PROLOGUE
Charlie Swan regardait une nouvelle fois l'affiche qu'il tenait entre ses mains comme s'il y cherchait un indice qu'il n'avait pas encore trouvé. Pourquoi la gardait-il ? Il connaissait ce visage par cœur. Ce prénom ne quittait jamais son esprit.
L'image n'était pas de très bonne qualité, l'impression en noir et blanc n'arrangeait rien, mais on pouvait clairement voir que la jeune fille n'était pas à l'aise, à la manière dont ses yeux fixaient l'objectif et au sourire timide qu'elle lui adressait. Un sourire de façade. Charlie l'avait toujours su.
Elle était partout : sur chaque devanture de magasin, chaque lampadaire, chaque panneau publicitaire. Il s'était assuré que toute personne vivant dans cet État sache qu'elle était en danger. Elle avait fait la une des journaux papier et des journaux télévisés avant de tomber dans l'oubli, comme tant d'autres. Charlie eut un petit rire sans joie à cette pensée. La masse misérable des êtres humains se nourrissait de la détresse et de la douleur des autres, puis passait à autre chose dès qu'une nouvelle tragédie se présentait. Son devoir était de protéger les gens, il le savait, c'est pour cela qu'il était devenu policier, mais comment pouvait-il continuer à servir alors que la personne la plus importante de sa vie avait disparu ?
« Elle a dix-sept ans, tu sais. Peut-être qu'elle est partie d'elle-même et qu'elle ne veut pas être retrouvée », lui avait lancé un collègue, un matin, sans même lever les yeux de son café.
C'était la pensée de beaucoup. Il le lisait sur leurs visages, dans leurs silences polis, dans les regards qu'ils échangeaient sur son passage. Pourtant son instinct lui hurlait qu'elle n'était pas partie de son plein gré. Bella ne fuyait pas. Bella endurait, c'était ça son drame, depuis toujours.
Ce matin-là, il s'était levé avec une sensation étrange, viscérale, comme si un danger allait s'abattre sur la maison. Il avait gardé son arme à la ceinture toute la matinée, guettant le moindre mouvement, sans savoir pourquoi. Vers onze heures, il avait réalisé que quelque chose clochait : Isabella n'était toujours pas réveillée. Elle n'était pas du genre à faire la grasse matinée. Il avait couru à l'étage, poussé la porte de sa chambre.
Personne.
Il avait parcouru la ville de long en large avec sa voiture de patrouille, interrogeant chaque habitant.
Rien.
Elle s'était envolée.
Les Cullen avaient quitté Forks un mois avant sa disparition. Charlie avait tout tenté pour les contacter, mais ils étaient introuvables, tout comme sa fille. Comme si les uns et l'autre avaient été effacés du monde en même temps. Cette coïncidence le rongeait, même s'il ne pouvait pas expliquer pourquoi.
Un coup à la porte interrompit ses pensées.
Distraitement, il se dirigea vers l'entrée. La poignée était froide sous ses doigts, plus froide que d'habitude, lui sembla-t-il.
Ses yeux s'écarquillèrent.
Il n'avait jamais vu cette femme aux cheveux flamboyants, et pourtant quelque chose dans son visage lui était familier, une géométrie trop parfaite, une immobilité trop absolue, comme une statue qui aurait appris à sourire.
« Bonjour, Charlie. Je viens de la part de Bella », dit-elle en souriant.