POV Aiden
Après l'explosion, je restai immobile, le souffle lourd, épuisé par les deux sorts intenses qu'il m'avait fallu mêler pour créer une telle déflagration. La fumée se dissipait peu à peu, et je gardai la main sur le pommeau de mon épée, au cas où.
Je soupirai de soulagement en voyant tous les vampires à terre. D'un côté, les corps étaient figés dans la glace, qui finit par se briser toute seule. De l'autre, ils étaient complètement carbonisés. Avec toute la puissance que je venais de dépenser, la toxicité s'était légèrement affaiblie, et les marques noires sur mon visage avaient un peu reculé. Mon bras, transpercé par les épines de Merilith, me lançait, et les griffures de Morgilith sur mon torse me brûlaient à chaque respiration. Rien de mortel, mais je saignais encore.
Je m'approchai des deux vampires les plus dangereux. Le colosse était mort, figé par mon gel. L'autre, complètement carbonisée, respirait pourtant encore. Sans hésiter, je lui plantai mon épée dans le cœur, puis je lui tranchai la tête et les membres, au cas où.
Je soupirai, et une vague de fatigue me jeta à genoux. Essuyant la sueur sur mon front, je m'appuyai sur mon épée et murmurai :
« Note à moi-même : un peu moins violent, l'explosion. Je dois encore équilibrer l'Aard, il prend trop de place par rapport à Igni. »
Je me redressai en soupirant, et c'est alors que je vis Regis arriver, gravement blessé.
« Tu es en retard, dis-je en gardant la main sur mon épée.
Désolé, répondit-il en souriant malgré ses blessures. J'ai croisé mon cher ami. »
Je fronçai les sourcils.
« Tu sais qu'à cause de ce lien dont tu ne m'as pas parlé, ils ont tout su de nous ? C'était un foutu piège. Un sorceleur ordinaire serait mort depuis longtemps. »
Il soupira.
« Je m'en excuse. Mais ne t'inquiète pas, ce lien... on l'a brisé avec le sang. »
Je fus surpris, mais je n'eus pas le temps de lui demander plus de précisions : mon regard se posa sur l'entrée de la mine, et ce que j'y vis me glaça le sang. Regis aussi.
Un homme en sortit, souriant, les bras derrière le dos, accompagné de l'autre connard qui m'avait blessé. Je reconnus aussitôt Thurlas : Hisié me l'avait montré dans sa vision. Des traits elfiques d'une beauté glaçante, une peau d'une pâleur de marbre, de longs cheveux argentés, et ce sourire. Mais ce fut surtout le sentiment de danger immense qui m'écrasa de tous côtés, comme si la faux de la Mort elle-même reposait sur ma gorge.
Ce fut Regis qui me tira par le bras. Sa voix n'avait plus rien de son ton jovial : il paniquait sérieusement.
« Aiden, cours ! »
Je ne sais pas pourquoi, mais je lui obéis. Je me téléportai avec Regis jusque dans la forêt. Je ne saurais pas expliquer ce que je ressentais, mais je le savais au fond de moi : si j'étais resté, en plus d'être légèrement épuisé par l'immense magie que j'avais déployée, j'aurais tout simplement été tué.
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POV Thurlas
Je regardai avec amusement les deux petits insectes s'enfuir, puis mon regard se posa sur les alentours, parsemés de cratères et de traces d'explosion. Mon serviteur Morgilith s'inclina et dit respectueusement :
« Seigneur, dois-je aller vous les chercher ? »
Je secouai la tête, amusé.
« Non. J'ai envie de jouer. »
Je bougeai les doigts, et un arc de sang et de flammes apparut dans ma main. Souriant avec plaisir, je tirai vers ces insectes. La flèche grandit démesurément, dévastant tous les arbres sur son passage.
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POV Aiden
Pendant que nous courions, une sensation de mort imminente me fit regarder derrière moi, sans que je sache pourquoi. Une immense flèche de sang et de flammes fonçait droit sur nous.
« Regis ! » hurlai-je.
Il se retourna et cria qu'il fallait fuir. Nous continuâmes à courir, en zigzaguant, en virant de gauche à droite, mais la flèche nous suivait.
« Elle suit l'odeur de ton sang ! cria Regis. Et je n'ai plus assez de force pour nous téléporter, pas après Detlaff !
C'est peine perdue ! répondis-je en serrant les dents. Il faut faire quelque chose ! »
Il réfléchissait aussi, mais je ne voyais qu'une seule solution. Je m'arrêtai, et Regis s'arrêta aussi.
