La Malédiction du Triangle

Chapitre 7 : Cap ou pas cap ?

Par piitiite

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Fox souquait depuis des heures ou des siècles sous le ciel étoilé, il n'aurait su le dire exactement. La mer d'encre s'étendait à l'infini où qu'il posa son regard, et seul le bruit des rames venait rompre le silence du grand large. L'épuisement et les courbatures menaçaient de l'engloutir à chaque instant, mais le grand brun devait tenir bon s'il souhaitait avoir une chance de rentrer chez lui. Assis sur le banc de nage juste devant, Jack maniait ses pagaies avec une impressionnante virtuosité et une application étonnante, au rythme du refrain qu'il fredonnait du bout des lèvres. La chanson parlait évidemment de rhum et de pirates, mais Mulder ne saisissait que la moitié de ses paroles, concentré lui-même sur ses propres mouvements pour que la barque fende rapidement les flots.


Mais fendre les flots vers où ? Mulder n'en avait aucune idée. Évidemment, le firmament piqueté de constellations était d'une aide précieuse pour s'orienter, une véritable carte céleste d'une incroyable précision, mais qui n'était en réalité d'aucune utilité pour que l'Agent du FBI retrouve son chemin vers sa temporalité. Le jeune homme se sentait piéger, prisonnier d'une époque qui n'était pas la sienne, et sans aucune certitude de pouvoir s'en échapper un jour.


Comme en réponse à ses préoccupations, le flibustier s'arrêta net dans son effort, lâcha brusquement ses rames et se retourna vers lui.

Fox ne discernait pas bien son visage dans la pénombre, mais un bref éclat doré lui indiqua cependant que le pirate souriait :



-Vous savez, Maître Renard, vous ramez comme si vous veniez de découvrir que vous avez deux bras...



-Cette activité ne fait en effet pas parti de mes nombreux talents, je dois bien l'admettre.



-J'avais remarqué.



-Jack... quel est votre plan exactement ? Savez-vous où nous nous trouvons ? Vers où nous nous dirigeons ?



-Approximativement... non. Mais cela fait parti du plan.



-Vous n'avez aucune idée de ce que vous faites en réalité : nous sommes perdus.



L'affirmation de Mulder resta suspendue dans les airs, ne laissant plus que le silence et l'obscurité entre les deux hommes.



-Je crois Maître Renard, poursuivit Sparrow d'une voix subitement grave, que je me suis perdu il y a déjà bien longtemps de cela.



-Que voulez-vous dire ?



-Qu'avec le temps, vous finissez par devenir beaucoup de choses : un pirate, un criminel, ou encore une légende si vous restez assis assez longtemps dans les auberges pour écouter les ivrognes s'approprier votre histoire... Mais au bout du compte, à force de laisser les autres décider de ce que vous incarnez, vous finissez par ne plus savoir qui vous êtes vous-même.



-Vous êtes le Capitaine Jack Sparrow...



-Un Capitaine sans son navire fait un bien piètre Capitaine, en réalité.



-Vous avez peur de ne jamais récupérer le Black Pearl ?



-Je n'ai pas peur, Maître Renard. Je suis terrifié.



Les mots du pirate s'imprégnèrent dans l'esprit de Fox, faisant écho à ses propres craintes. Le duo, bien qu'improbable et fort mal assorti, partageait en cet instant bien plus que les deux hommes ne l'auraient admis de prime abord. Chacun d'eux avait perdu un repère, un foyer, et aspirait désormais à retrouver ce qui leur avait été arraché avec tant de violence.



-Vous savez, poursuivit Jack, soudain rêveur, le Pearl n'est pas un simple navire : c'est l'idée même de la liberté. À son bord, l'océan devient mon bercail, avec l'horizon comme quête éternelle. C'est mon unique raison de vivre.



Le grand brun ne pipa mot mais il ne comprenait que trop bien, au fond, ce que son interlocuteur ressentait. Et devant son mutisme prolongé, le forban reprit doucement :



-Et vous, que recherchez-vous de là où vous venez ?



