Le sorceleur spécial

Chapitre 52 : la femme de Cire

Par Blax

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POV Aiden

Je regardais légèrement le paysage autour de moi pendant que Nocturne trottait vers le vignoble, et franchement, même si c'est un peu déplacé de le penser dans ce contexte, les paysages étaient sublimes. Je comprenais pourquoi Toussaint était connu comme un pays où l'on se croirait presque dans un conte de fées.

Heureusement que le garde à la sortie avait bien voulu m'indiquer la direction du vignoble Leslie, car il n'y avait aucun panneau, et les vignobles s'étendaient à perte de vue. Je soupirai et, frottant la tête de Nocturne, dis : "Nocturne, je ferme les yeux quelques secondes, continue tranquillement vers la destination." Puis je me tus et, secouant la tête, ajoutai : "Sérieusement, Aiden, tu te mets à parler à Nocturne comme si elle te comprenait."

Je la sentis renifler tout en continuant à trotter, et souriant légèrement, je dis : "Oui, ma belle, promis, tu es vivante et tu me comprends." Secouant la tête, hésitant entre ma propre folie et l'hypothèse que Nocturne me comprenne réellement, je décidai de faire le point.

Je fermai légèrement les yeux et entrai en méditation. (Petite note de l'auteur : pour que vous compreniez dans quel état il se trouve, imaginez-le plongé dans un espace mental façon Sherlock Holmes, en train de rassembler tout ce qu'il sait.)

D'abord, pour ce qui concerne Syanna, c'était clair comme de l'eau de roche : c'est la sœur d'Anna Henrietta, et elle éprouve une haine profonde envers elle. En considérant qu'elle a subi des traumatismes sexuels, physiques et moraux, sans compter qu'elle n'a jamais été vraiment consentante pour devenir une rejetonne de vampire, on pouvait totalement comprendre sa haine.

Était-ce une bonne idée de la laisser courir dans la nature ? Pas vraiment. Mais je ne suis ni un preux chevalier, ni un foutu héros simplement, si elle s'en prend à des innocents, je l'arrêterai moi-même. Ça, c'est une promesse.

Revenons ensuite à Toussaint. De ce que je sais désormais, la famille royale actuelle est illégitime. Et au vu des vêtements de mes parents, aperçus dans le reflet d'eau que m'avait montré la Dame du Lac, je peux formuler deux suppositions : d'abord, que mes parents venaient d'un milieu très riche et influent étaient-ils liés, directement ou indirectement, à la vraie famille royale ? J'ajoute cette hypothèse à celle, plus tirée par les cheveux, que mes parents auraient pu être les véritables dirigeants de Toussaint. Mais autant ne rien exclure pour l'instant.

Pour ce qui est des vampires et de Thúrlas, ça m'agace un peu de ne pas avoir réagi immédiatement mais courir sans objectif clair dans toute la capitale ne servirait à rien. Certes, je pourrais aller fouiner dans les auberges et passer du temps à espionner, mais ai-je vraiment ce temps à perdre ? Je ne sais pas encore. Une chose est sûre cependant : le fait que le clan sous les ordres de Thúrlas capture autant de gens ne peut suggérer qu'une chose un rituel. Pour quoi faire ? Probablement pour le ressusciter. C'est l'hypothèse la plus probable.

Fronçant les sourcils devant tous ces soucis sans compter que je dois encore chercher ces orbes c'est d'ailleurs l'une des raisons pour lesquelles j'ai laissé partir Syanna, même si elle avait accepté de m'aider à retrouver l'orbe caché, que seule la famille royale connaît. Ça me permettra, au moins, d'avoir plus de facilité à lui demander plus tard où elle se trouve.

Bref, revenons au contrat qui m'aidera à me faire un nom. L'avantage, que ce soit avec des gens riches ou influents au vu du nom du noble c'est qu'il est plus facile de faire circuler son nom dans les hautes instances, et peut-être même d'obtenir une audience avec la duchesse pour des informations sur les vampires. De ce que je sais pour l'instant, et de mes souvenirs, la cause des animaux retrouvés comme vidés de leur sang pourrait correspondre à un vampire mais pourquoi la femme de cire ? Même en essayant d'imaginer un monstre plausible, je ne trouvais rien.

À part... Est-ce possible, un spectre ?

Rouvrant les yeux je commençais à sentir une odeur de brûlé je vis au loin un homme habillé avec un luxe tape-à-l'œil donner des ordres à des ouvriers. Je pouvais voir des cernes marqués sur son visage, et ce qu'on jetait dans le feu était un cadavre et des vaches ; il restait encore une pile de corps bovins. Je comprenais mieux maintenant ce qu'il entendait par "vidées de leur sang" : les vaches semblaient avoir été complètement pressées, ne laissant que la peau.