« Que fais-tu ?! s'écria-t-il.
Ça ne sert à rien de fuir, il faut l'arrêter. »
Je soupirai et lançai Quen sur moi, puis je dis à Regis, qui était derrière moi :
« Écoute-moi. Je vais utiliser tout ce que j'ai pour créer un immense bouclier, mais je serai sûrement à plat après. Il faudra que tu me portes. »
Regis n'eut pas le temps de répondre : la flèche approchait dangereusement. Serrant les dents, j'utilisai tout ce qu'il me restait de magie pour dresser un immense mur de glace, que je soutenais de mes mains. La flèche en perça rapidement la moitié, puis les trois quarts. Je sentis la chaleur sur mon visage, puis une douleur immense dans mes bras.
De petites fissures, comme celles de la glace, apparurent sur ma peau. Je n'eus pas le temps de m'y attarder, car elles se multipliaient. J'avais poussé ma magie bien au-delà de ce que mon corps pouvait supporter. Le feu jaillissait par les trous du bouclier et me brûlait, mais, quelques secondes avant que le mur ne cède, la flèche s'évanouit. Elle avait pourtant traversé Quen, ce qui n'aurait pas dû être possible... à moins que ce ne soit du chaos ?
Mes jambes flanchèrent, et Regis me saisit pour me soutenir.
« On doit y aller. »
Je hochai la tête, et, appuyé sur lui, je m'éloignai de Thurlas en direction de Beauclair. Il était, hélas, bien plus dangereux que je ne le croyais.
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POV Thurlas
Je claquai la langue.
« Mmh ? Ils ont réussi à arrêter ma flèche. Impressionnant. Je comprends pourquoi Eredin le veut, mais bon, je m'y attendais un peu de la part de son héritier. »
Morgilith prit la parole.
« Ne vous inquiétez pas, mon seigneur. Je suis sûr que vous les aurez. »
Je hochai simplement la tête, quand je vis mon serviteur Detlaff arriver, lourdement blessé. Il s'agenouilla devant moi et dit en serrant les dents :
« Pardonne-moi. J'ai échoué à retenir Regis, et notre lien a été brisé. Je... »
Je souris et posai la main sur son épaule.
« Ce n'est pas grave. Tu auras ta vengeance plus tard, mais ce sera la dernière fois que j'accepte un échec. D'ailleurs, c'est sûrement à cause de cette même faiblesse que ta petite famille est morte. Tu devrais en tirer une leçon, Detlaff, non ? »
Je souris en voyant qu'il se retenait de répondre. Je le dépassai sans plus le regarder et arrivai sur la place, où je me mordis la main pour laisser mon sang couler sur les vampires morts.
Le sang s'infiltra dans la chair carbonisée. Les morceaux de Merilith, éparpillés sur le sol, rampèrent les uns vers les autres : les os se ressoudèrent, la chair se reforma, et la tête vint se replacer sur le cou, tandis que sa peau noircie retrouvait lentement sa couleur. Plusieurs autres vampires se relevèrent.
Je fronçai les sourcils : ils ne se relevèrent pas tous. Seuls ceux qui avaient été brûlés revenaient à la vie. Ignorant Merilith, qui baissa la tête, honteuse, Morgilith et moi nous approchâmes des restes glacés de Durgil.
Morgilith s'agenouilla pour ramasser un morceau de glace et me le tendit.
« Comment est-ce possible ? »
Je l'examinai avec l'énergie du chaos, et je sentis la glace affronter la mienne. Surpris, je me mis à rire à gorge déployée, une main sur le visage. Oh oui, quel délice ! Quel cadeau ! Un sorceleur qui est son héritier et qui, en plus, possède la magie ancienne... Quel plaisir !
« Le sorceleur n'appartiendra plus à Eredin, dis-je en souriant. Il est à moi. Je veux le tuer de mes propres mains, maintenant. »
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POV Syanna
Je mordais dans le cœur de la dernière goule que j'avais tuée. Je ne sais pas comment j'avais survécu, mais j'étais revigorée. Mon cœur était toujours inexistant, et pourtant je vivais. Je ne comprenais pas. Finissant le sang de goule, je m'essuyai la bouche.
« Je sens que je vais devoir me laver la bouche au savon. Leur sang a le goût de... ah, je ne sais même pas quoi. C'est juste dégueulasse. »
Je regardai autour de moi dans la grotte, puis je me levai en soupirant et avançai dans les couloirs sombres. À part l'odeur de charogne, il n'y avait aucune lumière de lune...
