Un monde en feu

Chapitre 4 : L'ultimatum du roi

Par beb156

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— Voyez ? Je ne vous ai pas menti, lui indiqua Jorm. Les miens se sont établis dans ce grand chêne, là bas.

Accompagné du worgen, Gahahli s'était rendu à Darnassus pour en avoir le cœur net. Ne voulant pas déranger davantage son bébé qui avait besoin de dormir, elle l'avait laissé dans son cottage, sous la surveillance et la protection de son Sabre-de-nuit et d'une dryade qui lui servait de voisine.

En arrivant, elle fut stupéfaite de voir d'autres worgens arpenter les rues de la ville en toute tranquillité, sous le regard incrédule et pour la plupart inquiets de certains civils. Seules les Sentinelles semblaient calmes quant à leur présence, suffisamment pour faire comprendre aux civils qu'ils n'étaient pas en train de subir une invasion. Deux d'entres elles croisèrent Gahahli et Jorm et les saluèrent comme si le worgen était un aussi vieux résident de Teldrassil que la jeune elfe aux cheveux bleus.

Certains étaient aussi débraillés que Jorm, d'autres étaient étonnement bien vêtus pour des créatures vivant comme des bêtes — costumes trois-pièces, robes ou manteaux brodés aux couleurs sombres et pour la plupart un chapeau haut-de-forme. D'autres encore se présentaient sour leur forme humaine, les rendant moins impressionnants mais se distinguant tout de même par leurs habits distinctives, très différent de ceux portés à Hurlevent.

Et comme le lui avait indiqué Jorm, le plus gros des réfugiés s'étaient établis à l'intérieur d'un immense chêne récemment planté derrière l'Enclave Cénarienne, servant de quartier général aux druides et aux chasseurs les plus aguerris, et au delà de la Terrasse des Artisans, au nord de la ville.

Gahahli resta sans voix, elle n'arrivait pas à comprendre ce qui se passait. Un an auparavant, les worgens étaient vus comme des monstres d'une dangerosité rare, sanguinaires et sans cervelle, à tuer sans la moindre hésitation, et pas seulement pour les elfes de la nuit mais autant pour l'Alliance que pour la Horde. Et maintenant, elle voyait son propre peuple leur accorder l'asile dans leur propre cité, elle-même un asile pour les quelques elfes de la nuit qui comme Gahahli et son défunt père avaient tout perdu lors de l'invasion de la Légion Ardente. C'était comme si après les crimes de la Horde ou le conflit séculaire opposant les elfes aux trolls, ils les accueillaient en leur déroulant le tapis rouge.

— Mais comment... ? Pourquoi... ? Quand... ?

Les questions se bousculaient dans sa tête au point où elle ne savait pas par où commencer.

— Et ben, il y a d'abord eu l'invasion de worgens sur la ville qui a fait de la plupart des gilnéens ce que nous sommes actuellement, s'empressa de répondre Jorm. Ensuite, on s'est fait capturé par ceux qui ont échappé à la malédiction. Puis il y a eu l'invasion des morts-vivants menés par cette elfe mort-vivante, Sylvanas quelque chose. Puis il y a eu une partie de royaume qui été englouti sous les eaux lors d'un tremblement de terre. Puis en nous réfugions dans le marais pour échapper aux morts-vivants et à la montée des eaux, on est tombé sur un groupe d'elfes de la nuit qui nous ont aidé à maîtriser notre bestialité et même pour certains à reprendre leur forme humaine. Puis il y a eu la bataille de Gilnéas qu'on a perdu contre les morts-vivants avec leur Peste comme ils l'appellent et qui nous a obligé à évacuer la ville. Et puis les elfes nous ont de nouveau sauvé en nous donnant l'asile ici et voilà.

La jeune elfe tenta tant bien que mal d'assimiler ce que le worgen venait grossièrement de lui raconter.

Il devait certainement faire référence au Cataclyme quand il avait évoquait le tremblement de terre qui avait englouti une partie de son royaume natale.

