Kâel Lame-Solaire, Tome 1 : La naissance d'un Sin'dorei

Chapitre 3 : Première mission

Par Papapoch

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Hello tout le monde, merci d'avoir pris le temps de cliquer sur ce chapitre, j'espère que les aventures de Kâel vous plaisent et vous plairont :)

Je publierai sur un rythme régulier avec deux chapitres par semaine (le mercredi et le samedi) !

N'hésitez pas à laisser un j'aime ou un commentaire pour me faire des retours sur ce que vous appréciez (ou pas), ça me ferait super plaisir de les lire !

Bonne lecture ;)




Chapitre 3 : Première mission



Plusieurs heures avaient passé depuis que le chariot menant Kâel et son escouade était parti du Bastion des forestiers érigé aux portes de la capitale. Le groupe avait franchi Tranquillien, une petite bourgade fortifiée marquant la frontière stratégique avec les terres plus sauvages du sud. Un peu plus loin, émergeant de la canopée, Kâel distingua la cime majestueuse de Thas'alah. L'arbre-monde des Quel'dorei, le plus ancien du royaume, avait été béni des millénaires plus tôt par la puissance du Puits de Soleil, la grande source d’énergie magique des hauts-elfes. Ses feuilles dorées capturaient l’éclat du soleil au zénith et vibraient d’un léger fluide magique, un doux picotement familier que chaque haut-elfe ressentait au fond de sa chair. Le spectacle était féérique, presque irréel dans sa quiétude.


Le jeune Quel'dorei tenta une nouvelle fois de capter le regard d'Elyria. Muette depuis leur départ, les coudes ancrés sur les genoux, elle fixait le plancher du chariot, le regard perdu dans le vide. À ses côtés, Velesh vérifiait machinalement la tension de ses sangles, tandis que Nurlan et Amaclya échangeaient des regards tendus. Hésitant, Kâel posa doucement sa main sur l’avant-bras de son amie. Connaissant son tempérament vif, il s’attendait presque à recevoir une réplique cinglante. Mais au contraire, Elyria tressaillit légèrement, surprise. Lorsqu’elle leva les yeux vers lui, Kâel lui adressa un signe de tête discret mais réconfortant. Pas question d’évoquer à voix haute une quelconque inquiétude devant toute l’escouade. Balan, assis à l’avant, observait le moindre geste des aspirants. Finalement il leva discrètement le pouce en sa direction, geste auquel elle répondit par un sourire timide, néanmoins son premier depuis qu'ils étaient partis de Lune-d'Argent.


— Préparez-vous, nous approchons de la zone d’arrivée, lança Balan sans se retourner, la voix grave.


Kâel ôta aussitôt sa main et se racla bruyamment la gorge avant de balayer les abords du regard. Dans cette partie du royaume, la forêt se faisait plus épaisse, jetant de longues ombres sur la piste. La lumière perçait encore facilement le feuillage, mais la végétation offrait des dizaines de cachettes potentielles. Balan reprit à voix basse alors que les montures du chariot ralentissaient leur allure.


— Restez discrets, nous allons bientôt entrer dans la première phase du plan : la reconnaissance. Notre priorité est de localiser l'escouade disparue. S'ils ne sont plus en mesure de combattre, nous aviserons, mais pour l'heure, soyez attentifs. Les trolls connaissent le terrain et adorent piéger les sentiers. En formation, serrée jusqu’à la première clairière juste en face. Compris ? 


Les aspirants hochèrent la tête sans un bruit. La nervosité du départ se mêlait désormais à une bouffée d’excitation. Kâel attendait ce jour depuis ses huit ans, le jour où il avait franchi pour la première fois les imposantes portes du Bastion des forestiers.


Le chariot stoppa sa course quelques kilomètres plus loin, là où la végétation devenait trop dense pour les roues en bois. Il restait plusieurs heures avant le crépuscule, largement de quoi repérer les lieux et localiser les disparus. Les membres du groupe descendirent tour à tour du chariot et une fois que Balan eut mis pied à terre, le conducteur rebroussa chemin pour retourner vers la capitale. Le silence de la forêt profonde se referma sur eux.


— Nous y sommes. Armes au clair, ordonna Balan en empoignant sa lourde masse à pointes.


