Mercredi 10 septembre 1993
7h44 AM.
The Grove West Motel, périphérie sud de Seattle
-Je te répète que cette voix venait du fond du wagon, Scully.
Dana poussa un profond soupir. Il n'était pas encore huit heures du matin, elle n'avait pas bu son café et elle avait tout juste eu le temps de s'habiller avant que Mulder ne déboule dans sa chambre pour relancer le débat de la veille. Son coéquipier était en effet persuadé d'avoir entendu le prénom de sa sœur, murmuré par elle ne savait quel nouveau phénomène surnaturel dans la rame pourtant déserte qu'ils avaient inspectée.
-Mulder, le quai était bondé, répéta une fois de plus la jolie rouquine, et une centaine de voyageurs circulaient aux abords du train. Quelqu’un a très bien pu appeler ce prénom à l'instant même où tu descendais du wagon.
-Non.
La réponse de son partenaire avait été immédiate et sa voix, inflexible. Scully se retourna vers lui et le fixa intensément. Le grand brun s'était assis sur son lit et avait étalé autour de lui un tas de papiers et de documents divers, comme s'il tentait de reproduire le capharnaüm de son bureau sur le matelas de la jeune femme.
-Tu en es absolument certain ?
-Je l’ai entendue aussi clairement que je t'entends, Scully. La voix venait de derrière moi, j'en mettrais mon bras gauche à couper.
Dana se campa face à son collègue, les mains sur les hanches et les sourcils levés si haut qu'ils disparurent presque entièrement sous sa frange :
-Mulder, tu es fatigué. Cette affaire t’obsède et tu commences à voir des connexions partout où il n'y en a pas. As-tu seulement dormi cette nuit ?
Fox secoua lentement la tête et se leva. Il parcourut les quelques pas qui le séparaient de l'unique fenêtre et il en écarta le rideau. La pluie s'était enfin calmée et un timide soleil levant tentait de percer les nuages qui voilaient le ciel. La chambre donnait directement sur le parking, au centre duquel trônait l'enseigne du motel qui reflétait ses néons rouges et verts sur l'asphalte encore détrempé.
-Dan Mercer parle d’un passager sans visage, murmura Mulder, le regard perdu vers l'extérieur. Harry Miller affirme avoir vu le reflet du contrôleur brouillé dans les vitres du train, comme si celui-ci n'avait pas de visage non plus. Et le murmure, Samantha... Ça dépasse largement la simple coïncidence. Quelque chose est à l'œuvre ici...
-Dan Mercer est amnésique et vraisemblablement victime d’un traumatisme psychologique majeur dont on ignore encore l'origine, répliqua immédiatement Scully. Son témoignage est donc loin d’être fiable. Quant à Harry Miller…
La jeune femme se massa légèrement les tempes avant de poursuivre :
-C’est un homme âgé, bouleversé par l’état de santé préoccupant de son collègue. Il a cru voir un reflet déformé dans une vitre striée de pluie au petit matin. Ce n’est pas exactement ce que j'appellerais une preuve tangible.
Mulder esquissa un sourire et se retourna vers elle en laissant retomber le rideau :
-Et que fais-tu de mon propre témoignage, Scully ? La parole de Mulder le Martien n'est sans doute, elle aussi, pas assez fiable pour toi, n'est-ce pas ?
Dana rougit légèrement et détourna les yeux. Elle ne pouvait nier que les lubies et l'obsession sans fin de son partenaire pour le paranormal ne la rassurait guère actuellement. Ce qui se présentait de prime abord comme une banale affaire d'amnésie s'était immédiatement métamorphosée en une quête mystique entre les mains de Mulder.
Et pourtant, la jeune femme devait bien admettre que son partenaire avait déjà résolu des affaires dont l'explication défiait toute logique. Pour la seconde fois en deux jours, l'image d'Eugène Tooms s'imposa dans son esprit, la mettant mal à l'aise.
-Ne te fatigue pas à me répondre, finit par lâcher Mulder qui avait interpréter le silence de sa collègue pour de la gêne. Tu rationalises tout avec une facilité si déconcertante...
-Et toi, tu transformes le moindre détail étrange en phénomène inexplicable.
-Alors explique-moi ceci, Scully.