-La vérité, finit par soupirer Mulder. La vérité sur une sœur disparue depuis de nombreuses années. La vérité sur les extr... sur des êtres supérieurs, venus d'ailleurs, dont l'existence est cachée par nos autorités.



-Des êtres supérieurs, répéta Jack. Venus d'où, exactement ?



Pour seule réponse, Mulder leva lentement la tête et Jack suivit son regard. Les étoiles scintillaient par centaines de milliers au dessus d'eux, bien que L'Agent du FBI eut la nette impression qu'elles étaient de moins en moins brillantes et que la noirceur du ciel se faisait également moins profonde. En effet, une lueur commençait à poindre à l'est, parant doucement le ciel d'un dégradé de mauve, de rose et d'orangé. Autour de la chaloupe, la mer perdait lentement son velours d'encre au profit de timides éclats turquoises étincelants. La beauté de l'aube et l'immensité du large frappa alors Mulder de plein fouet : le soleil continuait malgré tout sa course inexorable, laissant mourir la nuit pour faire naître le jour après elle. Mais pour le grand brun, plus rien n'était normal depuis sa traversée du vortex, à tel point qu'il se retrouvait désormais à deviser d'extraterrestres avec un pirate en plein sevrage de rhum.



-Des êtres supérieurs venus du ciel, Jack, murmura enfin Mulder en baissant la tête vers son compagnon.



Le visage du pirate était à présent discernable dans la timide lumière de l'aurore : ses yeux sombres cernés de khôl le fixaient avec intensité, témoignant de la profondeur de sa réflexion :



-Tombés du ciel... tombés du ciel. Les noix de coco tombent du ciel. Vous parlez donc d'une espèce supérieure de noix de coco ?



Mulder ne put s'empêcher de sourire :



-Approximativement... mais pas tout à fait. Un peuple de noix de coco grises et sans poils qui vivent dans les étoiles...



-C'est fascinant. Quelle incroyable époque vous vivez-là, Maître Renard. Mais dites-moi, que ferez-vous lorsque vous aurez trouvé votre vérité ?



-Je l'ignore. Je ne me suis jamais posé cette question. Peut être que...



Les pensées de Fox se tournèrent instinctivement vers Scully. Le grand brun se demanda si, à cet instant, sa partenaire admirait le même lever de soleil depuis son petit appartement de Georgetown. La jeune femme était-elle inquiète de sa disparition ? Avait-elle déjà entamée des recherches ? Avait-elle, elle aussi, la crainte de ne jamais le revoir ?



-Aah, s'exclama Sparrow en visant juste. Évidemment. Votre demoiselle aux cheveux roux.



Mulder resta à nouveau silencieux, prit de court par la formidable clairvoyance de son drôle de compagnon. Il se demanda même un instant si l'excès de soleil et de rhum n'avait pas, avec le temps, donné au pirate d'extraordinaires capacités télépathiques, lorsque Jack reprit tout naturellement :



-Non rassurez-vous, je ne lis pas dans vos pensées. Mais vous êtes si prévisible que c'en est presque affligeant. Je devrais écrire une fable sur vous, tiens. Je la nommerai... La Demoiselle et le Renard. Qu'en pensez-vous ?



-Que cela ferait sans doute une très belle histoire. Une très belle histoire dont je souhaiterais connaître la fin, à ses côtés.




-C'est ce que vous désirez le plus, demanda Jack qui se redressa brusquement en faisant tanguer la chaloupe.



-Je... oui, je crois. Pourquoi cette question ?



-Parce que la plupart des hommes, ou des Renards, ne savent pas ce qu'ils veulent. Il est donc très intéressant de souligner ce fait...



Puis d'un geste distrait accompagné de nombreux moulinets de bras, le pirate décrocha le compas qui ne quittait jamais sa ceinture. Il en ouvrit le couvercle et jeta un œil sur le cadran défectueux avant de le tendre à l'Agent du FBI.



-Jack..., soupira Fox, déçu. Votre compas ne fonctionne pas. Il n'indique pas le nord.



