La voix de l'ombre - Livre IV - Un passé recomposé

Chapitre 16 : La révélation

Par petiflocon2neige

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Chapitre 16 : La révélation.



Une immense porte de fer était en cours de construction à la frontière entre Talador et la Jungle de Tanaan. Et Keera devait bien admettre que Garrosh, qui était à l'origine de tout cela, avait été particulièrement persuasif. Il avait réussi à convaincre Grommash de refuser de boire le sang démoniaque, de réunir tous les clans orcs derrière une seule bannière, et de projeter d'envahir d'autres mondes.

Depuis l'annonce de la formation de la Horde de Fer, Keera commençait à comprendre que même si Ga'nar rejoignait Durotan pour que le clan Loup-de-givre soit au complet, ils ne pourraient faire face. Elle devait absolument entrer en contact avec les draeneï, et si possible, avec Velen directement.


Cependant, elle était également tentée de trouver Grommash pour essayer de lui faire entendre raison, et de le protéger des intentions de Garrosh. Car si Garrosh ouvrait une voie vers d'autres mondes, un exploit qu'il n'était pourtant pas capable de réaliser, cela les mettrait tous en danger.

Elle s'était donc laissée prendre par les Rochenoire et amener jusqu'ici dans ce but. La nouvelle de la construction d'un bastion qui servirait de point de départ de l'assaut dans la Jungle l'avait enjointe à se montrer docile, sachant qu'on l'y conduirait probablement, et que Grom devait s'y trouver.

Elle ne voulait pas non plus exposer Sorata plus que nécessaire, le temps de trouver une solution pour le mettre à l'abri. Si possible tout près. C'est pourquoi elle ne l'avait pas confié aux Loup-de-givre, dont le fief était constamment cerné par des ennemis.


À mesure qu'ils s'enfonçaient dans la Jungle, des bâtiments de guerre se dressaient, tandis que Keera vit des gronns captifs à qui les orcs avaient accroché des canons. Ils avaient réussi à soumettre de telles créatures, et cela relevait de l'exploit.

De nombreuses machines de guerre encadraient la route qu'ils empruntaient pour rejoindre le bastion, dont le nom avait été manifestement choisi par Garrosh : la Citadelle de la Flamme Infernale.


D'après les informations que Moz'dor lui avait confiées, une personne de confiance se trouvait dans l'un des camps près de la Citadelle. Keera pensait pouvoir s'enfuir, lui confier Sorata, puis rejoindre Grommash sans risquer de mettre son petit en danger. Elle reprendrait l'enfant ensuite, et partirait trouver les draeneï.

Mais leur fausser compagnie s'avérerait compliqué. D'autant qu'elle les voyait emmener Ga'nar dans une autre direction. Inquiète, Keera interrogea Orgrim qui revenait près d'elle et de son loup après avoir donné ses ordres :



Orgrim la dévisagea, et tira les rênes de son loup pour le faire avancer.


Il ne se retourna pas davantage, et poursuivit sa route. Ga'nar lança un dernier regard vers la princesse, et fut emmené sans ménagement, vociférant et pestant tout ce qu'il pouvait. Soudain, le doute s'installa chez la princesse, qui avait commencé à penser qu'Orgrim ne la conduirait pas auprès de Grommash.



Orgrim jeta finalement un œil dans sa direction, et répondit :


Sur ces paroles, Orgrim se ferma, et continua de guider son loup, ignorant les éclairs que Keera lui lançait de son regard sombre et venimeux.


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Keera avait repéré trois camps orc sur le chemin qui menait à la Citadelle. Plus loin à l'est, une immense porte sculptée dans la montagne semblait être leur destination. Le bastion en question ne serait pas facile à fuir, elle devait donc envisager de s'évader dès maintenant.

Cependant, comme s'il se doutait de quelque chose, Orgrim ne la lâchait pas d'une semelle. Il allait falloir ruser. Quitte à mettre sa dignité de côté. Et heureusement pour elle, la jungle regorgeait de possibilités.


Arrivés près d'un sentier aux plantes très hautes, Keera lança son jeu :


Dans un grognement, Orgrim rabroua la troupe qui s'arrêta. Il l'aida à descendre de son loup, puis la regarda s'enfoncer dans les fourrés.


Malgré sa menace de la garder à l’œil, Orgrim ne pouvait se résoudre à la mirer dans un tel moment d'intimité. Il renifla bruyamment, et examinait les alentours en attendant qu'elle ait terminé.

Après quelques minutes, légèrement gêné, Orgrim demanda à l'une de ses guerrières d'aller vérifier pour lui si Keera avait terminé. Elle revint quelques secondes plus tard.