Mulder s'avança et ramassa un des dossiers jeté sur le lit, qu'il tendit à sa partenaire.
Dana examina rapidement les documents jaunis par le temps, qui comportaient plusieurs portraits photos et des rapports médicaux incomplets. Six personnes, de tous âges et sexes confondus, avaient été retrouvées errantes aux abords de la gare de Seattle entre 1972 et 1984. Toutes présentaient une perte totale de mémoire et d'affect, et chacune d'elle avait effectué la liaison en train depuis Salt Lake City la nuit précédant le drame.
-Ces dossiers remontent, pour les plus vieux, à environ vingt ans, expliqua Mulder tandis que les yeux de sa collègue sautaient d'une ligne à l'autre sur les diverses conclusions médicales. Mêmes symptômes que ceux de Dan Mercer : perte totale d’identité, apathie profonde, sans aucune lésion ni cause médicale apparente. Et surtout…
Le grand brun s'approcha davantage et pointa plusieurs noms du doigt :
-Trois des six victimes vivaient ici, à Seattle, au moment des faits.
Scully releva lentement les yeux vers lui :
-Où as-tu obtenu ces dossiers, Mulder ?
-Ils faisaient partis d'un groupe d'archives des affaires non classées voués à la destruction documentaire. Personne n’avait jamais voulu les rouvrir, et pire encore, quelqu'un cherchait sans doute à détruire les preuves de leur existence.
Un long silence s'installa dans la petite chambre du motel, uniquement brisé par le ronronnement du trafic provenant de la route proche et qui faisait parfois vibrer la fenêtre en simple vitrage.
-Bien Mulder, admettons qu'il y ai un lien entre ces personnes et Dan Mercer. Quelle est ta théorie ?
-Tu as entendu ce qu'a dit le chef de gare. Le train que Dan Mercer a contrôlé avant-hier est en service depuis plus de vingt ans et assure la liaison entre Salt Lake City et Seattle. Je pense qu’une entité est présente dans ce train de nuit depuis toutes ces années. Quelqu'un, ou quelque chose, entre en contact avec certains passagers et absorbe leurs souvenirs, leurs identités, leur humanité, allant même jusqu'à leur arracher leur propre reflet.
Dana fixa son partenaire quelques secondes, l'air interdite. La jeune femme était visiblement partagée entre l’agacement et l’inquiétude, et elle prit quelques instants avant de formuler sa pensée à haute voix :
-Mulder… ce que tu dis n'a absolument aucun sens ! On ne peut littéralement pas voler le reflet d'une personne... tout comme la mémoire et l’affect ne sont pas des organes que l’on peut arracher d'un corps comme on prélèverait un rein ou un foie. Les émotions, la personnalité, les souvenirs… Ce sont des processus neurologiques complexes, pas des substances qui peuvent être “aspirées” hors d'un être humain.
-Et pourtant tu as vu ce qu'est devenu Dan Mercer : une coquille totalement vide, incapable d'éprouver le moindre sentiment envers sa femme ou son nouveau-né. Cet homme ne souffre même pas face à ce qu'il a perdu, et c'est peut être l'une des choses les plus terrifiantes que j'ai vues de toute ma vie.
Au-dehors, un camion passa dans un long bruit d’eau sur la chaussée détrempée, faisant trembler la vitre plus fort que jamais.
Le visage du jeune contrôleur s'imposa alors dans l'esprit de Scully : son air absent et détaché, son ton monocorde lorsqu’il parlait de son épouse et de son propre enfant comme de parfaits inconnus, firent remonter une nouvelle vague de malaise en elle. Un étau lui enserra la poitrine et la gorge, et sa voix trembla légèrement lorsqu'elle reprit la parole :
-Que proposes-tu donc, alors ?
-Il faut que nous allions rendre visite aux familles des victimes de Seattle. Nous devons trouver le lien entre elles et Dan Mercer. Puis j'inspecterai à nouveau ce train. Il faut à tout prix empêcher que ce drame se reproduise, Scully.
