Le sorceleur spécial

Chapitre 29 : Les Préludes de la Bataille de Sodden

Par Blax

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POV Ciri

J'étais tranquillement assise sur le rebord de ma fenêtre, plongée dans un livre sur la concentration magique et la méditation.

Ça faisait déjà plusieurs mois qu'on était arrivés ici, à Aretuza, et honnêtement, je me demandais encore si c'était une bonne idée. Il fallait dire, en plus, que je devais ignorer les regards méprisants des autres mages et magiciennes, persuadés que je n'avais accès à l'immense bibliothèque de l'académie que parce que j'étais parrainée par les grandes magiciennes Yennefer de Vengerberg et Triss Merigold.

Je claquai la langue, frustrée, tirant sur une mèche de mes cheveux teints en noir et soupirai en regardant la mer :

« Je m'en serais bien passée, moi, d'Aretuza, si j'avais eu le choix, bande de cons. »

La voix amusée de Geralt me fit détourner le regard. Appuyé contre la porte, il dit :

« Toujours en train de râler ? »

Je me retournai, souriant légèrement :

« Que veux-tu ? La grande et méchante "Pavetta" le prénom que vous m'avez demandé de choisir pour éviter les problèmes, si jamais les gens apprenaient que mon vrai prénom, c'est Ciri est tellement chouchoutée par les grandes magiciennes que tout le monde me regarde avec hostilité. »

Geralt soupira, referma la porte derrière lui, et vint s'asseoir sur la chaise de mon bureau :

« Je suis vraiment désolé que tu doives vivre ça. »

Je soupirai :

« T'en fais pas, Geralt. C'est pas ta faute. On savait tous que j'avais besoin de cet entraînement — même si ça me frustre de pas progresser au niveau que je voudrais. »

Peut-être pour essayer de le faire sourire à mon tour, j'ajoutai :

« Au fait, je vois que tu commences à te sentir à l'aise ici petite chemise, épée à la taille. On dirait que t'es bien nourri et bien logé, dans les quartiers de Triss. »

Il rit :

« Peut-être bien. Triss tient absolument à ce qu'on vive correctement, toi et moi, à l'académie — même si ma vision des mages, elle, n'a pas changé. »

Je souris :

« Honnêtement, Triss a raison. T'es bien plus beau quand tu souris, Geralt. »

Il parut surpris, rit légèrement en se levant, et m'ébouriffa les cheveux :

« Merci, Ciri. Je sais bien que tu changes de sujet pour éviter que je me sente coupable mais pense aussi un peu à toi, d'accord ? »

Je souris, repoussant sa main :

« Alors arrête de me traiter comme une gamine ! »

Il rit :

« On verra. Pour l'instant, à mes yeux, t'en es encore une. »

Je soupirai, attrapai un manteau, enfilai mes chaussures en sautillant pour garder l'équilibre, et lançai, sarcastique :

« Bon, je dois y aller je veux surtout pas rater le fameux cours de la célèbre magicienne Eleanor. »

Geralt soupira :

« Tu devrais pas te moquer de tes professeurs. »

Je haussai les épaules et, avant de sortir, tirai la langue :

« Alors elle n'a qu'à pas raconter des histoires devant nous qui sont clairement fausses. » Puis je partis en courant, sentant que j'allais encore être en retard mais bon, j'avais l'habitude, maintenant, d'être le vilain mouton noir.

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POV Geralt

Je gardai le sourire en la regardant s'éloigner avec cet entrain, même si je savais que le fait de ne pas progresser lui pesait bien plus qu'elle ne le laissait paraître.

En jetant un œil vers son bureau, j'ouvris un tiroir et découvris d'innombrables papiers des recherches sur son propre pouvoir et rien qu'en voyant la corbeille débordant de brouillons froissés, je comprenais à quel point ça la rongeait. J'aurais aimé que Triss, ou même Yennefer, soient davantage présentes pour elle, mais malheureusement, les deux étaient de plus en plus occupées : l'armée de Nilfgaard s'approchait dangereusement d'une certaine colline, à Sodden, et des pourparlers avec les rois du Nord commençaient à mobiliser leurs armées.

(Petite note de l'auteur : ce qui se passe dans la série télé est assez éloigné du canon je me base ici sur les livres et les jeux pour la bataille de Sodden.)