Quant aux morts-vivants qui les avait envahi, la bonne nouvelle était qu'il ne s'agissait pas du Fléau. Gahahli et ses compagnons d'armes avaient déjà confrontés à ceux-là l'année d'avant et avaient eu leur dose. La mauvaise nouvelle était que le worgen faisait référence aux Réprouvés, dirigés par la reine banshee Sylvanas Coursevent, qui eux était affiliés à la Horde. Et pour ne rien arranger, de ce qu'elle venait de comprendre, il continuaient de servir de leur horrible Peste comme arme biologique. Et elle se souvenait parfaitement de leur Peste mort-vivante pour l'avoir vu décimer non pas une ni deux mais trois armées durant la guerre le Roi Liche et le Fléau, dont une armée mort-vivante et la Horde, leur propre camp. Est-ce que le chef de guerre les avaient autorisé à utiliser l'arme qui avait lui avait coûté au moins un millier de ses propres hommes ? Ou bien était-ce l'initiative de Sylvanas seule ? La même qui avait affirmé ne pas avoir été impliqué dans la trahison des Réprouvés au Norfendre ? Dans tous les cas, cela ne présageait rien de bon.

— Et... où c'est, Gilnéas, dont vous dîtes venir ? demanda Gahahli dubitative.

— C'est de l'autre côté de la mer, répondit Jorm. Je le sais parce qu'on est arrivé par bateau.

— J'entends bien mais où c'est exactement ? insista la jeune elfe impatiente. Sur quel continent ? Dans quel région ? Et surtout, vue que les miens savent où c'est, comment se fait-il que je n'en ai jamais entendu parler jusqu'à présent ?

— Pas la peine de vous énerver ! rouspéta le worgen. Moi j'ignorais tout des elfes de la nuit et j'en fais pas une maladie ! J'y peux rien si la géographie n'a jamais été mon truc.

Les protestations de Gahahli ayant attiré l'attention dans tout le quartier, les deux Sentinelles qu'ils avaient croisés tout-à-l'heure revinrent d'un pas calme vers eux pour répondre à ses questions.

— C'est un petit royaume qui se situe sur une péninsule au sud-ouest de Lordearon, ma sœur, répondit l'une d'elles.

— De ce qu'on a compris, ils faisaient encore parti de l'Alliance durant la Seconde Guerre contre la Horde des orcs, ajouta la seconde. Puis après ça, ils se sont retirés et isolés derrière un grand mur. Avec la chute de Lordaeron, ils ont été pour ainsi dire coupés du reste d'Azeroth jusqu'à ce que Sylvanas et sa horde de Réprouvés décide de s'en emparer.

— Alors, ça répond à vos question, madame ? demanda le Jorm à la jeune elfe.

— Oui et je constate que les miens en savent décidément plus sur votre propre nation que vous même, rétorqua Gahahli.

— Je vous dis que je ne suis pas doué en géographie, se défendit le worgen. Ni en histoire, d'ailleurs. En plus, chez moi, c'était tabou de parler de ce qui avait de l'autre côté du mur ou de la mer.

Force état de constater qu'elle en tirerait pas grand chose de ce worgen à l'évidence limité.

Elle s'en alla vers le Temple de la Lune, au sud de Darnassus, questionner la Grande Prêtresse Tyrande Murmevent. Les Sentinelles étant toutes à ses ordres, elle était de ce fait la mieux placée pour lui expliquer cette histoire de worgens et leur présence à Darnassus.


Elle entra d'un pas furibond dans le Temple, passa devant le puits de lune centrale où trônait une statue de prêtresse elfe de la nuit.

Elle prit l'escalier pour l'étage supérieur où la Grande Prêtresse trônait habituellement avec son mari, reconnaissable aux bois de cerf qui poussaient sur le crâne, puis s'arrêta à mi-chemin quand elle se rendit compte qu'elle était suivis par des pattes griffus et se rappela qu'elle avait laissé son Sabre-de-Nuit à la maison.

— Vous pouvez arrêter de me suivre ? s'impatienta-t-elle face à Jorm qui visiblement était sur ses talons depuis la Terrasse des Artisans.

— Ben quoi, c'est vous qui m'avez fait finir, se défendit le worgen confus.

— Je n'ai plus besoin de vous, maintenant, s'énerva la jeune elfe. Vous pouvez disposer et ennuyer quelqu'un d'autre.

Elle poursuivit son chemin à l'étage supérieur où Tyrande, les cheveux turquoise et vêtue d'une robe blanche, et son mari Malfurion, la crinière et la barbe verte et vêtu d'un kilt de druide, semblaient en réunion avec d'autres étrangers, des humains plus précisément. Tant pis si elle dérangeait, elle n'était pas d'humeur à se faire attendre.

— Grande Prêtresse, j'exige des explications ! tempêta la jeune elfe.

— Je suis en réunion, Gahahli, lui répondit sèchement Tyrande. Ce n'est pas le moment.

— Au contraire, elle tombe au beau moment, intervint un des visiteurs humains.