Il fit un tour d'horizon, mais ne trouva que quelques animaux qu'il ne valait mieux pas contrarier, ainsi qu'une végétation grimpante le long des arbres.


Orgrim le regarda s'éloigner, et refit un tour d'horizon du regard. Comment avait-elle pu s'enfuir ?

Il n'avait rien entendu, ni vu personne courir. Il regarda alors en hauteur pour tenter d'apercevoir quelqu'un qui aurait grimpé dans un arbre.

Rien. Il attendit que Kalak ne revienne après une bonne heure de recherches pour reprendre la route. Tout en chevauchant son loup géant, il se surprit à s'inquiéter, non pas pour le danger que Keera pouvait représenter, mais pour leur sécurité, à elle et son petit.


La Jungle de Tanaan était réputée pour ses nombreux dangers, comptant une faune sauvage des plus hostiles, sans parler du clan de l'Orbite-Sanglante, l'un des plus féroces clan orc. Depuis peu, la Jungle abritait également de dangereux démonistes issus du Conseil des Ombres, un groupuscule des plus sinistres et maléfiques créé par Gul'dan, et dont la plupart des partisans erraient encore dans la nature.


C'est donc avec une grande prudence que Keera choisit de se libérer des lianes formées le long des troncs d'arbres, et dans lesquelles elle s'était cachée avec son enfant. Ainsi dissimulés, sans un bruit ni même un geste, elle avait pu disparaître, et attendre que la troupe ait déserté pour reprendre la route.


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Il devenait difficile de se cacher en approchant de la Citadelle. Plusieurs camps éphémères étaient installés tout autour, servant apparemment de dépôts d'armes pour la plupart. Moz'dor lui avait indiqué celui où était stationnée la personne de confiance qu'elle recherchait. Ce devait être le camp le plus à l'est.

Keera se faufila entre les arbres, camouflée par la faune qui entendait ses suppliques et les dissimulaient, elle et Sorata. Une tour de guet avait été édifiée sur une colline, et comptait des orcs du clan de l'Orbite-Sanglante. À présent affiliés à la Horde de Fer, ils surveillaient le périmètre.


Après avoir parcouru une longue distance depuis sa fuite, et esquivé de nombreuses créatures des plus dangereuses, elle trouva enfin le camp où son amie se trouvait. Toujours cachée par les broussailles, elle scruta de loin la composition du camp. Elle comptabilisa une bonne vingtaine d'orcs, peut-être de clans différents, car elle reconnut plusieurs sortes d'épidermes et d'armures.

C'est alors qu'elle la vit. Discutant avec un autre orc, Regga semblait absorbée par la conversation. Keera attendit donc qu'ils aient fini pour demander au vent de lui susurrer sa présence, ainsi que le lieu où elle pourrait la rencontrer sans être vues.


Regga n'étant pas une chamane, elle se méfia d'abord, et Keera la vit regarder autour d'elle, l'air renfrogné. Le second souffle de vent lui fit parvenir l'air d'une ritournelle que les dompteuses de loups utilisaient pour calmer leurs meutes. Keera vit à son regard qu'elle avait compris, et la regarda s'éclipser, faisant en sorte de ne pas être vue.

La princesse recula de quelques pas afin de ne pas être à vue, tout en berçant discrètement son enfant qui bâillait. Regga la rejoint furtivement, telle une louve ondulant dans la forêt.



Le ton employé était bien inhabituel, et plutôt sec. Mais elle choisit de l'ignorer.


Regga réfléchit. Elle allait être interrogée si elle revenait au camp avec un bébé dans les bras. Toutefois, une perspective se dessina.



Sentant que quelque chose clochait peut-être, la princesse confia Sorata à son amie, puis s'enfonça dans les fourrés. Elle suivit Regga du regard, afin de s'assurer que tout irait bien.


Elle la vit se diriger vers une hutte, la plus grande du camp, de ce qu'elle avait pu noter. Deux orcs gardaient l'entrée, et Keera se demanda pourquoi Regga se dirigeait vers la hutte du chef de ce camp. Inquiète, elle la vit entrer, pour en sortir quelques minutes plus tard, sans Sorata, et suivie de...


Garrosh !


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Mais qu'avait-elle en tête ? Confier son enfant à Garrosh ? L'avait-elle trahie ?

Keera utilisa à nouveau le vent pour l'appeler. Elle la somma de la rejoindre là où elles s'étaient vues, ce que Regga semblait ignorer. Elle regarda vers l'extérieur du camp, comme pour chercher Keera du regard, et poursuivit sa route.

Keera lui envoya un second message, cette fois en menaçant de tuer chaque orc du camp si elle n'obéissait pas. Regga s'arrêta, et sembla prendre la direction du lieu de leur rencontre.