***
Mercredi 10 septembre 1993
11h26 AM
Quartier résidentiel de Greenlake, Nord Est de Seattle
La Taurus de location put enfin s'extraire des embouteillages matinaux du centre ville pour s'engager dans un petit quartier résidentiel périphérique. Le ciel était désormais clair et le soleil automnal se reflétait sur les façades et les jardins luxuriants qui bordaient la rue. Fox gara la berline le long du trottoir et les deux Agents échangèrent un regard perplexe.
La maison des Layne se dressait devant eux, offrant un contraste saisissant avec les charmants pavillons voisins. La bâtisse de deux étages semblait en effet abandonnée depuis des années : ses volets écaillés étaient fermés et la végétation avait repris ses droits autour de la façade décrépite par les intempéries.
-On dirait que c'est inhabité, murmura Scully.
-C'est pourtant bien là, rétorqua Mulder en vérifiant ses notes. Ray et Marita Layne, c'est la bonne adresse. Ils n'aiment peut être tout simplement pas le jardinage...
Scully leva les yeux au ciel, se demandant comment son coéquipier pouvait trouver la force de plaisanter dans une affaire pareille. Les deux Agents sortirent de la voiture et s'engagèrent dans l'allée dévorée par la mousse et les mauvaises herbes. Fox atteignit la porte d'entrée en premier et frappa trois coups contre le panneau de bois. Les secondes se succédèrent mais l'Agent n'obtint aucune réponse.
-Mulder, je crois que plus personne ne vit ici depuis longtemps, déclara simplement Scully en le rejoignant sur le perron.
Le grand brun s'apprêta néanmoins à toquer une seconde fois lorsque la sonnerie de son cellulaire retentit, faisant sursauter Dana.
-Mulder, annonça ce dernier en décrochant.
-Agent Mulder, c'est le Docteur Ferguson à l'appareil. Je suis soulagé de vous avoir en ligne...
-Que se passe-t-il, demanda Fox en échangeant un regard avec sa partenaire.
-Je... j'ai quelque chose d'important à vous dire. Au sujet de Dan Mercer. Mais avant toute chose, sachez que... CLAC CLAC, puis un silence.... vous m'entendez, Agent Mulder ?
-Assez mal, Docteur. Il semblerait que la communication soit plutôt mauvaise par ici. Nous terminons notre enquête de terrain puis nous passerons vous voir à l'hôpital. Cela sera peut être... plus prudent.
-Je vous remercie. Faites vite.
La communication se termina mais Mulder garda son téléphone dans les mains. Il fixait l'appareil en réfléchissant à toute allure, le front soudain soucieux.
-Que se passe-t-il, Mulder ? Des nouvelles des résultats médicaux de Dan Mercer ?
-Il semblerait en effet que le Docteur Ferguson ait quelque chose à nous révéler. Mais j'ai une drôle d'impression. Je crois que notre conversation était sur écoute.
-Quoi, s'indigna Scully d'un air catastrophé. Mais qui pourrait mettre ton portable sous surveillance?
-Je ne suis pas certain que ce soit moi qui sois surveillé, Scully...
Le grand brun se résolut à frapper une dernière fois à la porte des Layne, sans plus de succès. Dana devait sûrement avoir raison : les informations contenues dans ses vieux dossiers étaient sûrement devenues obsolètes. Après tout, cela faisait vingt-et-un ans que Ray Layne avait brusquement et inexplicablement perdu la mémoire, et peut être que...
-Excusez-moi, vous cherchez quelqu'un, demanda soudain une voix masculine quelque part sur leur droite.
Les deux Agents se retournèrent, surpris. Un soixantenaire les observait depuis le terrain d'à côté, sécateurs en main, occupé à défricher la partie de sa clôture mitoyenne d'avec les Layne. La végétation épaisse commençait à envahir le côté de sa propriété, et Mulder et Scully durent tendre le cou pour apercevoir le visage de l'inconnu à travers les herbes folles et la palissade.
-Excusez-moi, je n'ai pas voulu vous effrayer et encore moins vous espionner, reprit ce dernier, mais personne ne vient plus ici depuis des années. Enfin pas depuis... depuis l'événement.
-Agent Fox Mulder, et voici ma partenaire, Dana Scully. Nous sommes du Bureau Fédéral d'investigations et nous souhaiterions parler à Ray et Marita Layne. Savez-vous où nous pourrions les trouver ?
