Le sorceleur spécial

Chapitre 31 : La décision de Ciri

Par Blax

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POV Ciri

Je faisais tourner ma plume entre mes doigts, dans la salle de classe de Margarita, partagée entre l'ennui et le stress. Depuis la fameuse visite de Lydia, un certain Vilgefortz n'arrêtait pas de m'envoyer des invitations.

Sérieusement, qui accepterait de répondre, tout sourire : « Bien sûr que je vous rejoins, et je n'en parlerai à personne de ceux en qui j'ai confiance comme ma propre famille » ? Il me prenait vraiment pour une idiote ?

Non. Mais quand Geralt était revenu, j'avais dû ravaler mes mots parce qu'en voyant Yennefer rentrer, les yeux abîmés, portée par Triss, et Geralt se tenant le bras brûlé, j'avais évidemment couru les rejoindre.

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Flashback POV Ciri

Je courais dans les couloirs, me faufilant entre les mages qui râlaient mais je m'en fichais complètement. Ils étaient de retour. En entrant, quelqu'un qui se trouvait là repartit rapidement en voyant Yennefer assise sur le lit, les mains tremblantes, tandis que Triss murmurait des incantations. Je me précipitai :

« Geralt ! Yen ! Triss, qu'est-ce qui s'est passé ?! »

Yen essaya de sourire en cachant son visage, tentant peut-être de me rassurer :

« Juste une petite blessure, t'en fais... »

Je l'interrompis, m'approchant, prenant son visage entre mes mains, et en voyant ses yeux abîmés, je mordis mes lèvres avant de la serrer simplement dans mes bras.

Elle fut surprise, ne sachant visiblement pas comment réagir, mais elle finit par me rendre mon étreinte, tremblant légèrement, la tête enfouie contre moi. Puis je sentis Triss m'écarter doucement d'elle :

« Yennefer a besoin de repos. »

Je regardai Yennefer qui, malgré son incapacité à me voir, dit :

« Allez, t'en fais pas, ça va aller. Triss va s'occuper de moi, tout ira bien. »

Je la regardai, sachant pertinemment qu'elle mentait ne serait-ce qu'à voir ses mains tremblantes serrer les draps mais je savais aussi qu'elle avait bien trop de fierté pour l'admettre à voix haute. Je me contentai de hocher la tête. Geralt appliqua un bandage imbibé d'herbes et de potions, puis me raccompagna, laissant Triss s'occuper d'elle.

Même si je voulais rester, qu'est-ce que j'aurais bien pu apporter de plus ? Je n'avais ni les connaissances pour aider Triss, ni la magie pour soulager Yennefer.

Je serrai les poings sans même m'en rendre compte. J'étais encore un poids...

Fin du flashback

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POV Ciri

En repensant à ce souvenir vieux de quelques semaines, je sentis encore une vague de frustration monter mais je soupirai pour me ressaisir.

Bien sûr, j'avais prévenu Geralt à propos de Vilgefortz. Il était devenu extrêmement vigilant et méfiant depuis, même s'il ne m'avait pas dit grand-chose sur la bataille elle-même, à part que ça avait été, selon ses propres mots, « un merdier sans nom ». Je sentais bien qu'il y avait anguille sous roche.

Même en supériorité numérique, Triss et Yennefer restaient bien plus que de simples magiciennes de rue donc j'étais certaine que quelque chose les avait empêchées de se défendre correctement.

J'écrivais dans mon cahier : Traître ? Objet ?

J'entourai "traître", l'hypothèse la plus probable. Mais qui ? D'après le peu que je savais, via les cours de Margarita ou de Triss, malgré toute leur hostilité et leur rivalité interne, le Conseil des Mages avait toujours cherché, au minimum, à préserver sa propre puissance dans le royaume du Nord.

Et surtout, j'entourai le nom de Vilgefortz plusieurs fois je trouvais ça vraiment étrange qu'à peine la bataille terminée, il ait envoyé son assistante me chercher, en exigeant explicitement que je n'en parle à personne. Instinctivement, j'écrivis : Vilgefortz = traître ? Puis je le rayai ce n'était qu'une théorie, après tout, peut-être qu'il n'avait rien à voir là-dedans, et qu'il avait simplement découvert mon identité. Mais je gardai ça en tête, et...