À ces mots, Kâel dégaina ses deux lames elfiques flambant neuves. Cadeau de ses parents quelques mois plus tôt, elles n’avaient encore jamais versé le sang, l’entraînement s’effectuant à l’épée émoussée. Les lames étaient assez longues et ornées du symbole des forestiers sur la base de chacune des lames. Enfin, sur le pommeau de la lame droite s’enroulait une fine chaîne d’or retenant un pendentif : une épée enflammée transperçant un soleil, le blason de la maison Lame-Solaire. Un rappel silencieux de l’héritage qu’il devait honorer aujourd’hui.


L’escouade s’enfonça sous les frondaisons. Les ombres s’étiraient à leurs côtés. Chaque craquement de rameau remettait les sens en alerte. Après quelques minutes de marche, Kâel repéra un signe inquiétant. Gravé sur le tronc d’un pin centenaire, un symbole rudimentaire dessiné à la peinture rouge sang représentait un masque grimaçant. Un fétiche vaudou en os de rongeurs pendait à une branche voisine. Les trolls de la tribu Amani avaient marqué ce secteur.


Après une demi-heure de progression silencieuse, un cri rauque déchira le silence de la forêt, faisant s’envoler une nuée d’oiseaux effrayés. D’un mouvement fluide et naturel, Elyria escalada le tronc d’un chêne séculaire et s’installa sur une haute branche pour observer les environs. 


En bas, le groupe retenait son souffle, les mains crispées sur leurs gardes. Quelques secondes plus tard, la jeune elfe se laissa glisser de branche en branche jusqu’au sol, se réceptionnant sans un bruit.


— Aucune trace d'un campement capitaine, la végétation est trop dense pour voir au loin, rapporta-t-elle à voix basse. Impossible également de situer l’origine du cri. En revanche, j'ai repéré une silhouette isolée qui se déplace au sud-est, à moins d’un kilomètre.

— Très bien Elyria. On accélère le rythme.


L'escouade se remit en mouvement en pressant le pas. Retrouver leurs camarades restait la priorité, mais intercepter cette silhouette pouvait potentiellement les mener directement au repaire ennemi. Dix minutes plus tard, Elyria se figea et leva une main gantée.


— C'est par ici que j'ai aperçu la silhouette, prudence, murmura-t-elle.


En se tournant vers Kâel, son regard se durcit. Elle s'approcha de son partenaire rapidement, mais passa finalement juste à côté de lui pour inspecter un buisson juste derrière lui. Ses feuilles étaient maculées de gouttes épaisses d’un rouge poisseux.


— Capitaine. Venez voir.


Balan s'approcha, la mine sombre. Un peu plus loin, une deuxième tache de sang marquait l’écorce d’un pin, puis une troisième en direction de l’ouest.


— Les traces s’éloignent du secteur supposé du camp troll, observa Balan en examinant la texture du liquide. Le sang est frais. Élargissez la formation. Le blessé n’est pas loin, mais restez sur vos gardes, c’est peut-être un piège.


Kâel, Elyria, Velesh, Amaclya et Nurlan se déployèrent en ligne, chaque membre séparé d'une dizaine de mètres, afin de couvrir une zone plus large. Elyria et Velesh, les deux meilleurs pisteurs du groupe longeaient le flanc droit, au plus près de la traînée sanglante. Kâel progressait au centre avec Balan et Nurlan et Amaclya couvraient la gauche. La quantité de sang répandue sur la végétation ne laissait aucun doute : la victime était sévèrement touchée.


— Il nous le faut vivant, on doit pouvoir l'interroger, répétait sans cesse Balan.


Kâel scrutait le sous-bois, les nerfs à vif. Dans son enfance, lors des raids de la Horde, il avait été confronté à ces trolls des forêts : des colosses agiles et impitoyables. Certains d'entre eux pratiquaient même la magie. Absorbé par ses souvenirs, il faillit rater le craquement sec d’une branche brisée à proximité. Tous les membres du groupe s'immobilisèrent. Kâel resserra sa prise sur le cuir de ses poignées, le cœur battant jusqu’aux tempes. Le silence absolu de la scène devint pesant, troublé seulement par le murmure du vent.