Mmh ?
Dans un coin du couloir, je vis des murs elfiques. Je m'approchai. Il y avait une porte couverte d'une écriture elfique, enfin, je crois que c'était de l'elfique, car je ne comprenais pas les symboles. Je poussai la porte et toussai légèrement à cause de la poussière.
D'un coup, des torches s'allumèrent les unes après les autres tout autour de la salle. Il n'y avait qu'une tombe, avec devant elle la statue d'une femme elfe tenant un enfant. Mais ce qui ressortait le plus, c'était l'arc d'ébène accroché comme un trophée ou un symbole au-dessus de la tombe. Je m'en approchai et essuyai la plaque, gravée en elfique. Je soupirai.
« Super, Syanna. Après être sans cœur, tu te mets à l'exploration de tombes. »
Je souris bizarrement en pensant à Aiden.
« Peut-être que si je m'en sors, je lui offrirai ma chance incroyable pour tomber sur des endroits elfiques. »
À cet instant, je vis du coin de l'œil une femme elfe d'une grande beauté me sourire. Je me figeai : c'était littéralement un spectre, enfin, je crois. Elle flotta vers moi, et je reculai instinctivement. Elle s'arrêta et dit :
« Pardonne-moi. Je me demandais quand mon héritière viendrait. »
Je clignai des yeux.
« Héritière ? De quoi tu parles ? Je suis juste une chasseuse de trésors, oui, c'est ça, je... »
Elle secoua la tête et désigna la porte du doigt.
« J'en doute. Seule mon héritière peut franchir cette porte, que j'ai enchantée. Et je suis encore capable de reconnaître les traits de celui qui nous a trahis, mon mari et moi. »
Le mot « trahir » me fit légèrement tressaillir. Je croisai les bras, sur la défensive au moindre geste suspect du spectre, et je la détaillai.
« Qui es-tu ? Et pourquoi parles-tu d'héritière ? »
Elle sourit, et sa forme spectrale se dissipa légèrement : elle retrouva des jambes fantomatiques, les pieds nus.
« Je m'appelle Guenièvre Pendragon, épouse du roi Arthur Pendragon. »
Je clignai des yeux, surprise, et cherchai qui cela pouvait bien être, mais rien ne me vint.
« Désolée, je ne connais pas. »
Elle secoua la tête, pas surprise.
« Je m'en doutais. Lancelot a réussi à effacer toute notre histoire. »
Elle sourit.
« Lancelot était le frère d'armes de mon mari et son plus proche ami. C'est aussi ton ancêtre, celui qui a fondé son pays sur les cendres de sa trahison, et l'a appelé Toussaint. Drôle d'ironie, tu ne trouves pas ? Un pays qui voulait ressembler à un conte de fées, et qui n'est en fin de compte qu'un pays bâti sur la trahison. »
Je ris amèrement.
« Oh, quelle surprise ! Peut-être que la trahison est dans l'acte de naissance de ce pays. »
J'avais répondu avec amertume, car « surprise » était un bien petit mot pour ce que je ressentais. Devais-je la croire ? Enfin, je... Je n'eus pas le temps de me perdre dans mes pensées, car elle répondit à ma question sur l'héritière, et me secoua encore davantage.
« Tu as peut-être raison. Ce pays est peut-être une terre de trahison, mais pour ce qui est de mon héritière... je suppose que tu es une femme née sous la malédiction du soleil noir ? »
Je serrai légèrement les dents. Toute mon enfance et toutes mes douleurs étaient dues à cette foutue malédiction, que je haïssais de toutes mes forces en moi. Mais les mots qui suivirent brisèrent le peu de calme qui me restait, car elle dit en souriant tristement :
« Je suis sincèrement désolée, mon héritière, mais la malédiction du soleil noir n'est qu'une pure invention. C'est un titre que Lancelot a créé, avec l'aide des vampires de Thurlas, pour cacher le fait que moi-même, je suis née sous une éclipse du soleil noir. Cette rumeur n'a eu qu'un seul but : tuer toutes les personnes qui pourraient manier cet arc, qui m'était destiné et qui peut tuer l'immortalité de toute créature. »
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(Note de l'auteur : pour mieux visualiser l'arc de sang et de flammes, imaginez Sukuna de JJK quand il fait son arc de feu.)