Mes pensées furent interrompues par une règle claquant sur l'estrade. Margarita dit calmement, mais fermement :

« Je vois que mademoiselle Pavetta n'est pas concentrée sur mon cours. Vous resterez en retenue avec moi. »

J'allais protester, mais elle ajouta :

« Bien sûr, vous pouvez protester mais prouvez-moi d'abord que vous avez suivi le cours. »

Je regardai le tableau et me tus aussitôt : des cercles d'éléments superposés à des équations à vous donner des cauchemars. Je répondis simplement :

« Désolée. »

Margarita soupira, puis sourit gentiment :

« Vous devriez vous concentrer, Pavetta. Reprenons le cours. »

Après ce petit incident, j'aidai Margarita à essuyer le tableau, en guise de punition. Elle me dit, en rangeant ses papiers :

« Tu sais, quand Triss m'a demandé de te protéger, je pensais au début que c'était juste de la surprotection. Mais ça m'a pas dérangée j'aime bien enseigner. »

Je la regardai, surprise je pensais juste suivre ses cours comme n'importe quelle élève. J'arrêtai d'essuyer le tableau et murmurai :

« Désolée. »

Margarita sourit doucement :

« Écoute, Pavetta, je suis pas née de la dernière pluie. Je sais très bien que "Pavetta" n'est pas ton vrai prénom. »

J'étais choquée comment avait-elle deviné ? Mais avant que je puisse répondre quoi que ce soit, elle leva une main pour m'arrêter et dit doucement :

« Comment j'ai su ? Les micro-expressions ne mentent jamais. Si t'étais vraiment née avec le prénom "Pavetta", tu réagirais bien plus naturellement quand on t'appelle comme ça. Là, ça se voit même si t'es une actrice-née, tu te forces. »

Elle sourit malgré tout :

« Mais ça me dérange pas. Pour moi, t'es juste une élève un peu difficile, et ça me suffit largement. Alors si t'as besoin d'aide, peu importe pour quoi, dis-le-moi. Et avant que tu dises qu'il y a rien : ne me prends pas pour une idiote, j'ai bien vu l'assistante de Vilgefortz essayer de me convaincre qu'il voulait "enseigner" à tes côtés. À moins qu'il pense que j'ai perdu toute intelligence, t'es la seule à cocher toutes les cases de l'anomalie ici. »

Elle énuméra sur ses doigts :

« T'es étrangement franche pour ton âge, t'es liée à Triss et Yennefer, t'es liée à ce mystérieux homme toujours aux côtés de Triss, et Tissaia qui pourtant vérifie systématiquement le dossier de chaque élève ne me demande jamais rien sur toi. Tu coches toutes les cases. »

Elle m'ébouriffa doucement les cheveux :

« Mais ça me dérange pas, Pavetta. Dis-moi juste ce que tu veux savoir, et je t'aiderai c'est le rôle d'un professeur, après tout. »

Je restai silencieuse, ne sachant pas trop quoi répondre. Est-ce que je pouvais lui faire confiance ? Je ne savais pas. Mais je finis par demander, fixant son regard :

« Si une fille avait une identité secrète, utilisable comme moyen de pression contre ses proches pour la forcer à obéir qu'est-ce qu'elle pourrait faire pour retourner la situation ? »

Margarita resta silencieuse, soutenant mon regard, réfléchissant, puis sourit :

« Alors elle fait monter les enchères, et force l'autre partie à céder. »

Quelques heures plus tard, je rentrais, épuisée, vers mes appartements. Après cette discussion, j'avais eu droit à deux heures de cours supplémentaires avec Margarita sur les fonctions magiques, qui m'avaient littéralement retourné le cerveau avec tous ces x et ces y. La nuit tombait déjà, et Geralt n'allait pas tarder depuis qu'il savait que Vilgefortz me recherchait, il était devenu encore plus protecteur, à mon grand dam.