Balan fit un geste du poing, et le groupe avança pas à pas, pesant chaque foulée. Soudain, une silhouette ensanglantée surgit de derrière un tronc géant, une épée courte brandie des deux mains. Elle se rua vers Nurlan avec l’énergie du désespoir. La lame vint s’immobiliser à un millimètre seulement de la gorge de l’aspirant, qui ne put retenir un sursaut.


— Halte ! C'est une des nôtres ! s’écria Balan en écartant les bras.


La combattante portait effectivement l’armure bleutée et dorée des forestiers. Mais la tenue était en lambeaux. Une plaie béante ensanglantait son épaule gauche, et un fer de lance en pierre était fiché dans sa cuisse droite. Ses longs cheveux blonds et son visage étaient également maculés de sang, de terre et de crasse. Réalisant qu’elle faisait face aux siens, la Quel’dorei lâcha son arme. Ses genoux se dérobèrent et elle s’effondra contre le tronc le plus proche.


— Enfin... souffla-t-elle dans un souffle rauque, la mine déformée par la souffrance.


Le groupe s’empressa de l’entourer. Balan s'accroupit immédiatement à ses côtés.


— Pardonne notre retard, Maelisandra. De l’eau, vite ! ordonna-t-il aux autres membres du groupe. Que s’est-il passé ?


Elyria lui tendit sa gourde. Elle but difficilement de grandes gorgées, nettoyant au passage une partie du sang séché sur ses lèvres, avant de retrouver la force de parler.


— Les trolls... ils nous ont tendu une embuscade avant qu’on n’atteigne leur campement. Ils ont tué notre capitaine dès les premières secondes et nous ont capturés. Ils ont égorgé nos montures sous nos yeux, mais je pense que nous étions les prochains…

— Comment as-tu réussi à fuir ?

— Hier soir... j'ai profité d'une de leurs cérémonies pour m'enfuir. J’ai réussi à défaire un de mes liens et à briser un barreau de ma cage, j’ai volé cette lame… et couru dans la forêt. Comme vous le voyez, tout ne s'est pas passé comme prévu, dit-elle en essayant de tendre sa jambe douloureuse en grimaçant.


Balan réfléchit rapidement pendant qu’Amaclya s’agenouillait pour appliquer un premier bandage compressif sur l’épaule de la survivante.


— Écoutez-moi bien, déclara le capitaine. Les trolls ignorent l’arrivée des renforts. Velesh, tu vas brouiller nos traces et utiliser le sang de Maelisandra pour attirer les poursuivants là où nous le voulons. Fais vite et sois précis.


Il se tourna de nouveau vers la blessée.


— Maelisandra, où se situe le camp troll ?

— Dans une cuvette naturelle, au sud-est. L’accès est étroit, bordé de palissades en bois et gardé par une douzaine de guerriers… Sans compter un féticheur qui mène leurs rituels.

— Un féticheur… Je vois. Raison de plus pour être méthodiques, grimaça Balan. Nous allons tendre un piège dans la clairière à l’est, reprit Balan en désignant un point sur sa carte. Elyria, Nurlan, partez en éclaireurs et dénichez une position idéale pour dissimuler Maelisandra et nous embusquer. Kâel, tu soutiens Maelisandra. Amaclya et moi-même couvrons la marche en faisant un crochet par le nord pour ne pas marquer le sol. Compris ?


Les aspirants répondirent en chœur à l'affirmative avant de se mettre en action. Impressionné par le sang-froid et la réactivité de son capitaine, Kâel s’approcha de Maelisandra. Il passa avec précaution le bras valide de la forestière autour de ses épaules pour l’aider à se relever. Elyria et Nurlan pressèrent le pas pour partir en éclaireurs et le petit groupe de Kâel reprit sa formation serrée et progressait le plus rapidement possible pour se mettre hors de portée des poursuivants. Seul Velesh était resté en retrait pour brouiller les pistes. Ils progressèrent ainsi pendant plusieurs minutes avant qu'Elyria et Nurlan ne reviennent vers eux.


— Emplacement trouvé, capitaine, chuchota Nurlan, fier de son repérage.

Parfait, allons nous y installer.


Le groupe toujours amputé de Velesh s'installa aux abords du refuge. Celui-ci était idéal : une dépression rocheuse masquée par de denses fourrés de ronces, offrant une vue directe sur le sentier et la clairière voisine sans risquer d’être repérés. Balan prit à nouveau les choses en main.