-Ce n'est pas vraiment le nord que nous cherchons.



-Que voulez-vous dire ?



-Que vous êtes décidément fort lent pour un Renard. Ce compas indique simplement l'emplacement de ce que vous désirez le plus au fond de vous-même.



-Vous n'êtes pas sérieux ?



-Vous ais-je déjà donné une raison de vous défier de moi ?



Mulder fixa Sparrow avec incrédulité : ses grands yeux sombres écarquillés, sa chevelure aussi emmêlée que crasseuse garnie de perles en tout genre, son tricorne de cuir posé presque trop impeccablement sur cet étrange ensemble et sa main tendue vers lui, lui offrant son compas. Le grand brun revit alors le forban pleurer sur la perte de sa noix de coco, négocier maladroitement avec les bandits solitaires et s'endormir paisiblement dans une geôle malgré les menaces de mort qui planaient au dessus d'eux. Le bilan n'était vraiment pas reluisant et Jack n'était de loin pas le compagnon de route idéal. Mais Fox s'en était après tout tiré à bon compte jusqu'à présent. Le flibustier l'avait fait évadé de l'île déserte, du H.M.S Starbuck, et, une fois de plus, il lui proposait son aide dans cet instant fatidique empli de doutes.


Alors sans plus d'hésitation, l'Agent du FBI saisit le compas entre ses mains, le cœur battant et à nouveau plein d'espoir. Peut être allait-il pouvoir rentrer chez lui, finalement. Son regard aux iris verts fixa l'aiguille qui, pendant quelques secondes, resta immobile en tremblotant légèrement sur son axe. Le visage de Scully ne quittait pas son esprit, emplissant quasiment tout l'espace de ses pensées. Et comme par miracle, la pointe du petit instrument se mit à tourbilloner à toute allure comme une girouette avant de se stabiliser vers un point quelque part au nord-ouest.



-Aah, s'exclama Sparrow. Nous avons un cap, camarade. En avant toute !



Et sans plus de cérémonie, Jack reprit fermement ses rames en main et se remit à souquer tout en fredonnant inlassablement :



-Yo-ho, yo-ho,... nous sommes les pirates, les forbans.





***





Jeudi 16 novembre 1998

Bâtiment J. Edgar Hoover, Washington DC.




La petite rouquine arpentait les couloirs du bâtiment Hoover d'un pas précipité. Furieux.

Désespéré.


Frohike, Langly et Byers étaient venus la trouver au Bureau tôt dans l'après-midi, la mine grave et le teint sombre.

Et pour cause.



"Mulder est parti à la recherche du Queen Anne, qui aurait mystérieusement réapparu aux abords du Triangle des Bermudes. Et... Et nous avons perdu tout contact avec lui. Depuis près de vingt-quatre heures."



Scully avait d'abord sourit, presque attendrie devant la touchante imagination du trio qu'elle connaissait plutôt bien désormais. Mais lorsqu'elle avait compris qu'ils ne plaisantaient pas et que Mulder avait bel et bien pris le large pour une énième quête aux frontières du réel, la panique avait monté en flèche dans l'esprit de la jeune femme. Elle avait eu l'impression de chuter de plusieurs étages et de se fracasser contre les flots mouvants d'un océan déchaîné. Depuis, elle ne parvenait pas à remonter à la surface, emportée par les vagues et le courant tumultueux de ses pensées :


Pourquoi fallait-il donc toujours que son partenaire se lance dans des affaires pareilles, frôlant à la fois le danger extrême et la plus grande des absurdités ? Et pire encore, pourquoi diable ne l'avertissait-il pas avant de foncer tête baissée ?


Scully avait bien entendu parler du Queen Anne, ce célèbre paquebot britannique qui s'était volatilisé à l'aube de la seconde guerre mondiale. Tout le monde connaissait son histoire. Et tout le monde savait qu'il avait sans nul doute été torpillé par un sous-marin allemand, expliquant par là même sa soudaine disparition en 1939. Mais évidemment, pour Fox Mulder, la vérité devait toujours être ailleurs.