En entrant dans mes appartements, je me figeai net : un homme se tenait devant la fenêtre, contemplant l'extérieur. Entendant la porte s'ouvrir, il se retourna, souriant :

« Ah, Ciri. T'es vraiment difficile à croiser, mais j'ai pris le temps qu'il fallait pour qu'on discute enfin. Je m'appelle Vilgefortz mais t'as sans doute déjà entendu parler de moi. »

Hochant la tête, je dégainai discrètement, dans mon dos, le couteau que je gardais toujours sur moi un cadeau de Triss, ironiquement. Restant près de la porte, je fronçai les sourcils :

« Vous savez que c'est assez glauque, un homme adulte qui se faufile dans la chambre d'une fille en pleine nuit ? »

Il rit :

« En effet. Mais malheureusement, qui te croirait ? Je suis, aux yeux de beaucoup, un héros. Et toi, juste "Pavetta" ironique d'avoir repris le nom de ta mère, Ciri, mais franchement assez facile à deviner. Et sérieusement, teindre tes cheveux ? Je suis déçu de Yennefer et Triss. »

Il s'approcha de moi, souriant et au moment où il fut suffisamment proche, je frappai avec mon couteau, droit vers sa gorge, sans hésiter. Une barrière invisible m'arrêta net. Il rit :

« En effet, digne de la famille de Cintra. Mais on arrête de jouer, maintenant. »

Alors qu'il tendait la main pour saisir mon poignet, et que j'allais tenter d'esquiver, Vilgefortz encaissa un Aard qui le projeta contre le mur mais il se releva sans mal, érigeant un bouclier qui bloqua également l'Igni de Geralt, qui venait d'arriver. Vilgefortz ricana derrière son bouclier :

« Sorceleur, on dirait que t'es arrivé en avance. Lydia a raté son coup. »

Je me plaçai aux côtés de Geralt, couteau toujours en main. Lui avait déjà dégainé son épée en acier, une bombe en argent prête à être lancée au moindre geste suspect.

Geralt fronça les sourcils, glacial :

« Vilgefortz, si tu oses recommencer, je m'en fous de devoir tuer des rois ou même des mages comme toi tu toucheras pas un seul cheveu de Ciri. »

Vilgefortz cessa de rire, fixant Geralt d'un calme qui me fit frissonner :

« Ah oui ? C'est une menace ? »

Geralt répondit, sarcastique :

« Pourquoi, tu veux voir ? Dis-moi, une bombe de dimeritium en pleine gueule, pour une fois que t'ouvres trop la tienne tu crois que tu perdrais la tête en premier, ou que tes pouvoirs s'annuleraient d'abord, à cause de l'argent ? »

Vilgefortz éclata d'un rire franc, une main sur la tête :

« T'es vraiment amusant, sorceleur. Mais maintenant... » Il cessa de rire, s'avançant tout près de Geralt, qui ne le lâchait pas des yeux, et murmura : « Dis-moi, sorceleur si le monde entier apprenait que Ciri, la dernière héritière, se trouvait ici même, je me demande combien de gens seraient prêts à te l'arracher des mains. Même si tu prétends la protéger, peux-tu vraiment le faire contre le monde entier ? »

Geralt serra les poings. Même moi, je sentais mon visage s'assombrir, frustrée de le voir ainsi acculé parce que tout ce que Vilgefortz venait de dire était vrai. Voyant l'absence de réponse de Geralt, Vilgefortz se tourna vers moi :

« Bien sûr, tu peux m'accompagner sans faire d'histoires, et tout ça restera secret, et... »

Geralt posa la pointe de son épée contre la gorge de Vilgefortz :

« Ose finir ta phrase. »

Voyant la situation dégénérer, je serrai les dents. Il fallait que je fasse quelque chose arrête d'être simplement la fille qu'on protège, réveille-toi, Ciri ! T'as fait une promesse à Aiden. Je dis, à Vilgefortz :

« Qu'est-ce que vous proposez ? »

Geralt me regarda, choqué :

« Ciri ! » Mais je l'arrêtai d'un simple regard. Vilgefortz rit :

« J'étudie les lignées depuis des années, et je suis le mieux placé pour t'aider à maîtriser ton pouvoir. En échange, j'ai juste besoin d'un peu de ton sang, à intervalles réguliers. »

