L'heure de Saint Marc

Chapitre 4 : La décision

Par RoseRebelle

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ONE-SHOT La décision

POV Edward


Je ne prévins personne. Ce fut le premier soin que je pris, et le plus difficile, car ce que je m'apprêtais à faire, une seule d'entre nous pouvait le voir avant qu'il advînt, et l'empêcher.

Alice.

Je connaissais le fonctionnement de son don : je l'avais écouté travailler pendant des décennies, j'avais vu de l'intérieur comment l'avenir se forme et se défait dans son esprit. Elle ne voyait que les décisions prises. Tant qu'un choix demeurait flottant, indécis, ramifié en mille possibles, il restait pour elle un brouillard sans contour. Aussi ne décidai-je rien à l'avance. Je n'arrêtai mon dessein qu'au tout dernier instant, par fragments, choix après choix, gardant chaque résolution suspendue le plus longtemps possible, pour que rien ne se fixât assez nettement dans l'avenir pour qu'elle le distinguât. Je morcelai ma propre mort en une poussière de petites décisions, afin qu'aucune ne fût assez grosse pour qu'elle la vît venir.

C'était une cruauté que je leur devais, à eux. Pas à moi.

Carlisle m'eût supplié, il eût posé sur moi ce regard qui m'avait relevé d'entre les morts une première fois, et il m'eût demandé de patienter, encore, toujours, au nom d'une espérance à laquelle lui seul avait su rester fidèle.

Esme se fût brisée, simplement, sans bruit, comme se brisent les êtres qui aiment trop.

Emmett n'eût pas compris.

Jasper eût tout senti, tout porté, ma douleur ajoutée à la leur, et cela seul était une raison de ne pas la leur infliger de près.

Je ne voulais pas qu'ils tentassent de me retenir. Je ne voulais pas qu'ils assistassent. Je voulais disparaître proprement, de loin, sans leur laisser d'autre choix que de l'apprendre une fois la chose faite, quand il n'y aurait plus rien à faire que de me pleurer un temps, puis de continuer, car ils continueraient. C'était ce que je leur souhaitais. Qu'ils continuassent.

Eux n'auraient pas eu la fermeté qu'il fallait. Il en existait d'autres, plus loin, plus vieux, plus froids, qui l'avaient. Assez anciens pour ne plus rien craindre, assez sûrs de leur droit pour faire sans frémir ce qu'aucun des miens n'eût consenti à faire. Il suffisait, croyais-je, de le leur demander.

Et s'ils refusaient, car je commençais à le pressentir déjà, ils pourraient bien refuser, je savais comment les y contraindre.

Je me levai.

La poussière glissa de mes épaules. Sous mes pieds, l'immeuble continuait de battre, ignorant, la vieille femme du troisième priait encore, l'enfant avait fini par s'endormir.

Je traversai la nuit moite du sud sans la voir. Quelque part, dans cette ville dont je n'aurais jamais su le nom, il y avait un aéroport : au-delà, un avion, et tout au bout, une ville sur une colline qui m'attendait depuis trois mille ans sans savoir que je venais.




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