Langly lui avait ensuite précipitamment parlé d'un vortex et Frohike avait enchaîné sur une courbure de l'espace-temps.

Byers était resté silencieux, hochant gravement la tête pendant que ses partenaires terminaient leurs explications.


Les trois compères lui avaient également avoué qu'ils avaient besoin de son aide. En tant qu'Agent Fédéral, elle pouvait en effet avoir accès à des informations classées secret-défense, ou du moins connaître un contact au sein du Bureau susceptible de les aider pour retrouver les coordonnées GPS exactes liées à la disparition de Mulder.


Et c'est donc ainsi que, pendant que les trois marginaux étaient allés préparer leur expédition de sauvetage, la jeune femme tentait de nager contre les courants traîtres qui l'entraînaient toujours plus profondément dans la panique, tandis qu'elle tentait de glaner le précieux renseignement.


Dana se tourna en première intention vers le Directeur Adjoint Skinner, qui supervisait auparavant les affaires non classées. L'homme représentait à ces yeux une bouée de sauvetage, un ancrage sûr où trouver la réponse qu'elle espérait tant obtenir. Mais le grand homme au crâne dégarni lui rappela avec une grande fermeté qu'il n'était plus à la tête de leur service et qu'il n'avait plus aucune responsabilité vis à vis d'elle et de l'Agent Mulder. Pire encore, il la fustigea également en lui rappelant que réclamer de telles informations pouvait lui coûter son poste au sein du FBI. À la fois déçue et remontée face à son ancien Directeur Adjoint, la petite rouquine fonça ensuite tout droit vers le bureau de Kersh. Après tout, si Skinner ne pouvait plus rien pour elle, Alvin Kersh était désormais son supérieur direct : il ne pourrait sans doute pas lui refuser son aide pour sauver la vie d'un Agent en perdition.


Mais quelle ne fut pas la surprise de Dana lorsque, à peine entrée dans le bureau, elle tomba sur l'homme à la cigarette en pleine conversation avec le Directeur Adjoint Kersh. Le vieux fumeur lui lança un regard moqueur, presque condescendant et Dana rebroussa chemin derechef en prétextant s'être trompée de porte. Mais l'expression sur le visage de l'homme aux cheveux gris ne faisait aucun doute : il savait quelque chose à propos de Mulder et il était apparemment ravi d'empêcher Scully d'atteindre la vérité.


La panique atteignit son paroxysme en cet instant, menaçant de submerger la jeune femme face à son impuissance. Dana se sentait seule, isolée de tout, comme si elle s'était échouée sur une île perdue au beau milieu de l'océan. Chacune de ses tentatives avortait avant même qu'elle ne puisse avoir le temps d'y croire, et rien ni personne ne semblait disposé à lui venir en aide.


Puis comme frappée par la foudre, la jolie rousse descendit soudain les marches du bâtiment Hoover quatre à quatre jusqu'au sous-sol, se maudissant elle-même de n'avoir pas pensé plus tôt à cette dernière option. Elle franchit alors d'un pas décidé le bureau qu'elle avait occupé avec Mulder pendant tant d'années, se retrouvant face à l'Agent Spender. Ce dernier n'eut d'ailleurs pas le temps d'en placer une face à la virulence et l'urgence de ses propos :



-Mulder a disparu en pleine mer il y a vingt-quatre heures exactement. Je veux ces coordonnées, Agent Spender. Je me fiche de comment vous les obtiendrez mais je serais prête à vous tuer pour les avoir. Maintenant, bougez-vous le... !



Et à son grand soulagement, l'Agent Spender obtempéra immédiatement, la laissant seule dans la minuscule pièce en sous-sol. La petite rouquine s'assit alors sur le fauteuil qui trônait derrière le bureau, épuisée et impatiente du retour de son improbable allié.

Scully sentait son cœur palpiter dans sa poitrine, mais un nouvel espoir enflait désormais en elle à l'image d'une voile gonflée sous l'effet d'un vent propice. Elle avait réussi : elle allait obtenir l'information tant convoitée.


