Les Survivants - Saison 2
Épisode 1 : Escape boat
Par Kermadec
Jusqu'à présent, ils avaient pu survivre, en communauté, sur un groupe d'îles près des côtes norvégiennes. Leur vie n'avait pas été simple. Le froid, la fatalité, les privations avaient entamé le moral et causé des tragédies. Mais ils étaient vivants. Ils étaient ensemble, face au pire. Seulement, cet équilibre précaire était voué à s'écrouler. Le virus ne connaissait aucune frontière, pas même celle, pourtant radicale, que formaient les vagues et la mer.
Il avait suffi d'un mort. D'un œil qui s'était rouvert. D'une morsure. Du jour au lendemain, l'infection s'était propagée sur tout le territoire. L'escouade Alpha, faction militaire en charge de la protection des survivants, avait immédiatement ordonné l'évacuation. Les morts-vivants ne pouvaient déjà plus être stoppés.
Les derniers individus sains s'étaient rués vers un navire pour quitter au plus vite cette île devenue cauchemar. Dans la panique, ils n'avaient pas remarqué que certains infectés s'étaient, eux aussi, invités à bord, en quête d'un ultime espoir... ou d'un dernier repas.
Rapidement, la catastrophe s'était intensifiée, échappant à tout contrôle. Il n'y avait plus de capitaine à bord. Le navire s'approchait des côtes. Trop vite. Les cadavres avaient littéralement envahi l'embarcation, poussant les vivants dans leurs derniers retranchements. Chacun se battait pour sa propre survie. Au cœur du chaos, un petit groupe d'individus se retrouva bloqué au milieu du pont, non loin du tableau de bord central. Il y avait parmi eux Gérard Bouchard, un ancien humoriste à la carrière oubliable, un homme fort sympathique, mais un peu limité. Il était accompagné, pour une raison obscure, par le célèbre scientifique William Smith, anciennement réputé à travers le monde pour ses multiples domaines d'expertise. Alain Anderson était également de la partie. Cet individu méprisable avait survécu jusque-là aux dépens des autres, non sans geindre à longueur de journée concernant la rudesse de son existence. Enfin, aux antipodes de toutes ces considérations, le groupe était suivi de près par Canigou, magnifique Shetland au poil brillant et à la truffe précise. Ce quatuor éclectique se retrouvait donc bloqué, en compagnie de deux militaires de l'escouade, nommés Jensen et Billy. Ce dernier tâchait de barricader les portes qui conduisaient vers le pont nord. Il fut aidé en cela par William, qui avait repéré sans difficulté quelques tonneaux assez solides pour sécuriser cet accès pendant quelques précieuses minutes. Tout autour, le navire résonnait de cris, de bruits de coups, d'éclats stridents de verre brisé. À cela s'ajoutaient les hurlements du vent et le grondement de l'eau qui s'écoulait sur le pont par un tuyau éclaté non loin.
— On va mourir. On est foutus.
La philosophie d'Alain le poussa à rester aux côtés de Jensen, le seul qui semblait disposé à l'écouter se plaindre. Gérard, pendant ce temps, avait les yeux rivés sur une étrange machine, dont les jauges s'approchaient dangereusement d'un niveau rouge. L'humoriste n'y comprenait pas grand-chose, mais il savait tout de même que la situation serait très vite hors de contrôle.
Canigou, sans attendre la moindre instruction, prit la direction de l'écoutille gauche, guidé par son flair. L'odeur, par là-bas, semblait relativement neutre. Partout autour, ça sentait la mort et la fumée. Comme si l'invasion des revenants ne suffisait pas, le navire avait visiblement pris feu. Canigou avait, par instinct, pris la direction opposée à l'odeur des flammes. Il se mit à aboyer et à gratter frénétiquement les parois devant lui.
Voyant que le canidé était sur une piste, Gérard prit sa suite. Un peu trop vite, certainement. Il ne remarqua pas la flaque glacée étendue sur le pont. Il chuta sur son coccyx, juste à côté d'un petit charnier nauséabond. Du coin de l'œil, au moment de sa chute, il remarqua que la porte gardée par Billy menaçait de céder d'une seconde à l'autre. Il n'eut cependant pas le loisir d'y réfléchir plus avant, car William venait à son tour de glisser, malgré toute sa prudence.
— Gérard, William, vous allez bien? cria Jensen
— Vous êtes militaire, vous pouvez pas faire quelque chose ? le coupa Alain. On va mourir.
— Je vous promets, Alain, je vous assure, on ne va pas mourir ! On va se rendre à l'avant du navire. Alain, regardez-moi. On s'en est sortis pendant tout ce temps sur l'île, on ne va pas mourir !
Peu convaincu par ce discours, Alain se décida à suivre l'être le plus capable d'assurer sa survie : le chien. Il esquiva la flaque gelée. Il fit quelques pas de plus. Il n'eut pas le temps de réagir. Une créature dissimulée sous le tableau de bord lui saisit le mollet, le faisant tomber, à son tour.
— Mais faites votre travail, vous voyez pas que je suis en train de mourir? hurla l'homme désabusé.
Avant même qu'il ne puisse finir sa phrase, Alain se fit mordre. Les dents du mort pénétrèrent sa chair, lui arrachant un hurlement et le peu d'espoir qui lui restait. Jensen, voyant cela, se précipita vers lui, pistolet au poing. De leur côté, William et Gérard s'entraidèrent pour se relever et se dirigèrent vers Canigou, toujours aussi agité.
Jensen, d'un coup de feu précis, extermina définitivement le monstre qui venait de mordre le pauvre Alain. Celui-ci se releva tant bien que mal, en geignant. Lorsqu'il releva les yeux, il aperçut l'éclat d'une lame. Jensen le regardait, une machette à la main, avec un sourire forcé et une lueur étrange dans le regard.
— J'vais te sauver, Alain !
— Bah fallait me sauver plus tôt, espèce de con !