Un léger toc à la porte, qui s'ouvrit aussitôt, me fit détourner le regard : Triss entra, souriante, et demanda doucement :

« Ciri est déjà partie ? »

Je hochai la tête, lui tendant les papiers trouvés :

« Oui. J'aimerais bien que vous essayiez de l'aider un peu plus, mais je suppose que je vais encore me prendre un refus ? »

Elle ne dit rien, contemplant les papiers avec tristesse, puis répondit :

« Oui. La bataille de Sodden est officiellement confirmée on est encore en pleines discussions au conseil pour savoir quels mages accompagneront les armées du Nord. »

Elle me regarda, hésitante :

« Geralt, j'aimerais que tu m'accompagnes, si le conseil décide de partir en guerre. »

Je la regardai, surpris, hésitant à mon tour :

« Triss, tu sais que je suis censé rester neutre c'est la base même de tout sorceleur, je... »

Elle sourit, tristement :

« Oui, je comprends. Pas besoin de te justifier, je t'assure. Reste avec Ciri, c'est mieux comme ça. »

En la voyant s'éloigner, dos tourné, je fixai les papiers sur le bureau de Ciri, et soupirai. J'allais croire en elle, comme elle me le disait si souvent elle grandissait, et n'avait plus forcément besoin de moi collé à elle en permanence, comme un chien de garde.

Je rattrapai la main de Triss, qui se retourna, surprise. Je dis, sérieux :

« D'accord. Je t'accompagnerai. Mais est-ce que tu pourrais me trouver une sorte de masque ? Même si je finis par me faire reconnaître, je préfère prendre toutes les chances possibles de rester discret. »

Elle hocha la tête, radieuse, et me serra dans ses bras, se hissant sur la pointe des pieds, ses mains nouées derrière ma nuque, m'embrassant tendrement mes mains trouvant naturellement le creux de son dos.

Le baiser dura de longues secondes. Puis elle dit doucement :

« T'en fais pas pour Ciri. J'irai demander à Margarita de s'occuper d'elle, si le conseil vote pour la guerre. »

Je la regardai, inquiet :

« Margarita ? T'es sûre ? »

Elle hocha la tête :

« Fais-moi confiance. Je sais que tu te méfies des mages, mais crois-moi : Margarita préférerait affronter le monde entier plutôt que de laisser ses élèves sans protection. Elle est viscéralement apolitique. »

Je soupirai :

« D'accord, je te crois. »

Elle sourit, un éclat de désir dans le regard, et me tira par la main :

« Je pense te récompenser, dans mes appartements. Ça te tente, mon Loup Blanc ? »

Je souris, et me laissai entraîner.

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POV Yennefer

Je fixais froidement la femme devant moi sans pour autant la détester, loin de là. Si je devais résumer la personne que j'avais en face de moi, je dirais qu'elle avait été bien plus une mère pour moi que ma propre génitrice. Tissaia de Vries ou "Tiss", comme j'aimais l'appeler, rien que pour l'agacer et faire tomber ce masque de froideur qu'elle maintenait en permanence, révélant au passage son obsession maladive pour la perfection.

Je croisai les bras :

« Tiss, tu peux pas être sérieuse. T'as pas perdu la tête, tu sais aussi bien que moi qu'il y a un problème dans le fait que Vilgefortz réclame un conseil juste après que les armées du Nord se rassemblent pour Sodden. »

Tissaia tressaillit légèrement en rangeant méticuleusement ses crayons sur son bureau, mais répondit, calme :

« Non, je n'ai pas perdu la tête, Yennefer. Je sais très bien que Vilgefortz cache quelque chose. Mais il n'a pas tort sur un point : si Nilfgaard s'empare du Nord, notre liberté à tous sera menacée. »

Je soupirai :

« Certes, il a raison sur ce point précis. Mais tu le connais, Tiss c'est un hypocrite doublé d'un manipulateur. Et même si je veux bien croire qu'il agit pour le conseil et pour les mages en général, tu sais très bien que si on entre dans cette bataille, ça reviendra à dire officiellement à l'empereur que les mages ont choisi leur camp. »

Tissaia me regarda droit dans les yeux, ses mains jointes devant elle :

« Tu as raison. Vilgefortz a toujours été assoiffé de pouvoir. Mais je me pose aussi une question, à ton sujet. Je te connais depuis si longtemps d'habitude, tu aurais déjà sauté sur l'occasion de négocier avec ces comploteurs du conseil pour obtenir des financements pour tes recherches sur la fertilité. Et pourtant, te voilà à me demander s'il n'y a pas un complot derrière tout ça. La plus étrange, dans cette pièce, c'est toi, Yennefer. »

Je restai silencieuse un instant. C'était vrai : moi-même, j'avais longtemps été une manipulatrice. Je voulais tout faire pour retrouver ma fertilité, je rêvais de devenir mère un jour. Mais maintenant ? Même si je n'étais plus avec Geralt depuis la rupture du lien du djinn, je gardais précieusement les souvenirs de toutes mes relations avec Triss, ces idiots de sorceleurs, Geralt, Ciri, et Aiden.

