Le silence qui suivit était plus lourd que les livres éparpillés autour d'eux.
Carlisle ne bougeait toujours pas.
Ses yeux sombres restaient fixés sur les marques profondes laissées dans le bois ancien du bureau.
Des traces qu'il ne pouvait pas effacer.
Des traces qui prouvaient qu'il n'était pas aussi invincible qu'il voulait le croire.
Bella resta face à lui.
Puis un courant d'air glacial traversa la pièce.
L'odeur de la forêt envahit la bibliothèque.
Une présence familière apparut dans l'encadrement de la porte.
Edward.
Son regard passa sur les livres détruits.
Sur le bureau déplacé.
Puis sur Carlisle.
Pendant quelques secondes, il ne dit rien.
Et ce silence fut plus violent qu'une accusation.
— Tu as perdu le contrôle.
Ce n'était pas une question.
Carlisle releva lentement les yeux.
— Non.
Edward eut un sourire triste.
— Alors pourquoi cette pièce ressemble-t-elle à ce que tu as passé trois siècles à fuir ?
Le coup porta.
Carlisle détourna légèrement le regard.
Edward entra dans la pièce.
— Tu nous as appris à survivre sans devenir ce que nous sommes réellement, Carlisle.
Sa voix trembla.
Pas de colère.
De peur.
— Tu étais celui qui nous rappelait que nous pouvions être meilleurs.
Il regarda Bella.
— Et maintenant, je te vois lutter contre quelque chose que tu refuses même d'admettre.
Bella serra les mâchoires.
— Vous avez tous décidé qu'il était déjà perdu.
Edward se tourna vers elle.
— Non, Bella.
Son regard s'adoucit une seconde.
— C'est justement parce qu'il compte pour nous que nous avons peur.
Un silence suivit.
Puis Bella répondit :
— Alors pourquoi personne ne lui demande ce qu'il ressent ?
Edward resta immobile.
Parce qu'il connaissait la réponse.
Parce que Carlisle avait toujours été celui qui portait les autres.
Jamais celui qu'on sauvait.
Un bruit léger résonna dans le couloir.
Esme apparut dans l'encadrement de la porte.
Son regard parcourut la bibliothèque détruite.
Puis Carlisle.
Et dans ses yeux, il n'y avait ni colère ni jugement.
Seulement une immense tristesse.
— Carlisle...
Un seul mot.
Mais il contenait trois siècles d'amour.
La forteresse Cullen venait de se fissurer.
Pas parce qu'un ennemi l'avait attaquée.
Mais parce que, pour la première fois, ses habitants avaient cessé de prétendre qu'elle était parfaite.