Deux lampes de bureau éclairaient des tables encombrées de microscopes, de fioles et de dossiers ouverts.
Othello referma la porte.
— J'ai bien reçu l'information de ta visite de la part de l'Administration générale, mais franchement, ils n'ont aucune idée de ce qu'ils nous demandent. Il est trois heures du matin.
William lui jeta un regard.
— Je suis parfaitement d'accord. J'ai dû m'infiltrer dans un cirque pendant près d'un mois. J'ai travaillé de jour comme de nuit. Leur gestion des horaires est déplorable.
Othello eut un sourire.
— Un cirque ? Vraiment ? Vous vous amusez bien, au département de collecte.
— Je ne suis même pas affecté au département de collecte. Je viens du service de contrôle.
— Ah oui ?
Ils traversèrent le laboratoire.
Des schémas techniques recouvraient les murs. William reconnut plusieurs représentations de lanternes cinématiques, certaines ouvertes en coupe, d'autres accompagnées d'annotations serrées.
Au fond de la pièce se trouvait une seconde porte.
Othello posa la main sur la poignée.
— Pas la peine de te préciser que tout ce que tu vas voir ici est strictement confidentiel.
— Tout ce qui concerne Héloïse Wayte est strictement confidentiel. Je travaille sur ce dossier depuis plusieurs siècles.
— Parfait.
Othello ouvrit.
William s'arrêta sur le seuil.
Plusieurs tables à roulettes étaient alignées dans la pièce.
Des corps humains y reposaient.
Certains semblaient intacts. D'autres présentaient des traces évidentes d'expérimentations.
Le regard de William se durcit.
Des morceaux de pellicule étaient étalés sur les bureaux longeant les murs.
— Qu'est-ce que c'est que cet endroit ?
Othello entra tranquillement.
— Un laboratoire.
William repoussa ses lunettes sur son nez.
— Les expérimentations sur les êtres humains sont interdites. C'est l'une des premières règles du règlement intérieur.
— Officiellement, oui.
William tourna lentement la tête vers lui.
Othello eut un petit sourire, puis s'approcha d'une table.
— Avant nous, il n'y avait qu'un seul Faucheur autorisé à mener ce genre d'expériences. Il travaillait en dehors des bureaux et presque personne ne savait exactement ce qu'il faisait.
Il récupéra deux fragments de pellicule.
— C'est lui qui a découvert comment placer l'âme d'Héloïse dans le corps d'un humain sans perturber le fonctionnement de l'âme qui l'occupait déjà.
L'intérêt d'Othello devint immédiatement plus visible.
— Regarde.
Il plaça le premier fragment devant une source lumineuse.
Une silhouette apparut sur le mur.
Un homme portant un béret.
Puis Othello superposa une seconde pellicule.
Les deux images se brouillèrent.
Les contours se mélangèrent jusqu'à devenir presque indistincts.
— Normalement, si tu introduis une seconde pellicule dans un projecteur conçu pour n'en recevoir qu'une, les deux interfèrent.
Il retira l'une des bandes.
— Pour que les deux âmes restent fonctionnelles, il ne suffit donc pas d'ajouter une deuxième pellicule.
Il tapota du doigt le schéma accroché derrière lui.
— Il faut créer un second système de projection à l'intérieur du même corps.
Un sourire ravi apparut sur son visage.
— C'est un truc de dingue.
William observa les dessins.
— Et pourquoi ne faites-vous pas appel à celui qui a conçu ce système ?
Le sourire d'Othello disparut légèrement.
— Parce qu'il est parti.
— Parti ?
— En 1866. Trois ans après avoir placé l'âme d'Héloïse dans le dernier hôte en date : Jade Fawley.
Il reposa les pellicules.
— Et il a emporté avec lui toutes ses recherches concernant la machine.
William fronça les sourcils.
Othello poursuivit :
— À l'époque, l'Administration générale refusait que d'autres Faucheurs soient mis au courant. Ils voulaient que le projet reste aussi secret que possible.
— Une décision particulièrement efficace, manifestement.
Othello lui lança un regard amusé.
— Exactement.
Il désigna les tables autour d'eux.
