Mes mémoires

Chapitre 48 : Un oubli

1266 mots, Catégorie: M

Dernière mise à jour 05/03/2026 02:38

Ce matin j’étais en retard. Cela ne m’arrivait que très rarement et je détestais ça, mais lorsque je faisais trop d’insomnie mon corps lâchait quelques fois. Cependant et par chance ma marche rapide avait fait que j’étais arrivée à l’heure, au moins pour rejoindre Stefany et aller en salle de cours avant que la cloche ne sonne. Sauf qu’aujourd’hui j’avais fait une énorme connerie. Enfin une connerie... Non ce n’était pas réellement ça. J’avais juste oublié quelque chose que je n’aurais pas dû oublier. Une chose essentielle à mon bon fonctionnement qui était devenu assez chaotique depuis quelques mois. Non pas de la drogue, mais, mes médicaments contre mon épilepsie. Tout en rejoignant Stef au niveau de la grille du lycée avec ma cigarette en bouche, je ne me doutais pas que j’avais fait un tel oubli. Arrivée à sa hauteur je lui fis la bise et me demandais si je devais lui dire pour cet oublie. Ma réponse intérieure fut sans appel. C’était un non. De toute façon, que risquais-je? Je n’avais pas vu de changements exceptionnels dans ma vie après tout. C’était sûrement juste dû au stress et le médecin aurait paniqué? Bon… Qu’importe. Nous étions à présent en cours et j’essayais de me concentrer sur ce que le prof disait mais... Diable! Que c'était ennuyeux et qu’est ce que j’étais fatiguée… Je ferais bien une sieste, mais je n’y arrivais pas, impossible de fermer l'œil. Comme souvent depuis des mois je perdais de plus en plus de force à cause de ça. Par chance la sonnerie retentit assez vite et nous étions prêtes toutes les deux à aller à la cafétéria. Évidemment, je n’avais pas faim, mais je préférais le cacher. Stef ne devait pas le savoir histoire qu’elle ne prévienne pas mon entourage. Je mangeais donc par pur devoir et dégoût. Je ne pouvais pas me cacher ici.


La nourriture… Elle était devenue ma pire ennemie et il fallait dire que la drogue et la clope étaient des coupes faim assez fort pour oublier un estomac qui gargouille. Alors peut être que.. Peut être que j’étais devenue anorexique? Je n’en savais rien. Je n’avais pas envie de le savoir. Ce n’était pas la chose en quoi j’avais la capacité de penser et comprendre actuellement. D’ailleurs, penser... Je n’y arrivais plus. Trop de pensées parasites pour y arriver justement. J’avais l'impression que des vers dévoraient mon cerveau, qu’ils s’insinuaient dans ses cavités pour savourer le goût de mon liquide céphalorachidien. Une nouvelle envie de vomir me prit. Mettant ma main devant ma bouche je me rendis compte que j’étais déjà aux toilettes et qu’on tapait à la porte.


« Jinx t’as fini? Ça fait cinq minutes!»


Au ton de sa voix je comprenais qu’elle s’inquiétait mais je ne savais pas comment la rassurer alors que j’étais la tête dans la cuvette avec les mains fermement agrippées au rebord des toilettes. Oh bien sûr ce n’était pas la première fois, mais dans un endroit public beaucoup moins. Et habituellement j’arrivais à me forcer un minimum avant d’avoir envie de vomir. J’essuyais la commissure de mes lèvres d’un geste grossier et crachais le reste de ma salive souillée à l’intérieur. Je ressortis des toilettes et allais me passer de l’eau sur le visage, constatant que j’étais légèrement pâle. Était-ce, finalement, la faute de mon oubli? J’arrêtais d’y penser quand je vis le regard anxieux de ma meilleure amie. Cependant, je lui souris et balançais mon bras pour entourer ses épaules avec entrain, bien que les forces me manquaient cruellement et que mon sourire était totalement feint. Mon Dieu je commençais à peindre ce masque sur mon visage de plus en plus facilement et, pour être honnête, cela me faisait peur. Mais encore une fois, ils seraient apeurés voir même terrorisés s’ils voyaient mon véritable visage à présent. Mon véritable moi…


La cloche retentit et il nous restait encore trois heures de cours, mais honnêtement je ne savais pas si j’allais les tenir. Aujourd’hui j’étais bien plus fatiguée que les autres jours. Je savais très bien que je tirais trop sur la corde alors… Étais-je arrivée à ma limite? Non! Il ne le fallait pas. Il fallait que j’arrive à parler de mes hallucinations au docteur Donovan, bien qu’à présent il ne veuille accentuer nos séances seulement sur mon côté hybride et je détestais ça… Malgré tout, il fallait que je le fasse, c’en était presque devenu vital. Je ne me reconnaissais plus alors, mon entourage était-il ainsi à mon propos? Je n’en savais trop rien et… Mon Dieu qu’est ce que j’avais du mal à me concentrer! Était-ce le manque de drogue? De bouffe? Des médocs? Ou pire… Des trois?


J'écarquillai les yeux à cause de Stefany qui me donnait un coup de coude dans les côtes. Je grimaçai car elle avait touché les plaies fraîches. Pourquoi avait-elle fait ça? Je vis ma prof me regarder d’un air mécontent. Après quelques remontrances et quelques excuses soit disant sincères de ma part elle repartit et je retournai à mon gribouilli sur mon carnet. Faisant presque un trou dans ma page à force d’appuyer dessus avec ma mine de crayon, je me ressaisis soudainement et ouvris les yeux en grands. Je débloquais totalement. Soudainement j’entendis des cliquetis sur la fenêtre. Je tournais la tête vers elle et vis que de la pluie commençait à tomber. La regardant tomber, je posais mes yeux sous un arbre, ayant vu une silhouette familière. J’écarquillais de nouveau les yeux. Elle… Elle. Je me mordis la lèvre à sang, l’envie de pleurer arrivant, les sanglots montant dans ma gorge. Lizzy… Elle était de retour? NON! C’était mon manque de drogue qui me provoquait ça. Devais-je accepter, me résoudre à me dire que j’avais cette foutue maladie? Celle de la sœur de Jacob. Devais-je rester dans le déni? J’en savais rien… Je ne pourrais pas le faire toute ma vie, et si… Si ma vie s’arrêtait brusquement? Si cette fois j’y arrivais? À moins que… Que je trouve un psy qui ne soit pas obnubilé par mon hybridation et qui me soignerait comme il le faut?


Malgré tout, les trois heures passèrent, mais je n’avais pas du tout le moral à rester avec Stefany le reste de l'après-midi, de plus par ce temps nous n’avions pas envie de nous mouiller plus que ça. Alors comme d’habitude nous nous quittions au croisement de la rue au bout du lycée. Je rentrais doucement en me traînant je devais bien l’avouer, mais je me sentais tellement mal… Une fois arrivée chez moi, je montais les escaliers avec le peu de force qu’il me restait et jetais mon sac de cours dans un coin de ma chambre pour me laisser tomber sur le lit. Le bras droit devant mes yeux je sombrai lentement, mais sûrement.


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