Je fronçai les sourcils. J'allais refuser quand j'entendis une voix faible, que je sus instinctivement venir de mon propre sang, de ma propre lignée. Elle murmura en moi :

« Le sang ne peut être copié. Accepte le marché. »

Voyant mon silence, Vilgefortz attendait, toujours souriant. Mais en moi, tout se bousculait. Est-ce que je devais tenter le coup ? Est-ce que j'étais folle de faire confiance à une voix que je ne connaissais même pas ? Mais elle avait raison sur un point : si Vilgefortz étudiait les lignées depuis tant d'années, il fallait être stupide pour ne pas comprendre qu'il cherchait déjà, forcément, le Sang Ancien en moi. Il devait déjà le savoir.

Je fermai les yeux, repensant à Aidy. Qu'est-ce que t'aurais fait, toi, à ma place ? T'aurais accepté ? Mais...

Bordel !

Arrête de réfléchir, fais confiance à ton instinct, Ciri. Et cet instinct, en ce moment précis, hurlait que cette voix étrange, surgie en moi comme un virus, disait vrai. Et si je pouvais profiter de ses recherches, sachant que ce qu'il obtiendrait de moi ne servirait finalement à rien... Je fixai Vilgefortz, calme :

« J'accepte. À une seule condition : Geralt reste avec moi en permanence. »

Vilgefortz rit :

« T'as strictement aucun droit de négocier avec moi, alors arr... »

Je l'interrompis, m'approchant de lui sans la moindre hésitation, plongeant mon regard dans le sien, d'un calme plat :

« Oh que si, t'as tout intérêt à négocier. Vas-y, dis à tout le monde que je suis la princesse de Cintra. J'accepterai pleinement de devenir un simple pion politique. Mais n'oublie jamais : même en tant que simple pion, que ce soit pour Nilfgaard ou pour les royaumes du Nord, je reste de sang royal et je serai un véritable enfer pour toi. »

Je continuai d'avancer jusqu'à m'arrêter juste devant lui, malgré notre différence de taille. Son sourire s'effaça. Je poursuivis :

« J'ai survécu à l'entraînement des sorceleurs. Je serai ton pire cauchemar. Même si ça doit prendre des années, j'anéantirai ton pouvoir politique, dans le Sud comme dans le Nord. J'anéantirai tes plans. J'anéantirai tout ce qui te sert de pouvoir. Et je m'en fous que ça prenne des années parce que, contrairement à toi, moi je sais que je ne serai jamais un simple pion. Et tu sais pourquoi ? »

Je souris, sans même m'en rendre compte, d'un sourire glacial :

« Parce que je sais que j'ai juste à demander à une seule personne de te faire souffrir et il le fera, même si ça doit durer des années. Contrairement à toi, moi, j'ai des gens en qui j'ai une confiance absolue. Alors, Vilgefortz : tu veux jouer selon mes règles ? Ou tu préfères qu'on s'entretue tous les deux — après tout, n'oublie pas que tu devras aussi, un jour, affronter tous les autres mages et tous les rois pour m'obtenir. Alors, Vilgefortz. On a un marché ? J'accepte de te donner mon sang, et en échange, tu me donnes Geralt en permanence à mes côtés et si nécessaire, Triss aussi. Ou tu refuses ce contrat. »

Il resta silencieux, me fixant d'un regard mêlant amusement et froideur, pendant de longues secondes, puis dit :

« Nous avons un marché, princesse de Cintra. »

Aiden, attends-moi. Je serai plus forte, quand on se reverra.

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POV Aiden

Combien de jours ?

Combien de mois, peut-être ?

Je ne savais plus. J'étais enfermé dans une cage, au fond d'une grotte seul le bruit des gouttes d'eau tombant sur la roche brisait le silence. Il faisait sombre en permanence ; je ne savais même plus quelle heure il pouvait bien être.

La seule source de lumière restait le loup-garou mage qui m'apportait mes repas chaque jour, une torche à la main. Et pour la première fois depuis ce silence insupportable, les pas résonnant dans le couloir étaient différents.

Il y en avait plusieurs.




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