— Un an après son départ, ils ont fini par ouvrir ce laboratoire. Depuis, on essaie de reproduire son travail.
— Depuis plus de vingt ans ?
— On est une quinzaine dessus.
Il soupira.
— Et pour l'instant, tous nos essais ont lamentablement échoué.
William regarda les corps alignés.
Son expression se ferma davantage.
— Je vois.
Un silence passa.
Puis il demanda :
— Je ne comprends pas comment un Faucheur a pu simplement quitter son poste.
Othello haussa les épaules.
— Moi non plus.
— Cela ne devrait pas être possible.
— Je sais.
Il s'appuya contre le bord d'une table.
— Il était déjà là bien avant mon arrivée. Certains racontent même qu'il fait partie des plus anciens Faucheurs.
— Vous l'avez connu ?
— Pas vraiment. Je l'ai vu une fois.
Othello réfléchit.
— Quand je l'ai rencontré, il venait d'être affecté à la collecte des âmes. Ça avait l'air de beaucoup l'amuser.
William ne réagit pas.
— Et malgré cela, il est parti ?
— Apparemment.
William remonta ses lunettes.
— Comment s'appelait-il ?
Othello hésita une seconde.
— Il n'utilisait pas de nom.
— Son matricule, alors.
— 136649.
William resta immobile.
Puis ses sourcils se froncèrent légèrement.
— 136649...
---
Héloïse se réveilla brusquement.
Elle inspira à pleins poumons.
Pendant quelques secondes, elle resta immobile, le cœur battant trop vite.
Le plafond au-dessus d'elle lui était inconnu.
Un papier peint aux motifs discrets couvrait les murs. Près de la fenêtre, un fauteuil avait été repoussé contre une petite table.
Ce n'était pas la chambre qu'elle partageait avec May Linn.
Elle baissa les yeux.
Sa tenue de Rarity avait disparu. À la place, elle portait une robe de chambre claire. Ses cheveux, débarrassés de leur chignon et de leurs ornements, retombaient librement sur ses épaules.
Quelqu'un l'avait changée pendant qu'elle était inconsciente.
Héloïse prit appui sur ses deux bras pour se redresser.
Une douleur aiguë lui traversa aussitôt le bras droit. Elle retomba contre les oreillers.
Son regard descendit vers son biceps.
Un épais bandage blanc l'entourait. Elle posa les doigts dessus sans appuyer.
Puis les souvenirs revinrent.
Le manoir en flammes.
Joker étendu sur le gravier.
Le sang sur son visage.
"Ne me touche pas."
Héloïse ferma les yeux quelques secondes.
Il était mort.
Elle détourna le visage.
Sur la commode près du lit se trouvait un plateau métallique. Des compresses, une bobine de fil et plusieurs bandes de gaze y avaient été disposées avec soin.
Une paire de ciseaux à pansement reposait au bord du plateau.
Héloïse les fixa.
Une voix calme s'éleva de l'autre côté de la porte.
— Enfin réveillée, mademoiselle Wayte.
Tout son corps se raidit.
Sebastian.
La colère arriva avant même qu'elle ait eu le temps de réfléchir. Brutale.
Ses doigts se crispèrent sur les draps.
La poignée s'abaissa.
Héloïse repoussa les couvertures.
La porte s'ouvrit.
Sebastian entra.
Il n'eut pas le temps de faire un second pas.
Héloïse était déjà sur lui.
La pointe des ciseaux fila droit vers sa gorge.
Sebastian leva simplement la main.
Ses doigts se refermèrent autour de son poignet.
Le mouvement s'arrêta net.
Les lames restèrent suspendues à quelques centimètres de son cou.
Héloïse respirait vite.
Sebastian, lui, n'avait même pas reculé.
Son regard descendit tranquillement vers les ciseaux, puis remonta jusqu'à elle.
Une lueur amusée passa dans ses yeux bordeaux.
— Oya oya... Voilà une bien singulière manière de remercier celui qui vient de vous recoudre.
Héloïse tira brusquement sur son bras.
La prise de Sebastian ne céda pas d'un millimètre.
— Vous avez tué Joker !
— C'est exact.
Sa voix demeura parfaitement calme.
— Cet homme menaçait mon maître.