Me voyant arriver, le noble fronça les sourcils, puis, remarquant mon médaillon et mes yeux, il fut surpris et marcha vers moi d'un pas rapide. Avant même que je puisse dire quoi que ce soit, alors que je descendais de Nocturne, il m'attrapa la main et dit : "Vous êtes sorceleur ?! Maître sorceleur, vous avez vu mon annonce !"

J'acquiesçai et, retirant ma main de la sienne, dis : "Oui, je m'appelle Aiden. J'ai vu votre contrat concernant une certaine femme de cire parlez-moi de ça."

Il soupira en épongeant sa sueur avec un mouchoir. Je pouvais mieux détailler l'homme désormais : un ventre assez arrondi, des vêtements qui tenaient tant bien que mal, semblant prêts à céder ; ses dents étaient un mélange de jaune et de tartre, et il dégageait une forte odeur visiblement, il ne se lavait que très peu. Malheureusement, chez les nobles baignant dans l'opulence, c'est souvent le cas.

Donc, un homme sûrement riche, et persuadé d'avoir toujours raison. Le noble reprit : "Je m'appelle, comme indiqué dans le contrat, Vincent de Leslie de Bourbon, pour vous servir. Je suis de la cinquième génération de ma famille, les Leslie de Bourbon on a fait fortune dans l'élevage, puis plus tard dans le vin, et..."

Je l'interrompis : "Pardonnez-moi de vous couper, mais pourriez-vous aller à l'essentiel ?" Il acquiesça, épongeant encore sa sueur, et dit : "Oui, oui, excusez-moi. Alors voilà : je revenais d'une soirée chez la duchesse disons que j'avais énormément bu, donc je n'ai plus vraiment la notion du temps, et en plus, j'avais des affaires à régler en même temps, donc j'ai pris du retard avant de rentrer au vignoble. À mon arrivée, pour rejoindre ma femme au lit, j'ai senti une odeur putride, et j'ai découvert plusieurs de mes vaches vidées, le troupeau décimé, leurs cadavres rongés par des rats qui ont fui à ma vue."

Il continua : "Je me suis dépêché de rentrer au manoir pour demander des explications à ma femme après tout, quand je ne suis pas là, c'est elle qui gère tout. En arrivant, j'ai vu la nourriture pourrir sur la table, rongée par les rats, et ma femme, pendue, ses mains en cire tombant jusqu'au sol."

Hochant la tête, je dis : "Avez-vous inspecté les lieux ?" Il rit, amer, et dit : "Bien sûr que non. J'ai pris mes enfants, encore endormis malgré tout cela, et tout le manoir empestait le corps en train de sécher. Il y avait des rats qui me fixaient sans intervenir. Je suis parti sans me retourner, rejoindre ma tante à Beauclair." Je demandai : "Et les enfants ?" Il secoua la tête : "Ils disent qu'ils ne savent rien, à part que leur mère leur a dit qu'elle était désolée avant de partir, une fois qu'elle les a couchés. Ah, s'ils ont dit qu'ils avaient l'impression, pendant leur sommeil, que leur mère les regardait dormir avec ce même air désolé. Mais c'est impossible, puisqu'elle était déjà morte à ce moment-là. En fait, ils avaient aussi l'impression d'avoir dormi énormément longtemps."

Je ne dis rien, réfléchissant. La femme veillait sur ses enfants alors qu'elle était déjà morte, et les enfants qui avaient l'impression d'avoir dormi anormalement longtemps ? L'hypothèse d'un spectre devenait de plus en plus probable. Je regardai l'homme et demandai : "D'autres victimes ?" Il secoua la tête : "Non, aucune dans ma famille." Je repris : "Et en dehors de votre famille ?" Il balaya la question d'un geste : "Non, à part quatre ouvriers morts de la même façon que les vaches mais ce ne sont que des esclaves, pas besoin d'en faire un drame."

Super, encore un brillant noble qui se soucie de la vie humaine, hein. Je dis : "Vous avez encore un corps que je pourrais examiner ?" Il secoua la tête. Soupirant, je dis : "Je vais devoir entrer dans votre manoir pour inspecter, je peux ?" Il acquiesça et, me tendant une clé, dit : "S'il vous plaît, occupez-vous de ça, sorceleur. Votre prix sera le mien."