Le vieil homme poussa un profond soupir :
-Leur parler, ce sera pas possible, avec tout le respect que j'vous dois. Ray et Marita sont morts, y'a de ça des années.
-Que s'est-il passé, interrogea Scully dont le malaise latent refit surface.
-Ray a complètement perdu la boule après son dernier voyage d'affaires. Ça devait être en 1972 ou 1973. Il ne reconnaissait soudain plus rien ni personne. Il passait son temps assis devant la fenêtre, sans bouger ni parler. Ça a été des mois terribles pour Marita, elle ne supportait pas d'le voir comme ça. Alors un jour, elle lui a fait boire quelque chose, un poison ou un truc du genre. Et après, elle en a pris elle aussi. Ils se sont endormis ensemble dans leur maison, et j'espère qu'ils sont à nouveau réunis quelque part aujourd'hui.
-Vous voulez dire que Marita Layne a tué son mari avant de se suicider, s'écria Dana sous le choc.
-Comprenez-moi bien, jeunes gens. Les Layne étaient des gens bien, et ils s'aimaient plus que tout. Ils ne pouvaient pas avoir d'enfants mais leur couple suffisait à leur bonheur. Ray avait créé sa propre boîte, ça marchait du tonnerre, et il s'apprêtait à partir avec sa femme pour un tour du monde. C'était leur rêve à tous les deux. Et du jour au lendemain, plus rien. C'était comme si Ray avait disparu, vous comprenez ? Son corps était là, mais tout ce qui faisait sa personnalité s'était envolé. Évaporé. Je pense que Marita a fait ce qu'elle croyait être juste. Pour elle, c'était l'unique façon d'arrêter de souffrir et de retrouver l'homme qu'elle aimait.
Un frisson remonta lentement le long de la nuque de Scully tandis que Mulder baissa les yeux avec pudeur, désolé par les mots qui venaient d'être prononcés.
-Nous vous remercions pour votre témoignage et votre temps, finit par déclarer le grand brun avant de s'éloigner en direction de la rue, suivi de sa coéquipière.
Les portières de la Taurus claquèrent et Mulder attendit que Scully attache sa ceinture avant de mettre le contact.
-C'est tellement tragique, murmura Dana en se tournant vivement vers lui.
-Et d'autant plus tragique quand on sait que les victimes coulaient des jours heureux et étaient au comble du bonheur. C'est comme si... Scully, c'est comme si ce mystérieux passager sans visage se nourrissait des sentiments les plus forts, des émotions les plus intenses...
-Mulder...
-Scully, on doit trouver l'origine de ce mal. On doit tout faire pour stopper cet homme, ou cette chose, quelle qu'elle soit. Sinon il y aura d'autres victimes, et avec elles d'autres Marita Layne, d'autres Peggy Mercer...
-Mulder s'il te plaît, écoute-moi...
-Non, Scully. Tu ne sais probablement pas ce que ça fait que de perdre un être cher, du jour au lendemain, sans savoir ni comprendre ce qu'il s'est réellement passé. Je dois trouver la vérité, et je le ferai, quoi qu'il m'en coûte.
Le grand brun démarra en trombe et la berline quitta la rue, laissant derrière elle le quartier de Greenlake et la lourde histoire des Layne. Un silence pesant s'installa dans l'habitacle tandis qu'ils filaient vers l'hôpital dans un trafic de plus en plus dense au fur et à mesure qu'ils approchaient du cœur de Seattle.
-Mulder...
Le jeune homme frissonna lorsqu'il sentit la main de Scully lui frôler le bras droit. C'était un contact furtif et ténu, mais il sentit néanmoins toute l'attention de sa coéquipière dans ce simple geste.
-Je sais que toute cette histoire te fait penser à ta sœur. À Samantha. Je n'ose même pas imaginer ce que tu as dû ressentir lorsqu'elle a... été enlevée. Et ce que tu ressens aujourd'hui encore. Je suis avec toi sur cette enquête, et je t'aiderai du mieux que je peux en t'apportant mon expertise. Tu as ma parole d'Agent, mais tu as également ma parole d'amie.