Quelque peu rassurée, Keera la rejoint rapidement, car elle tenait à récupérer son enfant au plus vite. Même si elle doutait que Garrosh puisse lui faire du mal.


Keera était hors d'elle. Mais Regga, qui ne paraissait pas plus intimidée que cela, ne répondit pas. L'agrippant par les épaules, la princesse la forcerait à lui répondre, quel que soit le moyen employé.


Regga la gratifia d'un regard noir, puis répondit :


Interloquée, Keera commença à comprendre. Regga n'aurait jamais agi ainsi, pas sans une bonne raison. Et elle n'en voyait qu'une.


De quelle vie... Regga ne parlait-elle pas de son frère, Reggor, que Garrosh et elle avaient tué ? N'avait-elle pas appris qu'ils l'avaient éliminé, bien que Keera doutait de la possibilité qu'elle l'ait appris. Mais alors, de quoi parlait-elle ?



Choquée, paralysée, Keera comprit. Elle se souvenait à présent combien Regga...


Malgré l'air totalement désarçonné de la princesse, Regga poursuivit sa diatribe. Elle ne vit pas tout de suite que Keera ne l'entendait même plus. Dans un état second, elle devait intégrer ce qu'elle venait d'apprendre.


C'était donc Garrosh qui avait passé la nuit avec elle, et qui, de fait, était le père de son enfant. Tout défilait à présent devant ses yeux : l'attitude neutre, presque éteinte de Garrosh lorsqu'elle lui avait expliqué les événements de cette dernière nuit chez les Chanteguerre. Il avait dû comprendre à ce moment-là que c'était son enfant qu'elle attendait. Son empressement à la protéger, à la ramener à Nagrand. Sa main qu'elle avait sentie posée sur son ventre. Comment avait-elle pu être aussi aveugle ?


Keera avait trouvé tout cela suspect, et croyait qu'il culpabilisait de ne rien lui dire de ce qu'il savait sur cette nuit. Mais en fait, elle était bien loin du compte.


À présent revenue à elle, la princesse fronça sévèrement les sourcils, ce qui valut à Regga un léger geste de recul.


Prise d'un doute, l'orque ne pipa mot. Elle n'avait en effet jamais remarqué que Keera ait pu montrer le moindre intérêt pour Garrosh. De plus, elle disait avoir un compagnon. Mais c'était égal, ce qui était arrivé entacherait à jamais leur amitié.



Puis la princesse disparut dans la nature.


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Le soleil s'était couché sans même que Garrosh ne s'en rende compte. Afféré auprès d'autres généraux de la Horde de Fer, il ne songeait qu'à l'enfant que la dompteuse lui avait amené. Il l'avait laissé dans un couffin de fortune qu'il avait suspendu à une solive par des cordes, dans sa hutte, et sous la surveillance de ses deux gardes, le temps de terminer leur débat. Armé de la légendaire Hurlesang, que Grommash lui avait officiellement légué avec le titre de seigneur du clan Chanteguerre, Garrosh l'admirait, l'air absent.


Il avait laissé la sienne en Pandarie, refusant de la laisser souillée par les énergies du Dieu très Ancien, lors du Siège d'Orgrimmar. Il considérait que Hurlesang avait libéré les orcs de l'esclavage, alors manié par son père. Xal'atoh, son reflet corrompu, aurait dû l'aider à conquérir le monde. Il pensait qu'on avait dû récupérer Hurlesang, et la garder précieusement, comme l'héritage prestigieux qu'elle représentait.


Une fois les débats terminés, il se hâta donc de rejoindre le petit, et se figea lorsqu'il vit ses gardes inconscients mais encore debout devant sa hutte. Pensant qu'il était arrivé malheur à son fils, il accourut, et pénétra à l'intérieur. L'enfant ne pleurait pas, dormant dans son linge, sa mère debout auprès de lui.

Rassuré, et finalement peu surpris de l'y trouver, Garrosh rengaina sa hache, et dit :



Mais la princesse ne répondit pas. Elle admirait son enfant, tournant le dos à l'orc. Après quelques instants, elle pivota, et marcha vers lui. Une fois à sa hauteur, elle le fixa, regard qu'il soutint, lorsqu'une main vint le frapper si fort au visage qu'il chancela sur le côté, hébété.

La gifle était accompagnée d'un regard noir, et la vitesse d'exécution était telle qu'il ne l'avait pas vu venir.


Reprenant peu à peu ses esprits après avoir secoué la tête, Garrosh chercha Keera du regard.


Sur la défensive, bien qu'encore sonné, Garrosh attendit qu'elle décharge toute sa haine pour intervenir.