J'acquiesçai et dis : "Alors dites à vos ouvriers de s'écarter de la zone, pour que je puisse travailler tranquillement." Il hocha la tête, et avant qu'il ne parte, j'ajoutai : "Au fait, les employés avaient-ils le droit d'entrer dans votre manoir ?" Il acquiesça : "Oui, seulement un majordome mais malheureusement, le majordome est mort jeune." Je soupirai et, le regardant partir, commençai à prendre le nécessaire accroché à Nocturne, m'équipant de mes armes, potions et huiles. Je tapotai son museau et dis : "Mets-toi un peu plus loin, ma belle." Elle hennit, mais trotta plus loin, et je marchai vers les cadavres de vaches.

En m'accroupissant, mon médaillon vibra légèrement même si je n'en avais pas vraiment besoin, car je pouvais déjà voir des traces de magie. Je posai ma main sur l'un des corps et dis calmement : "Le sang a été complètement vidé, et les organes sont totalement absents on dirait que quelque chose est entré dans la vache et a tout dévoré. Et ces traces de magie..." Je fronçai les sourcils et, dégainant ma dague, tranchai la peau. À ce moment-là, plusieurs rats se ruèrent vers moi ; je les figeai aisément dans la glace, mais en voyant leur nombre, enfermés dans la carcasse, je dis : "Autant de rats ? Comment ? Il n'y a aucun trou par où ils auraient pu entrer, et surtout pas autant c'est rare. J'ai bien quelques monstres en tête capables de ça, mais ça veut dire que ce noble ne m'a pas tout dit. Quelle surprise..." ajoutai-je, sarcastique.

Marchant vers le manoir, je remarquai que les alentours étaient devenus morts, et plus je m'en approchais, plus mon médaillon vibrait fort, l'intensité de la magie se faisant de plus en plus sentir confirmant mon hypothèse.

Ouvrant la porte avec la clé, celle-ci émit un grincement monstrueux, comme si elle n'avait pas été ouverte depuis une éternité. Entrant dans la demeure sombre, je bus une potion de Chat pour mieux voir, puis dégainai par précaution mon épée courte. Je la vis alors : la femme, la peau putréfiée, les bras allongés par la cire tombant jusqu'au sol, et les yeux du cadavre semblaient me suivre du regard. M'approchant, j'examinai les lieux et sentis l'intensité de la magie à l'œuvre.

Je murmurai : "Une illusion. Et une illusion extrêmement bien faite." En regardant plus attentivement, je réalisai que dès l'entrée dans le manoir, on était plongé dans cette illusion. Regardant autour de moi, je sentis des regards partout dans les tableaux, dans les miroirs mais rien n'en sortait ; seul le silence et le vent à travers les fenêtres persistaient. Je continuai vers les escaliers et, en montant, aperçus un tableau du vigneron et de sa femme. Je murmurai : "On dirait un couple heureux, hein... elle était magnifique." C'était vrai : sur la toile, on voyait une femme aux cheveux noirs et aux yeux bleus mais je remarquais aisément une différence d'âge notable entre elle et son mari.

Continuant à monter, j'inspectai les différentes pièces, jusqu'à une chambre où un serviteur dormait. En fouillant les armoires, je tapotai le fond d'un tiroir, ce qui me fit sourire : "Un faux fond." Tirant le tiroir et le posant sur le lit, je retirai le fond truqué et découvris un collier en forme de cœur, avec un message à l'intérieur. En l'ouvrant, je vis un jeune homme en tenue de majordome, visiblement du même âge que la femme du noble et sur l'image, elle l'enlaçait tendrement. Les initiales S et B étaient gravées. Je dis pour moi-même : "On dirait que la femme avait un amant, et c'était le majordome."

Le vigneron le savait-il ? En regardant le message, je découvris un poème d'amour écrit par le majordome, apparemment nommé Sebastian la femme s'appelait Béatrice. C'était un poème très intime, sur des choses que seules deux personnes amoureuses pourraient vraiment comprendre.

À ce moment-là, je sentis une présence, et me tournant en dégainant mon épée, je vis la femme à la porte de la chambre, me fixant. Son corps était translucide, ses yeux vides, et son cou portait la marque d'une corde. Elle portait toujours cette robe rouge, mais je pouvais distinguer des traces de coups et de brûlures. Je dis calmement, m'approchant d'elle : "Vous devez être Béatrice ?"

Le spectre ne répondit pas, continuant à me fixer. Je poursuivis tranquillement : "C'est la chambre de votre amant, n'est-ce pas ? Sebastian pouvez-vous me parler de lui ? Je suis curieux. Voyez-vous, j'ai moi-même une femme qui m'est chère, et j'aimerais comprendre comment vous vous aimiez autant."