— Si Jade savait ce que vous avez fait, elle...
Le sourire de Sebastian disparut.
— Jade est morte.
La réponse coupa net la phrase d'Héloïse.
Dans le même mouvement, Sebastian releva son bras.
Son poignet fut entraîné au-dessus de sa tête, les ciseaux toujours enfermés dans ses doigts.
Héloïse dut faire un pas vers lui pour conserver son équilibre.
La distance entre leurs visages se réduisit brusquement.
Elle releva les yeux.
Sebastian la fixait.
— Mon devoir concerne désormais le jeune maître.
Sa voix avait retrouvé sa régularité. Pas son sourire.
— L'homme que vous défendez avec tant de passion était bien responsable des enlèvements sur lesquels nous enquêtions. Lui et les autres membres de sa troupe ont livré des enfants au baron Kelvin pour ses spectacles.
Il marqua une courte pause.
— Leurs ossements ont ensuite servi à fabriquer leurs prothèses.
Héloïse soutint son regard.
Elle se doutait que Joker avait participé aux enlèvements.
Mais elle n'avait pas imaginé ça.
L'horreur de ce qu'elle venait d'apprendre ne changeait pourtant rien à ce qui lui revenait lorsqu'elle pensait à lui.
Son sourire dans la tente.
Sa main autour de sa taille.
Sa voix.
Sebastian observa son expression.
Un sourire revint sur ses lèvres. Plus froid cette fois.
— Vous êtes décidément pathétique.
Héloïse releva les yeux vers lui.
— Je pensais qu'après avoir passé des millénaires enfermée dans les corps d'autres personnes, vous feriez tout ce qui était en votre pouvoir pour conserver votre liberté. Au lieu de cela, vous vous êtes jetée devant une Death Scythe pour protéger le cadavre d'un clown.
Ses doigts se resserrèrent imperceptiblement autour de son poignet.
— Et pour quoi, exactement ?
Héloïse serra les dents.
Sebastian poursuivit :
— Vous êtes bien consciente qu'il ne vous aimait même pas, n'est-ce pas ?
Elle se figea.
Quelque chose passa dans le regard du démon.
— Il aimait Jade. La femme dont vous possédez le visage, que vous avez poussée à pactiser avec un démon et dont vous avez précipité la mort en incendiant son manoir.
Héloïse baissa les yeux.
La phrase lui fit plus mal qu'elle ne l'aurait voulu.
Elle savait que Joker avait cru retrouver Jade. Elle savait aussi qu'elle l'avait laissé le croire.
Sebastian ne détourna pas le regard.
— Je sais ce que j'ai fait.
Sa voix sortit plus faible qu'elle ne l'aurait voulu.
Elle releva lentement les yeux.
Un silence s'installa.
Sebastian la tenait toujours.
Son regard descendit une nouvelle fois vers son visage.
L'image des deux silhouettes qui s'étaient rejointes derrière la toile lui revint à l'esprit. Une irritation sèche le traversa. Plus vive qu'elle n'aurait dû l'être.
Sa main resta une seconde de trop autour de son poignet. Puis il la relâcha.
Sebastian rompit le silence.
— Reprenez vos esprits.
Il recula.
Héloïse ramena son bras contre elle.
Sebastian rajusta tranquillement sa manche.
— Je ne peux pas passer mon temps à vous protéger. Mon maître demeure ma priorité absolue.
Héloïse baissa les yeux vers les ciseaux qu'elle tenait encore.
— Pourquoi m'avez-vous ramenée ici, Sebastian ?
— Mon maître m'en a donné l'ordre.
La réponse vint immédiatement.
Sebastian fit quelques pas dans la pièce.
—Et, pour être tout à fait honnête, les événements de cette nuit ont rendu votre cas considérablement plus intéressant.
Héloïse releva les yeux.
Il se retourna vers elle.
— Knox vous a reconnue. Spears était prêt à me laisser partir avec vous plutôt que de risquer qu’une nouvelle attaque vous blesse. Ce n’est pas exactement le traitement que les Faucheurs réservent à une âme ordinaire.
Un léger sourire reparut sur ses lèvres.
— Sans compter ce que nous avons vu dans votre lanterne cinématique.
