Un vent d'Aventures
La cloche sonna le début de la récréation dans une académie à mauvaise réputation dans l'extrême sud du Cratère. Dans une salle de classe mal-ventilée, Balthazar Octavius Barnabé s'ennuyait ferme. Pas de récréation pour lui et sa classe, à cause d'un devoir surveillé que le jeune pyromage en devenir avait déjà terminé depuis une bonne heure maintenant. Les autres... Eh bien, les autres continuaient d'écrire. Certains lui lançaient des regards mauvais entre deux lignes.
Dans un soupir, Bob se mit à scruter l'extérieur. De l'autre côté de la cour caillouteuse, les apprentis paladins sortaient à leur tour. Ils étaient un peu les « stars » de l'académie, et la fierté de leur professeur. Le pyromage les jalousait. Lui aussi avait postulé pour rentrer dans l'élite. Mais dès lors où il avait dû avouer qu'il était un demi-diable, on l'avait rejeté comme un malpropre. « Trop risqué », soi-disant. On l'avait balancé dans cette classe de niveau médiocre, où il s'ennuyait à mourir. Tout ce qu'ils étudiaient, il l'avait déjà vu par lui-même.
Et le voilà. Théo de Silverberg. Le « chouchou » de tous. Bob le détestait. Il ne le connaissait pas personnellement, mais, pour lui, Théo représentait tout ce que Bob ne serait jamais, de par sa condition. Il était riche, il avait une famille aimante et un futur garanti, là où lui n'était même pas sûr d'avoir assez de sous pour survivre encore une semaine. Il était tellement populaire que même les professeurs lui permettaient des choses habituellement interdites aux autres élèves. Bob tourna le regard, et relut une vingtième fois sa copie.
Une heure plus tard, ce fut la libération. Bob rangea tranquillement ses livres, et emprunta le couloir. C'est là qu'il commença à se sentir suivi. Du coin de l'œil, il vit une robe rouge, et il comprit. Il accéléra légèrement le pas. Le problème, c'est que, à cause de son intelligence hors norme, Bob était constamment martyrisé, insulté et humilié par ses camarades de classe. Puisqu'il est bien connu que tout ce qui n'est pas normal doit être un souffre-douleur.
Bob décida de tourner aux intersections, espérant les semer. Cependant, ils ne lâchaient pas l'affaire. Et ce que devait arriver arriva. Bob se retrouva coincé dans un cul-de-sac. Paniqué, il tenta de faire demi-tour, mais c'était trop tard. Un jet de flammes passa à quelques centimètres de son visage, le faisant sursauter. Ils étaient trois. Amaras, le caïd de la classe, et ses deux esclaves, qui lui obéissaient au doigt et à l'œil. Bob recula, en serrant ses livres contre lui.
— Je veux pas vous faire de mal, déclara calmement Bob. Dégagez de là.
— Tu crois que tu me fais peur tête de pioche ?!
Bob serra les dents. Ils voulaient le mettre en colère. Depuis l'épisode du recrutement des paladins, tous connaissaient sa vraie nature. Et bien sûr, certains crétins, comme ces trois-là, n'hésitaient pas à retourner son côté démoniaque contre lui-même. Bob avait énormément de mal à se contrôler, et ces abrutis n'aidaient en rien.
— Disparaissez, où je vous jure que...
— Que quoi ? Tu vas nous.... AAAAAAAAAAAAAH !
Choqué, Bob ne contrôla pas le jet de flammes qui quitta ses mains. Il s'enfonça dans la poitrine de son « camarade » de classe, le tuant sur le coup. Le pyromage observa ses mains, puis il recula, en bégayant, à la vue des deux sbires qui se rapprochaient de lui.
— Je... Je suis désolé, j'voulais pas lui faire de mal. J'ai pas contrôlé.
Il se mit à trembler légèrement. Pourtant, dans sa tête, le démon n'avait pas dit son dernier mot. Ses mains se levèrent, deux flammes brûlèrent les deux autres mages. Bob se mit à courir vers la sortie, les larmes aux yeux, effrayé. Il traversa la cour, puis sauta au-dessus de la barrière, avant de s'enfoncer dans les bois, malgré les hurlements de ses professeurs lui demandant de revenir tout de suite.
Il courut très longtemps comme ça, toujours tout droit, évitant les arbres de justesse. Quand soudain, quelque chose le heurta de plein fouet, sur le côté. Il roula sur le sol, en hurlant de terreur, puis essaya de se relever. On le plaqua au sol, et une épée vint se coller contre son cou.
— Au nom de l'inquisition, t'es en état d'arrestation.
Bob se calma légèrement, et releva les yeux. Au-dessus de lui, Théo de Silverberg, menaçant, le visage rouge. Il l'avait suivi. Il retira son épée, en voyant que Bob le regardai. Il semblait gêné. Il s'abaissa près de son oreille.
— Fais semblant d'être mort, d'accord ? Je te dirais quand tu pourras bouger.
Bob ferma les yeux. Faire le mort, tout un art chez lui. Il sentit Théo le couvrir d'un truc liquide, sur la poitrine, puis il y eut des voix.
— Bien joué, Silverberg. Tu viens de nous débarrasser d'un poids. Emmène son corps ailleurs, et brûle-le. Je ne veux pas que la réputation de l'Académie soit salie par les meurtres d'un demi-diable.
— Oui, madame.
Des pas qui s'éloignent. Théo, doucement, secoua Bob, qui ouvrit les yeux. Ses mains tremblaient toutes seules, alors que son regard se posa sur un liquide rougeâtre, étalé sur sa robe.
— Enfuis-toi avant qu'elle revienne. Je me débrouillerai.
Bob, perturbé, laissa Théo le relever, puis, avec un regard compatissant, reprit sa course. C'était le comble. Théo de Silverberg venait de lui sauver la vie. Le pyromage se stoppa un instant. Finalement, la vie dans les bois, ce n'était pas plus mal. Il n'avait plus à subir les moqueries de ses camarades. Cependant, il se fit une promesse. Dès que Théo serait diplômé, il retournerait le voir, pour le remercier. Histoire d'être quitte.