Un brin apaisée, Dana se prit même le luxe de jeter un regard circulaire autour d'elle. L'endroit en lui-même avait bien changé : exit le poster I Want to Believe fixé au mur, les piles de dossiers branlantes posées de manière aléatoire au sol et les artefacts extraterrestres disséminés au petit bonheur la chance sur les étagères. La pièce était désormais rangée, fade et impersonnelle, à l'image des casiers de métal parfaitement alignés contre les murs et du bois du bureau impeccablement ciré. Même l'immense plante verte près de la porte ne suffisait pas à Dana pour se sentir à l'aise dans cet endroit qui avait été leur repère à elle et Mulder pendant si longtemps.

Instinctivement, Dana finit par lever les yeux au dessus de sa tête. Nul crayon ne décorait plus les carreaux du plafond et le placo troué avait même été remplacé, effaçant à jamais l'agaçante manie de son ancien occupant.

Le manque généré par l'absence de son partenaire frappa alors Scully de plein fouet comme une vague redoutable et l'angoisse remonta subitement telle une marée noire et menaçante. Dana porta machinalement la main à la minuscule croix dorée qui ornait son cou tout en formulant une prière silencieuse :



Bon sang Mulder, où es-tu ? Pourquoi as-tu agit ainsi ? Je vous en prie, faites qu'il soit sain et sauf...



La brusque sonnerie du téléphone professionnel de Spender sortit Dana de ses pensées et la jeune femme décrocha sans réfléchir :



-Allô ?



-Agent Folley, déclara l'homme à la cigarette au bout du fil. Il semblerait que l'Agent Scully soit à la recherche d'informations disons... sensibles. Elle est allée trouver l'Agent Spender pour lui demander de lui venir en aide mais heureusement, il vient de m'en avertir...



-C'est... extrêmement fâcheux en effet..., hasarda-t-elle en tentant de se faire passer pour Diana.



Il y eut ensuite eu un bref instant de silence, comme si son interlocuteur hésitait avant de reprendre :



-Qui est au bout du fil ?



Dana, découverte dans sa supercherie, n'eut alors pas d'autres choix que de raccrocher et de quitter précipitamment le bureau de son traitre de collègue.


Spender, le fumier !


Ce dernier avait uniquement fait mine de vouloir lui porter secours pour aller fidèlement rapporter à son maître la nature de sa requête.


Et voilà que Scully se retrouvait à nouveau piégée, incapable de venir au secours de Mulder et des bandits solitaires. Désespérée, elle se remit à parcourir les couloirs du bâtiment Hoover en ayant à présent l'affreux sentiment d'être prisonnière et totalement impuissante : c'était comme si le Bureau s'était transformé en une geôle obscure, ne lui laissant aucun espoir de libération. Ses faits et gestes étaient surveillés et ses piètres tentatives n'aboutissaient qu'à de cuisants échecs.

Et que dire également de ces visages familiers : Skinner, Kersh, Spender, ces soi-disant supérieurs et collègues qui révélaient leur vraie nature alors qu'elle aurait eu tant besoin de leur soutien sur cette affaire. Mais ils n'étaient finalement que de simples pantins, des figurants comblant les trous et les besoins au service du Syndicat et de cet abjecte homme à la cigarette.


L'oppression de la jeune femme ne fit que croître lorsqu'elle finit par pénétrer dans l'ascenseur principal du bâtiment Hoover. Entre ses quatre parois de métal, ballotant d'étage en étage sous le néon cru, Dana sentit une nausée l'envahir. Elle était prise en étau entre la terrible sensation d'urgence qui l'exortait à sauver son coéquipier et l'impression d'être perdue en pleine mer, sans boussole ni indication pour démêler le mystère de la disparition de Mulder.

L'air commençait même à lui manquer lorsqu'elle remarqua un petit autocollant humanitaire scotché à la sauvette à côté de la console de commande des étages :


ASRL :

Soutenez notre Association de Sauvetage des Ratons-Laveurs de la Pisgah National Forest.