Le silence persista d'abord, et alors que je pensais devoir retenter, la femme parla, d'une voix lointaine : "Sebastian était si doux... Il me comprenait, dans cet enfer qu'était ce manoir. C'était le seul à m'aimer."

J'acquiesçai doucement : "Je vois." Elle continua : "Nous étions éperdument amoureux. On voulait s'échapper avec les enfants Vincent les frappait aussi. Nous avions tout prévu, les ouvriers nous aidaient, les servantes aussi. Le jour même, nous étions prêts, et..."

À ce moment-là, la maison trembla, et la femme se tint la tête, hurlant de souffrance, comme si elle s'adressait à quelqu'un d'autre : "Vincent, arrête ! Arrête ! Non !!! Ne brise pas sa tête !!! Je te hais !! Je te hais !!!" Puis elle disparut, et une vague de rats fonça sur moi je la gelai sans difficulté. Je soupirai et dis, pour moi-même : "Vincent a dû le découvrir, et l'a tué devant elle et peut-être devant les enfants aussi..." Ces bleus et ces brûlures confirmaient quelque chose d'autre, mais je devais encore vérifier un détail.

Marchant jusqu'à la chambre parentale, tout semblait d'abord banal, mais après quelques recherches, je regardai avec dégoût les objets que j'avais posés sur le lit : "Fouet en métal, bâton couvert de sang séché, fer à cheval... ce salaud battait sa femme, et je parierais même qu'il le faisait devant les enfants."

Ouvrant un tiroir, je sentis la même chose : un faux fond. En sortant le journal intime qui s'y trouvait, je commençai à le lire il appartenait à la femme. Au début, elle y parlait simplement de sa tristesse à devoir quitter sa famille pour épouser Vincent à quinze ans, mais se disait heureuse, car Vincent semblait quelqu'un de gentil. Les pages suivantes décrivaient leur amour, jusqu'à sa grossesse à dix-huit ans jusqu'à sa fausse couche, qui marquait apparemment le début des coups, Vincent la traitant d'inutile, incapable de remplir son "seul et unique devoir de femme".

Les pages suivantes décrivaient les différentes tortures qu'elle subissait il adorait aussi l'enfermer à la cave, sans les domestiques, la laissant parfois mourir de faim, car cet homme partait souvent rejoindre d'autres femmes. Il faisait semblant d'être gentil et n'avait jamais vraiment voulu ce mariage ; il voulait simplement une femme soumise et docile, qui ne dise rien et subisse tout ce qu'il lui infligeait.

Je ne parle même pas des dizaines de pages décrivant des douleurs qu'elle qualifiait simplement d'atroces, ou des moments où il ne demandait même pas sa permission lorsqu'il était ivre. Plusieurs pages ne contenaient qu'un seul mot, répété : je veux mourir, je veux mourir. Puis, à l'arrivée de Sebastian, les pages devenaient plus douces elles ne parlaient plus de souffrance, seulement de lui. On aurait dit qu'elle s'était habituée à souffrir. La dernière page m'a enfin fait comprendre comment Vincent avait découvert leur projet : elle y avait écrit qu'elle allait fuir avec Sebastian. La toute dernière ligne, en lettres énormes, tracée d'une écriture violente : "CONNARD, JE TE TUERAI, ENFOIRÉ." Vincent avait dû trouver ce journal...

Je soupirai, sachant enfin tout ce qu'il y avait à savoir, et dis à voix haute : "Une pesta... Un spectre né d'un désespoir immense. Je suppose que la cire fait référence à elle comme une bougie qui, au début, brillait de vie, avant de voir sa flamme vaciller petit à petit, jusqu'à ce qu'il ne reste plus que la cire tombée."

Je souris, amer, et dis : "Et malgré le fait qu'elle se soit transformée en pesta pendant l'absence de son mari, elle a plongé ses enfants dans une sorte de stase de sommeil pour les protéger, et a laissé son mari les emmener loin d'elle malgré la haine qui aurait pu la pousser à le tuer sur le coup. Une mère incroyable, hein..."

Regardant l'illusion une dernière fois en retournant vers l'entrée, je murmurai : "Il existe trois façons de vaincre une pesta. La première : ramener l'objet qui la retient dans ce monde je suppose que ce serait le collier, ou le journal. La deuxième : amener Vincent ici, et laisser la pesta s'occuper elle-même de lui..."

Je soupirai, sachant que la décision à venir serait difficile, et sortis du manoir pour y réfléchir.




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