Gahahli fut consterné de voir qu'il s'agissait ni plus ni moins de Varian Wrynn, le roi de Hurlevent en personne, reconnaissable entre autres à ses longs cheveux noirs coiffés en queue de cheval et aux deux cicatrices qui lui barraient le visage, l'une à l'œil gauche et l'autre au niveau des joues en passant par l'arrête du nez, qui avec son regard sévère lui donnaient plus un air de barbare que de roi. Il était toujours vêtu de son armure aux épaulières distinctives, l'un formant la tête d'un aigle, l'autre celle d'un lion qui était l'emblème de son royaume.

— R-r-r-roi Varian ? Mais que nous vaut l'honneur de votre présence ? demanda Gahahli tellement prise au dépourvu qu'elle en oublia la raison de sa venue à elle.

— À la base, j'étais venu pour discuter de la réinsertion de gilnéens au sein de l'Alliance, répondit sobrement le roi humain. Et ce en dépit de leur désertion et leur non-assistance durant la chute de Lordearon, quand l'Alliance était dans le besoin.

— Mon peuple a changé, roi Varian, affirma le second humain en apparence plus âgé à en juger par ses cheveux et sa barbe poivre sel, qui de plus semblait également réprimer sa colère. Nous nous cacherons plus derrière des murs, désormais. Nous sommes prêts à nous battre pour l'Alliance. Nous sommes prêts à en découdre avec la Horde, plus que jamais.

— J'en doute pas que votre peuple a changé en vingts ans d'isolement, Grisetête, rétorqua Varian avec une pointe de sarcasme. Je n'avais pas fait allusion à votre malédiction.

— Genn Grisetête, murmura Jorm à la jeune elfe qui était avait continué de la suivre malgré l'avoir révoqué. C'est lui le roi de Gilnéas.

Gahahli passa tour à tour de Varian au dénommé Gristête qui donc étaient homologues et pourtant différents l'une de l'autre. L'un avait l'air d'un barbare en armure prêt à partir en guerre, l'autre ressemblait plus à un vieux châtelain qui pourrait être son père.

— Et qui est donc cette elfe de la nuit à qui vous semblez accorder assez d'importance pour couper court à notre réunion ? interrogea Grisetête.

— Une simple aventurière, répondit Varian. Mais qui, avec ses compagnons d'armes, a rendu un immense service à l'Alliance durant mon absence. Plus que certains que je nommerai pas.

Gahahli remarqua la regard désapprobateur de Tyrande et Malfurion visant le roi de Hurlevent et vit également Grisetête serrer le poing d'une rage contenu. Elle crut voir pendant un instant des ongles et un duvet de poils gris pousser sur ledit poing.

— Toutefois, des rumeurs circulent à son sujet, poursuivit Varian qui reporta son attention sur la jeune elfe. Des rumeurs qui compromettent sa allégeance et sa loyauté envers l'Alliance. Des rumeurs sur une relation avec l'ennemi.

Gahahli ravala sa salive. Elle s'était douté que sa relation interdite s'était ébruitée durant la guerre contre le Roi Liche, jusqu'à parvenir aux oreilles des plus hauts dirigeants de l'Alliance. Mais au vu de ce qui était advenu de son amant à l'issue de cette guerre et surtout de son rôle dans la chute du Roi Liche, elle pensait qu'ils n'en tiendraient pas compte, qu'ils fermeraient les yeux ou passeraient l'éponge. Elle s'était trompée. Lourdement trompée.

— Est-il vrai, chasseresse Ventenuit, que vous ayez eu une liaison avec un elfe de sang ? l'interrogea sèchement Varian. Notamment durant la guerre contre le Roi Liche ? Et qu'elle ait duré après ce qui s'est passé au Portail du Courroux et Fossoyeuse ?

La jeune elfe hésita à répondre face aux regards accusateurs des deux rois humains, mais Tyrande l'incita d'un hochement de la tête à répondre sincèrement.

— C-c-c'est vrai, roi Varian, répondit Gahahli la gorge serrée comme si elle venait d'avouer un crime. Mais je peux vous assurer qu'il n'était en rien impliqué dans l'incident du Portail du Courroux ni ne projetait quoi que ce soit contre l'Alliance. En fait, il n'a jamais accepté d'appartenir à la Horde et méprisait les Réprouvés autant que nous. Et c'est grâce à lui que nous n'avons plus rien à craindre du Fléau ou du Roi Liche, désormais. Aussi, notre relation a dû prendre fin avec la chute du Roi Liche.

