Recueil sur le thème d'arcane
“Silco, j’ai cherché partout, mais… Il est clair que tu ne veux pas être trouvé. Bon sang, je suis nul à ça. Je suis désolé. Quand elle est morte, j’ai perdu la tête. Je pensais que ce que je t’avais fait, c’était pour le bien de tous, que tu le méritais. Mais on avait tous les deux les mains sales. Bref, tu sais où me trouver. Tas de cailloux et ampoules partout. V.”
“Mon frère,
Je prends conscience de chaque mots dans ta lettre et… Je dois t’avouer, moi aussi, que lorsqu’elle est morte j’ai perdu la raison. J’aurais voulu agir avec intelligence face à ce que nous devions faire à présent. Nous occuper de Vi et Powder, mais… Je ne m’en sens pas capable. Alors lorsque j’ai déserté le champ de bataille, le pont où nos amis avaient trouvé la mort et où leurs petites étaient devenues orphelines j’ai… J’ai totalement perdu la raison, et lorsque tu m’as retrouvé pour te venger, je n’ai pas compris sur le coup. Je t’ai haïs, pris ton couteau, seule façon de me sortir des mains qui ne me proposaient que la mort. J’en avais peur. Je ne voulais pas rejoindre Connol et Felicia.
Effectivement, si tu ne m’as pas trouvé en cherchant partout c’était pour une bonne raison. J’avais besoin de reprendre mes esprits, de retrouver la raison. Tu m’as trahi en voulant m'éliminer, mais les faits sont là… Nous avons perdu beaucoup ce soir et tu n’as pas semblé avoir peur de me perdre à mon tour. Me trompe-je? Je ne sais plus quoi en penser.
Oui, nous avons perdu la tête, tous les deux c’est certain, mais, toi comme moi étions en faute. C’est peut être aussi à cause de cela que nous avions voulu la mort de l’autre car oui, j’ai voulu la tienne moi aussi. Comme tu dis: nous avions tous les deux les mains sales, et ça? Depuis un bon moment déjà. Depuis que nous voulions que la Basse- ville soit indépendante. Tout est parti en cendre ce soir, sur ce pont qui marque la frontière entre deux villes, entre deux façons de vivre totalement différentes. L’une prospère et riche tandis que l’autre… Pauvre et irrespirable.
L’indépendance de Zaun, notre Eden, notre rêve, c’était ce que nous voulions offrir à la Basse-ville. Devenir protecteurs de Zaun, changer la vie de ses habitants pour la rendre plus belle, moins dure malgré l’emprise que Piltover avait sur elle, sur nous tous. Seulement nous nous y sommes mal pris et nous en payons le prix. Par le sang, les flammes, la mort et les pleurs. Je me demande si cette guerre aurait pu être évitée? Oui, non? Bien sûr que non, Piltover voulait nous asservir sinon pourquoi le Gris ferait partie de notre air? Pourquoi les pacifieurs viendraient faire autant de descentes dans la basse-ville. Cette guerre devait inévitablement avoir lieu. Comme un destin déjà tissé depuis le début de l’existence. Toi et moi… Étions-nous donc destinés à nous battre? Dans cette rivière où j’ai perdu mon œil à cause de toutes ses toxines dissipées dans l’eau?
Plus j’y pense, plus je me remémore cette douleur et cette colère. Envers toi puis, la peine qui me suivra durant toute ma vie. La perte de Felicia me hantera toujours, tout comme celle de Connol, je m’en voudrais toute ma vie alors… Pourrais-je retrouver ta confiance? Ton amitié? Dur de le savoir si tu ne reviens pas ici et que tu ne trouves pas cette lettre. Peut-être sommes-nous destinés à nous haïr tout le reste de notre vie? Peut-être que notre fraternité à cessé d’exister dans cette rivière? J’ose penser que non bien que j’en suis presque persuadé. Que pouvons-nous faire?
Je tiens à toi mon frère, je tiens à ses enfants dont tu as décidé de prendre soin. Tu seras un très bon tuteur. Peut-être pourrais-je les revoir un jour? Ou.. Ne dois-je surtout pas? Je sais pertinemment que j’en souffrirai. Revoir ces deux petites filles me fera irrémédiablement penser au pont, à la guerre, à eux. Comment tout ça va-t-il se finir? Dois-je fuir? Disparaître? Revenir à tes côtés et ainsi gagner ce chemin vers la rédemption que je souhaite à tout prix depuis que j’ai commencé à écrire cette lettre? De ce fait… Dois-je laisser cette lettre ici comme tu as laissé celle qui m’était destinée? Dois-je venir au Last Drop? L’endroit où je sais que je vais te trouver? Comme tu l’as fait pour cette lettre? Tu savais que j’allais passer ici?