Je fermai les yeux, puis répondis calmement :

« Parce que j'ai fini par découvrir que ce que je cherchais, je l'avais déjà, depuis longtemps. Maintenant, la seule chose que je veux vraiment, c'est me retirer de tous ces complots de mages. Mais malheureusement, malgré toute la haine que ça m'inspire, je sais que pour protéger ceux qui comptent pour moi, je vais devoir me salir les mains encore un peu, dans ces conseils. »

Tissaia resta silencieuse, me fixant, et bien que ce fût à peine perceptible, un léger sourire effleura ses lèvres ça me fit un petit bond au cœur. Elle dit finalement :

« Je suis contente pour toi, Yennefer. Si tu as trouvé ton bonheur, c'est parfait. Mais n'oublie jamais que tu dois continuer à rester forte pour protéger ceux que tu aimes la passivité n'est qu'un luxe réservé aux puissants. »

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Quelques heures plus tard, dans la soirée du réveillon de 1264.

POV général

Les chuchotements des mages emplissaient la salle du conseil, où l'on pouvait déjà distinguer deux camps se dessiner : les partisans de la passivité, et les autres.

Des échanges de promesses, de menaces, d'offres se faisaient entendre en sourdine jusqu'à ce que l'ouverture de la porte, avec Tissaia suivie de Yennefer, y mette un terme. Quand Tissaia prit place sur son siège au conseil, les mages les plus puissants et les plus anciens s'installèrent à leur tour.

Yennefer rejoignit Triss, s'asseyant à ses côtés malgré leur jeunesse relative, toutes deux avaient largement leur place ici, au vu de leurs capacités respectives. Mais ce qui attira le plus les regards, ce fut Philippa : sous ses manches, on devinait des bandages, et malgré le maquillage, un œil au beurre noir restait bien visible.

Yennefer, évidemment, ne se priva pas :

« Alors, Philippa ? Un amant en colère qui t'a frappée ? »

Philippa rétorqua, froide :

« Malheureusement pour toi, Yennefer, j'ai pas le temps de jouer les amantes éplorées. On est ici pour discuter entre adultes ce que t'as visiblement oublié. »

Yennefer rit, faisant tourner son doigt sur le bord de son verre :

« Oh, je m'en souviens très bien. Mais dis-moi, quel plan manipulateur nous prépares-tu, cette fois ? »

Au grand plaisir des autres mages, témoins de la haine mutuelle entre les deux femmes malgré Triss qui tentait discrètement de calmer Yennefer sous la table ce fut la voix froide de Tissaia qui mit fin à l'échange :

« Ça suffit. Aujourd'hui, il est temps de décider de la participation des mages à la bataille de Sodden, qui aura bientôt lieu entre Nilfgaard et les royaumes du Nord. D'après nos informations et les négociations en cours, l'armée des rois du Nord a rassemblé au moins cent mille hommes pour cette bataille preuve, s'il en fallait, de l'importance stratégique de cette colline. C'est à nous, maintenant, de décider si nous restons neutres, ou si nous choisissons un camp. »

Buvant une gorgée de vin, le mage Stregobor lança, sarcastique :

« Je vois pas bien pourquoi ce conseil est nécessaire. Dois-je vous rappeler notre précédente réunion sur Cintra ? On vous avait déjà prévenus que sa chute était due à l'arrogance de sa reine, qui refusait tout mage à sa cour, préférant garder un druide à ses côtés. »

Artorius, plus posé, ajouta calmement :

« N'oublions pas non plus que cette guerre concerne des rois, pas des mages. Nilfgaard cherche à s'emparer du Nord, pas de la magie ça nous concerne en rien. D'ailleurs, un bon nettoyage ferait du bien au Nord. »

Francesca répliqua, froide :

« Ah oui ? Je ne pensais pas que les mages étaient devenus à ce point lâches. »

Philippa renchérit :

« En effet, ma chère. On dirait qu'en plus de perdre leur fertilité, les mages sont devenus des eunuques. »