— Pas de votre plein gré, à ce qu'on m'a dit, fit remarqué le roi hurleventois.

— Tout semble bien fâcheux, en effet, confirma Grisetête. Au vu des circonstances actuels...

— Mais quelle importance ? se défendit la jeune elfe. Puisque je vous dis qu'il n'a jamais représenté le moindre danger pour nous et qu'il nous a tous sauvé...

— Là n'est pas la question, chasseresse ! l'interrompit froidement Varian. Vous n'êtes pas sans savoir que la Horde a un nouveau chef de guerre à sa tête, plus agressif que le précédent. Que depuis, elle se sent pousser des ailes, gagnant en force et également du terrain. Tandis que le Cataclysme a plus amoindri nos forces qu'autre chose. Et que pour ne rien arranger, les Réprouvés sont toujours de la Horde malgré leur acte de trahison au Norfendre et, d'après le récit de mon homologue, font encore usage de la Peste mort-vivante qui a coûté pas moins de cinq milles de mes plus vaillants soldats, dont un qui était comme un frère pour moi. Et récemment, un cartel de gobelins est venu grossir leur rang avec leur machines infernales.

"Pour ma part, je sais pertinemment de quoi la Horde est capable, avec ou sans l'aide de gobelins, de trolls, d'ogres, de morts-vivants renégats ou d'un dragon comme celui qui vient de nous créer un cataclysme en survolant Azeroth. Il est urgent de les arrêter pour le bien de tous. Et c'est pourquoi j'exige une loyauté sans faille au sein de l'Alliance.

"Et bien que j'apprécie ce que vous avez fait pour mon royaume, chasseresse, et que je reconnaisse le rôle de votre ancien amant dans notre victoire contre le Fléau, votre liaison passé compromet votre loyauté et je ne peux ne le tolérer.

— Je... Je vais donc avoir des problèmes ? se risqua de demander Gahahli qui sentit comme condamnée.

— Pas si vous reprenez vos armes et prouvez une nouvelle fois votre loyauté envers l'Alliance, lui répondit Varian. Et par ailleurs, il en va de même pour les gilnéens. S'ils veulent que je les accepte dans l'Alliance, ils devront s'en montrer digne. Considérez ça comme une opportunité pour vous racheter.

— Ce sera fait, Varian, n'en doutez pas une seule seconde, rétorqua Gristête. J'y veillerai personnellement.

Il lança un regard accusateur vers Jorm qui tentait tant bien que mal de ses cacher derrière la jeune elfe malgré sa petite carrure, tel un chien fuyant un maître trop sévère.

— Mais attendez, roi Varian, même si je le voulais, je ne peux retourner au combat comme ça aussi subitement, objecta Gahahli. J'ai un enfant à ma charge et je le nourris encore au sein.

— Tiens donc, on ne m'a pas parlé d'enfant, fit remarqué Varian. S'agirait-il du fruit de votre liaison ?

— Roi Varian, malgré son lien de parenté, l'enfant de ma vaillante chasseresse n'est pas moins un elfe de la nuit comme nous ici présent et le sera tant que nous l'élèverons ainsi, intervint Tyrande se portant au secours de Gahahli.

— De ce fait, nous nous tolérerons aucun tort fait à l'encontre de nos enfants, ajouta Malfurion. Ils sont notre bien le plus précieux.

— Rassurez-vous, Grande Prêtresse et Archidruide, je n'ai rien contre l'enfant, promit le roi hurleventois. Et d'ailleurs, je n'éprouve aucun plaisir à séparer des familles. Mais en ces heures sombres, j'exige que tout le monde en état physique de prendre les armes répondent à mon appel. Humain, elfe, nain, gnome... ou même animal. Et surtout, je pèse mes mots, la plus grande loyauté dans mes rangs.

"Alors, chasseresse, trouvez une solution pour votre enfant. Confiez le à une nourrice ou quelqu'un de confiance, emmenez-le avec vous si ça vous chante, mais trouvez une solution. Car d'ici une semaine, je veux que vous preniez le premier bateau pour Hurlevent et que vous servez à nouveau l'Alliance. J'enverrai un émissaire d'ici là. Et je ne voudrais pas être à votre place si vous vous désistez.

— Cela vaut aussi pour vous, là derrière, intervint Gristête en s'adressant à Jorm, toujours caché derrière Gahahli. J'ignore quel a été votre rôle dans l'invasion de Gilnéas par les worgens ou les Réprouvés mais quel que soit vos antécédents, comme l'a si bien dit mon homologue, vous devez mériter votre place au sein de l'Alliance si vous devez en être.