Il marqua une courte pause.
— Eloa.
Les yeux d’Héloïse s’écarquillèrent.
— Vous connaissez ce nom ? Vous savez quelque chose ?
— Pas encore.
Sebastian sortit sa montre à gousset.
Il consulta l'heure.
Le geste était parfaitement ordinaire.
Presque suffisamment pour effacer la tension des minutes précédentes.
— Il est bientôt temps que je réveille le jeune maître. Nous devons repartir dans moins de trois heures.
Il referma la montre.
— Je vous conseille de rester allongée aujourd'hui. May Linn s'occupera de vous en mon absence.
Il se dirigea vers la porte.
— Où allez-vous ?
Sebastian posa la main sur la poignée.
— Visiter l'orphelinat du baron Kelvin.
Il tourna légèrement la tête vers elle.
— Lord Phantomhive semble préoccupé par le sort des enfants maintenant que leur généreux bienfaiteur est décédé.
Un sourire ironique effleura ses lèvres.
— Quelle philanthropie.
Il ouvrit la porte, puis lui adressa une légère inclinaison.
— Je vous souhaite un prompt rétablissement.
Il sortit.
La porte se referma derrière lui.
Héloïse resta seule dans la chambre.
Son regard retomba sur les ciseaux.
---
Grell poussa la porte du bureau de William sans prendre la peine de frapper.
Personne.
Elle referma derrière elle et se laissa tomber dans le fauteuil à roulettes avec un soupir.
Elle posa les pieds sur le bureau.
William n'était manifestement pas encore revenu.
Une pile de formulaires d'HEV occupait un coin parfaitement ordonné. Grell lui accorda à peine un regard.
Elle n'était certainement pas venue pour travailler.
Son attention fut attirée par un épais ouvrage posé à côté des dossiers.
Elle le reconnut aussitôt.
Le livre d'Héloïse.
William l'avait gardé avec lui pendant presque toute sa mission.
— Tiens donc...
Grell se pencha et posa les doigts sur la couverture.
Une faible lueur dorée semblait filtrer sous le carton.
Elle fronça les sourcils.
— Qu'est-ce que...
La couverture se détacha brusquement.
Grell la retint de justesse.
Sous le morceau de carton apparut une seconde reliure.
Plus ancienne.
Des lettres dorées brillaient à sa surface.
"Eloa."
Grell se redressa aussitôt.
— Oh...
Son sourire s'élargit.
— Voilà qui devient intéressant.
Elle retourna le morceau de carton entre ses doigts.
Quatre traces de colle étaient encore visibles dans les angles. Quelqu'un avait simplement fixé une fausse couverture par-dessus l'originale.
La porte s'ouvrit derrière elle.
— Bonsoir, Sutcliff.
Grell se retourna.
William venait d'entrer.
— Will !
Elle bondit de son fauteuil et lui attrapa le bras.
— Il faut absolument que tu voies ça !
William baissa les yeux vers sa main.
— Sutcliff.
Elle le relâcha, puis désigna le livre avec enthousiasme.
— Regarde !
William s'approcha du bureau.
Grell brandit la fausse couverture.
— La première de couverture est tombée. Et devine quoi ? C'était une fausse.
Elle retourna le morceau de carton.
— Quelqu'un l'avait simplement collée par-dessus avec de la glu !
William observa successivement le carton, les traces de colle, puis le nom apparu sur le livre.
Eloa.
Ses sourcils se froncèrent légèrement.
— Héloïse a retrouvé une partie de sa mémoire en voyant sa lanterne cinématique.
Il repoussa ses lunettes sur son nez.
— Je suppose que l'artifice utilisé pour modifier son identité ne peut plus fonctionner correctement.
Grell se pencha par-dessus son épaule.
— Tu savais que c'était possible ?
— Non.
William prit la fausse couverture et l'examina.
— Je n'aurais certainement pas imaginé qu'un morceau de carton et quelques points de colle puissent suffire à falsifier le nom inscrit sur un registre de cette nature.
Son regard resta fixé sur les traces laissées dans les angles.
— 136649 ne manquait manifestement pas d'imagination.
Grell cligna des yeux.
— Treize quoi ?