— Elyria et Nurlan, vous serez nos yeux, surveillez les alentours de cette zone. Au moindre mouvement à cinq cents mètres, je veux le savoir. Amaclya, extrais ce fer de lance de la jambe de Maelisandra et occupe-toi de ses pansements. Kâel et moi-même serons vos boucliers et nous vous protégerons en cas d'attaque frontale.


Pendant qu’Amaclya s’affairait avec précaution à soigner la blessée, Kâel l’aida à s'allonger doucement puis à étirer sa jambe afin qu'Amaclya puisse nettoyer et panser les plaies. Il lui tendit sa propre gourde pour qu’elle achève de se rincer le visage. L’eau balaya la crasse, révélant les traits fins de la forestière : une peau dorée, des yeux bleus en amande et des cheveux blonds ondulés qui retombaient sur ses épaules, tranchant avec la sévérité de ses blessures.


— Merci, murmura-t-elle. Ne les sous-estimez pas, ils sont féroces.

— Reposez-vous. Nous allons prendre le relais, répondit Kâel d’un ton qu’il voulut le plus rassurant possible.


Kâel attendit alors patiemment que tout le plan se mette en place. Velesh finit par réintégrer le groupe sans un bruit, glissant qu’il avait étalé du sang sur des souches menant droit vers la zone dégagée. Amaclya venait de sceller le dernier bandage de Maelisandra quand Elyria réapparut au milieu des branches, souple comme une ombre.


— Capitaine, il y avait effectivement des poursuivants. Trois trolls, ils ont bien suivi la piste laissée par Velesh, ils ne devraient plus tarder à arriver sur notre position.

— Ah... Les poissons mordent à l’hameçon, sourit Balan. Elyria, Velesh, prenez de la hauteur, ordonna le capitaine. Amaclya et Kâel, placez-vous de l’autre côté du chemin pour fermer la nasse. Nurlan et moi resterons au centre pour donner le signal.


Kâel bifurqua rapidement avec Amaclya, veillant à contourner largement la trajectoire prévue des traqueurs. Il se terra derrière le tronc massif d’un vieux chêne, s’accroupissant dans l’herbe haute. À côté de lui, Amaclya réajusta la prise sur sa longue lance, le visage de marbre. 


La chaleur moite sous la canopée et la montée d’adrénaline faisaient perler de la sueur sur son front. C’était sa toute première confrontation réelle. Pas un duel d’entraînement sous le regard d’un instructeur, mais un combat à mort. Du regard, il chercha Elyria. Celle-ci s’était déjà hissée dans la ramure d’un grand arbre dominant le passage. Elle avait déjà encoché une flèche, immobile comme une statue de marbre.


Balan lui fit signe. La frappe à distance d’Elyria donnerait le départ.


Soudain, des pas lourds résonnèrent dans les sous-bois, écrasant les feuilles mortes au sol. Trois trolls des forêts émergèrent des buissons. Imposants, la peau verdâtre couverte de mousse, leurs visages étaient dissimulés sous de rigides masques de bois peint, laissant entrevoir leurs défenses saillantes. Deux guerriers armés d’épées courtes ouvraient la marche de manière précipitée. Le troisième, un colosse au torse nu balayé de peintures rituelles, fermait la marche avec plusieurs hachettes suspendues à la ceinture.


À peine avaient-ils franchi la bordure de la clairière qu’un sifflement fusa. Une flèche d’Elyria traversa la nuque du premier troll, qui s’écroula sans vie dans l’herbe.


C'était le signal. Avant même que les deux survivants ne comprennent la provenance du tir, Velesh fondit depuis les branches sur le second sabreur comme un rapace sur sa proie. L’impact fut brutal et le renversa violemment. Mais alors que Velesh armait sa dague pour lui percer le cœur, le lanceur de haches réagit avec une vitesse surprenante et lui adressa un jet dévastateur. L’aspirant dut effectuer une roulade latérale pour éviter le projectile qui s’encastra dans un tronc. Ce répit permit au troll renversé de se relever en poussant un rugissement de furie.