Tu me connais bien trop. Nous nous connaissons bien trop tous les deux. Pourquoi nous séparer ainsi? Plus je t’écris… Moins je t’en veux, bizarre pour une personne qui a failli mourir des mains de celui qui a écrit la lettre à laquelle je réponds, mais nous avons les mains sales tous les deux. Donc dans ce cas… Le destin joue de nouveau avec nous. Ne doit-on pas parler de ce qu’il s’est passé ce soir alors? Une verre d’alcool entre les mains avec la chanson préférée de Felicia. Celle où elle nous a annoncé sa grossesse, celle de Violet? Je m’en souviendrais toute ma vie. Pas toi, Vander? Nous lui avions promis de veiller sur elle puis sur Powder. C’est ce que tu vas faire, c’est ce que je souhaite faire moi aussi.
Je souhaite et recherche ton pardon dans le fond parce que cela me redonnera un peu de souffle, du moins c’est ce que j’espère. Si tu savais à quel point je regrette qu’elles soient devenues orphelines… J’ai l’impression que tout est de ma faute si la guerre a éclaté. Est-ce le cas? Est-ce notre cas? Des questions que je te pose dans cette lettre, je souhaite secrètement que tu la lises, mais, vas-tu vraiment revenir ici alors que tu n' as plus rien à y faire?
S.”
Silco plie la lettre en trois et la pose sur le bureau, au-dessus de celle de son frère d’armes. Il expire et réfléchit un instant. Que faire après ces évènements? Il ne sait pas. Et puis cette lettre? Presque inachevé, mais que, faute de mots, il n’arrive plus à continuer. Et après tout, Vander reviendrait-il vraiment ici? Non. Cette réponse reste dans sa tête. C’est une évidence, son frère de cœur, d’armes, ne reviendra plus jamais ici et il l’aura perdu pour toujours. Comme il a perdu Felicia et Connol. Powder et Violet. Il inspire, posant la lettre doucement avant de remettre son manteau, ses yeux regardant celui de Vander. Soufflant en fermant les paupières, il se retourne et finit par reprendre la lettre et sortir de la pièce qu’il ne prend pas la peine d’éteindre.
Il marche, lentement, mais sûrement. Où? Comme il l’a dit dans la lettre. Vers le Last Drop, pour retrouver la personne avec qui il avait partagé tant de moment. Une fois devant la porte il sourit heureux et triste à la fois. Il l’a retrouvé, il savait qu’il serait là. Il posa sa main sur la poignée et ouvrit la porte alors que Vander grogna.
«C’est fermé…»
«C’est pas ce que dit la porte…»
«Silco? Tu. Tu as trouvé ma lettre ?»
À l’intérieur il s’arrêta, fermant la porte et répondant silencieusement par un hochement de tête. Puis…
«Je t’aurais tué si j’avais eu plus d’oxygène dans les poumons. Tu m’as trahi… Frère. Mais, ce lien… Ce lien, je ne peux pas le briser. J’ai essayé, mais en quelques heures, je n’ai pas pu. Tu l’as perdue comme je l’ai perdue. Même barque…»
Silco s’installa sur un tabouret, sortant la lettre de sa poche et la faisant glisser sur le comptoir, devant Vander qui posa le verre qu’il essuyait.
« Dois-je vraiment la lire maintenant?»
« Fais ce que tu veux.»
Vander prit la lettre qu’il n’ouvrit pas, la regardant simplement avant de la poser derrière le bar. Il regarda Silco un moment avant de se tourner puis se remettre face à l’homme à l'œil invalide, un bruit de verre tintant. Il les posa sur le comptoir et déboucha la bouteille qu’il avait dans l’autre main. Une fois les verres remplis, il reposa la bouteille puis posa son coude sur le bar, le verre légèrement surélevé, invitant à trinquer, malgré le chagrin.
« Nous allons les élever à deux… En mémoire de Felicia… Tas de cailloux et ampoules partout…»
Sur ces mots ils trinquèrent et eurent une longue discussion jusqu’à l’aube.