Les couloirs du lycée de Forks semblaient rétrécir chaque jour davantage.
Les conversations sur le bal de fin d'année, les devoirs de biologie et les préoccupations ordinaires des adolescents lui paraissaient appartenir à une autre existence.
Bella Swan n'était plus totalement présente dans ce monde.
Son esprit restait prisonnier derrière les vitres de l'hôpital du comté. Derrière un regard doré. Derrière un mystère qu'elle aurait dû laisser tranquille.
Mais elle n'y arrivait pas.
À seize heures, lorsque la dernière sonnerie retentit, elle ne prit pas la direction de la maison.
Son vieux pick-up quitta la route principale et se gara devant la clinique de Forks.
Entre ses mains, elle tenait une boîte de dossiers médicaux destinée à son bénévolat.
Du moins, c'était l'excuse qu'elle s'était donnée.
L'aile ouest de l'établissement était rarement fréquentée.
Les archives médicales occupaient un espace silencieux où l'odeur du papier ancien se mélangeait à celle du bois ciré.
Étrangement, cela lui rappela immédiatement le bureau de Carlisle.
Bella classait les dossiers avec application, mais son attention restait ailleurs.
Chaque bruit de pas dans le couloir faisait accélérer son cœur.
Chaque ombre derrière la vitre opaque lui rappelait que les Cullen n'étaient jamais aussi simples qu'ils voulaient le faire croire.
Puis une voix traversa la cloison.
Une voix calme.
Ancienne.
Une voix qu'elle aurait reconnue entre mille.
Carlisle.
Il parlait à quelqu'un.
Bella s'immobilisa.
Ce n'était pas son ton de médecin.
Ce n'était pas la voix rassurante qu'il utilisait devant les patients.
C'était celle d'un homme fatigué par des siècles de souvenirs.
— Les choix que nous avons faits à Chicago ne peuvent plus être effacés, Esme, murmura-t-il. Edward sent le danger. Il pense qu'elle cherche à comprendre.
Un silence suivit.
Puis la voix d'Esme s'éleva, douce mais traversée d'une inquiétude profonde.
— Et toi, Carlisle ? Qu'est-ce que tu cherches réellement à cacher ?
Bella retint son souffle.
Le silence qui suivit sembla durer une éternité.
Puis Carlisle répondit.
— Je cache le fait que, depuis très longtemps… je pensais avoir compris chaque partie de moi-même.
Une pause.
— Et Isabella Swan m'a rappelé qu'il existe encore des choses que même l'immortalité ne permet pas de contrôler.
Le cœur de Bella manqua un battement.
Elle recula d'un pas.
La boîte de dossiers glissa de ses mains.
Les classeurs tombèrent au sol dans un bruit brutal, brisant le calme des archives.
La porte s'ouvrit immédiatement.
Carlisle se tenait dans l'encadrement.
Son visage était toujours parfait.
Toujours calme.
Mais, ses yeux dorés ne portaient plus seulement la compassion d'un médecin.
Ils portaient la peur d'un homme dont le secret venait de trouver une fissure.
Pendant quelques secondes, aucun des deux ne parla.
Puis Carlisle murmura :
— Isabella...
Et pour la première fois depuis qu'elle l'avait rencontré, Bella comprit une chose.
Le vampire devant elle n'avait pas peur d'être découvert.
Il avait peur de ce qu'elle pourrait découvrir sur lui.