En sortant du Temple, Gahahli eut l'impression que le Cataclysme était en train de se répéter. Elle qui pensait ne pas reprendre les armes avant d'avoir au moins sevré son bébé, qu'elle pouvait laisser ses compagnons d'armes et autres aventuriers gérer le problème actuel mieux qu'elle ne pourra jamais le faire, voilà que le destin en décida autrement et l'obligea à faire un choix. Durant sa grossesse, elle avait lu des tonnes de livres sur comment s'occuper d'un nourrisson mais rien ne l'avait préparé à ce genre de situation.

— Et ben... Ça s'est plutôt bien passé, tenta de relativiser Jorm qui continuait de la suivre. En tout cas, nous voilà dans le même bateau.

La jeune elfe n'était pas d'humeur à plaisanter et fut à deux doigts d'exploser. Ce worgen écervelé était la raison qui l'avait conduit à faire irruption dans le Temple en pleine réunion avec le roi de Hurlevent. Et malgré ses injonctions à la laisser tranquille, il continuait de la suivre comme son ombre, préférait se planquer pendant qu'elle se faisait remonter les bretelles et ne trouvait rien de mieux que de blaguer sur son sort. Elle eut une envie folle de hurler et de déchainer sa colère sur lui.

Mais la détresse et le désespoir qui l'envahissaient rendirent sa colère contre le worgen dérisoire. Alors elle se contenta de prendre une grande inspiration, de souffler un bon coup et de lui répondre enfin :

— J'ai besoin... d'être seule... un moment... Pour réfléchir.

Le worgen ne sembla pas insister et resta silencieux tandis que la jeune elfe s'éloigna pour sortir de la ville et rentrer chez elle. À mi-chemin vers la porte principale, elle jeta un coup d'œil par dessus son épaule. Cette fois, il ne le suivait pas. Il resté planté à l'autre bout du chemin, se contentant de la regarder s'éloigner. Enfin il avait compris le message.

Et pourtant, elle pressentait que cela n'allait pas durer et qu'elle allait l'avoir dans les pattes pour un long moment.


En arrivant chez elle, la dryade l'accueillit et lui affirma que le petit Fyrvas dormait comme une marmotte et que tout s'était bien passé avant de prendre congé.

Gahahli resta alors avec pour seul compagnie son Sabre-de-nuit, contemplant son bébé qui dormait profondément sans se soucier de l'embarras où se trouvait sa mère qui ne pouvait qu'envier son insouciance et qui en plus de cela avait une semaine pour prendre une décision.

Elle ne pouvait se résoudre à l'abandonner pour repartir à l'aventure, même pour sauver une nouvelle fois le monde. Pas avant de l'avoir sevré. D'après les manuels qu'elle avait lu et relu, il était primordial que durant les six premiers mois, le bébé soit nourri au sein pour assurer sa santé, sa croissance et son potentiel intellectuel. Et même pour la mère, l'allaitement l'aiderait à retrouver la ligne d'avant sa grossesse et diminuerait le risque de contacter une maladie grace en plus de renforcer le lien mère-enfant et de diminuer le stress.

Toutefois, le roi Varian était connu pour être très sanguin et tenace, en particulier quand son royaume ou sa famille était menacé. Ses menaces n'étaient donc pas à prendre à la légère.

Par conséquent, la jeune elfe ne vit d'autre choix que de devoir l'emmener avec lui dans ses aventures, quitte à l'exposer au danger, pour qu'elle pût continuer de l'allaiter jusqu'à son sevrage.

Elle devra cependant le confier à quelqu'un de confiance quand les choses devenaient trop périlleuses, quelqu'un qui tout en la suivant dans ses aventures resterait à l'écart en cas de danger, quelqu'un qui n'avait pas pour habitude de jouer les casse-cou comme elle mais bien de couvrir les gens autour de lui. Une idée germa dans son esprit quand elle se rappela qu'elle connaissait quelqu'un qui serait idéal pour une telle mission. Elle devait juste le contacter et lui expliquer la situation.

Elle remarque sa poupée inachevée qui traînait au pied du couffin. De toute évidence, le petit Fyrvas n'était pas séduit par une poupée de chiffon chauve.

Gahahli décida alors qu'il était temps de l'achever.

Elle s'installa devant sa coiffeuse sur laquelle elle posa la poupée, s'empara de son couteau de chasse, saisit ses longs cheveux bleus d'une poigne et commença à les couper.




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