Les mots flottèrent un instant entre eux, chargés de sens et d'émotions. Fox ne répondit pas tout de suite, soucieux de préserver cette soudaine bulle de complicité et de compréhension, ou peut être avait-il simplement peur que sa partenaire n'entende le tremblement dans sa voix s'il ouvrait la bouche maintenant.
La Taurus s'immobilisa une fois de plus dans les interminables embouteillages qui obstruaient la circulation, et Mulder finit enfin par se tourner vers Dana :
-Je sais, et je t'en remercie, Scully. Mais je vais bien, ne t'en fais pas.
***
Un jour
Quelque part
Quelque Chose attend. Cela n'a pas de forme, pas de nom ni de visage. Il n'y a pas de mémoire ni de conscience. Quelque Chose s'enfonce toujours plus profondément dans ce néant horrifique, telle une lente noyade dans les ténèbres glacées. Une éternelle agonie.
Et la mort qui ne vient jamais.
Est-ce que Quelque Chose peut mourir ? Quelque Chose n'en est pas sûr, mais Cela aimerait tant être libéré. La délivrance serait douce, acceptée, tel un doux repos éternel.
Mais Quelque Chose est toujours tiré vers la lumière crue, trop vive, vers ce bruit trop régulier des rails qui traversent inlassablement les mêmes paysages.
Un train.
Des gouttes de pluie qui strient une vitre alors que le wagon s'enfonce toujours plus loin dans l'obscurité.
Voilà les seuls souvenirs que Quelque Chose possède.
Et aussi la faim. La faim dévorante et silencieuse, qui consume sans cesse son âme.
Âme. Quelque Chose est donc vivant ? Quelque chose existe ou pense ? Quelque Chose n'en est pas sûr non plus.
Parfois, des lueurs s'approchent de Quelque Chose. Douces et tièdes, tellement agréables. Elles apportent avec elles des sourires d'enfants, des rires, parfois de l'amour ou de la réussite. Et toujours un bonheur inconditionnel .
Quelque Chose avait possédé tout cela un jour. Cela le ressentait quand les lueurs étaient toutes proches. Quelque Chose pouvait alors presque se souvenir à nouveau : une voix, un geste, un regard. Mais cela ne suffisait pas. Cela ne suffisait jamais.
La faim explosait alors implacablement. Et Quelque Chose aspirait la lueur, comme un trou noir aspire une étoile. La douce lueur disparaissait à jamais, puis les ténèbres glacées se refermaient à nouveau sur Cela.
Les sourires, les rires et l'amour se dissipaient instantanément, transformés en poussières insaisissables dans le néant de son âme.
Et Quelque Chose était à nouveau seul, à rechercher désespérément ce qu'il était vraiment.
Mais Quelque Chose avait aperçu une lueur nouvelle. Cela n'avait pas la notion du temps, mais dans sa lente chute vers la noirceur, Quelque Chose l'avait sentie tout récemment : une volonté sans faille, un besoin viscéral de comprendre, le manque cruel d'un être cher. Quelque Chose avait perçu le visage de la jeune fille, ses grands yeux bleus, ses nattes brunes, que le cœur de la lueur appelait sans cesse.
Et alors que Quelque Chose l'avait vue s'éloigner, Cela avait pu prononcer son prénom : Samantha.
Et la lueur l'avait entendue.
***
Mercredi 10 septembre 1993
02h02 PM
Hôpital Central de Seattle
Les portes du service de neurologie s'ouvrirent sur une agitation inhabituelle.
Des infirmières couraient d'un bout à l'autre du service tandis que plusieurs médecins échangeaient à voix basse, le regard grave, près du poste centralisé de soins.
Mulder échangea un regard inquiet avec Scully, puis ils approchèrent du groupe d'hommes en blouses blanches :
-Excusez-moi, les interrompit le grand brun. Nous sommes les Agents Mulder et Scully du FBI. Nous devons voir le Docteur Ferguson, où est-il ?
Un des médecins se retourna, livide mais visiblement soulagé de les voir arriver.
-Le FBI ? On peut dire que vous êtes des rapides... Nous avons à peine eu le temps de transférer son corps à la morgue...
-Que voulez-vous dire..., bredouilla Scully.
-Le docteur Ferguson est décédé il y a tout juste une heure.