Faites vos dons dès aujourd'hui !


Dana fixa quelques instants la photo attendrissante du petit animal bicolore sous le texte, et elle se jura de verser une somme conséquente pour cette association si elle parvenait à récupérer son partenaire vivant.

Et sur cette pensée, son cellulaire sonna de manière stridente dans le silence de l'élévateur, la faisant sursauter. Tremblante, Scully décrocha :



-Allô ?



-...gent Scully, où êtes-v...?



-Mulder, c'est toi ?



-...êtes-vous ? ... en possession... renseignement que v... recherchez...



-Qui est à l'appareil ? Je capte très mal, pouvez-vous répéter ?



-B... sang, Agent Scully, ... êtes-v... ?



-Monsieur Skinner ??



Des vibrations et une légère secousse indiquèrent à Scully que l'ascenseur s'était arrêté au troisième étage. Les portes mécaniques s'ouvrirent, laissant apparaître son ancien Directeur Adjoint en nage, son propre cellulaire collé contre son oreille.



-Agent Scully, tonna le grand homme en s'engouffrant prestement dans la cabine avant que les portes ne se referment derrière lui.



-Monsieur Skinner ??



-Ne me poser aucune question, mais j'ai l'information que vous recherchez.



Mêlant le geste à la parole, Walter Skinner sortit de sa poche un papier froissé qu'il lui tendit.


La jeune femme sentit le soulagement et la gratitude s'élever en elle en même temps que l'ascenseur reprenait sa course vers les étages supérieurs. L'horizon se dégageait enfin, les parois de sa prison s'évaporaient et Dana se découvrit une nouvelle passion pour lesratons-laveurs. Puis dans un élan totalement incontrôlable, la petite rouquine saisit les deux pans de la veste de costume du grand homme pour venir plaquer un baiser sur sa bouche, le laissant coi et tremblant d'émotion.



-Merci Monsieur le Directeur Adjoint, merci infiniment !



La cabine s'arrêta à nouveau et les portes s'ouvrirent cette fois au sixième étage, révélant la présence de l'homme à la cigarette debout dans le corridor, en pleine discussion avec les Agents Spender et Folley ainsi que plusieurs haut-placés du Bureau.



-...Ceci est inadmissible, Agent Scully, hurla soudain Skinner en très bon acteur. Et que je ne vous reprenne plus jamais à me faire de pareille demande, me suis-je bien fait comprendre ??



- Oui Monsieur, murmura la petite rousse qui eut du mal à effacer le sourire dessiné sur ses lèvres.



Et lorsque les doubles battants de métal se refermèrent à nouveau sur elle, Scully ne put s'empêcher de pousser un cri victorieux. Le petit bout de papier qu'elle serrait dans sa main était la solution pour revoir son partenaire. Elle en était maintenant persuadée. Mulder et les ratons-laveurs de la forêt nationale de Pisgah étaient sauvés.


La jeune femme finit par atteindre le parking en sous-sol du bâtiment, où l'attendait un combi-van bicolore délavé par le temps. La portière arrière coulissa, révélant le visage fermé de Frohike.



-Vous l'avez, demanda ce dernier tandis que la rouquine s'installait à l'arrière et que Langly démarrait en trombe.



-Oui, fanfaronna Dana, bien plus détendue désormais qu'elle ne l'avait été durant cette terrible dernière heure.



Le combi-van brinquebalant et ses occupants sortirent alors du souterrain à toute allure, ignorant l'Agent Spender qui courait vainement derrière eux comme un petit chien pour tenter de les arrêter. La rouquine soupira, à la fois soulagée et fière de son tour de force. Elle ressentait en cet instant un incroyable sentiment de liberté et elle avait la drôle d'impression d'avoir piraté le système tout entier pour parvenir à ses fins.



-Nous avons bien les bonnes coordonnées, Agent Scully, déclara soudain Byers qui vérifiait en même temps les chiffres se stabiliser sur l'écran de son appareil GPS. Nous avons un cap. En avant toute, maintenant !




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