Reprenant ses esprits, l'orc susurra :


Il ne l'avait jamais vue aussi furieuse. Ses yeux le foudroyaient littéralement, bien que des larmes perlaient. Elle serrait ses petits poings compulsivement, ce dont il se méfia, gageant qu'elle pouvait les dégainer de façon fulgurante. Et sa mâchoire n'était pas prête d'oublier le coup qu'il venait de recevoir.


Aussi calmement que possible, malgré la rage qui montait du fait du coup reçu, Garrosh tenta de communiquer :


Keera lui lança un regard glacial, mais se tut. Elle serrait les dents si fort qu'elle crut qu'elles allaient céder sous la pression. Le regard dur, Garrosh la regarda tenter de se calmer.


Il disait vrai. Durant son procès, elle avait soutenu qu'il ne devait pas cautionner ce genre de pratiques. Cela n'était pas dans son tempérament. Mais à présent, elle pouvait en douter.


Outrée par ces révélations, Keera peinait à y croire.


Keera resta interdite. Elle avait conscience qu'elle plaisait aux hommes. Elle n'était pas naïve au point de penser qu'elle était repoussante. Mais de là à croire qu'elle ait pu le retenir ainsi...

Elle se souvint alors du mal-être qui l'avait poussée à partir, loin des Chanteguerre. Mais surtout loin d'Orgrim. Avait-elle cherché le réconfort auprès de Garrosh, qui l'avait apparemment sauvée d'un orc bien moins scrupuleux ?


Avait-elle cru qu'il s'agissait d'Orgrim ? Cela aussi était une possibilité. Mais Garrosh soutenait qu'elle l'avait reconnu. Or, elle savait pertinemment qu'elle ne lui aurait jamais cédé.


À présent aux prises avec un terrible doute, son visage furieux muta en une grimace de dégoût d'elle-même. Ce que Garrosh exposait était possible. Très peu probable, mais possible. Et en effet, on pouvait lui reprocher nombre de crimes, mais contraindre une femme, elle en doutait sérieusement. Car Garrosh, bien que discutable, avait sa vision de l'honneur.

Voyant combien ces dernières paroles la perturbaient, l'orc ajouta :



Encore sous le choc de toutes ces révélations, Keera, qui ignora l'air menaçant de Garrosh, sentit l'abattement la gagner. Ses membres lui paraissaient si lourds tout à coup. Cependant, elle sentit aussi son cœur s'alléger, comme si un lourd fardeau s'était envolé. Elle avait tant pensé à ce qui était arrivé durant cette nuit, tant voulu connaître le nom de celui qui était à l'origine de cette grossesse non désirée. Et ce poids en moins la fit culpabiliser. Un tel soulagement provoqua un sanglot qu'elle ne put retenir. Tout lui semblait clair à présent. Et la vérité, si tant est qu'elle le soit, était affligeante.


Portant une main sur sa bouche, elle tenta d'étouffer un cri de dépit. Ses larmes coulèrent, et elle vacilla. Se retenant à un pan de la hutte, elle se laissa glisser sur un banc de bois disposé près d'elle. L'orc l'observa, et réalisa l'impact d'une telle révélation sur elle. Le détestait-elle à ce point ?

Ne sachant pas comment s'y prendre, Garrosh la regarda, d'abord avec embarras, puis avec une certaine compassion. Il s'approcha d'elle, s'agenouilla pour lui faire face, et dit :



Keera leva les yeux vers lui, pinça ses lèvres, et dit :


Garrosh eut un étrange sourire. Fronçant les sourcils, Keera l'observa.


Garrosh la regarda avec rancœur. Il n'avait en effet jamais cherché à la blesser. En revanche, elle ne se gênait pas pour le faire, et ses mots, aussi incisifs qu'un couteau, avaient toujours su l'atteindre d'une façon ou d'une autre.



Les yeux écarquillés de colère et d'indignation, Keera eut un pincement au cœur. Cette vérité était si évidente, dure et foudroyante, qu'elle lui en voulait de l'avoir verbalisée. Ses paroles étaient aussi impitoyables qu'elles étaient vraies, lui prouvant une fois de plus que Garrosh était tout sauf un imbécile. Il la connaissait mieux qu'elle ne le pensait, et avait bien compris ce qui la traversait. Car c'était bien à elle qu'elle ne pardonnerait jamais.


Il avait raison.


Mais Garrosh n'aimait pas la voir ainsi vulnérable et affligée. Et devant son désespoir, il ajouta :


Une façon bien étrange de relativiser. Avait-il cherché à la consoler ? Keera comprit néanmoins comme Garrosh tentait de la réconforter.


À sa manière.




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