Stregobor rétorqua, hostile :

« Francesca, reste donc avec tes elfes dans vos grottes, ça t'irait mieux, tu trouves pas ? »

Francesca s'apprêtait à répondre plus durement encore quand Vilgefortz éclata de rire et se leva de sa chaise :

« C'est magnifique, non ? »

Il sourit, attirant tous les regards :

« Vous êtes là à vous chamailler comme des enfants, alors que la réalité nous saute aux yeux. Vous pensez vraiment que Nilfgaard se montrera clément envers nous ? Une fois le Nord conquis, croyez-vous sincèrement qu'ils laisseront une puissance comme la nôtre tranquille ? »

Tissaia ajouta :

« N'oublions pas non plus comment l'empereur traite déjà les mages à son service. Je vous rappelle qu'une de nos plus brillantes magiciennes, Fringilla Vigo, est actuellement enchaînée comme une bête, forcée d'obéir sous peine de mort. Vous pensez vraiment que notre liberté ne sera pas menacée ? »

Artorius haussa tranquillement les épaules :

« C'est un tout autre débat, Tissaia. On parle ici de la bataille de Sodden, pas de ce qui se passera après une éventuelle victoire de Nilfgaard ça, c'est une discussion pour plus tard. »

Yennefer répliqua, glaciale :

« L'idiotie, ça se transmet dans ta lignée, ou quoi ? Tu crois vraiment que c'est une simple bataille anodine ? Tu devrais réviser tes cours de politique. »

Artorius sourit :

« Oh, une jeune mage qui essaie de me faire la leçon alors qu'elle-même ne fréquente même plus la cour politique de Vengerberg ? »

Philippa intervint, amusée :

« Là, je peux parler, même si ça me coûte de l'admettre : Yennefer a raison. Tu devrais revoir tes leçons de politique, Artorius, ou alors c'est l'âge qui te rend sénile. Je connais un endroit charmant pour la retraite, tu devrais y songer. »

Stregobor, prêt à défendre son allié, commença :

« Espèce de... »

Mais Vilgefortz reprit la parole en premier :

« Écoutez-moi tous. Je sais que vous avez peur de mourir, et c'est bien compréhensible. Mais notre participation n'est pas négociable. Voulez-vous vraiment nous voir tous enchaînés comme des animaux, un jour ? Où est passée notre fierté de mages ? »

Tissaia coupa court :

« Ça suffit. C'est l'heure du vote. Ceux qui votent pour la passivité, invoquez une lumière rouge. Ceux qui votent pour la participation aux côtés des rois du Nord, une lumière bleue. »

Vilgefortz se rassit, tout sourire, sans se sentir le moins du monde gêné par l'interruption, malgré le regard appuyé de Tissaia. Il leva la main, faisant naître une lumière bleue. Tissaia fit de même, suivie de Yennefer, Philippa, Francesca, Triss, et seize autres mages. Mais ce qui figea littéralement le camp des bleus, ce fut de voir Artorius et Stregobor lever, sans surprise, une lumière rouge suivis, à la surprise générale cette fois, de tous les autres mages présents.

Stregobor se leva, riant, aux côtés d'Artorius :

« Le vote est fait. Nous restons neutres. »

Il quitta la salle avec le groupe ayant voté rouge. Avant de sortir, Artorius lança à Philippa :

« On dirait que je m'y connais un peu mieux en politique que toi, Philippa. »

Puis il s'en alla, laissant les vingt-deux mages restants dans un silence pesant.

Triss finit par demander, hésitante :

« Qu'est-ce qu'on fait, maintenant ? »

Vilgefortz haussa les épaules :

« On peut respecter la décision du conseil. Ou alors, on peut y aller quand même, nous tous, ici présents. »

Voyant qu'il avait capté l'attention de tous, il reprit, sérieux :

« Réfléchissez bien. Même si la majorité a décliné, notre petit groupe reste, à lui seul, composé des meilleurs mages de tous les royaumes réunis. On écrasera Nilfgaard, et on sera vus comme des héros pendant que les passifs devront serrer les dents, parce qu'aux yeux des rois du Nord, ce sera nous, et nous seuls, qu'on considérera comme dignes de confiance. Alors, qu'en dites-vous ? Vous me suivez ? Parce que moi, j'y vais. Je laisserai pas les royaumes du Nord sans le soutien des mages. »

Il tendit la main, calme :

« Rejoignez-moi pour cette guerre. »




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