C’est le moment que choisirent Balan, Kâel, Amaclya et Nurlan pour surgir des ombres. Le capitaine fondit sur le lanceur de haches par derrière. Dans un mouvement fluide et dévastateur, sa masse d’armes noire décrivit un arc parfait et vint fracasser la tempe du troll. Le choc résonna comme un coup de tonnerre. Le monstre s’écroula sur lui-même, tué sur le coup.


Seul survivant face à cinq elfes et sous la menace d’une archère invisible, le dernier troll perdit tout son aplomb. Pris de panique, il jeta son arme et tenta de fuir. Il n’eut pas le temps de faire trois pas. Une nouvelle flèche d’Elyria lui perça le mollet. Le troll s’étala de tout son long en poussant un hurlement guttural.


— Et le chasseur devint la proie... déclara Balan, avec une satisfaction froide. Je termine le travail. Les Amani ne font pas de prisonniers, nous non plus.


Le capitaine de l'escouade se dirigea d'un pas décidé vers le troll qui tentait difficilement de se relever. Il sortit un petit couteau de sa ceinture et s'approcha de sa victime.


— Balan ! Attends ! s'écria Maelisandra en s’avançant péniblement.

Tu n’es pas d'accord avec ma décision Maelisandra ? protesta Balan.

— Si. Mais celui-là est pour moi...


Le capitaine acquiesça et lui tendit son poignard. Maelisandra s’agenouilla près du troll qui se débattait faiblement sur le dos. Elle arracha son masque de bois sculpté, révélant un visage hideux aux yeux injectés de sang.


— Regarde-moi bien dans les yeux, monstre. C'est moi que tu cherchais. Et ça c’est pour mes frères d’armes que vous avez massacrés !


D’un coup sec et rageur, elle enfonça la lame dans la gorge du fuyard. Le troll convulsa quelques secondes avant de s’immobiliser définitivement. Balan l'aida ensuite à se relever et à rejoindre les autres.


— Nous pouvons laisser les corps ici, les charognards se chargeront de nettoyer tout ça, dit-il tranquillement en passant à côté des aspirants. Venez, nous allons faire un point sur la situation.


De retour à leur abri improvisé, Balan dressa le bilan.


— Beau travail. Mais le plus dur commence. Le camp principal est à quelques heures. Nous attaquerons par le nord et nous frapperons cette nuit pour bénéficier de l’obscurité. En route !


Tandis que le groupe se remettait en marche, le soleil commençait sa lente descente vers l’horizon. La lumière dorée de Quel’Thalas cédait peu à peu la place à de longues ombres violettes et étirées. Kâel fermait la marche aux côtés d’Elyria. Toute la tension qui bloquait la jeune Quel’dorei s’était dissipée, remplacée par une assurance rayonnante. Elle lui asséna un coup de coude taquin dans les côtes.


— Hé ! Ce n'est pas parce que tu as ouvert le bal que tu dois martyriser tes coéquipiers ! chuchota Kâel avec un faux air indigné.

— Un soupçon de jalousie, Lame-Solaire ? Tu as vu ce tir ? s'amusa-t-elle en faisant mine de tirer une flèche vers la tête de Kâel avec ses doigts. En plein dans le mille !

— J’aurais bien aimé en découdre aussi, mais bon… il fallait bien que tu évacues la pression, répliqua-t-il avec un sourire.

Ne t'inquiète pas, toi aussi ton tour viendra... attends... que j’évacue la pression ? Non mais pour qui tu te prends, Monsieur le frimeur ?! s'offusqua-t-elle en frappant gentiment l'arrière du crâne de Kâel avec le bois de son arc.

— Aïe ! Mais c'était pour rire ! dit-il en se massant la nuque.

Il y a intérêt, sinon ma prochaine flèche pourrait bien te toucher par mégarde. Tu sais, pour « évacuer la pression ».

— C’est une menace ?

Exactement ! Allez, rattrapons le groupe, conclut-elle en souriant avant d'accélérer le pas.


Kâel la suivit, le cœur plus léger. Il était heureux de retrouver son amie confiante et boute-en-train. Mais au fond de lui, une pointe de frustration demeurait. Le combat avait été si bref, presque clinique. Le frisson de la bataille qu’il espérait tant lui avait échappé.


Pourtant, comme l’avait dit Balan, la vraie nuit ne faisait que commencer.




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